7151-21 : De la Pierre à la Rose
Non communiqué
Cette planche a perdu ses diapos.
Nous avons toutefois laissé le texte qui avec un peu d’imagination sera d’un bon salaire.
CHARGEUR N °1
Dia n°1 – Titre
De la Pierre à la Rose
VM et vous tous mes FF en vos G et Q
1- SONO PISTE 1
Dia n°2 – Chartres vue depuis la route
laisser 10 sec.
Dia n°3 – Chartres au soleil couchant
laisser 10 sec.
Dia n°4 – Chartres les deux clochers la nuit
laisser 10 sec.
Dia n°5 – Chartres les Arcs-boutants du
chœur
laisser 10 sec.
Dia n°6 – Chartres les Arcs Chevets
laisser la dia jusque fin musique K7
Dia n°7 – Notre Dame de Paris
La Cathédrale gothique comme ici N-D de Paris est sans doute
à l’Europe Occidentale ce que
* le minaret est au Moyen Orient,
* la Pagode est à l’extrême Orient,
* le gratte-ciel à l’Amérique ou encore
* la case de pisé à l’Afrique Noire.
C’est-à-dire l’expression la plus directe et la
plus spectaculaire de l’identité profonde d’un peuple et
d’une civilisation à une certaine époque.
Cependant… Ces grands vaisseaux de pierre qui nous sont tant
familiers, nous les regardons sans les comprendre.
Squelettes démesurés, inadaptés
à notre époque, dinosaures
légués par le passé, les
cathédrales gothiques nous intéressent encore
comme musée d’art ou comme simple monument.
Comment appréhender aujourd’hui la signification qu’elles
pouvaient avoir pour l’homme médiéval.
Comment, en quelque sorte, mener une exégèse de
la Cathédrale qui nous ferait toucher du doigt le sens
qu’elle avait, il y 7 ou 8 Siècles.
Comment interpréter son message symbolique ?
Préalablement à une tentative de
réponse, je vous propose une promenade à travers
les siècles.
Promenade qui a pour objet de tenter de répondre aux deux
premières questions qui se posent :
Pourquoi et Comment sont nées les Cathédrales
Gothiques ?
Dia n°8 – Photo gravure – Cluny
A la fin du XIe siècle, Cluny, centre religieux et spirituel
du monde occidental est au sommet de sa gloire.
Son abbatiale Cluny III, un chef d’œuvre
architectural hors dimension.
Mais progressivement, Cluny va perdre sa ferveur et se noyer dans le
luxe et l’opulence.
Voici l’admirable abbaye de Cluny telle qu’on pouvait encore la voir au
XVIIIe siècle avec ses multiples clochers, son double
transept, sa nef presque aussi vaste que celle de St Pierre de Rome.
Dia n°9 – Photo gravure – Cluny couleur
En réaction à cette vie décadente,
quelques moines quittent Cluny.
Ils fondent un monastère dans la forêt de
Cîteaux, à 20 Km au sud de Lyon, pour y mener une
vie de grande simplicité et de pauvreté plus
conforme à la règle de Saint-Benoît.
En 1112, ces moines courageux, épuisés par le
travail et la privation sont rejoints par Bernard de Fontaine et
quelques amis.
Trois ans après, en 1115, Bernard fonde l’abbaye
de Clairvaux et à sa mort en 1153 il sera le père
de 70 communautés cisterciennes auxquelles il faudra ajouter
celles qu’il a affiliées, soit un total de 164
monastères.
L’époque de celui qui deviendra plus tard
Saint-Bernard, peut être
considérée comme la plus religieusement
productive que l’Occident n’ait jamais connu.
Aux monastères généralement Romans il
faut ajouter au moins 25 cathédrales Gothiques dont les
chantiers débuteront pendant le premier 1/4 du XIIe
siècle en ne comptant que les plus importantes sans parler
des églises.
Dia n°10 – Dessin : le moine, l’architecte et le
Templier
C’est exactement à cette même période
que les troubadours, les chroniqueurs de l’époque par leurs
chants nous rapportent qu’en 1119, neuf chevaliers français
se rendent à Jérusalem, pour se charger de la
protection des pèlerins chrétiens.
Ces chevaliers sont très bien accueillis par le roi Baudouin
II de Jérusalem. Ils logent même dans la propre
demeure du roi, la mosquée Al-Aksa bâtie sur les
ruines du Temple de Salomon.
Certaines mauvaises langues prétendent que cette avant-garde
de Templiers n’avait pas pour mission « de
défendre des pèlerins sur le chemin de
Jérusalem », mais
plutôt de rechercher l’ARCHE d’ALLIANCE enfouie sous les
ruines du temple.
En se reportant aux écritures, ils avancent même
que cette ARCHE contenait, non pas la Loi divine dictée
à Moïse, mais bien une Loi que Moïse
aurait ramenée d’Égypte :
« J’ai fait tout avec NOMBRE, avec MESURE
et avec POIDS » dit le Grand Architecte,
et encore :
« Moïse fut instruit de toute la
Science des PHARAONS ».
Cette Loi que Moïse aurait rapportée
d’Egypte serait le LOGOS, c’est-à-dire
à la fois le verbe et la raison, et ne serait rien d’autre
qu’un ouvrage de GEOMETRIE appliquée.
Dia n°11 – Croisée d’Ogives
Les Templiers ont-ils eus connaissance du secret Gothique, un des
éléments de l’ART ROYAL ?
Certains le prétendent parce qu’il est impossible
d’expliquer autrement l’essor de l’ARCHITECTURE GOTHIQUE qui a
débuté dès le retour des Templiers en
France en 1128.
Dia n°12 – Un cloître pour la
prière
L’église qui était jusqu’alors
réservée aux prières des moines va
s’ouvrir au monde, s’ouvrir à la lumière et c’est
ce changement, ce renouveau que le Maître
d’œuvre va concrétiser de
façon magistrale.
Dia n°13 – Sénante
Retirons-nous dans une des trois Abbayes Provençales, la
magnifique Abbaye de SENANTE dont nous voyons ici un détail,
pour nous poser la question essentielle.
Est-ce une volonté ecclésiastique de modifier la
façon de percevoir les messages, ou bien au contraire,
est-ce le génie des concepteurs, des architectes, des
tailleurs de pierre, aidés par les Templiers qui a fait
qu’effectivement on a pu faire autre chose.
Dia n°14 – Dessin coupe : Roman / Gothique
Je pense que la technique gothique est née dans l’esprit du
concepteur de la construction, dans l’esprit de l’architecte
qui a dû répondre à un programme
nouveau. Ce nouveau programme est entre autres
: « la recherche de la
lumière et l’élévation vers la
lumière ».
Dia n°15 – Dessin « comment
tient voûte Romane ou Gothique ».
Par ces deux croquis, nous lisons facilement les grands principes de
stabilité des deux types de voûtes, la
voûte romane et la voûte gothique.
Il y a une véritable révolution dans l’art de
construire par la suppression des murs.
Les murs sont remplacés par des colonnes, ce qui permet de
grandes ouvertures.
