Une clé pour quelle porte ?

Auteur:

Non communiqué

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

La question : une clé pour quelle porte est liée à la notion de franchissement, à l’idée d’un passage. Du profane au m secret, chacun de nos passages nous a mis au seuil d’une porte, mais c’est seulement au 4ème degré qu’une clef nous est donnée. Le passage à l’an 2000 a suscité tant de préparatifs, de crainte et d’espoirs que l’on comprend l’importance de ce passage de siècle et de millésime.
La clef est unie à la porte. Je vous propose de traiter de leur dualité, puis de parler de Janus, dieu des portes et des clefs, enfin de la clef du maître secret dans le travail maçonnique.

1. La clef est comme le pavé mosaïque noir-blanc, elle a un double sens : elle ouvre et elle ferme. De même, la porte relie et sépare 2 espaces. Passer la porte suppose 2 lieux, 2 états, celui que l’on quitte et celui où l’on pénètre et c’est bien le sens du temple-de la racine-tem- qui veut dire : couper, séparer l’extérieur de l’intérieur, le profane du sacré.

En architecture, la porte annonce la nature, la fonction et le statut social du bâtiment : portails grandiloquents de palais et châteaux, portails et tympans décorés des églises, portes muettes des prisons, portes modestes de maisons, portes enjolivées de maisons bourgeoises, portes automatiques de magasins, portes vitrées, portes secrètes ou dérobées, fausses portes en trompe-l’œil des palais italiens de la renaissance…
Mais nous, nous travaillons à huis clos.

Le cinéma joue beaucoup du symbole de la porte et selon qu’elle est fermée, ouverte, entrouverte, fermée à clef, battante, une porte est présence ou absence, appel ou défense, perspective ou plan aveugle, innocence ou faute.

Des expressions courantes, qui utilisent symboliquement la porte sont nombreuses et révélatrices : « je laisse la porte ouverte : possibilité de dialogue » il a claqué la porte : refus avec violence du dialogue « c’est la porte ouverte à tous les abus » s’il force sa porte, c’est le drame il a frappé à toutes les portes il faut lui laisser une porte de sortie.

La porte est donc un passage conditionnel : elle peut être libre ou infranchissable. La clé est la découverte du secret du passage. Le secret est souvent lié à un trésor caché ou à la demande sanguinaire d’un monstre ou à un fléau. Le héros doit découvrir la clé, car celui qui a la clé possède le pouvoir. La clé peut être un mot, une phrase, un geste, un chemin. Il suffit à Ali baba de dire « Sésame, ouvre-toi. » Œdipe, pour entrer dans Thèbes et éliminer le Sphinx trouve la solution de l’énigme.

Thèse découvre grâce au fil d’Ariane les arcanes du labyrinthe. Que ce soit une transgression ou une difficulté surmontée, clé et porte conduisent à un état supérieur.
Pour l’obtenir, dans l’antiquité, il y avait les sibylles, les pythies, les devins, les oracles, au moyen âge les sorciers et sorcières. Et pour garder le secret, il y avait des gardiens : lions, éléphants, dragon, sphinx, archers ou chevaliers. Ils couvraient le temple : compris comme une protection pour éloigner les profanes ou pour empêcher l’entrée à tout néophyte pas dûment préparé pour recevoir les degrés du rite pratiqués dans le temple au niveau supérieur.
Pour passer, le candidat doit faire preuve de ses connaissances par mots de passe. Porte et connaissance se confondent alors. Selon les traditions juives et chrétiennes, la porte symbolise la révélation : « je suis la porte :si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé », dit Jésus dans l’évangile de Jean, X, 9. La Vierge est dite porte du ciel.

Pour les alchimistes, la porte signifie la même chose que la clef : c’est un moyen de communication, d’accès à la connaissance. La porte du temple à l’occident sépare le savoir profane de la connaissance initiatique, à son seuil quand on sort du temple, le soleil se couche au-delà ce sont les ténèbres.

Quand le profane s’engage dans l’initiation, la porte du temple est très basse, il doit se courber, ce qui marque la difficulté du passage du profane à l’initié et le franchissement de la ligne de division du lieu saint qui était plus bas dans les églises anciennes. Cette limite est appelée iconostase ou jubé.
En fait, là résume le sanctuaire tout entier comme le portail japonais qui marque aussi un lieu sacré. La porte est essentiellement un passage d’un monde à l’autre et s’identifie donc à la fonction du sanctuaire et à la transformation de l’homme en initié, en grand architecte. Le maçon est Hiram sur le chemin de l’art royal.
Chacun a une clé, il faut passer les portes des grades pour entrer s’il le veut en frappant pour qu’on lui ouvre. La franc-maçonnerie est le seul sanctuaire où le gardien est à l’intérieur, de l’autre coté de la porte.

