Le Mythe d’Hiram
Non communiqué
Ou un raccourci pour comprendre l’essentiel ! Mythe est le nom de tout ce qui existe et ne subsiste qu’ayant la parole pour cause…disait le poète Paul Valéry.
Lorsque Jung intitulait un de ses livres « L’Homme à la découverte de son âme » il sous-entendait que le monde moderne, en crise depuis sa rupture des profondeurs avec le christianisme, est en quête d’un nouveau mythe, qui seul lui permettra de retrouver une nouvelle source spirituelle pour lui rendre des forces créatrices.
Certains thèmes mythiques survivent encore dans les sociétés modernes, mais ils ne sont pas facilement reconnaissables, car ils ont subi un long processus de laïcisation. Dans tous les psychodrames, il est dit que la Joueuse est la vie et la Faucheuse est la mort, annonce sournoise et sourde de l’irrévocable qui guette au loin dans la froideur de l’éternité et joue sa coquette, avant d’arracher, sans cri ni chuchotement son dû à l’insu de tous. Après cette métaphore sur la condition humaine et, avant de parler de la légende et d’en rechercher les origines, tentons de situer le personnage.
La source vraisemblablement la plus sûre concernant le Maître fondeur et non-architecte comme certains auteurs le dit, se trouve dans le premier livre des Rois au chapitre VII verset 14. En substance on lit : C’était le fils d’une veuve de la tribu Nephtali mais son père était un tyrien, artisan en airain. Il était rempli de sagesse, d’intelligence, de science pour faire toute œuvre en airain. Il vint donc chez le Roi Salomon.
Il semble donc que le livre des Rois, s’appuyant sur des anales officielles, possède un poids historique indéniable. Une fois faite cette tentative d’identification du personnage le plus important reste à faire, soit retrouver les racines profondes de la légende. Dans le premier livre des Rois, c’est-à-dire le personnage proprement historique, il n’y a qu’une apparition furtive dans les anales des Rois d’Isaël et de Juda et il n’est à aucun moment fait mention de l’assassinat et de la résurrection du Maître fondeur, lequel, après avoir mené à bien le travail qu’il venait de faire chez Salomon, s’en retourna dans son pays et disparaît de l’histoire.
Ainsi, dans ce que la légende d’Hiram a suscité, on constate qu’elle a été considérablement embellie au cours des siècles grâce à la tradition orale et, selon certains auteurs, grâce à l’intervention des rose-croix. Est-ce dire que la légende centrale de notre Ordre n’est qu’un beau conte de fées construit de toutes pièces pour les besoins de la cause sur un personnage sans grand relief ? Je ne le pense pas, car la pérennité de cette légende est due à une raison bien simple, la passion, la mort et la résurrection d’Hiram, un archétype dont les origines remontent probablement à l’aube de l’Humanité. C’est d’ailleurs, un archétype que l’on retrouve dans la plupart des traditions qui ressurgit avec chaque civilisation et ne citer que la tradition chrétienne, le RIG-VEGA, Zarathoustra, le Dionysos des Grecs et ses mystères d’Eleusis, les Mayas etc.
Pour en revenir à la
légende d’Hiram, elle n’est
qu’un dérivé ou une
résurgence de celle d’Osiris des
mystères antiques égyptiens, où
après trois jours au cours desquels le candidat
était purifié et éprouvé,
il était mis en catalepsie et placé dans un
sarcophage vide dans la pyramide où avaient lieu les
initiations. Ne lit-on pas que l’initiation
maçonnique a été copiée sur
celle des mystères inférieurs. Le
troisième degré était
employé depuis des temps immémoriaux, tant en
Egypte qu’aux Indes et son souvenir se retrouve
jusqu’à présent dans toutes les Loges
sous le nom de
« Mort et Résurrection
d’Hiram Habiff, le fils de la Veuve ».