Mais avant d’arriver à la voûte, qui est
déjà une solution évoluée,
au début nous avions le simple linteau.
Dia n°16 – LINTEAU EN PIERRE
L’architecture antique d’Egypte, puis de
Grèce, pratique un principe constructif
extrêmement simple : poser sur des supports verticaux des
linteaux horizontaux.
La stabilité résulte du poids des
éléments et de la précision de leur
mise en oeuvre.
Les portées sont limitées par la nature
même de la pierre dont la résistance, quasi nulle
à la traction, est par contre presque illimitée
à la compression.
Cette absence de complémentarité qui existe dans
le bois ou l’acier rend le linteau en pierre peu efficace,
d’où des portées très
limitées, nécessitant des linteaux d’un
poids démesuré.
Dans les temples d’Egypte, et plus tard de Grèce
Antique, chaque élément, chaque colonne est
stable indépendamment des autres.
Ce principe de construction, rigide, conjugué à
des portées très limitées, a
entraîné la recherche d’autres solutions.
Dia n°17 – LA VOUTE PLEIN CINTRE
Plutôt que de réunir deux points d’appui
avec une pierre d’une seule venue. L’intervalle qui
les sépare est franchi grâce à
l’appareillage de pierres plus petites, suivant une courbe.
Les pressions verticales se transforment en pressions obliques qui se
transmettent dans la courbe de la voûte. La dynamique
remplace la pesanteur. A l’équilibre des masses
qui pèsent les unes sur les autres, va se substituer un
équilibre de forces qui s’opposent. La pierre
lourde se fait légère, et les portées
sont décuplées. Avec la voûte,
l’espace devient un véritable matériau
d’architecture.
Ainsi, entre 120 et 123 de notre ère, l’Empereur
Adrien fait ériger à Rome le
Panthéon, dont la coupole couvre un espace de 43
mètres de diamètre.
Dia n°18 – PARALLELOGRAMME DES FORCES-GRAPHOSTATIQUE
Voici un parallélogramme des forces,
élément de base de la graphostatique, science du
trait qui permet de résoudre graphiquement les
problèmes de stabilité.
Soit deux forces d’un même plan, P1 et P2
concourantes en un point O.
Les vecteurs représentent les forces, V1 et V2, sont
tracés à une échelle K,
proportionnelle à l’intensité des
forces.
Ils sont positionnés sur les lignes d’action des
forces P1 et P2, à partir du point O.
Si l’on mène des parallèles
à ces deux vecteurs pour construire un
parallélogramme O-L-M-N, sa diagonale O-M
représente la résultante de l’action
des deux forces, et son intensité est directement mesurable
à l’échelle K choisie.
Dia n°19 – COMPARAISON TYPES DE RESULTANTES
Comparons les deux arcs : La ligne de pression dans un arc ou dans une
voûte est le lieu des points d’application de la
résultante des forces.
Cette ligne est en réalité une zone dont la
section doit résister aux efforts de compression.
Elle est mise en évidence dans le cas :
D’un arc en plein cintre A-B, avec sa ligne de pression P.
– d’un arc brisé A-C-B avec sa ligne de pression
P’.
– et, à la base de l’arc, la
décomposition de sa ligne de poussée en une force
horizontale H’ et un poids vertical V’. La
comparaison des deux lignes de pression montre à
l’évidence l’avantage statique
d’un arc brisé par rapport à un arc en
plein cintre.
En d’autres termes, pour un franchissement d’espace
équivalent, la poussée horizontale H’
est moins importante pour l’arc brisé que pour
l’arc en plein cintre, et donc plus facile à
maîtriser.
La figure fait également apparaître la
difficulté d’assurer
l’équilibre d’un arc selon la hauteur
des appuis.
Plus la base de l’arc est élevée par
rapport au sol, plus il faut de matière pour englober la
ligne de pression oblique, reprise au pied de l’arc, et la
conduire aux fondations.
Dia n°20 – LA VOUTE PARFAITE
L’arc rigide idéal uniformément
chargé a la même allure, mais inversée,
qu’une chaînette. (Loi de Hooke).
Pour qu’un arc puisse être en équilibre
sous son propre poids, on doit pouvoir y inscrire une
chaînette renversée.
Quand la forme de la voûte s’écarte de
la ligne des pressions, apparaissent des moments
fléchissants qui créent des perturbations
proportionnelles à l’intensité de la
force.
D’où l’importance pour le
maître d’oeuvre de connaître les lois de
la mécanique des forces, de pouvoir estimer le cheminement
des pressions, lié à la forme de la
voûte, et des sollicitations auxquelles elle est soumise,
afin d’en suivre la résultante dans la
matière de l’édifice.
Dia n°21 – Déformation de
l’Arc
Si nous déformons une voûte en plein cintre par
une charge excédentaire, elle s’affaisse dans sa
partie supérieure, et éclate au droit des reins.
Dia n°22 – Chartres – La Chapelle
Quittons la graphostatique pour rappeler qu’au
début de l’ère chrétienne les adeptes
de la nouvelle religion sont pourchassés par les Romains,
ils se cachent.
L’église où ils se réunissent est un
temple fermé, sombre, conçu pour se cacher et
donc discret et favorable à la méditation, comme
nous le montre la chapelle souterraine de Chartres.
Le fidèle reste dans un espace fermé, une
espèce de grotte, et dans la pénombre
qui inspire le mystère, cette pénombre et ce
silence sont propices au recueillement.
Et de son côté St BERNARD voulait des
églises sombres parce que pour lui la lumière
vient de l’intérieur de l’homme.
Dia n°23 – Abbaye de la Chaise Dieux
Les constructions sont alors massives, comme la façade de
granit de l’abbaye de Chaise-Dieu.
Et puis petit à petit il y a une évolution due au
fait que cette religion est la religion de la lumière.
En effet Jésus est nommé le fils de la
lumière, il est la représentation du
soleil.
Le Soleil, astre principal de notre système galactique, et
le dieu de très nombreuses religions.
La technique de son côté à du
répondre à cette nouvelle vision des choses,
à ce nouveau programme, car l’architecture est une
réponse dans l’espace, à un programme
donné.
Dia n°24 – Vézelay Coupe
L’église romane, – comme ici à
Vézelay, – va peu à peu se développer,
grandir. En fait l’église catholique
après avoir pensé que l’église romane
représentait cette caverne dans laquelle
Chrétiens se sont rassemblés au
début – les catacombes.
Cette Eglise axe alors tout son culte vers la recherche de la
lumière et la technique le permettra enfin.
Dia n°25 – Vézelay photo
Et puis, il ne faut pas oublier que l’art roman est pour le
Chrétien l’art qui provient des Romains. Or, les Romains ont
été les persécuteurs, ce sont des
païens et si l’on a maintenant les moyens techniques
d’appliquer un autre mode de construction, on ne va, bien entendu, pas
s’en priver.
Alors on démolit totalement ou partiellement des
constructions romanes pour les rétablir en gothique
d’ailleurs parfois on n’a même pas le temps de construire
entièrement l’édifice, c’est pourquoi on va
commencer par le chœur. Le chœur qui est la partie
la plus noble, la partie sacrée, là il y a le
mystère. Le chœur de l’église
romane va donc devenir gothique.