Rabelais, dans le 5ème livre nous dit que les portes du temple de la Dive Bouteille s’ouvrent d’elles-mêmes à 2 battants. Il signale qu’ils sont d’airain, dans un portique de jaspe de forme dorique. Il fait bien comprendre que la porte désigne l’entrée de l’œuvre, c’est à dire l’entrée du lieu où doit s’accomplir celle-ci. Elle nous montre la vraie et unique matière sur laquelle nous devons travailler.

Frapper et on vous ouvrira. La volonté d’entrer en franc-maçonnerie est celle d’aller plus loin pour se créer meilleur, c’est avoir le pouvoir d’entrer dans le Saint des Saints, à savoir trouver en soi le meilleur, la pierre cachée, le vitriol. Au grade d’apprenti, on passe de l’obscurité à la lumière ; à la maîtrise, de la mort à la renaissance. On passe de l’ignorance à la connaissance et on meurt à soi-même pour vivre comme Hiram une vraie vie.
Ce travail se concrétise par des étapes, des franchissements de portes, qu’il faut rendre réels. C’est pourquoi, à la maîtrise, on entre à reculons dans la Chambre du Milieu, les combats ont eu lieu avant, à l’extérieur. L’orient est d’ailleurs fermé par un voile noir symbolisant la porte qu’il est dangereux de franchir sans préparation. De même, au 4ème grade, le Vénérable est isolé par une balustrade. Cette notion d’obstacle nous est familière depuis les Contes de notre enfance. Charles Perrault, dans Barbe bleue, évoque « ce cabinet au bout de la grande galerie de l’appartement du bas. »
Il fait de la chevillette la clé qui ouvre la porte de la maison de la mère Grand qui est située très loin.

C’est toujours une clef redoutable qui cause la ruine des imprudents, mais qui est profitable au sage. C’est la baguette des fées qui fait d’une citrouille un carrosse et d’un prince un corbeau.
La couleur noire alchimique n’est jamais absente. Les mystères égyptiens appelaient aussi le passage du dehors au dedans par le seuil d’Osiris. Pour le franchir, il fallait passer par la mort le tombeau et la résurrection. Arrivé devant la porte des grands mystères, l’impétrant se rend compte que seul le chemin vers l’avant restait ouvert.
Toutes les issues du retour étaient fermées. De là à déduire que nos 2 colonnes qui ne soutiennent rien à l’entrée marquent la vie humaine, naissance- mort avec la houppe dentelée de nos heures ou jours, il y a à peine 1 pas. 

Quoi qu’il en soit, tout passage d’un état à un autre est toujours une mort par rapport à l’état d’avant en même temps qu’il est une naissance par rapport à l’état suivant.
Il est intéressant de remarquer qu’une tête de monstre sous des formes variées est placée sur le linteau d’une porte ou la clé de voûte d’une arche ou au sommet d’une niche, mais en tout cas, elle est liée à l’idée de la porte. On peut suspendre à cette figure un anneau qui fait heurtoir, comme une tête d’animal tenant un anneau dans sa bouche.
Selon l’état où se présente celui qui veut passer, la bouche de la porte peut être porte de la délivrance ou porte de la mort. Symbole double de la porte qu’on retrouve dans celui du yin et du yang : la porte fermée est d’essence yin alors que la porte ouverte est d’essence yang.

L’univers ressemble au va et vient de la porte qu’on ouvre et que l’on ferme comme un mouvement de systole et de diastole.
Le jeune yang sort du vieux yin au printemps est le jeune yin sort du vieux yang à l’automne.
L’intérêt est de voir que le passage ne peut être parcouru que dans un seul sens et selon un chemin temporel, à savoir le cycle antérieur est vu comme un état inférieur et dans un sens irréversible. Le cycle se ferme, car le nouveau parcours ne peut reproduire le précédent. C’est tout le secret de l’initiation.
Et le dieu de l’initiation est aussi le dieu des portes, des clefs et des passages, c’est Janus.

