La Perpendiculaire
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La Perpendiculaire
Non communiqué
Architecte de mon propre temple, m’efforçant à l’aide du maillet, du ciseau et du fil à plomb de travailler ma pierre brute et de creuser en moi-même pour y trouver un autre homme que celui qui vous parle et qui, au fil de ces nombreuses années déjà passées, a surtout été fait par et pour les autres, je suis conscient de mon imperfection et de ce « presque chaos » qu’a été la vie de l’Homme sans chemin.
Cependant, ferme dans ma volonté, je ne doute ni de la persévérance de l’Homme en marche ni de l’existence de la Lumière, but de mon voyage.
La Franc-maçonnerie et bien sûr notre Rite sont bâtis sur une vaste symbolique dont la fonction, derrière la réalité immédiate de l’objet, est d’élargir les champs de conscience du Cherchant, de lui permettre de déambuler à travers les différents niveaux du réel qui ont façonné sa vie et, lui ayant permis de rassembler ces extrêmes dans une même vision, de lui servir de phares dans les Ténèbres qui l’entourent.
Ainsi, Apprenti j’aime particulièrement ce symbole de la perpendiculaire qui, le long de son axe, m’incite à contempler tout à la fois mon passé et un présent qui lui est encore trop proche, les progrès que je peux faire aujourd’hui et aussi ce futur, que je veux plus lucide, plus maîtrisé, plus élevé.
Je n’ai pourtant vu pendant longtemps dans ce bijou porté par le second surveillant qu’un strict outil de rectitude.
Un plomb raidissant un fil.
La symbolique du fil et du plomb m’échappait alors :
–ce fil qui, bien sûr, attache mais qui sert aussi de lien entre les hommes, les expériences – le fil d’une vie … –et qui peut servir de guide : qui ne connaît le fil d’Ariane ?
–et ce plomb, métal à la densité presque douloureuse – des années de plomb … -, mais aussi base la plus modeste d’où l’on puisse initier une évolution positive : pour essayer d’obtenir de l’or n’a-t-on pas longtemps utilisé le plomb ?
Puis, persévérant dans ma tentative de compréhension, une flèche abstraite, sorte d’évidence presque négative indiquant la direction du sol et de forces obscures, s’est imposée.
Pourtant, avec cette abstraction, une partie du chemin seulement était faîte et je vidais en fait de son sens le symbole pour n’y voir, sans m’en rendre compte, qu’un signe, celui du passé, celui de l’Homme ancien et dégradé.
Cependant mon Rituel me dit que « la perpendiculaire est le symbole de la solidité des ouvrages maçonniques, qui doivent être élevés exactement sur leur base. »
Et je sais que nous, Francs-maçons en nos loges, sommes la réplique, jamais terminée, du Temple que Salomon éleva à la gloire du GADLU.
Et je sais que, tout comme nos loges, notre propre Temple intérieur possède des dimensions de caractère cosmique, dont la symbolique finale est de donner à la Franc-maçonnerie une ampleur universelle et de n’imposer à l’Homme aucune limite à son cheminement dans son élévation personnelle.
Apprenti, j’ai compris que, de l’Occident vers l’Orient, mon âge symbolique m’indique déjà une évolution car j’ai « trois ans passés » :
–j’ai trois ans car, de profane il a fallu que je meure pour renaître Franc-Maçon ; et Apprenti je symbolise cette mise en marche de l’Energie créatrice du chiffre 3.
–j’ai trois ans passés car la vraie renaissance est dans le travail de l’Apprentiprogressant vers la Lumière, de l’Occident vers l’Orient et se trouvant ainsi, déjà, en marche vers un nouvel âge.
Cherchant, j’ai découvert ces deux plans opposés, dans lesquels j’ai voyagé, cette bipolarité de chacune des trois épreuves initiatiques :
–à la fois possible élévation de l’Homme libéré, régénéré, apaisé et confiant, ayant accédé à un niveau de conscience nouveau,
–et chute, destruction douloureuse de celui qui reste dans l’erreur et l’égarement.
Ainsi en est-il du feu qui « consume la corruption et dévore l’être corrompu. »
Le feu purifie tout ce qu’il touche, donne aux Apôtres la lumière de l’Esprit Saint et aux Hommes, par étincelle, un peu de lucidité ou d’intelligence.
Mais le feu les détruit aussi, les punissant en leur donnant sur la matière des pouvoirs qu’ils ne maîtrisent pas et les condamnant pour l’Eternité à brûler dans une chaleur mortelle qui n’éclaire pas.
Ainsi en est-il de l’eau qui « lave et purifie en dissolvant les choses impures mais qui recèle leurs influences néfastes et les principes de putréfaction. »
L’eau permet la vie, porte l’enfant encore à venir, sauve l’Homme assoiffé à la source miraculeuse du désert ou de son baptême.
Mais l’eau accélère aussi la chute des constructions aux mauvaises fondations comme le Déluge élimina l’Homme déchu et déraisonnable.
Ainsi en est-il de la terre qui « donne la vie au grain mit en elle mais en accélère la putréfaction si son germe est altéré. »
La terre est notre Gaïa originelle, prolifique, mère de tout, qui rend les berges des fleuves et les flancs des volcans fertiles.
La terre est la poussière qui fit Adam et cette poussière notre forme terminale.
La terre est parfois sacrée et alors elle fait traverser le Monde aux Hommes qui la cherchent.
Mais la terre est aussi une prison affreuse pour l’Homme enseveli vivant comme l’Homme en proie à ses pulsions primaires s’enfonce dans sa propre boue.
Je mesure donc que l’élévation comme la chute sont tous deux en moi.
Je suis face à moi-même, conscient de mes manques, jeune initié ayant traversé le rideau du trop humain et encore au seuil de la découverte et de l’ouverture.
Dans le silence que m’impose ma condition je ne peux me mentir et aux forces qui m’entraînent vers hier, mon passé et ses habitudes, vers le bas, vers l’Occident, l’inspiration me désigne la perpendiculaire qui permet de déterminer une base solide sur laquelle s’inscrira ma prise de conscience puis mon élévation, vers l’Orient.
Ainsi l’Homme en marche doit perpétuellement utiliser cette perpendiculaire pour s’assurer que la construction de son temple intérieur se fait sur des bases solides.
Ainsi, le guide que constitue le Second surveillant pour les Apprentis Francs-Maçons arbore-t-il le symbole de la perpendiculaire.
Si le rite éduque l’Homme, le symbole l’aide à trouver sa place dans l’Univers et indique au Maçon les directions qu’il doit prendre pour évoluer.
Je vois donc dans la perpendiculaire un outil traduisant la volonté de l’Homme de sortir du néant en se construisant sur des bases solides.
L’animal debout et droit est devenu l’Homme.
Et contemplant nos cathédrales, je ne peux m’empêcher de penser qu’elles constituent l’une des illustrations, aussi bien technique que spirituelle, les plus abouties de ce processus.
Chef œuvres de l’inspiration et de la création humaine dans lesquels, hier, aujourd’hui et demain, l’art des ouvriers et des architectes dans toute son excellence est mis au service de la spiritualité par l’expression de la beauté, car édifiés sur des bases solides à l’aide de la perpendiculaire.
J’ai dit Vénérable Maître.