Dia n°26 – Amiens grands portails
Après on fait le porche, l’entrée principale,
voici celui d’Amiens. Il s’ouvre sur l’ouest et on va lui donner une
grande importance en le reconstruisant en gothique avec toutes ses
ornementations narratives et symboliques.
C’est le porche royal.
Beaucoup de cathédrales Romanes à l’origine sans
transept reçoivent un transept gothique, pour
répondre à un nouveau programme, car les villes
s’agrandissent et le pèlerinage est à la mode.
Ceci explique le mélange de ce que nous appelons aujourd’hui
les deux styles « Roman » et
« gothique ».
Cohabitation que nous pouvons observer dans le même
édifice.
Dia n°27 – Chartres int. Nef
L’art Gothique est donc un art nouveau, un type de construction
nouvelle qui va marquer un esprit nouveau, celui de la recherche et de
l’élévation vers la lumière.
Et bien, cette Cathédrale Gothique, je vous propose d’en
construire une ensemble. Nous allons feuilleter quelques dessins qui
retracent les grandes étapes de sa construction. Cette
cathédrale imaginaire, nous la situerons fin XIIe
siècle en Picardie près de chez nous, sur un des
chemins de Saint Jacques de Compostelle.
Et la grande aventure commence ainsi…
Dia n°28 – Maître Bernard
reçoit ses ordres du Chapitre
L’assemblée des chanoines constituée en Chapitre,
confie à l’architecte Maître BERNARD, qui
détient paraît-il les secrets de l’Art Royal, une
mission très précise : Elever la plus longue, la
plus large, la plus haute et la plus magnifique des
cathédrales car la concurrence est
sévère en villes voisines.
Dia n°29 – La cité avec au
chœur l’église Romane
Le choix du site est arrêté rapidement,
– sans hésitation
Ce sera au cœur de la cité, dans l’enceinte
sacrée, à l’emplacement de la
cathédrale romane qui sera démolie à
l’exception de la crypte où repose les
précédents évêques.
Il faut bien respecter la mémoire des morts, tout au moins
ceux de sa propre confession… !!!
Cette église romane condamnée à la
destruction, a été construite par des moines il y
a seulement quelques années sur les fondations d’un temple
gallo-romain encore encombrées de quelques piliers
Carolingiens seuls vestiges d’une ancienne cathédrale qui
elle-même avait, dit-on pris la place d’un sanctuaire
mystérieux, existant bien avant l’ère
chrétienne et dont on a volontairement, effacé
toute trace et même oublier le nom…
Des Druides y auraient même
vénéré une vierge noire, et ce, bien
avant la naissance du Christ ? ? ?
Mais l’orientation est bonne le chœur regardera vers
l’Orient, vers le soleil levant, vers la lumière.
Dia n°30 – Vue en Plan du projet de la
Cathédrale
Le programme a été donné à
l’architecte par le Chapitre.
L’église sera grande, très grande car nous sommes
sur la route des pèlerinages, il faut prévoir un
transept qui doublera la surface et donnera aussi à
l’édifice la forme d’une croix. Également un
déambulatoire autour du chœur pour permettre la
circulation des pèlerins et ce sans troubler les offices,
Et très, très important !… Un grand nombre
d’absidioles pour loger les reliques de saints rapportées
d’Orient et arrachées aux mains païennes au prix du
sang.
Reliques vénérées par les
pèlerins qui par le dépôt de leurs
oboles, modestes ou importantes, s’achètent des indulgences
et même une place en nue proportion au paradis.
Maître BERNARD notre architecte, multiplie
ébauches, esquisses, croquis et plans, pour enfin tracer le
projet final. Il applique de son mieux toutes les connaissances
accumulées au cours de ses nombreux voyages. La
géométrie d’où découle
l’art du trait, la stéréotomie, et la
graphostatique n’ont plus de secret pour lui. Les plans
définitifs sont tracés sur des plaques de
plâtre ou sur le sol de la chambre des traits, seulement avec
DEUX outils, la REGLE et le COMPAS. Sans L’Equerre qui lui
est un outil de vérification et non de création.
Dia n°31 – Vue en
élévation de deux travées
Sur le plan en élévation, une vue
intérieure de l’édifice qui donne le
détail des étages successifs de deux
travées de la nef. Nous y voyons les colonnes assises sur
leur base et couronnées de chapiteaux qui seront
sculptés, les arcs en ogive qui les relient
surmonté du triforium.
Et au-dessus…la lumière : …la lumière avec
les claires-voies, les lancettes, les ouvertures circulaires, ces
petites roses, véritables canons à
lumière.
Dia n°32 – Planche de Villard de Honnecourt pl.LXI
Dans les carnets de Villard de Honnecourt architecte du XIIIe, nous
trouvons un croquis pratiquement semblable.
Maître BERNARD n’aurait-il pas copié son
confrère Villard de Honnecourt qui a eu la
négligence, que dis je, l’audace, contraire aux usages de
l’époque, de consigner dans ses carnets : des
relevés, dessins, épures et même
fragments de plans.
Dévoilant ainsi les secrets jalousement gardés,
secrets qui ne se transmettaient que de bouche-à-oreille et
ce, après plusieurs épreuves initiatiques ?
Dia n°33 – Les Fondations
Les fondations sont établies avec le plus grand soin et
sortent de terre, les autres corps de métier s’activent. Les
fondations des contreforts, des piles sont indépendantes des
fondations du reste de l’édifice, la construction est
purement statique.
Dia n°34 – Tailleurs de pierres + pierre avec 3
marques
Une loge est construite pour les tailleurs de pierre, dans la- Loge,
l’ARCHITECTEUR et les COMPAGNONS FINIS peuvent
échanger leurs connaissances et expériences.
La pierre, molécule élémentaire de
l’édifice, élément de base de la
construction est issue des entrailles de la terre,
travaillée par l’homme dans un souci de perfection.
La pierre taillée portait généralement
3 marques :
– La première indique son futur emplacement dans
l’édifice,
– La deuxième le nom de la carrière de provenance,
– La troisième identifie le tailleur de pierre car il est
payé à la tâche, aujourd’hui on dirait
« à pièce ».
Dia n°35 – Marque de tailleur de pierre
Voici une marque de tailleur de pierre gravée dans le granit
rose de la Cathédrale de Strasbourg.
Dia n°36 – Pierre avec en fond
Cathédrale
2-SONO PISTE 2 – Chanson su Tailleur de Pierre
Dia n°37 – Les murs page 28
Grâce aux tailleurs de pierres dont nous venons d’entendre la
voix de l’un d’eux, sur les fondations, on commence la construction des
murs qui sont constitués principalement de colonnes ou
piliers qui supporteront la voûte et le toit.
Dia n°38 – Un pilier
La carrière est loin, le transport très cher, les
pierres très lourdes. Alors on utilisera la technique du
remplissage pour réaliser des économies.
