La Marche du Maître

Auteur:

P∴ F∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

Pour ce travail, au-delà de tout ce que l’on trouve dans la littérature, risquer de s’y perdre et m’éloigner de mon sujet initial, je me suis concentré sur mes rituels et surtout sur ma propre perception du thème proposé, la marche ou la démarche me paraissant aussi importante et représentative du sujet.


La maçonnerie étant pour moi quelque chose que l’on vit, et non que l’on contemple, je vais donc essayer de retranscrire mes propre perceptions, plus qu’une étude du sujet, apportant ma propre pierre et non une synthèse des autres.


Le maître maçon doit savoir transmettre, connaître sans savoir expliquer ne sert à rien, connaître et savoir expliquerest mieux mais pas toujours chose aisée.



Au début du travail, il y a d’abord l’observation, le bâtisseur, l’architecte, le géomètre observent en premier lieu le site, les grandes lignes, l’environnement de l’œuvre à venir afin que les premières idées germes dans leur tête.


Puis l’idée germée, il faut revenir aux bases et reprendre l’ordre de la construction par le début.


D’abord le relevé du plan, en 2 dimensions, la géométrie, l’exposition, l’orientation, la lumière, chercher leslignes directrices afin de trouver l’harmonie et donner un sens à l’édifice.


Puis la précision du trait, des cotes, le calcul des surfaces,…l’équilibre.


Enfin les élévations, le volume, le respect des hauteurs, encore une fois l’harmonie afin que le résultat final soit en rapport avec la destination, à la fois juste et parfait, solide et beau, fait avec sagesse, force et beauté dans les trois dimensions.


Pour ce travail sur la marche du maître, tel le bâtisseur, je partirai de la base, du plan des 2 dimensions pour achever par l’élévation et l’harmonie.



La symbolique de la marche :


La Marche du maître aune porté symbolique de la marche et des pas que nous allons voir mais aussi et surtout une dimension spirituel et c’est cette marche vers le haut que nous verrons dans un deuxième temps.


Sans ces deux dimensions le symbole ne peut être complet.


Parlant du symbole Platon utilisait l’image du tissage, entrecroiser la chaine et la trame c’est mettre en rapport le sujet et l’objet, c’est une dimension indissociable de la compréhension du tout.



La marche commence bien avant de l’entrée en maçonnerie, la vision de l’œuvre à réaliser est présente dans l’esprit duprofane qui est en recherche de vérité sans qu’il le sache encore, moment ou son parrain le remarque.


Puis la marche se poursuit dans le cabinet de réflexion ou l’on a alors une vision complète de l’œuvre à venir, tout est dit dans le cabinet de réflexion mais on ne le sait pas encore.



L’apprenti marche en ligne droite, il prend ainsi le plus court chemin vers l’Orient, vers la lumière. Il observe, il reproduit, c’est un homme qui apprend.


La droite symbolise la nécessité de ne pas s’écarter de son chemin.



La marche de l’apprenti est un moyen de comprendre l’état dans lequel il se trouve. C’est une marche saccadée qui à la fois entrave et enclenche une dynamique de mouvement.


Elle est à l’image de son énergie juvénile et de sa volonté de progresser. Elle peut montrer aussi que l’apprenti peut s’arrêter pour mieux comprendre avant de relancer son effort.Elle comporte trois pas égaux, rectiligne,le pied droit venant se placer dans le creux du pied gauche, formant ainsi une double équerre.


L’apprentia trois ans et fait trois pas.



Le compagnon fait ses pas dans la continuité de celui de l’apprenti, mais il quitte la ligne par deux pas qui forment une équerre.


Il suit la lumière des fenêtres de son tableau de loge qui ne sont plus grillagées, suivant la course du soleil de l’occident à l’Orient en passant par le midi, il se déplace donc de 45° vers le midi puis un autre à 45° pour revenir dans l’axe central.



Ses pas pour s’écarter de l’axe central et revenir symbolisent ses pérégrinations et explorations, il est libre de voyager et de revenir ensuite. Il trace alors une surface avec ses pas mais revient dans l’axe pour symboliser que la lumière est toujours devant lui et qu’il doit continuer à avancer.


Il a voyagé et à appris, afin de découvrir la vérité, pour cela, il lui est permis de s’écarter de la route normalement tracé.



L’apprenti et le compagnon évolue sur un plan horizontal, pour souligner cela, les pas de l’apprenti sontglissés afin que les pieds ne quittent pas le sol.


La représentation de l’équerre qu’il tracenous rappelle le carré que nous retrouverons plus tard.


Le compagnon a 5 ans et fait 5 pas.



Le maître lui quitte le plan pour s’élever, il enjambe le cadavre d’Hiram en décrivant des arcs de cercle, traçant le compas, il évolue donc en 3 dimensions.



