Le Maître en Israël ou le devoir de mémoire

Auteur:

J∴ T∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué
TFPM


et vous tous mes FFen vos grades et qualités

Avant d’aborder le sujet proprement dit de ma planche : «  Le maitre en Israël ou le devoir de mémoire », qui correspond au huitième grade, permettez-moi de vous faire un petit rappel.

Lors de l’initiation au neuvième grade des MS, les grades du cinquième au huitièmesont communiqués et malheureusement trop souvent oubliés.

Je me contenterais de vous rafraichir très succinctement la mémoire en vous rappelant que le cinquième grade ou M parfait est un grade d’hommage et de méditation qui rassemble les Fpar le respect, la mémoire et la douleur devant le mausolée en marbre blanc et noir érigé par ADONIRAM et dans lequel se trouve l’urne contenant le cœur d’HIRAM traversé par une épée. Concept de la quaternité, figuré par le carré et le nombre 4

Vient ensuite le sixième grade ou secrétaire intime qui rappelle l’histoire de JOHABEN qui inquiet pour la sécurité de son maitre, fut surprit en train d’écouter la dispute entre HIRAM de TYR en conflit avec SALOMON, au sujet des vingt provinces de Galilée il est alorsmenacé de mort, emprisonné, puis gracié il sera nommé secrétaire intime et rédigera le nouveau traite d’alliance entre les deux rois. Il reconstituera ainsi le modèle ternaire brisé lors de l’assassinat d’Hiram.

Puis vientle grade de Prévôt et juge : la fonction de juge amène le maître maçon, non seulement à porter un jugement équitable sur autrui, mais aussi à se situer lui-même dans sa quête vers plus de perfection. Quant celle de prévôt elle consiste à examiner les plans élaborés par les architectes et à vérifier s’ils sont conformes aux projets des grands maîtres en d’autres termes cette fonction amène à méditer sur les relations entre les pensées et les actes.

Enfin nous en arrivons au huitième degré : intendant des bâtiments appelé aussi maitre en Israël ou le devoir de mémoire qui est le sujet de ma planche.

Avant de vous parler du devoir de mémoire je vous dirais que ce degré introduit un symbole quinaire formé par l’association du carré et de son centre ou corrélativement du nombre 4 et du nombre 1, caractère universel que l’on retrouve comme base des cosmo grammes dans les groupes culturels hindouistes, bouddhiques et tantriques ainsi que dans l’iconographie chrétienne sous forme du tetramorphe avec le Christ en gloire au centre.

On constate que ces cinq degré constituent la classe des maîtres et de leur formation dont le travail sur le chantier a été interrompu par la mort d’Hiram

Ceci dit revenons au devoir de mémoire : lors de l’initiation au huitième degré il est rappelé que l’ultime grade d’intendant des bâtiments symbolise le travail du franc-maçon qui ne peut être sans les autres. Il signifie aussi ce devoir de mémoire qui incombe au conservateur de la Tradition, laquelle ne doit d’aucune manière être perdue ni dans son expression exotérique ni dans son sens ésotérique.

Quand on évoque le devoir de mémoire on sous-entend l’obligation de connaitre l’antériorité, de la comprendre, de la faire sienne, et de la transmettre sans la falsifier.

De nos jours la transmission est partout, à tout moment par les moyens de communications modernes et multiples. Mais ne faut il pas aussi voyager dans le temps pour faire profiter aux autres son vécu, et ce qui nous a été enseigné par nos anciens ? La tradition est le lien essentiel entre les générations.

Toute société pour perdurer a besoin, de trouver dans le passé des racines, de s’enraciner dans une mémoire collective ; il y a des lieux de mémoire, le devoir de mémoire nécessite un travail historique.

Alors penchons nous sur les divers moyens qui ont été utilisés pour que nous parvienne les traditions, mythes légendes et religions.

Tout d’abord la parole, avec tous ces inconvénients que sont l’incompréhension, l’interprétation plus ou moins objective, les non dits et les sous-entendus, et surtout l’oubli, ne dit on pas : «  la parole s’envole mais les écrits restent ! Sans oublier la fiabilité du témoignage des historiens : le témoin éclaire une période, l’historien l’explique.