Dia n°39 – Encadrement en pierres page 29
Les vides entre les piliers sont fermés seulement
à la partie inférieure laissant en haut
du mur place à des pierres taillées
créant des formes étranges, ogives, lancettes,
roses, dans lesquelles s’encastreront les vitraux.
Dia n°40 – Cintres des arcs boutants – fabrication
Il est grand temps de fabriquer les cintres pour les arcs-boutants. Les
tracés sont faits, les gabarits
réalisés.
Dia n°41 – Cintres des arcs-boutants sont en
place
Les cintres des arc-boutants sont hissés a hauteur, puis on
les attache, une extrémité à un
pilier, l’autre au contrefort correspondant.
Dès lors ils tiennent lieu d’arcs-boutants provisoires
jusqu’à l’achèvement de la
maçonnerie.
Dia n°42 – Deux arcs-boutants sont
terminés
Deux arcs-boutants sont terminés, on va pouvoir
récupérer les cintres pour exécuter
les autres.
Dans la cathédrale gothique, la voûte en forme
d’ogive tend à pousser les piliers vers
l’extérieur.
Cette force est transférée, par
l’intermédiaire des arcs-boutants, aux contreforts, aux
piles et enfin aux fondations. Comme par hasard, l’arc
boutant à la même inclinaison que la
résultante du parallélogramme des forces vu quant
nous avons parlé graphostatique.
Dia n°43 – Arc-boutant –
Pinacles terminés – détail
Les gargouilles sont ancrées dans les contreforts et
reliées aux gouttières depuis la base du toit par
des conduits creusés dans la partie supérieure
des arcs-boutants.
Au-dessus du contrefort, on construit également des pinacles
pour alourdir et donner plus de stabilité à
l’ensemble. Mais aussi pour affirmer les verticales…
Dia n°44 – Cintres de voûte et charpente
Les cintres des arêtiers et le coffrage des voûtes
sont mis en place, les charpentes assemblées au sol sont
également montées.
Dia n°45 – Montage des charpentes
Les charpentes sont tracées seulement après
construction des murs par les compagnons charpentiers connaissant
parfaitement la technique du
« trait ».
Une charpente de Cathédrale s’appelait
« La Forêt »
vu l’énorme quantité de bois
nécessaire à sa construction.
Dia n°46 Charpente métallique de Chartres
Charpente métallique de ND de CHARTRES.
Dia n°47 – Tableau incendie de ND de Chartres en XXX
L’incendie de la Cathédrale en 1936. Huile sur
toile par Alexandre PERNOT au musée de Chartres.
Dia n°48 – Construction croisée d’ogive
Revenons à notre construction.
Voici la construction de l’élément le plus
caractéristique de la tech-nique gothique, la
croisée d’ogive.
Sur les cintres, très soigneusement les voussoirs sont
déposés et cimentés. La
clé, l’élément central ne sera
posé qu’en dernier lieu, ce sera
l’élément catalyseur des poussées.
Cette clé est une pierre taillée tellement
importante que souvent elle bénéficiera d’une
décoration particulière et parfois elle sera
même signée par le Maître tailleur de
pierre.
Dia n°49 – Les voûtes
La voûte couvrant la nef est construite pierre par pierre
déposée sur le coffrage qui relie les cintres,
puis l’extrados de cette voûte est recouvert d’une chape de
mortier pour prévenir toute fissure entre les pierres. Ce
que l’on appellerait aujourd’hui une chape de compression. On
réalisa ensuite les deux voûtes des
bas-côtés en même temps que celle du
chœur, toujours dans un soucis d’équilibre des
poussées et pour éviter le drame de Beauvais.
Dia n°50 – Travée complète les
voûtes sont construites
Enfin nous avons une travée complète avec les
voûtes qui sont contre buées. L’ensemble
parfaitement équilibré. Toutes les charges, qui
sont énormes, ont leur résultante
dirigée verticalement, l’ensemble est purement statique, pas
un seul tirant d’acier n’est nécessaire pour retenir des
forces horizontales ou même obliques, toutes ont
été annihilées par le génie
du concepteur.
CHARGEUR N°2
Dia n°51 – Une vue intérieure
La finition intérieure se fait depuis des
échafaudages d’où la vue est impressionnante
voire vertigineuse.
Dia n°52 – Transept achevé
La cathédrale prend forme, et même
inachevée elle se dresse déjà au
cœur de la cité comme un véritable
défi portant à des hauteurs impressionnantes les
pierres arrachées aux entrailles de la terre.
Dia n°53 – Préparation du Tympan
Les tailleurs de pierres et les sculpteurs achèvent les
éléments de la grande rosace, au-dessus de
l’entrée principale, l’assemblage préparatoire au
sol des portails se fait avec le plus grand soin, ils viendront
couronner les trois portes de la façade occidentale.
Dia n°54 – La flèche
s’achève
Les charpentiers et les couvreurs mettent la dernière main
à la flèche qui s’élève
à l’aplomb de l’intersection de la nef et du transept.
Élément symbolique important pointé
vers le ciel.
Dia n°55 – Cathédrale achevée
La cathédrale est achevée, mais l’est-elle
vraiment ? Et à la gloire de qui ?
Dia n°56 – G.A.D.L.U.
A la gloire des hommes, qui l’on construit ou à la gloire du
Grand Architecte de l’Univers qui a inspiré les
constructeurs. Ou peut-être à la gloire des deux.
Nous venons de voir par le dessin que l’imaginaire,
l’expérience et la connaissance, créent,
recréent d’immenses vaisseaux de pierres blanches.
Mais ces Cathédrales ont évolués dans
le temps regarder l’évolution de N-D de CHARTRES
suite aux démolitions ou incendies.
Dia N°57 – Chartres en 1134
Dia N°58 – Chartres en 1164
Dia N°59 – Chartres en 1215
Dia N°60 – Chartres en 1256
Dia N°61 – Chartres en 1270
Dia N°62 – Chartres en 1513
Dia N°63 – Chartres vue d’ensemble ext.
Maintenant que nous savons comment les cathédrales se
construisent, nous allons rentrer ensemble dans l’une d’elles. Et je
vous propose la cathédrale de Chartes, la seule qui ait
été re-construite en seulement 1/4 de
siècle. Ce qui explique sa remarquable unité.
Nous allons passer de l’extérieur à
l’intérieur et essayer de vivre ensemble cette
intériorité. Et nous rentrons…
Dia n°64 – Vue int. Nef
Immédiatement nous sommes enveloppés dans un
manteau de lumière bleu, – le bleu de Chartres – un bleu qui
semble avoir emprisonné le ciel. Et après
quelques pas dans la nef, nous nous retournons, nous pouvons voir alors
en haut : une grande roue.
3-SONO PISTE 3 récitant
Dia n°65 – Rose Occidentale
Cette roue était coupée en deux par une ligne
transversale qui se déployait de gauche à droite,
comme la respiration d’un homme. Dans la moitié
supérieure de la roue, du sommet jusqu’au milieu de ladite
ligne, on voyait descendre un rayon, comme une aurore rougeoyante. La
roue que tu aperçois, c’est Dieu, qui n’a ni commencement,
ni terme. C’est Dieu qui manifeste sa mansuétude dans ses
oeuvres et qui se montre disposé à
l’accomplissement de tous les biens. La ligne sombre, transversale,
c’est la volonté de Dieu. Elle pénètre
entièrement le monde périssable. Elle inspire le
terme de ce monde, l’éternité. Elle
sépara les réalités temporelles des
réalités éternelles. L’autre ligne,
qui rougeoie comme l’aurore, a plu à l’ordonnance divine.