Comme le bâtisseur il a acquit dans les degrés précédent la connaissance des 7 arts libéraux du compagnon, il maîtrise la géométrie des formes, la précision du tracé et des mesures par la règle et l’équerre. Mais doit maintenant quitter le plan, et rechercher ailleurs et seul la lumière, il passe de l’équerre au compas.


De façon purement factuel c’est ce que symbolise le déplacement du maître dans l’espace.


L’apprenti et le compagnon, ont utilisé l’équerre dans leurs postures et leurs pas, l’équerre qui permet de tracer les angles droit et donc le carré, alors que le maître, lui par ses pas découvre le compas qui permet de tracer le cercle.


Cet ensemble de la marche du maître réuni alors le carré et le cercle, initiant la quadrature du cercle démontré par Léonard de VINCI et que l’on retrouve dans le dessin de l’homme de Vitruve, l’homme s‘intégrant parfaitement dans les deux formes.


Le carré symbolisant la matière terrestre, le corps, la réalité, la base même de toute construction humaine.


Le cercle, créé par le compas représentant le tout et par extension, la vie et la sphère spirituelle.


Le centre du cercle sur le plan humain représente le fondement de l’être ….l’esprit, et c’est du centre que partl’extension vers le tout, vers la circonférence.


Le centre du cercle et le centre du carré se rejoignent-ils, cela pourrait faire l’objet d’un autre travail très intéressant.



Rappelons-nous que l’utilisation du compas à partir du carré permet de construire un carré long ou rectangle d’or, permettant également de construire l’étoile flamboyante.



En effectuant le dernier pas, le maîtrerevient sur la ligne tracée depuis le grade d’apprenti. Il se retrouve à nouveau face à l’orient, mais qui, lors de la cérémonie d’élévation est caché, il ne sait donc face à qui ou à quoi il se retrouve, le maitre cherche alors d’où vient la lumière, mais nous y reviendrons plus tard.



Le maître à 7 ans et fait 8 pas. Son âge est de 7 ans et plus…



Ce huitième pas le ramène sur la droite tracée depuis le grade d’apprenti, mais également le nombre huit symbolise pour les Pytagoriens l’équilibre final.


Symbole de l’infini et de l’éternité, le 8 est aussi une représentation des énergies terrestres et célestes, qui circulent sans cesse de haut en bas et de bas en haut et se régénèrent. L’infini vers lequel le maître doit essayer de tendre.



La symbolique philosophique



Il est simple de ne voir dans la marche du maître que la progression dans la déambulation, il doit évidement y être associé la démarche spirituel et la progression vers le sacré.


Le corps est alors être allié à l’esprit, ne faisant qu’un, la gestuelle étant la représentation symbolique du travail de l’esprit, une pratique alliantle maillet et le ciseau.


C’est le bout de la marche qui va peut être nous apporter des réponses, il y a-t-il d’autres pas ensuite ou la dimension verticale est-elle notre seul axe de réflexion.


Dans ce cas, les outils ne trouveront plus la même utilité symbolique et matérielle mais auront alors une dimension philosophique, dont le seul outil sera alors la pensée guidée par la raison.


La difficulté de connaître le degré dans lequel on se trouve est réelleon ne le connaît bien que dans le suivant. L’apprenti, puis le compagnon, même s’ils s’écartent de la ligne ont une route relativement tracé, le maître lui, comprend qu’il doit tracer pour lui-même en même temps qu’il trace pour les autres.



Cette dimension intérieure et spirituelle est l’élément moteur de l’élévation, le maître a été relevé et il reçoit sa lumière d’en haut, il doit donc être et faire vivre cette lumière en lui, en même temps qu’il découvre et doit faire rayonner sa propre lumière.



La démarche maçonnique est une démarche initiatique et solitaire mais au sein d’une communauté dont on est à la fois une simple pierre de l’édifice mais aussi un élément fondamental du tout.



Dans cette démarche, il est un moment, au début de la maîtrise pour moi, peut être plus tôt ou plus tard pour d’autre, ou la dimension de l’œuvre apparaît devant soit, se dresse comme un phare en pleine mer.



Les choses se mettent en place, surtout, on ressent ce qui est, plus qu’on ne l’observe ou ne l’étudie. C’est le « To be or not to be » de Shakespeare, lorsque regardant le crane qu’il tient dans la main et symbolisant sa mort, Hamlet méditant sur sa vie et sur sa mort se demande : « est ce que je vie vraiment ma vie. »


Quand on commence à ce poser ce genre de questions fondamentales, c’est le début du salut….et souvent l’entrée en maçonnerie.



J’illustrerai mon propos par un détour rapide dans un lieu maçonnique peu connu, ou j’ai eu la chance de me rendre.



La Quinta da Regaleira, palais résultant des rêves mythiques d’Antonio Monteiro à la fin du 18ème siècle, combinés au talent de l’architecte et paysagiste Luigi Manini. Situé à Sintra au Portugal qui signifie « Port du Graal » donc port de connaissance ou de lumière, sur les terres de Lusitania (Terre de lumière).