Elle est vivante, l’avenir en marche, le devenir, elle est universelle et appartient à tous les hommes ; si les générations passées cachent leurs erreurs à leurs successeurs, ils condamnent les jeunes à revivre les mêmes erreurs.

L’écriture vint au secours de la parole pour codifier et pérenniser ce qui était dit. Instruments d’enregistrement comptable, outil administratif au service du pouvoir, mais aussi véhicule de la pensée philosophique et poétique.

Premiers dont on ait conservé des documents écrits, les sumériens étaient sans doute loin de soupçonner que l’invention de leur nouvelle technique allait engager l’humanité dans une aventure qui au regard des 60 000 ans écoulés depuis l’origine probable du langage, ne fait que commencer : l’aventure de l’écriture.

L’évolution de l’écriture passe par ses support : tablettes d’argile et de pierre, papyrus, parchemins et enfin grâce à Gutenberg l’imprimerie et le livre ; je vous fait grâce des machines à écrire, offset ordinateur et tous ce que nous utilisons de nos jours

Chaque culture qui en a l’usage, réinvente les graphismes, se les réapproprie selon ses mythes et ses langues ; l’écriture nait du besoin de fixer des messages, de consigner faits et pensées de façon durable. Elle fonde l’ordre social etpolitique, garantit le pouvoir.

Un autre vecteur de la mémoire est également ancestral : l’architecture.

Toutes les civilisations ont leurs monuments funéraires, leurs châteaux, leurs églises, autant de témoignages précieux de nos ancêtres malheureusement pas à l’abri de la dégradation des éléments naturels ou pire encore de la folie des hommes sous prétextes de religions la plupart du temps telle la démolition par des fanatiques musulmans des statues sculptées à même la montagne, ou les dégradations des hiéroglyphes égyptiens par des chrétiens dans certains temples L’outil est le prolongement tel Philae sur le Nil

De nos jours les moyens multi médias ont pris le relais du gramophone de Pathé marconi et du cinéma des frères lumière la course folle au soi-disant progrès est galopante !! Beaucoup deviennent esclave de ces moyens de communication tel qu’internet, téléphone portable, CD, DVD j’en passe et des meilleurs.

Mais tout ce dont il a été question concerne le devoir de mémoire exotérique ; quant au devoir de mémoire ésotérique il est essentiellement de transmission orale, mêmes’il est heureusement la plupart du temps consigné par écrit

Du fond des âges toute civilisation a eu ses rites, ses mythes et ses enseignements Qui dit rites dit initiations religieuses, philosophiques ou tribales. Elles sont pour la plupart secrètes, et s’attachent à réunir des hommes pour leur inculquer des valeurs humanistes,d’amour et de fraternité.

J’en citerai quelques uns : en premier lieu Mithra qui est sans doute celle qui a donné naissance à la plupart des suivantes dont les mystères Eleusis, les rites égyptiens, l’école pythagoricienne, les templiers, les bâtisseurs de cathédrales dontnous sommes les héritiers.

Contrairementà l’exotérisme, leur vecteur est l’outil qui est le prolongement matériel et opératif de l’intelligence. Ils président à la manifestation de l’invisible dans le visible, qui façonne le matériel symbolique pour faire prendre conscience à l’homme le vrai et lui faire soustraire le superficiel.

La mémoire ésotérique est transmise et vécue par l’initiation ; Cette dernière renvoie aux notions de traditions, de mythes, de cérémonies, de verticalité et de transcendance. Il ne saurait y avoir d’initiation sans une transmission par un maître dans le cadre d’une institution traditionnelle, qui est la gardienne des mystères et secrets qu’elle transmet à ceux qu’elle juge aptesà les recevoir en garantissant ainsi la pérennité de ce qui a été transmis et la non profanation par ceux qu’elle n’en juge pas digne.