C’est que la plénitude de la perfection divine qui domine
dans les cieux par la volonté de Dieu, toutes les
réalités temporelles, est prête
à une intervention bonne et directe. Elle se manifeste de
merveilleuse façon comme la foudre qui s’abat avant le
début du monde, après sa fin, mais aussi dans le
temps même du monde. Elle est prête à
toute justice.
Dia n°66 – Chartres int. ou Ext.
Si la cathédrale de Chartres est une impressionnante
réussite architecturale, ce n’est pas seulement en raison de
sa grande unité, car construite en 25 ans. C’est aussi parce
que l’extraordinaire état de conservation de ses vitraux a
conservé sa lumière intérieure, ou
plutôt a conservé l’ombre habitée qui
fait vivre l’espace intérieur en accord avec tout le
système des supports. La cathédrale de Chartres
se saisit avec force des sens de ce-lui qui vient en elle.
Et puis, et puis elle possède 4 splendides roses.
Dia n°67 – Rose Ouest
La première, la merveilleuse grande Rose de la
façade Occidentale qui vient d’être
décrit avec beaucoup de poésie par Jean BAILLET.
Cette Rose Occidentale date du XIIe siècle, elle est
située entre les deux clochers, là où
à l’extérieur domine le portail royal. Elle
représente le Jugement dernier.
Dia n°68 – Rose Ouest – lancette de droite –
l’arbre de Jessé
Comme dans les autres verrières du XIIe siècle,
avec lesquelles il forme le triptyque de la façade
occidentale, l’Arbre de Jessé compose une suite
consacrée au Christ. Pour sa part il raconte la
généalogie du Christ.
Dia n°69 – Rose Ouest – lancette de droite –
arbre de Jessé – détail
Dans le premier médaillon du bas, Jessé est
endormi : un arbre sort de son corps, c’est l’arbre
généalogique du Christ. Ce vitrail a 800 ans…
Dia n°70 – Rose Nord
La Rose du transept Nord est dédiée à
la Vierge Marie, à sa glorification. Au centre de cette Rose
Nord : La Vierge avec l’enfant Jésus sur les genoux. Dans le
premier cercle de médaillons : quatre colombes divines et
des anges.
Dia n°71 – Rose Nord – détail –
les 5 lancettes
Sous cette Rose Nord, de droite à gauche : Aaron, Salomon,
Sainte Anne portant la vierge dans ses bras, le Roi David, et
Melchiédech avec Nabuchodonosor.
Dia n°72 – Rose Nord vue de puis Portail Sud
Voici la Rose Nord vue depuis Portail Sud, uniquement pour la
beauté de la photo, à l’avant plan le trumeau du
portail Sud, photo qui a demandé une exceptionnelle
profondeur de champs.
Dia n°73 – Rose Sud
La Rose du transept Sud elle est consacrée à
l’Apocalypse Au centre, le Christ est assis glorieux. Autour les
animaux évangéliques, les anges et les 24
vieillards de l’Apocalypse.
Dia n°74 – Rose Sud
Voici une seconde vue de cette Rose Sud.
Dia n°75 – Rose Sud DÉTAIL
Dans les lancettes sous la Rose, les quatre grands prophètes
portant sur leurs épaules les quatre
évangélistes. Et la dernière. La
quatrième rose…nous venons de marcher sur elle.
Dia n°76 – labyr.1
C’est le grand labyrinthe représenté dans le
dallage juste à l’entrée de la nef.
Elle est approximativement de la même dimension que la rose
occidentale qui le surplombe. Ce labyrinthe est une image de
la route que le fidèle doit suivre pour parvenir
à la Jérusalem céleste. Et alors,
s’approchant ou s’éloignant du centre, le fidèle
finit par parvenir jusqu’à la rose centrale.
Puisque ce labyrinthe n’est pas une spirale simple, mais qu’on y passe
cependant de l’extérieur jusqu’au centre, on comprend bien
qu’il y a nécessairement une rupture de la
symétrie quelque part.
Et cette rupture, à Chartres, elle est très
nettement marquée.
Dia n°77 – labyr. 2 (DESSIN)
Cette dissymétrie, c’est en réalité le
chemin de l’émotion, c’est notre chemin, c’est notre
pèlerinage. Les trois autres roses semblent, elles,
symétriques. Ces Roses semblent donc nous dominer doublement
puisque symétriques, et cependant, entre la vision de la
rose occidentale depuis l’extérieur et sa vision depuis
l’intérieur, il s’est passé quelque chose qui est
dès lors, n’est plus de la dissymétrie,
mais de la différence.
Dia n°78 – ROSE EXTERIEURE
À l’extérieur, la rose est une roue avec un
centre circulaire, autour de ce centre 12 petites colonnettes soutenant
des arcades et après ce rang d’arcades, de nouveau des
cercles. Une roue étrange, bien sûr, puisque les
arcades se trouvaient aussi bien à la base, qu’au sommet des
colonnettes.
Dia n°79 – ROSE INTERIEURE
À l’intérieur, c’est la forme
« cercle » qui apparemment a pris
le pouvoir et la rose occidentale semble à
l’intérieur, être la présence
lumineuse de cercles qui parsèmeraient le grand cercle de la
rose en son entier.
Dans le passage de l’extérieur à
l’intérieur, il nous est ainsi offert une
réflexion sur la roue en tant que structure rayonnante.
Et, sur le cercle en tant qu’objet qui se multiplie pour ainsi dire
librement et à l’infini. Ce qui, dans le labyrinthe,
était un chemin à suivre dans la
dissymétrie, c’est ici avec la Rose, une sorte de
révolution à accomplir brutalement par
l’entrée dans la cathédrale.
C’est un instant mental particulièrement poignant qui nous
est donné lorsque nous pénétrons dans
la cathédrale de Chartres.
Dia n°80 – ROSE EXTERIEURE
A l’extérieur, on a gardé la roue, la voici
débarrassée de l’architecture dans
laquelle elle s’intègre pour une lecture plus
aisée.
Dia n°81 – ROSE INTERIEURE
A l’intérieur, c’est la rose, la transfiguration est
achevée.
Autrement dit, le passage de l’extérieur
à l’intérieur, c’est une conversion du temps
profane – du temps de la roue au temps spirituel – le temps
de la rose.
Si l’on regarde de l’intérieur, la rose
occidentale de la cathédrale de Chartres, ce qui nous
apparaît avec la plus grande force, ce sont des compartiments
lumineux, des compartiments de vitraux et puis d’autre part, des
parties totalement noires.
Il y a un contraste extraordinaire entre l’obscurité la plus
totale, et la grande lumière.
