La Franc-Maçonnerie du Futur
Non communiqué
La Franc-maçonnerie d’aujourd’hui est victime de son succès. Les idées qu’elle a propagées depuis sa fondation moderne se sont répandues et constituent la base des conceptions politiques, sociales, morales qui régissent une grande partie du monde, spécialement l’hémisphère occidental. La franc-maçonnerie est à l’origine de l’universalisme qui évolue aujourd’hui en globalisation. Elle propage des idées de fraternité et de tolérance qui ne constituent plus, en ce jour, son monopole. Elle se rattache à la Tradition universelle qui est aujourd’hui de plus en plus connue, en raison de l’engouement actuel pour l’ésotérisme, devenu possible à travers la diffusion du livre et du plus grand accès à la culture des masses.
Grâce aux nouveaux moyens de communication qui
se sont particulièrement développé ces
dernières années, la conception d’un
seul monde gagne du terrain. Ceci va également dans le sens
des idées de la FM.
Notre ordre a donné à
l’Humanité un menu idéologique
gigantesque. Du coup, ses idées se sont en quelque sorte
banalisées. Elles n’appartiennent plus en propre
à la Maçonnerie. Celui qui veut retrouver les
idées de la FM a le sentiment, en partie
justifié, qu’il peut les retrouver
ailleurs, partout ou prédomine l’esprit
d’ouverture, là où
l’enkystement est combattu.
Faut-il pour autant penser que la FM est une relique du
passé, que ses assises sont désormais
ruinées et qu’elle est à ranger dans
les Archives de l’humanité, comme tant de courants
grandioses, de religions, de philosophies qui ne sont plus
qu’un lointain souvenir ? –Nous ne le pensons pas
du tout, et voici pourquoi :
Tout d’abord, les idées sociales et politiques de
la FM, bien qu’ayant beaucoup avancé, ne sont
nullement—et ne seront
jamais—définitivement victorieuses. Comment
pourrait-on l’affirmer dans un monde ou quotidiennement des
gens innocents, souvent des enfants, font les frais d’un nationalisme
exacerbé, de l’intégrisme religieux, de
l’exploitation la plus
éhontée ? Il existe toujours un besoin
très grand pour que des « hommes
de bonne volonté »
représentant toutes les races et toutes les nations,
provenant de toutes les couches sociales, des hommes qui ne se seraient
jamais trouvés sinon dans l’esprit fraternel des
Ateliers puissent se réunir.
Deuxièmement, la FM utilise un symbolisme
basé sur l’esprit de construction. C’est
une idée vraiment moderne car toute notre civilisation est
basée sur le principe d’une oeuvre à
édifier.
Enfin, la FM seule parmi tous les courants de pensée fait la
synthèse entre l’idée de
progrès et le spiritualisme, entre
l’innovation et la tradition. A cet égard, elle
constitue un rempart sans pareil contre le matérialisme
envahissant, contre la force brutale.
Pour toutes ces raisons, nous sommes convaincus
qu’il est justifié de se battre pour que la
Maçonnerie universelle vive et prospère.
Nous nous posons la question : en a-t-elle les
moyens ?
Tout d’abord, la FM devra faire face à la
concurrence des nombreux courants
ésotériques ou prétendus tels qui
poussent aujourd’hui un peu par tout et qui ne partagent pas
avec elle le souci de discrétion pas plus que celui de
cohérence dans les doctrines et les rituels. Devant cette
vague de superficialité occultiste elle a
l’obligation de se poser comme un rempart. A ceux qui
voudraient en prendre connaissance pour devenir des adeptes,
à ceux qui en font partie, elle a l’obligation de
fournir un enseignement de qualité, le sens de la critique
et des nuances, loin de toutes les tentations obscurantistes, des
pseudo-vérités, de l’esprit sectaire.
Certes, la Franc-Maçonnerie est spiritualiste, certes elle
participe de l’idée que le visible n’est
pas la seule réalité mais, en même
temps, elle se revendique d’une pensée
très stricte qui ne laisse pas de place aux approximations
et au sémi-doctisme. Cette rigueur est à
rechercher et à approfondir, faute de quoi notre courant de
pensée risque de dégénérer
et finir par ne plus se reconnaître lui-même.
Cet esprit de rigueur, souvent en crise, doit s’accompagner d’un respect particulier pour la pureté de nos rituels. L’identité—et donc l’existence même de la FM—en dépend. Il a été question d’un « dépoussiérage » de ces rituels, par exemple en en éliminant les allusions à des châtiments cruels. Outre que ces passages ne sont contenus que dans certaines prises d’obligations, il serait imprudent de vouloir les réformer. Car, déjà, les frères ont une difficulté à affirmer leur identité et leur unité. Qu’en serait-il si, demain, il se trouvait des francs-maçons travaillant d’après les rituels « antiques » alors que d’autres adopteraient des rituels « réformés » ? La confusion et l’émiettement n’en seraient qu’aggravées. Les rituels maçonniques sont d’une richesse extraordinaire et, si l’on en considère tous les développements, une vie ne suffit pas à les comprendre. L’union de francs-maçons, leur réflexion, se fait sur la base des ces anciens rituels.
