Le Rituel #3216011 Le fil rouge du Rituel Auteur: G∴ D∴ Obédience:Non communiqué Loge: Non communiqué J’ai choisi ce midi de parler du rituel.Remarque préliminaire : aussi bien que nous ne disons pas actuélique comme dérivé d’actuel ou habituélique comme dérivé d’habituel, il ne convient pas de dire rituélique qui est un barbarisme dans la bouche d’un maçon traditionnel.Ayons le respect de la parole rituelle, c’est-à-dire prévue par le rite et n’oublions pas que le langage est un symbole qu’il ne nous appartient pas de modifier.Le néologisme est souvent un pléonasme, mais surtout une paresse ; pourquoi dire « solutionner » quand on doit dire « résoudre » et « clôturer » (ce qui signifie enfermer dans une enceinte) alors qu’il s’agit de « clore » les travaux.Cette précision apportée,Le Larousse dit que : « tout rituel a pour fonction principale de régler l’ordre d’une cérémonie ».Ordonner le chaos est déjà une fonction essentielle. Instaurer de façon formelle une coupure dans le temps profane en est une autre fonction.Il est très difficile de laisser ses métaux à la porte du Temple, quand on quitte ses occupations quotidiennes et ses soucis récurrents, pour rendre, instantanément son corps et son esprit disponibles au déroulement de la tenue.Les gestes, mots, postures, déplacements ordonnés par le rituel possèdent cette vertu, s’ils sont correctement reproduits et vécus, de nous aider à effectuer ce passage du profane au sacré.En d’autres temps, j’ai exposé une planche sur la posture corporelle en tenue.La juste posture corporelle à adopter, pour favoriser, lors des tenues, la plus grande attention au déroulement des travaux est la suivante :Les pieds bien posés sur le sol, les mains à plat sur les cuisses, le buste et la tête droite. Réaliser ainsi l’union du ciel et de la terre favorise la circulation des fluides et des énergies corporelles.Un second élément est l’observation de sa propre posture ; ayant occupé divers plateaux depuis des années, je me suis permis, discrètement quelques dérogations à la règle, masqué que j’étais par un meuble complice.Désormais couvreur, je me trouve exposé au regard de tous, mais il m’arrive encore de tomber dans des travers anciens quand mes articulations grincent un peu ou que mes muscles se fatiguent, et pourtant mon fauteuil est confortable. Je peux ainsi constater la qualité de mon attention et rectifier ma posture, car celle-ci, un moment relâchée me replonge dans les scories du profane, dans la prétention des jugements de valeur non encore expurgée, dans l’absence au temps précieux et sacralisé qui s’écoule sans moi, irrespectueux du travail exposé par un frère, ce que je jugerais scandaleux si c’était moi qui planchait.Pour l’anecdote, lorsque je deviens frère visiteur dans un autre atelier, je puis vous assurer que je suis particulièrement attentif à cette posture rituelle, par respect pour les frères qui m’accueillent, pour représenter dignement notre Loge et notre Ordre, et aussi, je l’avoue, pour tenter d’être un maçon rigoureux et exemplaire face à l’agitation qui règne parfois alentours ; que voulez vous, l’Ego a la vie dure !Chaque élément du rituel permet à chaque Frère de poser un acte individuel de présence effective physique et mentale qui concourt à la qualité globale de la tenue.« Rassembler ce qui est épars » dit le rituel ; effectivement quand nous arrivons au Temple, nous sommes tous épars chacun dans son vécu du jour et dans ses pensées.Cette unification et pas uniformisation que le rituel nous permet de créer en peu de temps est l’élément essentiel de l’harmonie qui va présider à la tenue.Comment ne pas sentir la protection que nous apporte la mise à l’ordre en nous unifiant dans nos différences ?Mais aussi en nous offrant une position stable et droite, bien campés sur nos pieds dans un équilibre de notre base, la main droite sous la gorge permet de réprimer tout mouvement passionnel, tout geste oratoire permis seulement à la main gauche qui finit par se calmer.C’est pourquoi, une assemblée de maçons s’appelle « une tenue » qui ne peut être comparée à une réunion publique, un meeting ou une conférence.Chacun a bien senti, lors de la chaîne d’union, combien nos présences et notre fraternité s’étaient densifiées et parfois même, combien l’émotion pouvait nous étreindre.Chaque frère ici présent, quelque soit son degré, s’est un jour trompé dans un pas ou un signe ; les officiers de la loge les ont repris pour que leur attitude se conforme au rituel.Bien sûr, le coupable est un instant confus de cette erreur, mais l’essentiel n’est pas là !Le rituel doit être scrupuleusement respecté, non comme un bon élève simplement discipliné, mais parce que ce rituel nous invite et nous aide à nous harmoniser intérieurement, ce qui est essentiel à notre parcours initiatique.Il y a des jours où nous sommes facilement perméables au