L'Oeuf - Les Oeufs
#3167008
L’Oeuf, du Sacré au Profane…
M∴ B∴

Oiseau fabuleux, originaire
d’Éthiopie et rattaché au
culte du Soleil, en particulier dans l’ancienne
Égypte
et dans l’Antiquité classique.
Le
phénix était une sorte d’aigle mais de
taille considérable; son plumage se
parait de rouge,
de bleu et
d’or éclatant, et son aspect était
splendide.
Il
n’existait jamais qu’un seul phénix
à la fois; il vivait très longtemps:
aucune
tradition ne mentionne une existence inférieure à
cinq cents ans.
N’ayant
pu se reproduire, le phénix, quand il sentait sa fin venir,
construisait
un nid de branches aromatiques et d’encens, y
mettait le feu et se consumait dans les flammes.
Des cendres de
ce bûcher surgissait un nouveau phénix.
C’est Hérodote qui a
évoqué pour la première fois cet
oiseau ; il en a
donné une version très originale: ainsi l’ancien
et le nouveau phénix
coexistent un moment : lorsque son père meurt, le jeune
oiseau quitte l’Arabie,
son pays d’origine, pour apporter au sanctuaire d’Héliopolis
le cadavre de son
père enveloppé dans un oeuf de myrrhe.
De
la re-naissance au renouveau de la vie et au printemps ,
il n’y a qu’un pas .
Le nouvel an , chez les Perses,
correspondait à l’équinoxe de printemps et
s’accompagnait de festivités à l’occasion
desquelles on colorait et on offrait
des œufs.
Chez les Romains , l’équinoxe
de printemps était voué au
culte de Cérès, les
Céréalies, qui duraient 8 jours.
La légende des œufs de Pâques ,
si elle ne peut être datée
précisément remonte en tout cas au Moyen- Age
pour
les chrétiens d’occident. On sait pourtant que , chez les
chrétiens coptes
d’Egypte, on avait , dès lesXe et XIe
siècles , l’habitude de s’offrir des œufs de
Pâques. La coutume pourrait alors
avoir été introduite par les croisés
à leur retour de terre sainte.
Au IVe siècle , l’Eglise
interdit la consommation des œufs pendant la
période pénitentielle du Carême ,
40 jours… Pour les conserver en reconnaissant les plus vieux des plus
frais ,
on les cuisait , on les peignait. Cette habitude est devenue une
tradition. Les
poules continuant de pondre , une grande quantité
d’œufs se trouvait ainsi non
employée.
C’est pourquoi on prit
l’habitude de les consommer en abondance à Pâques.
Dès le XIIe siècle , dans de
nombreux pays européens, les gens du peuple
s’échangeaient des œufs tout
simples, bénis à l’église.
Les nobles adoptèrent vite
cette coutume mais en s’adressant à des peintres , des
orfèvres , des graveurs
et ces artistes créèrent des « œufs
–joyaux » aux peintures délicates ,
décorés d’émaux ou de pierres
précieuses.
En l’an 1200, sous Edward Ier
d’Angleterre , on retrouve dans la comptabilité du palais
royal , la somme de
18 pences pour l’achat de 450 œufs qui devaient
être peints à la feuille d’or
avant d’être distribués à la famille
royale.
Quant à la surprise contenue
dans l’œuf, c’est une tradition qui remonte au XVIe
siècle et certaines sont
même passées dans l’histoire : c’est le cas de la
statuette de Cupidon enfermée
dans un énorme œuf de Pâques offert par
Louis XV à Madame Du Barry ou du
brûle-parfum trouvé par Catherine II en 1770.
On raconte qu’en France , le
plus gros œuf du royaume qui était pondu pendant
la semaine sainte revenait de
droit au roi…l’histoire ne dit pas comment était
organisé le concours!
Après la Révolution , la
tradition des œufs de Pâques perdure dans d’autres
cours royales et trouve un
développement exubérant à la cour de
Russie .Le paroxysme « pascal »
sera atteint par les réalisations du très
célèbre bijoutier Fabergé.
