Du silence obligé de l’apprenti au silence d’Hiram

Auteur:

A∴ D∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué


Du silence obligé de l’apprenti au silence d’Hiram
Quel parcours et quelle quête pour le maître que je suis ?

En guise de préambule je voudrais vous préciser le plan de cette planche : « Du silence obligé de l’apprenti au silence d’Hiram. Quel parcours et quelle quête pour le maître que je suis ? » qui débutera par le silence de l’apprenti puis la parole autorisée du compagnon et enfin le silence de maître Hiram. Pour chaque étape la réflexion prendra appui sur mon vécu ainsi que sur des recherches dans divers écrits.

Pour qui recherche la vérité et la lumière, il me semble nécessaire d’évoquer les éléments qui m’ont permis de réfléchir et par la même de penser et d’accéder à une certaine connaissance. Je souhaiterais également remercier les sœurs et les frères qui de près ou de loin m’ont accompagné.

Le silence de l’apprenti est un silence de contrainte pourtant je ne l’ai jamais vécu comme une obligation dogmatique. Il a été à la fois source d’intériorisation et de méditation. Il m’a permis de me questionner sur le rituel et le symbolisme lors des tenues mais également sur mon propre vécu. Il a été propice à cette petite voix intérieure qui parfois était rassurante parfois au contraire déstabilisante. Rassurante car il y a un certain confort à être dans le silence. Le domaine de la connaissance est si vaste, si infini, qu’assailli d’incertitudes je me rassurais de n’avoir pas à prendre la parole. Mais le besoin de connaître, de comprendre, d’avancer me renvoyait à la nécessité de me connaître, de me comprendre. Et là, cette petite voix intérieure me faisait prendre conscience de la nécessaire verticalité. Aller à l’intérieur de soi, dans ses zones d’ombre qui apparaissent à la lueur d’une conscientisation.

Cette démarche silencieuse, ce vécu du rituel, ce questionnement sur le symbolisme, était-ce vraiment ce dont j’avais besoin pour évoluer ? Pourquoi ces questions, ces doutes, alors que je me sentais authentiquement engagé dans ma voie initiatique et que cette authenticité préservée me convenait. Certainement parce que le doute et le questionnement sont inhérents à la voie initiatique et à toute possibilité d’évolution. Dans cette quête de perfectionnement pour aller chercher et découvrir peut-être le meilleur de moi, j’ai dû me confronter à un manque d’assurance intérieur. Maîtriser cette fragilité et préserver ce désir d’authenticité a été certainement le travail le plus important sur ma pierre brute.

Ce silence obligé m’a permis d’être acteur de mon cheminement initiatique. Il pourrait apparaître paradoxal dans un processus de formation dans le monde profane, il a été un outil nécessaire dans ma démarche initiatique et mon désir de perfectionnement.

L’association symbolique entre l’apprenti franc maçon et son obligation de silence est à ce point forte qu’elle apparaît pour certains comme la seule marque de l’apprentissage. Néanmoins la maçonnerie renferme bien des mystères et le silence ne peut relever de la seule marque d’un grade. S’il est possible d’affirmer que le silence est omniprésent dans la symbolique du grade d’apprenti maçon, il nous faut constater que sa nature est d’une manière générale peu étudiée. C’est la raison pour laquelle de nombreux travaux en loge abordent le sujet comme un devoir, un moyen, une présence voire confondu avec le secret. Par ailleurs les travaux sur le sujet du silence sont dévolus aux apprentis eux-mêmes comme pour souligner que cet acte symbolique particulier reste surtout leur propriété intime. Cependant le silence de l’apprenti doit permettre de produire et d’entretenir la compréhension. Il correspond ni à une prostration, ni à un mutisme, ni à une brimade mais à un transfert de la parole vers autre chose qui passe par le désir, le partage et instruit à parler en loge, à parler avec la loge. Le silence n’est pas contraignant, il est une invitation. Tout ésotérisme de la franc maçonnerie est une invitation. L’initiation est une introduction, une première fois vers autre chose. Elle se fait en silence malgré les bruits et la fureur car toute création naît dans le silence. Le silence imposé aux apprentis recouvre cette réalité initiatique. Il est le miroir dans lequel se contemple l’initié à l’issue de la cérémonie d’initiation et dans lequel se reflète sa propre conscience. Il est aussi le souffle de cette conscience, le souffle de l’unité retrouvée. Ce symbole de l’unité retrouvée est bien le silence car il est le seul que l’on s’approprie individuellement, intimement. Ce silence est le mien et nul autre et c’est cette appropriation qui ramène l’individu au sein de l’univers. L’apprenti se tait, il fait son silence pour lui-même. Ce n’est pas le silence qui définit le néophyte mais au contraire l’apprenti qui définit son silence comme le premier don symbolique qui lui soit accordé. Ce silence reste sa liberté. Il se présente également comme une notion qui permet d’avancer vers d’autres concepts. Il est ce qui relie encore l’apprenti au monde profane mais il est aussi le souffle du futur. En définitive l’apprenti n’est pas silencieux, il est seulement plus attentif à sa voix intérieure saisissant ainsi l’occasion de se taire pour mieux s’exprimer plus tard et profitant de la parole des autres afin d’organiser un travail d’introspection. Il est donc le premier outil de notre VITRIOL.