Est-ce un hasard si sur cette terre, les hommes ont été inspirés philosophiquement et créer ici outre un magnifique palais qui recèle un temple, mais aussi un décor propice à organiser par étapes chaque coin du jardin, tel un parcours qui vous initie.


On découvre entre autre dans son cheminement comme dans un parc à thème, une porte en pierre rustique avec un mécanisme subtil et sophistiqué parfaitement dissimulé dans le rocher et la végétation ou est inscrit.


« Dans ce lieu marqué par le croisement entre le sacré et le profane. Voici un pont entre le ciel et la terre. Ici git l’échelle de Jacob que montent et descendent les anges. »



Après avoir cheminé dans une grotte, on découvre alors le puits de l’éternité ou puits de l’initiation.D’une hauteur de 18 mètres, sur 8 de diamètres,taillé dans la pierre et possédant neufs paliers.


La base permet d’accéder au centre….au vide… à l’Axis Mundi lieu ou communique les trois niveaux cosmiques. La montée se fait en spirale, d’en haut bien au-dessus du sol on obtient une vision sur les horizons océaniques et des sphères célestes.


Ici construit dans la pierre, il semble y avoir une correspondance matérielle au récit poétique de l’ascension de Dante au paradis.


Ou peut-être une représentation matérielle du sujet qui nous préoccupe : la marche du maître, son ascension philosophique pour contempler les horizons océanique et les sphères célestes.



Ayant parlé de Dante et de Jacob, notonsdeux remarques intéressantes :


Selon Dante « La divine comédie » se déroule au milieu du chemin de notre vie, par son coté initiatique, ses trois partie et ses trente trois chants, aurait elle inspirée les fondateur de la Franc-maçonnerie ?


Notons également quel’endroit ou Jacob s’arrêta, le mont MORIAH, fut le futur emplacement du temple de Jérusalem, l’échelle signifiant le pont entre le ciel et la terre, on peut donc en déduire que la construction de notre temple intérieur est le pont entre nous et le ciel.



Connais-toi toi-même et tu connaitras l’univers et les Dieux, disait Socrate.



Donc « sous le symbole recherchons l’idée », de cette expérience vivante et palpable de cette ascension, qui comme je le disais plus haut peut être révélatrice de l’œuvre, le maître doit intérioriser cette élévation et apporter maintenant la preuve que son esprit domine la matière, que le compas recouvre l’équerre.



Mais au bout de la marche qu’est ce que le maître ?



Le maître maçon serait-il, comme l’indique la définition du Larousse, une personne qui gouverne et exerce son pouvoir sur les apprentis et les compagnons ? Est-il plus libre que les autres pour agir à sa guise ? Que signifie alors pour nous l’appellation de maître que nous avons reçue quand le Très Vénérable Maître et les FF surveillants nous ont relevé par les cinq points parfaits de la maîtrise ?


Qu’est ce que cela implique pour nous ?



Par les pas, le maître symbolise le compas, symbole de l’esprit et de son pouvoir sur la matière, il pourra étendre les domaines de sa recherche jusqu’à l’infini tout en relativisant son pouvoir par le discernement et la justice. Avec l’équerre, symbole de rectitude, il apprendra à agir avec mesure et pondération.


Mais avant tout il est là de par sa propre volonté, et c’est un privilège.


Sans être un philosophe reconnu, Tabarlydisait : « Naviguer c’est accepter les contraintes que l’on a choisies. C’est un privilège. La plupart des humains subissent les obligations que la vie leur a imposées. »


Le maître maçon accepte ses contraintes de probité et d’honneur, il a choisi son destin et cela en fait un privilégié.



Par cette dimension verticale dans sa marche, il fera sans cesse des aller et retours entre le haut et le bas, entre le Zénith et le Nadir, cela en changeant d’état, il est Hiram qui se présente à la porte du nord.



Cette marche du Maître est donc une marche vers soi même et vers le divin, parvenir à une maturité spirituelle, à la libre expression des facultés divines de l’âme, afin que la vie ne soit pas un passage vide de sens spirituel.


L’intériorité, le « Visita interriora terrae » est le point de départ et le fondement de la connaissance, la position qui fait de chaque être humain un individu.



Un F illustrait cela dans une planche par ces mots :



« Passage difficile de l’obscurité à la lumière, l’étincelle de l’initiation devient un fil de lumière pour le compagnon et un rayon de lumière pour le maître.


Cette entrée profonde dans le cycle de la connaissance et la voie divine va modifier la nature de l’être »



Cherchons en nous même les pas ou la marche qui suit la marche du maître pour découvrir ce qui existe au-delà, c’est par ce cheminement intérieur que la lumièreresplendira au dehors.



Bouddha disait :


« Celui qui est maître de lui même est plus puisant que celui qui est maître du monde »



J’ai dit.

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