A l’extérieur, nous voyons tous les signes de la structure
d’une roue, alors qu’à l’intérieur,
toute cette structure disparaît dans l’ombre, dans le noir.
La pierre elle-même, la pierre qui est si
belle dans la cathédrale de Chartres, la pierre qui est si
présente dans tous les piliers, et à l’endroit de
la rose, cette pierre disparaît pour laisser place
probablement à un autre message spirituel, car dans
un édifice comme une cathédrale,
– La forme, – La structure, – La matière, existent.
Tous ces éléments qui ont une fonction
structurelle qui participe à l’équilibre statique
de l’ensemble.
Mais ces fonctions sont reprises également dans un autre
monde qui est le monde de l’esprit.
C’est la convergence.
C’est l’union du monde de la matière et du monde de
l’esprit, dont on est en train de voir l’un des dynamismes les plus
beaux dans la Rose Ouest de Chartres, dans cet étrange
contraste entre le noir le plus profond et la lumière la
plus belle.
La date de construction de la rose occidentale est approximativement
1215-1216, alors que les deux autres roses datent d’une quinzaine
d’années plus tard.
Celle-ci n’est pas encore débarrassée de la
pesanteur de la pierre, mais en même temps, c’est ce qui fait
sa beauté.
C’est-à-dire que la pierre a gardé
une énorme masse dans cette rose, alors que petit
à petit, les prouesses techniques vont faire que l’on va
pouvoir évider de plus en plus le côté
« pierre » pour donner le plus de
place possible au verre.
La lumière va devenir tellement importante que finalement,
elle ne laisse plus la place au découpage très
subtil que l’on a ici. On ne lira plus la structure.
Dia n°82 – Amiens Rosace du Transept Nord
A titre d’illustration voici la Rose de la Cathédrale
d’Amiens, la lumière a mangé
entièrement la pierre.
Dia n°83 – ROSE EXTERIEURE
Toujours à Amiens, la Rose OUEST, voyer la
légèreté de la structure, la finesse
des pierres, l’importance des vitraux.
Dia n°84 – Beauvais façade Sud avec
rose ext.
Cette rose prend place à un endroit très
précis de la cathédrale, c’est-à-dire
à la façade, que ce soit la façade des
transepts comme ici à Beauvais ou bien à la
grande façade d’entrée, la façade
Ouest.
Dia n°85 – fenêtres + lancettes
Elle correspond à ces fenêtres qui sont
là pour scander chacune des travées de la
cathédrale.
Des fenêtres qui sont formées de ce que l’on
appelle des lancettes.
A Chartres, deux lancettes jumelles, l’une à
côté de l’autre et au dessus de ces deux lancettes
: une petite rose ou peut-être ce que l’on pourrait encore
appeler simplement un oculus.
Sur les façades, à l’extérieur, au
contraire, d’énormes roses qui apparemment sont
disproportionnées par rapport à ce qui est
présenté dans chacune des travées.
Alors, il y a une relation étrange qui se produit entre :
– L’ordre de la travée,
– L’ordre de l’avancée dans la cathédrale
– Et puis l’ordre du regard que l’on peut porter à un
instant sur le nord, le sud, l’ouest.
Dia n°86 – fenêtres + lancettes rose
Nord
Un homme comme l’architecte Violet LEDUC a pu dire qu’une fois que l’on
a pu ouvrir les murs des travées, il
n’était plus question de laisser les murs des
façades elles-mêmes clos.
Si on a la capacité, la possibilité
architecturale, d’ouvrir les murs intérieurs, on va
également ouvrir les façades.
Seulement, là où réside la
difficulté, c’est que cette ouverture en façade,
elle ne se fait plus dans cette forme d’arc brisé que l’on
retrouve tout au long de la travée, qui
répète en hauteur l’ordre
général de l’architecture gothique.
On a au contraire, brusquement, une forme ronde. Et c’est là
que, même habitué à toutes ces
cathédrales du XIIIe siècle, le spectateur
d’aujourd’hui est troublé et reste fasciné par la
présence de ce grand cercle. Cercle qui ne correspond pas
à l’ordre habituel de la travée gothique.
Dia n°87 – façade Chartres avec
grande rose
La rose est un cercle gigantesque, un cercle qui occupe toute la
largeur de la façade. Alors, pourquoi ce cercle ?
On ne peut que constater que la rose est un
élément de rupture par rapport au reste de
l’architecture.
Cet élément de rupture s’est sa raison
d’être dont le but est de conduire à la
focalisation des regards.
La rose par son étrangeté dans
cette architecture, inévitablement attire le regard.
L’architecture gothique repose sur le système de la
verticalité, tout est en hauteur, piles, colonnes,
flèches, pinacles, gâbles.
Le problème auquel a dû faire face l’architecte,
c’est justement d’intégrer un immense cercle, cette forme
statique, à la dynamique qui est toute entière
verticale de la cathédrale.
Problème de composition architectural difficile à
résoudre, alors pourquoi avoir choisi un cercle, une Rose.?
Pour répondre à cette question, il faut
peut-être replonger dans le symbolisme de la rose qui compte
beaucoup au Moyen âge. Il y a le roman de la rose qui est
écrit vers 1250.
Le nom même de
« rose », évoque
beaucoup de choses pour les gens du moyen âge.
Dia n°88 – dessin d’une rose
Quelle était donc la valeur symbolique de cette rose, comme
par exemple celle de Strasbourg que nous voyons en dessin.
Je crois qu’il y a d’abord un symbolisme universel que l’on peut
retrouver dans toutes les civilisations, il y a le Mandala, le
labyrinthe aussi.
La rose, remarquable par sa forme, sa beauté et son parfum.
La rose est la fleur symbolique la plus employée en
Occident. Elle correspond à ce qu’est le lotus en Asie.
Le moyen âge utilise beaucoup la rose comme symbole. C’est
pourquoi il y en a d’innombrables qui meublent toute la
cathédrale. Il y en a une quarantaine rien que dans la nef
de Chartres. Il y en a aussi
énormément à l’extérieur,
dans les arcs boutant par exemple. C’est un motif ornemental
fondamental, je dirais même une unité de base. La
forme, circulaire dans son expression de rose, envahit la
cathédrale toute entière sans même que
l’on s’en aperçoive et aux endroits les plus inattendus.
Dia n°89 – vue croisée d’ogive avec
rond
La croisée d’ogives n’est plus simplement l’endroit jonction
des quatre segments ou des deux diagonales comme je vous l’ai
expliqué quand nous parlions construction, elle est aussi un
lieu qui se creuse et qui laisse voir un rond comme clé de
voûte.
C’est-à-dire qu’a un endroit des plus importants qui est le
point sensible de l’architecture gothique, le point de la rencontre des
ogives, il y a aussi la présence de ce rond, de ce cercle.
On est donc en présence, d’une sorte de dualité
gothique entre l’arc pointé, l’arc brisé d’une
part et le cercle d’autre part. Et puisqu’on est aussi dans la
cathédrale de Chartres, il ne faut pas que l’on oublie que
le cercle se construit à l’intérieur d’un
carré et que toute la nef de la cathédrale de
Chartres est construite sur le carré.