En Egypte, ce dernier était appelé Osiris, aux
Indes Lokachakshou et le rite portant partout le nom de : « Porte
de la Mort ». En faisant une petite
parenthèse sur le « Fils de la Veuve
» Gérard de Nerval nous dit que la Reine de Saba
s’étant mariée secrètement
avec Hiram, avait regagné enceinte ses Etats
d’Arabie. Cela inquiéta les Abyssins qui veulent
que leur aristocratie descende du Roi Salomon lui-même, par
la Reine de Saba.
Ce serait pour cette raison que les Francs-Maçons se donnent le qualificatif de fils de la Veuve, par allusion au Maître Hiram dont ils se prétendent les fils spirituels. Par conséquent, il se trouve toujours des Ordres secrets pour sauvegarder la vérité universelle et en définir les bases pour que l’Homme futur puisse savoir et que, par cette connaissance de la Vérité, il puisse se libérer de l’asservissement aux siècles précédents. Ainsi, il existe un niveau de compréhension plus élevé, une lumière plus éclatante qui, lorsqu’elle est perceptible par la conscience, transforme et élève cette conscience vers une essence spirituelle incorruptible. C’est le début du processus par lequel l’Homme mortel accède à l’immortalité.
Maintenant, si nous abordions le coeur du mythe, soit la légende de la Parole perdue, archétype universel qui plonge ses racines dans la nuit des temps. Peut-être remonte-telle aux Atlantes, car on la retrouve entre autres chez les Mayas et En Egypte avec le mythe d’Isis et d’Osiris et plus près de nous dans le mysticisme juif. Et alors, quelle est cette parole, la clé du secret maçonnique ou autrement dit, la compréhension de ce qui reste inintelligible aux profanes et aux initiés imparfaits ? Ou, comment cette parole s’est-elle perdue ? Par les trois grands coups que portèrent à la Tradition vivante de la Maçonnerie par trois compagnons indignes et pervers ! Je passe sur la façon dont elle a été retrouvée, mais relevons simplement que le mot de substitution qu’est Mac Benac signifie : « Fils de la Putréfaction » et que Mohabon pour les théories dissidentes, signifie « La chair quitte les os ».
Le Sifra Lévitique enseigne que la Tora fut donnée sur le Mont Sinaï en 40 jours et 40 nuits à Moïse (par ailleurs aussi un grand initié égyptiens) qui l’a transmise à Josué, il est facile de retrouver ici, comme dans la légende d’Hiram, l’initiateur éternel, le Logos de la doctrine platonicienne, le mot grec que l’on traduit par « verbe, parole, raison » se rapporte en réalité à la lumière intellectuelle incréée et antérieure à toutes choses. Rappelons à ce sujet que, si dans certaines Loges, le serment maçonnique se prête sur l’Evangile de St.-Jean, il débute ainsi : « Au commencement était le verbe, et le verbe était avec Dieu ; et le verbe était Dieu. Toutes choses ont été faites par lui, et sans lui, rien de ce qui a été fait n’aurait été fait. En lui était la vie, et la vie était la lumière des Hommes. Et la lumière luit dans les ténèbres, mais les ténèbres ne l’ont point reçue… »
Nous retrouvons là le mythe du verbe créé et incréé, ce qui fait dire que nos rites et symboles nous sont parvenus sous la forme de superstitions, c’est-à-dire de survivances conservées avec piété alors que nul ne pouvait en fournir une explication logique. Or, le passé ne nous a pas encore livré tous ses secrets et mérite d’être étudié dans celles de ses survivances qui nous déconcertent le plus en se rappelant que les croyances populaires fournissent de précieuses indications que le Maçon ne doit pas négliger s’il veut retrouver la Parole perdue. Il est un fait que la Parole sera pour les humains le moteur le plus puissant de leur destinée, d’avantage que l’action elle-même. Par conséquent, le mythe de la Parole perdue, concept retrouvé sous forme de substitut, joue un rôle important dans la Franc-maçonnerie.