Pour nous maçons, la tradition spirituelle et tolérante est issue d’une lecture de la bible, premier livre à avoir été imprimé par Gutenberg, qui érige la construction du temple de Salomon en une spiritualité capable d’assembler les peuples. Le maçon s’il ne veut pas voir sa tradition se pervertir en une église ou une idéologie de substitution a comme mission de construire l’homme de manière a ce que les hommes soient pierres libres et vivantes d’une société de liberté de l’esprit.

La démarche maçonnique dont nous sommes les détenteurs et les acteurs nous unis aux frères d’hier, et même d’avant-hier et a ceux d’aujourd’hui pour préparer la naissance des maçons à venir pour créer une chaîne de fraternité qui se perpétue d’années en années par l’intermédiaire des symboles et des outils. C’est du plus profond de soi-même que chacun retrouve la chaîne ininterrompue de ses frères initiés dont il n’est qu’un maillon, mais un maillon sans lequel la chaîne n’existerait pas.

La maçonnerie d’aujourd’hui n’a pu réussir et se développer sans l’instruction du métier au temps des constructeurs de cathédrales, en devenant spéculative elle a plongé ses racines dans le savoir de la maçonnerie opérative, dans les rites du métier de tailleur de pierres et de constructeur. Point de connaissance spirituelle ni de franchises et de liberté sans l’émancipation par le savoir. Nos outils sont le prolongement matériel et opératif de l’intelligence, ils président à la manifestation de l’invisible dans le visible, qui façonne le matériel symbolique ; ils sont transmis par la tradition à condition de les prendre au sérieux de ne pas les transformer en simples signaux, de ne pas confondre leur apprentissage avec une simple répétition, de ne pas déformer le rituel des cérémonies en une routine pesante et donc de ne pas confondre le sacré et le profane.

La fraternité des franc-maçons qui dans leur travaux usent de symboles, est celle d’hommes qui ont quelques choses à se dire, à se transmettre et à donner un sens à leur vie. Le symbole est ce qui unit par opposition au dialogue qui sépare. Il ne ramène pas au profane ce qui est sacré, mais au contraire il nous conduit à la verticalité tout en évitant le manichéisme dans le sens commun du terme, afin de ne pas créer une rupture entre le réel et l’idéal.

Le grand danger dans la transmission orale si l’écrit est interdit comme dans les mystères et les pratiques du cultede Mithra ou dans l’école pythagoricienne, est de perdre cette mémoire en même temps que se perd cette pratique. Si un disciple dugrand initié de Crotone n’avait pas désobéit au maître, ou une étude attentive et un décryptage minutieux des bas reliefs de Mithra par les historiens et les géologues nous avaient dévoilés ses secrets, nous ne saurions rien de ces deux monuments de notre antériorité ésotérique.

Il est donc nécessaire d’élever des œuvres architecturales, des mémoriaux pour la postérité afin que l’oubli ne vienne effacerdes pratiques infâmes, des sacrifices héroïques, des pratiques de cultes et des croyances diverses. Que ce soit le cimetière américain en Normandie ou le monument de la Shoa,ils nous rappellent ce qui ne devrait plus jamais existé, mais qui malheureusement se perpétue dans d’autres pays ; par contre en tant que franc-maçon, je trouve regrettable que les médias occultent toujours lorsqu’ils font références à ces ignominies, le sacrifice de nos frères qui furent exterminés du fait de leur appartenance à notre ordre.

Ni la barbarie nazie, ni la terreur stalinienne n’ont réussi à éteindre définitivement les lumières d’une spiritualité humaniste au cœur de l’Europe ; il se crée ou renait avec la bienveillance du grand orient de France et la grande loge de France depuis la chute du mur de Berlin des loges et des obédiences dans les pays de l’Europe de l’est avec leur culture et leur singularité spécifique afin d’enrichir et de perpétuer l’universalisme maçonnique.

Accès réservé aux abonnés

Cet article fait partie de l’espace privé de L’Édifice.
Abonnez-vous pour accéder immédiatement à la plus grande bibliothèque maçonnique sur internet

  • Plus de 5 000 planches véritables
  • Issues de plus de 100 obédiences
  • Du 1er au 33ème degré
Déjà abonné ? Se connecter