En 1884 , le tsar Alexandre III
lui commanda un œuf de Pâques. L’œuf en
or émaillé de blanc contenait une poule
miniature. Fabergé devint le fournisseur officiel de la cour
et réalisa 44 œufs
pour le tsar et son fils Nicolas II.
C’est en Europe de l’Est que la
tradition des œufs décorés est encore
la plus vive. Ils s’offrent pour Pâques ,
bien sûr, mais aussi lors des mariages ou naissances .Le
« Pyssanka » ,
comme il s’appelle, est décoré de symboles :
étoiles, soleils, svastikas,
cercles, croix, triangles, ondulations…
Les œufs de Pâques étaient
autrefois peints dans des décoctions de plantes et le rouge
,couleur la plus
utilisée , symbolisait le sang du Christ mais aussi
l’énergie vitale.
Ce symbolisme est tellement
fort qu’actuellement , dans certaines contrées d’Europe
centrale , on continue
à enterrer des œufs dans les labours pour
favoriser une bonne récolte.
Il est aussi symbole de
prospérité dans la population des « A-Khas » du
nord Laos:si on rêve
qu’une poule pond plusieurs œufs, c’est une promesse de
richesse prochaine !
Pour terminer par un peu
d’humour, je ne résiste pas à l’envie de vous
raconter l’œuf de Christophe
Colomb!
« Au cours d’un repas ,
certains convives auraient demandé à Colomb
comment lui seul avait fait la
découverte des nouveaux territoires, là
où personne ne pensait qu’il y en
avait.
Pour leur répondre , il
aurait alors demandé aux convives comment faire tenir un
œuf en équilibre sur
une table.
Devant l’impossibilité de
tous à faire tenir l’œuf debout, Colomb aurait
aplati l’une des extrémités de
l’œuf sur la table, puis l’aurait posé en disant
ironiquement : »c’est
facile , il suffisait d’y penser... »
Moi , j’y suis arrivée…sans
rien casser!
(apporter un œuf décoré et son
support)
Pour
revenir à des propos plus sérieux , on pourrait
aussi évoquer la
symbolique liée à la consommation des
œufs : dans le repas de la Pâque juive,
le sixième récipient de nourriture
posé sur la table contient un œuf dur, cuit
dans les cendres ,en signe de désolation. L’œuf
est un aliment mangé en signe
de deuil.
Et comment ne pas associer
l’œuf au confort douillet du nid ,au repos de la maison
,à la chaleur de
la mère…Au sein de la
coquille ,il y a l’être potentiellementlibre et l’être prisonnier.De
cette douce sécurité , le vivant aspire
à sortir : le poussin brise sa coque protectrice…
A l’image de notre vie
…confort bourgeois ou aventures pleines de défis ,
introverti ou extraverti?
Et à nous, Francs- Maçons,
quels symboles l’œuf peut-il nous suggérer ?
Notre Temple n’est-il pas un
nid protecteur et un tombeau tout à la fois ?
Quand le postulant entre dans
le cabinet de réflexion, ne se prépare-t-il pas
à mourir à la vie profane?
Et ne renaît-il pas quand ,
apprenti, il reçoit la lumière ?
Nous passons par la trinité
osirienne, le sacrifice pascal , nous aussi…
Nous avons choisi de devenir
libres, nous sommes sortis de l’œuf profane et nous avons
pris le risque de ce
voyage sans fin qui est celui de notre chemin intérieur…
Dans cette période de renouveau
, où l’énergie vitale nous redonne des forces ,
travaillons seuls et ensemble à
faire naître une pépite de l’or de « l’enfant de la
philosophie » que
nous rêvons , comme les alchimistes, d’approcher…
D’abord trivial , l’œuf m’a
emmenée dans un monde symbolique , maçonnique et
profane qui peut être élargi,
éclairé par d’autres lumières…
Et la plaisanterie de l’œuf et
la poule m’a conduite vers de vrais problèmes sur les
relations entre les
sciences et le divin…sans oublier le statut de la liberté
éducative dans des
pays où le dogme religieux prend le pas sur la
vérité scientifique
avérée…
Je compte sur vous , mes sœurs
et mes frères pour enrichir le début de cette
réflexion.
J’ai dit , Vénérable Maître.