La lettre G, négation même du langage symbolique ?
P∴ M∴
Je crois pour ma part que ce grade
est très « fort ».
Mais que ses potentialités sont très mal mises en
valeur par beaucoup de Rit, qui me semblent, à moi aussi,
très « faibles »
(et aussi particulièrement verbeux) – peut-être
parce que leur exploitation nécessiterait une meilleure
connaissance de la maç opérative que celle en
général détenue par les FM ?
Par contre, les considérations sur les différents
mots commençant par la lettre G me paraissent souvent dignes
de Monsieur Prudhomme ; personnellement, je les ressens comme la
négation même du langage symbolique, qui doit
parler directement sans avoir besoin de longues justifications
rationnelles (le langage rationnel est une voie de connaissance ; le
langage symbolique en est une autre, PARALLELE. Mais par
définition, les parallèles n’ont pas de point
commun et ne peuvent se rencontrer : ici, il me semble qu’on tente de
les faire se recouvrir).
La recette est simple : prenez le dictionnaire d’une langue
donnée, choisissez-y 5 mot (nécessairement pas
les mêmes que dans une autre langue) commençant
par G et dont l’allure soit suffisamment
ésotérique, liez à la sauce
maçonnique, délayez abondamment et servez
tiède. Vous avez dit : symbolisme, langage universel ? Ou G
comme Galimatias ? Je n’ai en tout cas rien trouvé chez
Anderson qui justifie, ou fasse référence
à, une telle logorrhée…
Comment en sommes-nous arrivés là ? Pour le
comprendre, j’ai consulté quelques anciens Rit et vous fais
part de ce que j’ai pu y relever : 1-Dans un manuscrit de 1784
intitulé « La vraie
Maçonnerie des hommes et des femmes ou cours complet de
l’adoption des femmes en trois grades suivie d’un corps de
Maçonnerie des hommes », (il
est à noter que dans ces textes la
différentiation entre 2e et 3e est encore
incomplète, certains éléments
actuellement au 3e étant encore au 2e et certains
étant encore repris dans les deux à la fois), on
voit apparaître (« Pourquoi vous
êtes-vous fait Comp? » –
« Par rapport à la lettre G »)
la lettre G (située « au milieu
de l’étoile flamboyante » –
qui, au 3e, « représente celle
qui guida les 9 Maîtres pour découvrir le corps
d’Hiram »). Elle signifie : – au 2e,
« Géométrie ou
cinquième des sciences … parce qu’elle est la base de
l’Art royal dont nous faisons profession »
– au 3e, « Geova ou plus grand que
vous » (écriture inhabituelle
de Jéhova, qui permet de contourner astucieusement le
problème de la traduction de « God »).
Il me semble évident que nous sommes encore ici dans la filiation directe d’Anderson : rappelons-nous la première phrase des Constitutions : « Adam, notre premier ancêtre, créé à l’image de Dieu, le Grand Architecte de l’Univers, dut avoir les sciences libérales, particulièrement la Géométrie, inscrites dans son cœur… ». « God » et « Geometry » sont donc bien chez lui des références primordiales; il me semble difficile d’attribuer à autre chose qu’au hasard le fait que dans sa langue elles aient la même initiale G (lui-même en tout cas ne verse dans aucune considération sur ce fait).
2-Dans le « GUIDE DES MAÇONS ÉCOSSAIS ou CAHIERS DES TROIS GRADES SYMBOLIQUES DU RIT ANCIEN ET ACCEPTÉ » (ÉDIMBOURG, 1806-1811), nous trouvons le texte suivant : « Considérez cette étoile mystérieuse…elle est l’emblème du GENIE qui élève aux grandes choses ; elle est aussi le symbole de ce feu sacré, dont le GADLU nous a doués… Le delta que vous voyez tout resplendissant de lumière, vous offre deux grandes vérités, et deux sublimes idées. Vous voyez le nom de Dieu comme source de toutes les connaissances et de toutes les sciences ; il s’explique symboliquement par géométrie… ».
3-Dans un Rit (1843) de la R L « le Progrès de l’Océanie » à l’Or D’Honolulu, on lit : « …On voit briller une étoile dont les 5 pointes figurent les sens … On voit au milieu la lettre G qui signifie Géométrie, l’une des sciences le plus élevées qu’ait produites le génie de l’homme. C’est pourquoi je vois encore dans cette lettre le symbole par excellence de l’intelligence suprême, en hébreu (suit un sigle hébraïque, représentant sans doute Jéhova)… Elle est aussi la figure de l’âme universelle qui placée au centre de tout ce qui existe y entretient la vie et le mouvement… ».
4-Le « Rituel des trois premiers
degrés de la FM écossaise » (1877) du
Suprême Conseil pour la France du REAA spécifie
dans son « Instruction au 2e
degré » que :
« …on voit briller à l’Est
une étoile dont les cinq points figurent les sens ; elle se
nomme l’Etoile Flamboyante… On voit au milieu la lettre G, qui
signifie Géométrie, l’une des sciences les plus
élevées qu’ait produites le génie de
l’homme. C’est pourquoi je vois encore dans cette lettre le symbole par
excellence de l’intelligence humaine… ».
On remarque comme différence la suppression de toute
référence divine.
Dans tous les textes mentionnés ci-dessus, aucune
référence à d’autres
interprétations de la lettre G : celles-ci ne viendront que
plus tard. Sous réserve d’autres
éléments que vous apporteriez – c’est un des
intérêts de cette liste de permettre de confronter
nos documentations – l’apparition des « 5G
» ne semble donc pas antérieure à la
fin du XIXe. Ces différents éléments
me semblent confirmer l’opinion de notre F Maxime : Les
compléments, comme Gnose, Gravitation,
Génération, Génie etc. sont tardifs.
On pourrait conclure de tout cela à une « pollution »
– ou un « enrichissement »,
selon le point de vue qu’on adopte -, au XIXe, de l’aspect
(répondant à l’esprit classique)
spéculatif original, basé sur la
conceptualisation symbolique du travail opératif, par un
aspect « ésotérique »
et « gnostique ».
L’origine de l’étoile pentalpha semble être pythagoricienne, elle portait alors en son centre le Gamma (qui avait la forme d’une équerre) c’est-à-dire l’initiale de « gnoti seauton » traduit par « Connais-toi toi-même ». Transcrite en caractère latin comme suit : G, elle est composée d’un cercle (tracé au compas) et d’une droite (tracée à la règle) elle utilise les deux seuls instruments de la géométrie. D’autre part le « voyage » qu’elle suggère, est sinistrogyre et ramène selon le rayon au Centre.
A vos méditations…Très Fraternellement,