Initiation

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Non communiqué

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Non communiqué
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Non communiqué

Ce soir là, je suis arrivé largement en avance, j’ai stationné ma voiture et j’ai mis de la musique.
Il ne s’agissait pas de me préparer, d’ailleurs comment se préparer à un tel évènement. En fait, j’avais simplement besoin de réunir mon énergie, ma lucidité, de me recueillir comme on le fait juste avant un moment important.

Je suis resté là en compagnie de la musique pendant un certain temps peut-être une heure. Puis Christian est arrivé, il m’a conduit dans le cabinet de réflexion et m’a dit : « il faut que vous restiez ici et que vous réfléchissiez à ce que vous voyez ».

Ce lieu est exigu, les murs sont peints en noir. Je suis assis sur une chaise, il y a une tablette en face de moi sur cette tablette deux coupelles, l’une contenant du souffre l’autre du sel, un morceau de pain, une carafe d’eau, une bougie et un miroir.

Sur les murs se dégagent plusieurs silhouettes blanches : un sablier avec un faux en travers, un coq ainsi que les mots : « vigilance », « persévérance » et «vitriol ».

A droite un texte chargé de mises en garde et d’encouragements :
« Si tu crains d’être éclairé sur tes défauts tu seras mal parmi nous.
Si tu es capable de dissimulation, trembles, car on te pénétrera.
Si c’est ta curiosité qui t’a conduit ici, vas-t’en.
Si tu es attiré par les distinctions humaines, nous n’en connaissons point ici.
Si ton âme a senti l’effroi, ne vas pas plus loin.
Si tu persévères, tu seras récompensé,
Tu seras purifié par les éléments.
Tu sortiras des ténèbres, tu verras la lumière ».

Je suis assis là dans ce décor parmi ces objets et ces signes dont le sens m’échappe. Le temps s’écoule et cet endroit me semble de plus en plus étroit comme si les murs se rapprochaient ou peut être est ce que mentalement je m’enfonce.

Je cherche à comprendre comme me l’avait indiqué la consigne à percer le mystère de ce que je vois. Un lent et régulier cycle de pensées se met en place dans ma tête, calé sur le rythme de ma respiration.

Mes yeux observent ses images qui me pénètrent et chaque souffle me vide un peu plus de toutes les idées préconçues qui occupaient jusque là mon esprit.
Moi, ces gens, ce lieu, ces silhouettes, la personne qui m’a accueilli, ces signes, les enquêteurs, les objets devant moi.
Je commence à percevoir le sens du sablier croisé par la faux, le temps qui passe et qui conduit à la mort.

La bougie, unique et faible source de lumière, me montre aussi comme est fragile la vie mais même si cette petite flamme s’éteindrait au moindre souffle elle n’en demeure pas moins indispensable, car sans elle c’est la fin, la nuit.

D’ailleurs, ici, l’eau et le pain sont les ressources indispensables à cette vie si vulnérable.
Alors que le tout (feu, eau, terre (pain), souffre et sel) est posé devant moi comme pour représenter les éléments fondamentaux, sorte d’essence de toute matière.
Enfin ce miroir qui me laisse seul face à moi, mon seul ennemi.

Tout se bouscule dans ma tête et petit à petit les choses se remettent en ordre. Il y a en moi un étrange sentiment de paix, non pas une sensation de calme reposant, mais un état sans bien être, hors du bon et du mauvais, je ne suis alors ni bien ni mal.
Je comprends que ce n’est pas un état d’aboutissement mais un commencement, je suis comme lorsque l’on se réveille, sans doute est ce pour cela qu’il y a ce coq devant moi. C’est le réveil après la nuit, la vie après la mort.

Tout cela m’apparaît comme un recul, une prise de distance avec moi-même, avec le monde extérieur. C’est comme si je prenais mon élan avant le grand saut avant de tenter de franchir un obstacle.

Au cours de cette attente Christian m’a apporté un questionnaire à remplir. Ce que je fais en tentant d’y mettre l’application d’un écolier, sans grand succès je suis dans un tel état d’excitation que mes idées m’échappent.

Une première fois on est venu me chercher puis on m’a conduit les yeux bandés dans cette pièce que je connaissais déjà où on m’a fait préciser mes motivations et on m’a demandé ce qu’était pour moi la vertu.

La seconde visite dans le cabinet de réflexion avait pour objet de me défaire de tous les objets métalliques que je portais, comme un signe de renonciation aux valeurs orgueilleuses du monde profane.