En conclusion de cette parenthèse, peu importe ce qu’était cette parole, peu importe comment elle a été perdue et enfin où et quand la Parole perdue a été ou sera retrouvée ! Le seul élément du mythe à considérer est son interprétation. En considérant l’idée abstraite de la Parole perdue et retrouvée, on peut dès lors la concevoir comme le symbole de la vérité et ses avatars et par l’intérim de la parole de substitution, les composantes d’une symbolique mythique qui représente la recherche de la Vérité. Mais à côté de cette interprétation générale, on peut également concevoir la Parole perdue et retrouvée comme un symbole vers la Lumière et la Vérité. Dans ce mystère, les trois compagnons tiennent le rôle capital. En maçonnerie, quand un Compagnon devient Maître, il apprend que trois Compagnons ont commis un crime irréparable en blessant à mort le Maître Hiram.
Mais qui sont ces trois compagnons et quelle est leur responsabilité dans ce drame ? Nous les désignerons symboliquement comme étant l’Ignorance, le Fanatisme et l’Ambition. Ces trois attitudes humaines que dans nos Loges nous cherchons à dominer, ont été et seront toujours nécessaires à l’Homme pour qu’il puisse apprendre à travers elles, à vaincre sa propre nature et avancer sur le chemin des mystères et la perfection.
L’ignorance : Ce défaut général de connaissance, ce manque de savoirs est redoutable quand l’Homme s’abandonne à elle.
Le Fanatisme : le deuxième compagnon, allié à l’ignorance ne peut qu’amener douleurs et peines dans la vie de celui qui est sous son emprise car, aveuglé par une passion qui le pousse à des excès, il sera sourd à tout appel de la raison.
Le Troisième compagnon représente l’Ambition sous son aspect le plus négatif et le plus borné, le plus dangereux aussi lorsqu’il prend des formes les plus élaborées et plus insidieuses. Une de ses formes virales bien que parfaitement ridicule et révélatrice du manque de maturité et de réalisation de soi-même, se rencontre assez couramment en Franc-maçonnerie et se nomme la CORDONITE. Enfin, les défauts symbolisés par les trois compagnons coupables ont été indispensables au drame d’Hiram, car sans eux, cette dernière initiation, celle qui doit permettre l’accès à un plan de conscience supérieur, n’aurait pas eu lieu et se rappelant que les puissances impures sont donc utiles à ce travail d’alchimie spirituelle.
Pour édifier votre savoir, je vous renvoie au mythe de Prométhée dérobant le feu divin des forges d’Héphaïstos pour le mettre au service des humains et ainsi faire allusion à ce feu de la Connaissance qui brûle les scories de l’ignorance et qui exige à celui qui veut s’en servir, des purifications de plus en plus subtiles du mental et de l’esprit car nul ne peut approcher le feu de la Connaissance s’il n’a pas dominé les défauts symbolisés par les trois mauvais compagnons. Ce qui me fait dire, que si ces trois mauvais ouvriers ne sont, pour beaucoup de francsmaçons, que de simples personnages du drame vécu par Hiram, ils représentent en fait, les épreuves que le Maçon doit affronter seul. Tout initié s’est toujours retrouvé seul au moment des épreuves lui permettant d’élargir, s’il parvenait à les surpasser, son état de conscience car la légende d’Hiram correspond en tout état de cause à la formule du Frère Goethe « MEURS ET DEVIENS ».
En outre, le mythe d’Hiram est semblable à maints égards à celui de Maître Jacques du Compagnonnage ou à celui de Christian Rosenkreutz des rosicruciens et, si ces légendes ont été mises en vigueur sur des thèmes judéo-chrétiens, n’était-ce pas pour bénéficier de l’impunité des dogmatiques chrétiens. En définitive, la légende d’Hiram correspond à l’antique spiritualité celtique dont descendent les constructeurs européens. De toute manière, nous savons bien que la légende d’Hiram est une résurgence et que, le grand fleuve souterrain universel donne naissance à mille et une rivières dont le nom est différent suivant l’endroit où se trouve la source. Le plus important demeure néanmoins que la Franc-Maçonnerie s’étant incorporé depuis les années lumières un message universel dont l’origine remonte à la nuit des temps est virtuellement la dépositaire de la Parole qui, crée, perdure. Il importe peu si les FF, instruments de cette survivance n’en ont pas conscience.