Outil d’intériorisation et de méditation, le silence de l’apprenti m’a préparé au passage à la parole autorisée du compagnon. Sur la colonne du Nord j’ai observé les S S et les F F prendre la parole. Je me suis souvent trouvé en position de me demander ce que moi-même j’aurais pu dire pour apporter ma pierre à l’édifice. Très tôt j’ai ressenti la nécessité d’un travail intérieur en quête d’une justesse de mes prises de parole. Non seulement de chercher le mot juste mais également de contrôler ma prise de parole. Durant les temps d’instruction j’ai eu le bonheur de vivre une réelle transmission notamment sur la mise à l’ordre. La rigueur, la sensation directement physique de cette mise à l’ordre m’a aidé dans cette recherche non seulement du mot juste mais également dans la préparation à prendre la parole. Ce travail personnel a été une part importante de mon parcours en tant que compagnon. Il m’a permis de passer du stade de la parole autorisée à m’autoriser à prendre la parole toujours confrontée à mon niveau d’exigence pour trouver le mot qui me semblait juste et la façon de l’exprimer. De façon intuitive puis par le travail j’ai pris conscience lors des tenues dans cet espace sacré qu’est le temple que ma prise de parole me renvoyait à un état particulier : le dépouillement de mes métaux. Cet état particulier m’engageait sur un chemin de tolérance et d’humilité. Mon parcours dans le cheminement initiatique a eu indéniablement des répercussions bénéfiques dans le monde profane aussi bien professionnel que personnel.

Lorsque l’apprenti devient compagnon et qu’il retrouve la parole sur la colonne du sud, il peut craindre de ne plus savoir l’utiliser. Dans ce lieu sacré, le silence peut devenir refuge. La marche du compagnon par le pas de côté doit lui permettre de trouver l’audace, la prise de risque par l’ouverture qu’il engage. Trouver ainsi la force et le courage afin qu’il ne soit pas toujours trop tard pour prendre la parole et apporter sa pierre à l’édifice. Par le cinquième pas, le retour à la direction primitive de la marche lui indiquera alors la nécessité de ne pas se payer de mots. Par les cinq points de la méthode du compagnon il sera amené à maîtriser sa parole. Il devra chercher à donner aux mots leur sens propre, à ramener les faits à leur proportion réelle, à donner des limites à son raisonnement afin de ne point s’égarer, à trouver la mesure dans le rapport aux choses entre elles et de les considérer dans leur relativité. J’ai bien conscience que prendre la parole nécessite d’être vigilant à ne pas développer un terrain favorable à son propre narcissisme.

Maître Hiram, par obligation morale, a pris le risque du silence afin de ne pas divulguer le mot sacré. Je me suis interrogé sur cette prise de risque tout en étant conscient que sans la mort d’Hiram nous ne pourrions poursuivre son œuvre. La parole perdue constitue la base de la quête maçonnique. Nous travaillons avec un mot substitué et nous devons rechercher la parole perdue, la parole d’origine. Cette recherche, ce travail du maître c’est de ne pas se satisfaire des apparences, de la facilité mais au contraire d’aller vers l’essentiel. C’est un travail à faire en nous pour une réelle évolution. N’oublions pas que nous sommes des chercheurs de vérité.

Dans la pensée grecque, la parole, le logos, a signifié non seulement le mot, la phrase, le discours mais aussi la raison et l’intelligence, l’idée et le sens profond de l’être, la pensée divine elle-même. Quelque soit les croyances et les dogmes, la parole symbolise d’une façon générale la manifestation de l’intelligence dans le langage, dans la nature des êtres et dans la création continue de l’univers : elle est la vérité et la lumière de l’être. La lumière transformée en silence deviendra méditation et initiation pour agir.

Replaçons les choses dans le contexte biblique qui préside à la constitution de la franc maçonnerie. Pour le franc maçon c’est se référer au commencement. C’est s’affirmer comme participant au cycle historique des prémices de l’univers selon l’expression de la Genèse. C’est aussi attester de son lien avec la sagesse qui existait avant le monde. Le commencement consiste à mettre les choses en ordre, à déterminer leur place dans le silence de la gestation. La création prend place après la pensée. Elle détermine l’ordre du monde postérieurement à la naissance du verbe. Il y a d’abord le silence, puis le verbe et enfin la création.

En maçonnerie, si l’on désire avancer sur son chemin il nous faut lâcher cette parole profane pour une autre…qui fut un jour…et qui est à retrouver dans le silence. Quand les mots ne veulent plus rien dire seul le silence fait sens. Lorsque le langage ne suffit plus pour exprimer une pensée au risque de la trahir, c’est que celle-ci repose sur quelque chose d’antérieur au langage qui s’apparente à l’intuition et relève des origines. Ainsi la parole pour faire vivre le sens doit dire le silence.

Rechercher la parole perdue c’est être en quête de sens, en quête perpétuelle de renouvellement de soi afin de s’engager sur le chemin qui nous conduit des ténèbres vers la lumière.

C’est dans ce lien qu’il faut chercher la raison de l’existence de la maçonnerie c’est à dire l’amélioration du monde et l’amélioration des hommes.

C’est également la possibilité qui m’est offerte de vous livrer ma réflexion sur le but de mon parcours initiatique dans mon engagement en maçonnerie qui n’est pas de trouver un équilibre entre ce que je suis et ce que je crois être mais de découvrir ce que je suis et de choisir de le devenir.

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