Puis Christian est revenu, il m’a bandé les yeux et il m’a dit : « cette fois, c’est parti ».
Lui et un autre homme m’ont préparé, j’avais le pied gauche dans une pantoufle, un avant bras, un genoux et une épaule découverts.

J’étais enchaîné et on m’a passé une corde autour du cou, afin de me montrer que je possédais encore les entraves et les amarres du monde extérieur.

On m’a conduit et après m’avoir présenté, on m’a fait entrer dans le temple en me faisant baisser très bas, accroupi : j’entrais par la petite porte, un signe d’humilité.
Une voix m’a dit que je venais de subir l’épreuve de la terre lors de mon passage dans le cabinet de réflexion. Ensuite on m’a fait promettre de ne rien révéler de ce qui allait ce passer et de consentir aux épreuves suivantes.
A partir de là tout est allé très vite, on m’a retiré mes entraves et ce que la voix avait appelé les voyages ont commencé.

J’étais guidé par un bras que l’on m’avait tendu en m’appelant mon fils. Mon premier périple s’est déroulé dans un grand vacarme et comporté de nombreuses embûches. Une voix m’a interpellé en m’appelant enfant et m’a dit que ce parcours représentait le début de la vie difficile où la présence des parents est indispensable (le guide m’avait appelé mon enfant).

L’épreuve de l’eau est alors venue me purifier le cœur.
La main m’a alors ressaisi m’appelant cette fois mon ami et c’est alors déroulé le second voyage il y avait moins de bruit mais toujours autant d’obstacles. On m’interpella m’appelant adolescent en m’expliquant que la persévérance de l’enfant avait été récompensée et me précisant l’importance de l’amitié durant cet âge.

L’air est alors venu me purifier l’esprit.
Le dernier voyage ne comportait pas d’obstacle et s’est déroulé dans le silence. Mon guide m’avait appelé frère et m’avait conduit comme lors d’une promenade. L’interpellation se fit sous le nom d’« homme » et on m’avait énoncé l’intérêt qu’il y avait à toujours persister afin d’arriver à la quiétude.

Le feu est alors venu me raffermir le caractère.
Un cœur pur, un esprit ouvert et un caractère ferme c’est à cela qu’il faut que je travaille, le message est on ne peut plus clair.
J’ai alors prêté serment sur les trois lumières et on m’a demandé si j’étais prêt à signer cet engagement de mon sang.

On a appelé le frère chirurgien et j’ai senti quelque chose de froid au creux de mon coude et une odeur d’éther, je comprenais que l’on allait me prélever du sang et je n’aimais pas trop cela, mais je n’ai pas protesté. A mon grand soulagement une voix derrière moi a crié d’arrêter.
L’absence de la vue lors de ces épreuves a été pour moi un élément important, l’espace m’a paru insondable et ce lieu m’a semblé immense chaque son chaque obstacle devient disproportionné tout vibre et n’existe que dans cette vibration.

Dans le noir je n’ai pu me fier qu’à mon entourage à mon guide et aux voix. Il m’a fallu avancer, sans savoir accepter sans comprendre.
Cela me semble la chose la plus étonnante, la plus impossible pourtant je l’ai fait et je dois même ajouter que sur le moment je n’y ais même pas pensé je ne me suis jamais senti en danger.

A ce moment de la cérémonie, on m’a fait comprendre combien serait terrible la trahison du secret en me faisant boire un liquide amer et en me montrant la vision d’un homme couché par terre avec une tache sanglante sur la poitrine.
On m’a alors fait sortir pour me rhabiller.

A mon retour la lumière est venue face à moi chaque frère pointait une épée plus comme on tend une perche, un lien que comme on brandit une arme.
Je découvre ce lieu qui prend dimension humaine mais qui n’a pas perdu de sa magie les colonnes, le delta, le damier, les étoiles tout semble hors du temps.
Je pose un genou à terre et le choc du maillet sur l’épée du vénérable m’adoube apprenti franc-maçon.

J’ai un grand sentiment de fierté et la conscience d’être entré dans un monde nouveau.
Les mots secrets, les gestes sont les clefs de cette nouvelle maison.

Puis le discours (la planche) d’accueil du frère orateur, la chaleur des frères, les accolades comme si l’on s’était toujours connu ou en tout cas comme si l’on m’avait reconnu.
Je dois ajouter que si jusqu’à présent je n’avais pas montré d’impatience, aujourd’hui j’ai une soif de rester parmi vous et en ce lieu pour revivre chaque jour un petit peu de mon initiation.

A tous mes frères, merci.

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