On arrive de cette manière, avec un regard presque innocent,
à retrouver des formes géométriques
les plus simples : le cercle, le carré, le triangle et puis
le point.
Dia n°90 – Le point, le cercle, le
carré, le triangle – dia gravure
Il est dit que les architectes des grandes cathédrales
traçaient souvent dans la pierre un grand cercle en un lieu
très précis correspondant au point sensible
« au nœud vital ».
Ce fameux « point abritant
l’œuf de cire vierge »,
point de jonction de tous les éléments
constitutifs de l’édifice dont il faut surtout relever la
fonction symbolique.
Un célèbre physicien, WRONSKI, prix Nobel
affirmait qu’il y a dans tout corps un point tel que, s’il est atteint,
le corps tout entier se désagrège
aussitôt, en quelque sorte volatilisé par la
dissociation des molécules.
Dia n°91 – façade Strasbourg copie
photo
Par analogie, on peut se faire une idée de ce qu’il en est
« point sensible » de la
Cathédrale, comme ici à Strasbourg. Construite
selon les règles de l’art, elle forme un
véritable ensemble organique. C’est pourquoi elle
possède aussi un « nœud
vital ». Et le
« diapason » colonne de
décharge apparaissant au-dessus du tracé du
cercle de Notre-Dame de Strasbourg, semble vouloir confirmer cette
concentration de point de force de l’édifice tout entier.
Dia n°92 – texte
Arrêtons-nous sur la surprenante énigme
compagnonnique dite « Énigme du
point » qui figure gravé au bas du mur
oriental du transept, de la cathédrale de Strasbourg et
aujourd’hui cachée par l’horloge astronomique qui fait face
au pilier du jugement.
4-SONO PISTE 4 récitant
« Un point qui se place dans le cercle
Qui se trouve dans le carré et le triangle
Si vous trouvez le point
Vous êtes sauvés
Tirés de peine, angoisse et danger ».
Cette phrase s’inspire directement – à moins que ce soit
l’inverse d’une très ancienne chanson compagnonnique et je
pense que les légères nuances sont dues
à la recherche de rimes pour la chan-son. Je vous la livre.
5-SONO PISTE 5 récitant
« Un point dans le cercle
Qui se place dans le carré et le triangle
Connais-tu le point
Tout est bien
Ne connais-tu pas le point
Tout est vain ».
Dia n°93 – Élévation
façade tracé
Le cercle représente l’Unité
primordiale, sans commencement ni fin. C’est l’univers du corps et de
l’esprit, le mercure des Alchimistes. Se
« placer » au centre du cercle
signifie qu’il faut chercher à s’intégrer,
à se mettre en harmonie avec les lois du cosmos.
Le carré est le symbole de la matière
concrète ayant atteint le stade de la perfection.
Se « placer » dans le
carré signifie qu’il faut chercher à rendre sa
vie matérielle et terrestre parfaite.
Le triangle rappelle la forme de la flamme. C’est
l’emblème du feu. Symbole de la foi qui pousse l’homme
à son évolution personnelle. Se placer au centre
du triangle induit la nécessité de
s’élever vers la lumière.
Ainsi, plus qu’une quelconque énigme
géométrique recelant un secret de compagnon,
cette formule indique clairement la nécessité de
trouver sa place dans l’univers en harmonie avec soi-même.
L’esprit de l’homme ne peut être tourné uniquement
vers lui-même, il doit aussi s’étendre
à l’ensemble de l’univers. Il faut dès lors
élargir sa propre compréhension aux dimensions de
la totalité.
C’est par cette « mise en phase »
cosmique que l’homme pourra seul comprendre le monde qui l’entoure et,
par là même, se rapprocher de la
Lumière.
Dia n°94 – Élévation
façade tracé
En ce sens, « le point qui se place dans
le cercle qui se trouve dans le carré et le triangle »
sera clairement visible sur la grande façade occidentale de
Notre Dame de Strasbourg.
C’est la face irradiante au sommet du grand gâble, lequel de
forme triangulaire, s’inscrit dans le carré directeur et le
cercle de la rose.
Dia n°95 – Une rose dessinée
Nous voyons qu’au-devant des cathédrales, les architectes
ont semé le mystère. Ils ont raconté
dans la pierre et dans le verre, l’histoire très
tourmentée d’une union presque impossible.
Dans son livre « Architecture et
Poésie », Jean BAILLET a
donné sous forme d’une fable poétique les
origines de la rose des cathédrales.
Je voudrais que cette très belle fable du XXe
siècle nous trace un chemin à travers tous ces
dédales d’une architecture dont la symbiose avec la vie
spirituelle de l’époque est manifeste. Je ne saurais
m’empêcher de vous faire partager sa poésie, et
nous allons retrouver ensemble Maître BERNARD notre
architecte.
CHARGEUR N°3
Dia n°96 – Portail royal
6-SONO PISTE 6 récitant :
« Maître BERNARD avait presque
achevé sa cathédrale et les sculpteurs l’avaient
bien servi. Il amena devant les porches, sa petite fille aux
yeux transparents. »
Dia n°97 – (1-28) Firmament
végétaux
« Sur les soubassements, un des quatre
feuilles à léger relief, on voyait parmi des
fleurs de lys, des cerfs qui broutaient, qui couraient, qui frottaient
leurs bois contre des arbres et aussi des centaures et autres
êtres étranges ni hommes, ni bêtes. »
Dia n°98 – Soleil et animaux
« Qu’est-ce, disait l’enfant ? »Et
le père qui avait souvent erré dans les solitudes
sylvestres, cueillant au matin l’arôme et la
fougère, lui expliquait l’inconnue des forêts et
les visions étranges qui se mêlent à la
fuite des bêtes légères.
Dia n°99 – Calendrier et zodiaque
« Au-dessus, il lui montrait les mois,
l’inconcevable réalité qui semble
déterminer les labeurs de la campagne. Aussi voyait-on le
vigneron taillant sa vigne, le faucheur aiguisant sa faux, le porcher
à la glandée en novembre sous la bise
mouillée, et l’enfant se réjouissait des gestes
familiers. » Il lui montra dans le
tympan, le jugement dernier.
Dia n° 100 – « Linteau
central »
Le ciel ouvert en sa majesté concentrique
enveloppé des voussures où les martyres, les
vertus et les anges fixaient sur l’infini des yeux souriants.
Dia n°101 – Jugement dernier
« Et dans les feuillages de pierre, de
vrais oiseaux déjà édifiaient leurs
nids. »
« Vois-tu Marie, disait Maître
BERNARD, plein d’orgueil, il y a ici toute la vie et la nature et
au-delà de notre terre, l’enfer et le paradis. »
Dia n°102 – Elle carde la laine
« Aux autres portails, tu verras des
saintes qui tiennent un livre ou filent la quenouille et la sainte
vierge portant l’enfant, tu verras les sciences humaines, la grammaire,
la musique et le grand Pythagore en train d’écrire. »
Dia n°103 – Dessin Pythagore
Dia n°104 – Dialectique, Aristote,
Gémeaux, poissons
« La cathédrale, c’est le
passé, le présent, l’avenir. Elle est tout ».