2. Grâce à son double regard opposé, Janus contrôle les entrées et les sorties, il voit en même temps l’orient et l’occident.
Janus porte 2 clefs : celle des 2 portes solsticiales, été et hiver, 2 points extrêmes de la course du soleil ; il ouvre et ferme le cycle annuel. Janus est considéré comme le dieu de l’initiation et à la même racine que le verbe ire (aller) qui a donné in-ire, initium, entrée, commencement. Ses 2 clefs, l’une d’or et l’autre d’argent, étaient celles des petits et grands mystères ou des 2 cycles temporels.

La clef d’argent est celle du pouvoir temporel, la clef d’or est celle du pouvoir spirituel. Il est bon de réfléchir sue Janus, car la loge maçonnique est une figure du cosmos de par ses dimensions :
Sa longueur est de l’orient à l’occident Sa largeur du midi au septentrion Sa hauteur de la terre au ciel Sa profondeur de la surface de la terre à son centre, du zénith au nadir, Mais aussi parce que l’homme qui cherche l’équilibre et l’harmonie doit comprendre le déroulement temporel et s’intégrer dans un devenir.
Donc Janus est le maître des 2 voies auxquelles donnent accès les 2 portes solsticiales, ces 2 voies de droite et de gauche que les Pythagoriciens représentaient par la lettre Y, peut-être le symbole abrégé de l’univers.
Les solstices sont les 2 points d’arrêt de la course du soleil : Le solstice d’été, porte des hommes et signe zodiacal du cancer, et le solstice d’hiver correspondant à la porte des dieux et du signe du capricorne qui sont aussi 2 périodes, l’une ascendante et l’autre descendante.

Portons attention à la marche solaire et à la démarche complexe de sa représentation : Lors de la période ascendante, le soleil marche vers le nord ; dans un 2ème temps, il va vers le sud. En fait, il s’agit de 2 sorties différentes.
En mettant en correspondance le symbolisme temporel avec le symbolisme spatial des points cardinaux, le solstice d’hiver est en quelque sorte le pole nord de l’année et le solstice d’été son pole sud, alors que les 2 équinoxes de printemps et d’automne correspondent à l’est et à l’ouest. Le jour, la moitié ascendante est de minuit à midi, la moitié descendante de midi à minuit ; minuit correspond à l’hiver et au nord, midi à l’été et au sud ; le matin correspond au printemps et à l’est (coté du lever du soleil), le soir à l’automne et à l’ouest (coté du coucher du soleil). Ainsi, les phases du jour comme celles du mois, mais à une échelle plus restreinte, reproduisent celles de l’année.

Le travail maçonnique s’accomplit de midi à minuit, puisque c’est une marche de la porte des hommes à la porte des dieux. Dans ce cas, le nord est désigné comme le point le plus haut et le soleil monte vers le nord, alors qu’il descend vers le sud, ainsi le point le plus bas paradoxalement pour un mouvement ascendant. Tout ceci s’explique par la fameuse parole de la table d’émeraude « ce qui est en haut dans l’ordre céleste est comme ce qui est en bas dans l’ordre terrestre ».

La porte solsticiale d’hiver ou signe du capricorne correspond au nord dans l’année, mais au sud quant à la marche du soleil dans le ciel ; et la porte solsticiale d’été, ou signe du cancer, correspond au sud dans l’année et au nord quant à la marche du soleil.
Tandis que le mouvement ascendant du soleil va du sud au nord et son mouvement descendant du nord au sud, la période ascendante de l’année doit être regardée au contraire comme allant du nord au sud, la période descendante allant du sud au nord.
Il s’agit d’une connaissance traditionnelle, concernant une réalité d’ordre initiatique.
Puis Janus est devenu le dieu des corporations qui célébraient les 2 fêtes solsticiales.
Avec le christianisme, les corporations de bâtisseurs associèrent Janus bi-fronts aux 2 Jean. Ces artisans étaient dépositaires des initiations liées aux métiers, d’où les loges de saint Jean, notre héritage sous la forme spéculative.

Il est intéressant de voir qu’au 4ème, la clef est placée à la hauteur du plexus solaire ; or, paradoxalement, avec le signe du secret, le symbole de la clé est une action de fermer. Les lèvres sont closes par le sceau de Salomon et lors de l’initiation, le M porte un voile noir.

3. Le maître dispose donc d’une clef, pour quelle porte ? La clef d’ivoire est le bijou du m secret, car Hiram n’a pas donné le mot de passe pour franchir la porte de la chambre du Milieu. Grâce à cette clef, nous pouvons avoir l’espoir de franchir les portes restées fermées.
Le Z de Ziza est sur le paneton de la clef, lettre Z formée de deux 7 s’opposant, comme un nombre d’or du grade.