rituel, d’autres où le profane nous retient encore fermement. Il y a des jours où nous nous demandons à quoi peuvent bien servir ou conduire ces gestes d’un autre temps ?Il y a même des jours où l’attitude d’un frère, un peu avachi ou somnolant peut nous choquer. C’est dans ces circonstances que nous devons affermir notre propre attitude avec la volonté et l’esprit fraternel d’aider ce frère un moment défaillant.J’ai trouvé un vieux proverbe auvergnat qui dit :« Ne compte pas sur les autres, les autres comptent sur toi », illustration de la place vitale de chaque frère pour notre groupe.Siun TSEU, sage chinois du IIIème siècle avant Jésus-Christ disait en effet :« C’est le bien faire qui crée le bien-être »Il ajoutait :« On gouverne à l’aide des rites et c’est par les rites qu’on éduque ».C’était déjà l’idée de Confucius pour qui : « la dignité d’homme s’acquiert grâce à la réflexion morale, librement pratiquée par un groupe d’amis ».Ce court espace-temps créé par le déroulement du rituel est une merveilleuse chance de pouvoir échapper au quotidien, non pour le renier, mais pour le remettre à sa juste place, sur son horizontalité, quand nous sommes invités à la verticalité et à nous reconquérir nous-mêmes, dans notre globalité.Notre essence humaine ne peut s’accommoder du monde absurde qui nous entoure. On ne peut concevoir un ordre initiatique sans rites, ni rituel ; celui qui accomplit le rite sort de lui-même et s’insère dans le rythme universel.Il n’est pas anodin de constater, dans l’histoire de toutes les civilisations, surtout dans celles qualifiées habituellement de primitives, combien les rituels de passages étaient essentiels à la structure et la pérennité des tribus.Combien de trésors de l’humanité ont été perdus par une christianisation débridée ou une colonisation aveugle.La légende d’Ulysse montre bien, qu’après 10 ans de pérégrinations sur tous les rivages du monde connu, le héros retrouve à Ithaque sa patrie, son foyer, son centre.Ce sont à ces voyages au pays des symboles que nous sommes invités dès le cabinet de réflexion où la symbolique occultiste est là pour nous rappeler que nous devons considérer ce passage dans la terre, comme le premier essai de transformation des vils métaux (c’est-à-dire nos défauts et nos tares) en or pur, c’est-à-dire en qualités maîtresses.Cependant, il ne faut jamais oublier que ce qui est aisément connaissable est de l’ordre du profane.Nous croyons tous savoir ce qu’est une règle ou un maillet.Gardons nous bien de cette apparente simplification ! L’initiation met en rapport avec ce qui est mystérieux et demande à être « senti », avant de se traduire en notions nettement intelligibles.Pour apprendre à penser activement, par soi-même et non en assimilant passivement la pensée d’autrui, il faut évoquer dans le silence une pensée que nous attirons des profondeurs de la terre, comme si elle nous venait par les pieds, d’où l’importance de la posture décrite plus haut.Quand nous pratiquons le rituel s’établit un phénomène d’interaction :comment le pratiquons-nous ?comment le rituel agit sur nous ?Il en est de même pour les planches que nous offrons à nos frères, sous couvert du rituel :comment avons-nous abordé le sujet traité ?comment ce sujet agit-il sur nous-mêmes ?Notre rituel rassemble quelques éléments essentiels des Traditions primordiales ; ne nous laissons pas distraire par un formalisme dont nous n’avons pas encore perçu le sens, mais contentons nous, ce qui n’est déjà pas si simple, de suivre avec rigueur son déroulement en jouant le jeu et en prenant le pari d’une vraie présence de chaque instant.Si aujourd’hui, nous sommes capables de lire ou d’écrire des textes harmonieux, c’est après avoir transpiré dans l’enfance sur des crayons indociles ou des phonèmes imprononçables.Le chemin tracé par nos rituels est de cette nature dans son apprentissage, mais nous laisse espérer bien plus que la lecture de notre journal préféré.Nos rituels sont des chemins tout tracés qu’il importe sans cesse de parcourir dans tous les sens, car notre vécu et notre regard sur eux se modifie au fil du temps et de la pratique, nous ouvrant sans cesse de nouvelles pistes de réflexion, de découvertes et d’approfondissement. Comme une sorte de B à BA, il nous donne les éléments d’un alphabet dont l’acquisition patiente est la vraie clef de notre parcours initiatique.Comme l’écrivait Boris Cyrulnik : « les rituels rendent l’invisible présent ».J’ai dit. Remarque « in fine » : J’ai lu dans une revue le terme Zététique : Je voulais partager avec vous la définition qui y correspond : Enseignée par le philosophe sceptique grec Pyrrhon, au IIIème siècle avant notre ère, la zététique était le refus de toute affirmation dogmatique. Donc, mes F nous pratiquons ici la zététique ! Navigation des articles Planche Précédente "Le rituel" Planche Suivante "Le Roi et nous"