Et Marie, levant les yeux sur son père, dit simplement :
« Où est le soleil ? dis papa ».
Dia n°105 – Temple grec
Le temple grec est fait pour être vu de
l’extérieur comme ici le Parthénon.
L’homme n’y entre pas, il est habité par les dieux
uniquement.
Dia n°106 – Temple Romain
Le temple romain est vu de l’extérieur aussi, mais en
même temps et dans une tradition qui est ou
étrusque ou orientale, il est une grotte, il est un lieu
intérieur.
Il est certain qu’un des aspects importants de la culture romaine est
de faire entrer cette intériorité.
Dia n°107 – Int. nef Chartres
La cathédrale gothique elle est le lieu de la rencontre de
l’intérieur et de l’extérieur, la rencontre de
l’illumination et de la ténèbres, ce qui est, par
excellence l’expérience mystique telle que l’on
décrit les chrétiens juste à la fin de
cette double expérience grecque et romaine. C’est
l’intérieur et l’extérieur, en quelque sorte
réunifiés par l’illumination, et cette
transparence précisément ne se trouve que dans un
Regard d’enfant.
Alors, pourquoi l’enfant a-t-elle inspiré, symboliquement
mythique ment, l’invention de la rose ? Parce que l’enfant a voulu un
cadeau. Et comme toutes les petites filles, elle a voulu que son
père lui donne quelque chose de beau et il lui a
demandé : « que veux-tu ? »
Elle lui a répondu naturellement
: « Je veux tout »
comme il est normal chez un enfant et elle a indiqué
précisément ce qu’elle voulait, elle voulait,
« le soleil ».
Et l’architecte a médité pendant des jours et des
jours sur son chantier pour donner le soleil à sa petite
fille.
Pour moi, Il y a là un très beau
résumé de toutes les significations de la rose
médiévale.
7 SONO PISTE 7 récitant
« Pendant des jours et des jours,
Maître BERNARD s’enferma chez lui. Quand il sortit, son
visage était blême et ses cheveux tout blancs. Il
alla au chantier, y fit construire des échafaudages
surprenants et tailler sur une aire immense, des pierres d’un
appareillage inconnu. » Les ouvriers
hagards n’osaient plus lui parler et le trésorier du
chapitre, penché sur ses comptes, éprouvait
chaque mois une agonie. « Mais trois fois,
un seigneur que chacun ignorait, pourvut aux
dépenses. »
Dia n°108 – Façade Occidentale de
Chartres
« Enfin, tout ce qui voilait la merveille
fut abattu. La foule s’amassa béante et les tailleurs de
pierre sentaient en eux une peur inconcevable.
Maître BERNARD tirait par la main sa petite
fille. Il entendit un épais bourgeois qui disait
à sa commère : Oh, ce n’est qu’un
« O ».
Et son cœur défaillit.
Quand ils débouchèrent sur le
parvis, l’enfant joyeux et tapant des mains, s’écria :
« Oh, la belle grande rose
! ». »
La création de la rose s’est opérée en
deux étapes.
D’abord la structure de pierre telle qu’on la voit de
l’extérieur comme ici à Chartres, cette structure
que la petite fille a nommé : – une rose, – une belle grande
rose épanouie.
Mais cela ne suffisait pas à l’architecte car une rose
épanouie ce n’est pas encore le soleil.
Et c’est à ce moment l à que se produit la
rencontre de la pierre et du vitrail, au moment où la petite
fille entre dans la cathédrale. Quand elle se retourne et
lève la tête vers cette rose…
Tant qu’on voit la rose de l’extérieur, ce qu’on voit, c’est
la forme. Cette structure esthétique, abstraite qui est
imposée à la matière par la
pensée de l’architecte.
Créer la forme s’est la vocation de l’architecte, comme l’a
décrit Paul VALERY dans son livre « Eupalinos ».
Mais le problème est de savoir si l’architecte est
uniquement l’homme qui impose une forme, s’il est uniquement le
créateur qui structure la matière. Car si l’on
s’en tient à cette conception de la forme, on s’en tient
d’une certaine manière à l’abstraction. Or, la
beauté est concrète. Il fallait trouver une forme
concrète, donc introduire le concret dans cette abstraction,
– Introduire la réalité, le vivant, la vie.
Et à cela, on y parvient en y ajoutant la lumière
et pas n’importe quelle lumière, mais la lumière
des Maîtres verriers. Il y a là une
méditation qui rejoint ce qu’il y a de plus profond dans la
philosophie médiévale.
Car la philosophie médiévale,
à l’époque des cathédrales, c’est une
philosophie de la forme.
Saint Thomas, et les scolastiques de son temps, disent que ce qu’ils
recherchent, ce sont des formes substantielles. C’est-à-dire
des formes qui sont dans l’être et non pas uniquement dans la
pensée. Des formes qui sont la réalité
même. Réalité d’un regard ou d’un
désir d’enfant. Réalité de la
lumière. La lumière est concrète, elle
vit, elle est forme.
Et, c’est cette rencontre de la forme et de la lumière qui
est symbolisée par la rose.
Forme et lumière deux éléments qui
semblaient a première vue inconciliables et qui se marient
si bien dans la rose. Mais revenons à Maître
Bernard et à sa petite fille Marie. Il lui a offert une
rose, mais pas ce qu’elle avait demandé, elle voulait le
soleil…
Dia n°109 – Nef centrale illuminée
8- SONO PISTE 8 récitant
« Un soir venait tout pareil à
celui du pacte, c’était l’anniversaire et bien que
l’échafaudage ne fut abattu qu’à
moitié, Maître BERNARD avait fait cesser tout
travail, il avait exigé avec une fureur démente,
que nul n’approcha de la cathédrale.
Il n’était plus qu’une ombre et l’on se
signait sur son passage, sans un mot. Mais,
derrière lui, les chuchotements palpitaient : ou menait-il
ainsi sa petite fille ? Que voulait-il faire ? N’allait-il
pas la livrer à l’ennemi ?
Dans le vide des porches encombrés de
madriers, il n’y avait qu’un homme noir appuyé à
l’arcature.
Maître BERNARD, tremblant de tous ses
membres, l’entendit qui susurrait :
« A tout à l’heure ».
Il poussa Marie jusqu’au milieu de la nef et tombant
à genoux, lui dit : « retourne-toi ». »
Dia n°110 – « Le
soleil du Paradis »
« Et puis, il attendit comme une loque sur
les dalles.
La rose étincelait de feux sublimes, de
couleurs plus pures que celles des anémones, plus
enchantée que celle des couchants d’automne et gaie
pourtant, comme une aurore, et le torrent de clarté qui se
déversait par les portes
n’était rien auprès.
« Oh ! Dit la fillette en
adoration « C’est le soleil du paradis ». »
SONO : jusque fin musique
J’ai dit VM
J W
Bibliographie : Jean Baillet : « Architecture
et poésie » –
David Macaulay « Naissance d’une
cathédrale », Les 2 coqs d’Or.