La recherche d’une origine historique au mythe en général serait forcément vouée à l’échec au même titre que de chercher qui fut l’inventeur de l’équerre et du compas. La seule différence entre ces deux piliers de la pérennité du travail initiatique tient uniquement aux places qu’ils occupent, car les outils ou symboles permettent la réalisation extérieure, les mythes rattachent l’Homme à la divinité intérieure. Que penser alors que lorsque Franc-Maçon et Maître, et après avoir entendu lors de la résurrection d’Hiram, l’universelle référence spirituelle décrite au commencement par la Genèse, comme à la fin de l’Evangile de St.-Jean, n’est autre que la Parole dont le corollaire est l’ouïe.
Enfin, en Egypte l’acacia était le symbole solaire, évoquant également la renaissance, l’immortalité et l’initiation et chez les Hébreux, c’était le bois sacré du tabernacle, l’immortalité, la vie morale, l’innocence. Ainsi prononcer la formule rituelle « L’Acacia m’est connu » revient à proclamer : « L’immortalité m’est connue » et cette formule dans la bouche d’un Maçon athée, imparfait ou simplement indifférent, n’est que la preuve de son ignorance des symboles et de leur véritable signification. Enfin, pour me permettre valoriser la mémoire de mes archives, j’aimerais conclure ce raccourci en vous rapportant les conclusions de notre feu F ex-pasteur géomètre Charles Ritt qui, dans une planche sur le mythe d’Hiram du 29 novembre 1985 disait : Au travers du chemin maçonnique, le mythe d’Hiram signifie en d’autres termes que :
1. C’est à
une 1ère manifestation du Maître Hiram
intérieur, c’est-à-dire du « Fils
» que nous portons en nous, que l’Apprenti doit de
s’être tranché la gorge, la restauration
du « Cherchez et vous trouverez »
dans sa personne, soit de son 1er degré de
Lumière, lui valant à l’avenir de ne
plus compter que sur lui-même et, s’ensuivant de
perdre sa « Peau », de mettre
fin à son état de dépendance
à l’égard d’autrui et de ses
points de vue (idées reçues, croyances).
2. C’est à une 2ème manifestation du
Maître en cause, de ce Fils intérieur, que le
Comp se doit d’avoir eu le coeur arraché, le
« On vous donne » lui
accordant son 2ème degré de Lumière,
à savoir le caractère objectif que la perte de sa
« Chair » de son ego
intéressé, imprime aux
vérités qu’il met au jour.
3. C’est à une 3ème et dernière manifestation du Maître s’avérant dès lors le Fils aussi bien de l’homme que du GADLU, que le Compagnon élevé à la Maîtrise doit de s’être partagé en deux, de s’être séparé de son ego, l’autorité royale du Fils exigeant de qui veut l’exercer, et s’en adjoindre les informations des os « complètement secs » (Ezéchiel, chapitre 37 et II Rois, chapitre 4 verset 34). Les messages profonds des mythes sont compréhensibles uniquement à ceux qui en ont la clé, à ceux qui sont aptes à capter le message que le mythe véhicule. C’est cela l’aspect initiatique du mythe, c’est-à-dire, l’accessibilité à une préparation intérieure.
En conclusion, rappelons-nous qu’il faut 33 grades à la Franc-maçonnerie pour apprendre par les grades à passer des ténèbres à la lumière avec à chaque palier, des nuances faites de symboles au moyen du fil rouge qu’est le mythe d’Hiram. Paradoxalement, on se rappellera que les princes du pouvoir temporel de Rome en ont institué le rite de la même façon à Pâques, mais en trois jours.
Planche d’instruction au Grade de Maître.