Il faut rechercher la signification de la clé dans son étymologie hébraïque : Mafteakh qui a été rapprochée du dieu égyptien Phtah.
Phtah est appelé dans le texte des Pyramides et des inscriptions des temples, de Karnak notamment, comme « chef d’atelier et créateur de formes ».
On le montre modelant l’univers et les hommes sue un tour de potier.
L’étymologie conduit de Phtah à l’Héphaistos grec, le forgeron qui enseigna les arts aux hommes maîtrise les 4 éléments.
Or la clef n’est pas de métal, elle n’est pas forgée, elle est faite d’une matière organique l’ivoire, l’os, elle est faite de ce qui permet d’avoir une forme et de fonctionner.
L’ivoire est une matière qui ne périt pas comme la chaîne de transmission assurée par la Tradition.
L’ivoire exige un travail minutieux, fin et patient.

Une clé en métal ne peut donner accès qu’à des biens matériels, la clé d’ivoire nous invite à déchiffrer un message codé : « je ne sais ni lire ni écrire », l’apprenti cherche la clé, le maître secret cherche la parole perdue. Le mot substitué rappelle l’existence de celle-ci. La parole perdue est dans le symbole de la clé, on a perdu la faculté de dire, c’est-à-dire de créer. Loge, logos sont à associer à la parole perdue, car au commencement était le verbe, mais l’humanité a été déchue de cet éden-. La vérité continue à errer. Ce qui est épars n’est pas encore réuni et une parole substituée est surgie du pourrissement. Le temple de Jérusalem est dédié à un Dieu qui a créé le monde par la parole. Dans le 2nd chapitre de la Genèse, il pétrit l’homme avec de la terre. Son nom est associé au tétragramme Yod, Hé, Vav, Hé. Il est le dieu potier, comme le dieu égyptien Phtah dont le nom est « ouverture ».

Pour le christianisme également, le verbe s’est fait chair et selon le prologue de saint Jean : « au commencement était le verbe ».
La recherche de la parole perdue est analogue à celle de la pierre cachée, vitriol des Alchimistes. La clé nous invite à persévérer sur le chemin des épreuves, des passages, des transformations, des monstres – gardiens des portes. L’initié doit apprivoiser les monstres, comme Thésée et le Minotaure, Ulysse et le Cyclope Michel et le dragon.

La clé n’est qu’une amorce pour réunir une pensée complexe, plurielle. Chacun de nous a une clé, donc il appartient à chacun d’apporter son travail, son sens et d’en faire profiter le groupe. L’unicité relie chaque f et s à l’universel. La recherche de la parole perdue permet donc à chacun de ne pas se figer dans un sens ou son sens, mais de se mettre en devenir, dans un devenir qui n’est pas limité à la parole substituée, d’où l’existence de la clé prometteuse d’avenir.
L’analogie est d’ailleurs curieuse entre la 4ème lettre de l’alphabet hébraïque- dalet- qui a comme valeur de représentation la porte et le chiffre 4 de ce grade.

Clé et porte sont liées, comme il a été dit en introduction, pour signifier accès à l’enseignement initiatique ou pour franchir la porte-balustrade à l’orient, le saint des saints ; c’est être présent autour de la dépouille d’Hiram en tant qu’arche d’alliance.

Enfin, pour fermer le triangle, la clé permet le passage sur un cheminement sans retour, voie du devoir de ce qu’on se doit à soi-même, clef pour travailler sur les sentences, les nombres, les couleurs du grade etc. voie de l’effort dont le laurier nous engage à chercher la récompense.
A noter que la déesse Athéna était la gardienne du temple Apollon à Delphes et que le laurier en était le symbole. La clé ici n’ouvre pas, elle est l’ouverture, la porte que nous réclamons est ouverte, à nous de nous rendre ouverts. Pourquoi cette porte ne serait-elle pas en nous-mêmes ?
« Il importe pour celui qui passe que je sois tombe ou trésor ».

R D

Accès réservé aux abonnés

Cet article fait partie de l’espace privé de L’Édifice.
Abonnez-vous pour accéder immédiatement à la plus grande bibliothèque maçonnique sur internet

  • Plus de 5 000 planches véritables
  • Issues de plus de 100 obédiences
  • Du 1er au 33ème degré
Déjà abonné ? Se connecter