Si la FM doit se « moderniser », c’est sur d’autres points. Tout en restant fidèle à sa non-implication directe dans la politique (ce que ne pensent certains frères) l’Ordre doit éduquer ses membres, la ou ils se trouvent dans la vie profane, à agir dans l’esprit qui constitue la conviction morale profonde propagée dans les Loges. Les Francs-maçons se doivent d’être des chevaliers de la tolérance, de la fidélité, de l’esprit de construction, de l’ouverture à d’autres hommes et femmes de bonne volonté. Il faut que leur réflexion philosophique leur serve à quelque chose, qu’ils puissent se rapporter dans la vie courante à ce que l’activité en Loge leur a enseigné sous le couvert des symboles. Tout ceci sans esprit de clan, sans combines et copinages mais par la libre acceptation, et application, des principes qui sont les nôtres.
La « franc-maçonnerie d’affaires » est un désastre. Outre qu’elle n’engendre que peu de profits, elle est la source d’incroyables disputes et même de terribles inimitiés. Elle est une occasion pour perdre en route le message spirituel que nous amenons a monde. Aussi nous ne saurions assez déconseiller à ceux qui en subiraient la tentation de s’abstenir.
Solidaires entre nous et ouverts au monde : voici comment nous entendons approcher le siècle qui vient. Mais pour atteindre ces buts nous devons déjà essayer de porter des remèdes à ce qui ronge aujourd’hui la maçonnerie, des choses que tout le monde connaît, dont on parle à voix basse mais qui ne surgit presque jamais dans l’atmosphère feutrée de nos ateliers. On l’aura deviné, nous voulons parler des divisions intestines qui déchirent actuellement notre ordre.
Les Francs-maçons sont des êtres humains, et c’est sans doute à cause de cela que, très tôt dans l’histoire de l’Ordre, ont surgi des querelles, des anathèmes mutuels, des exclusions. Il y a lieu, toutefois, à considérer un point remarquable : quand les frères se sont séparés, ils ont tenu toutefois à conserver leurs rituels. Ceci montre combien fécondes sont pour l’esprit les idées et la symbolique maçonniques. Dans des obédiences qui n’entretiennent pas des relations on pratique les mêmes rituels, on véhicule les mêmes significations. Ceci oblige à au moins une conclusion : ce qui divise les frères est moins important que ce qui les rassemble. Ceci semble un bon présage pour l’avenir.
Il faut cependant savoir garder la tête froide. La tentative de faire tomber les frontières entre obédiences, à réunifier une FM qui, en fait, n’a jamais été totalement unie serait vouée à l’échec ; pire encore, elle constituerait une perte d’énergie sans fin pour ceux qui s’impliqueraient dans une telle action. Il faut accepter l’évidence historique de la séparation des francs-maçons.
Il est plus difficile, par contre, de faire admettre
aux frères, en particulier aux jeunes qui souvent
entrent en maçonnerie attirés par le principe de
Tolérance qu’une association qui inscrit ce
principe, la tolérance, parmi ses règles
fondamentales puisse pratiquer une forme d’exclusion qui
consiste à se conduire comme si « les
autres » c’est-à-dire les
obédiences non-reconnues n’existaient pas.
L’ignorance réciproque est pire que les
querelles et les escarmouches idéologiques. Il est
impératif qu’on oublie les conflits historiques qui ont
conduit aux excommunications mutuelles. Ceci pourrait se traduire, au
minimum, par la réception des frères appartenant
à des obédiences autres, en leurs grades et
qualités, aux tenues maçonniques. Le principe
qu’il n’existe que des obédiences
« amies », pour autant qu’elles
soient régulières, devrait être
accepté comme un point de départ, tout en
soulignait la nécessité que
l’émiettement de la FM ne se poursuive pas.
De même, il est impossible, dans le monde d’aujourd’hui,
d’ignorer le rôle qu’y jouent les femmes.
Présentes dans la maçonnerie dès le
XVIIIème siècle, sous la forme des
« Loges d’adoption » les femmes
constituent aujourd’hui des organisations très dynamiques,
les Grandes Loges Féminines, qui attendent toujours une
reconnaissance officielle de la part de bien
d’obédiences masculines. Il ne suffit pas qu’elles
soient inofficiellement tolérées. La question de
la mixité (hommes et femmes) des ateliers
maçonniques est discutable, encore que le travail fourni par
de telles formes d’organisation soit tout à fait valable. De
même que dans les autres cas, les visites mutuelles doivent
être possibles, avec une réception ès
grades et qualités.
Pour conclure, la Franc-maçonnerie du futur devrait, pour être véritablement attractive et ne pas donner l’image d’une organisation désuète minée par ailleurs par des conflits intestins, liquider ses contradictions internes, faire preuve d’esprit d’ouverture en reconnaissant tous ceux et toutes celles qui pratiquent les mêmes rituels et acceptent ses choix idéologiques fondamentaux.