La vérité n’est-elle accessible qu’aux initiés ?
J∴ P∴ T∴
Vénérable Maître et
vous tous mes Frères en
Vos degrés et qualités
Vos degrés et qualités
Encore une fois un sujet « qui vous parle » davantage que les autres au moment de le choisir et puis lorsque je l’ai abordé la première fois, il y a environ deux mois, je me suis demandé ce que j’allais bien pouvoir vous raconter pendant un quart d’heure tant je restais sans idées. Alors j’ai lu et relu le sujet. Les deux mots importants sont : « vérité » et « initiés » avec bien sûr une corrélationdéfinie par l’accessibilité. Finalement, les choses se sont déliées petit à petit. J’ai pu enfin commencer à écrire ma planche. J’avais trouvé le plan et le fil conducteur. Il n’est pas simple de donner une définition de la vérité car il en existe tant et plus. Ce n’est donc pas le Larousse qui a pu m’aider. Mais surtout il ne faut pas confondre les vérités et la Vérité. C’est d’ailleurs tout le problème. De quelle vérité s’agit-il dans notre énoncé ? Quant aux initiés, qui sont-ils ? Qu’est-ce qu’un initié ? La question posée sous entend qu’ils détiennent la vérité. Est-ce vrai ? Comment se positionnent-ils ? Et si l’on n’est pas initié, peut-on atteindre la vérité ? Un certain nombre de questions auxquelles je ne pourrais pas vraiment vous répondre. En revanche, je peux y réfléchir et vous donner mon opinion.
Tout d’abord, qu’est ce que la vérité ? Avant de chercher à la définir, il convient de se demander si l’on peut parler d’une seule et unique vérité. Mais que penser du relativisme qui donne à la vérité tout caractère universel ? Ne faut-il pas reconnaître à chacun sa vérité ? Je ne vais pas m’éterniser sur la définition, car les Fr.^. qui ont traité le sujet précédemment vous l’on donnée à maintes reprises. Ce que je tiens à rappeler, c’est que de tout temps l’homme s’est posé la question en émettant des hypothèses parfois des affirmations. Souvent il s’est ravisé voire contredit. Non sans mal d’ailleurs ; demandez à Galilée et vous verrez…. Pas simple d’aller à l’encontre et de remettre en question les certitudes ecclésiastiques. Toujours dans le domaine scientifique, les axiomes et les théorèmes démontrés par les plus grands mathématiciens, ne sont vrais que dans un espace donné. Je me souviens d’un de mes professeurs de math au Lycée qui ironisait beaucoup. C’est surement pour cela que je m’en souviens d’ailleurs. Il disait : « deux droites parallèles ne se coupent jamais» et rajoutait « dans un espace euclidien. » Effectivement, pour donner un exemple ; dans un espace euclidien, la somme des angles d’un triangle est toujours égale à 180°. Si l’on prend un triangle sur une sphère cette vérité n’est plus vraie.Einstein affirmait la même chose ; « Toute théorie n’est vraie que suivant le repère qu’on lui donne. » Ce qui l’a amené à travailler sur la relativité et à relativiser les vérités.
Chercher la vérité peut être un espoir, surtout dans la souffrance. Saviez-vous que la « PRAVDA » journal des meilleurs temps communistes, donc difficiles pour le peuple signifiait : vérité
Comme il a été dit lors des dernières tenues, nombreux sont les philosophes qui se sont attachés à définir la vérité et voilà ce que l’on peut retenir :
–La vérité en tant que réalité : Platon distingue le monde sensible, monde de l’apparence, de l’illusion et du monde des Idées intelligibles qui pour lui est le monde de la vérité. Se cf au mythe de la caverne. Les choses sensibles ne sont que des copies très imparfaites des Idées. En ce sens elles possèdent un degré moindre de réalité. La vérité est érigée en réalité.
–Idées vraies et réalité : Pour Descartes, une idée claire et distincte qui apparaît évidente est une idée vraie, point. Pour Malebranche, les idées ne peuvent émaner que de Dieu parce qu’elles ne peuvent être produites que par l’esprit.
–Proposition et réalité : Aristote affirme que la vérité appartient à la proposition, au jugement. Une proposition est vraie si ce qu’elle décrit est conforme à la réalité ; elle est fausse dans le cas contraire. Cette conception a été reprise au 20ème siècle par des penseurs tels que Russell et Tarski.
–La vérité-forme ou formelle : Pour Kant, la connaissance est relative à celui qui s’y intéresse. Elle est constituée de formes qui permettent de la structurer de l’organiser et d’en faire une expérience. Les formes de la connaissance étant universelles, il n’y a pas de place pour le subjectivisme.
–La vérité scientifique : La science, bien que dépendante des faits, n’est pas une pure et simple description de la réalité. Les hypothèses scientifiques sont des anticipations, des interprétations qui précèdent l’expérience. De plus, la science ne vise pas l’essence des choses, mais leurs rapports mutuels (les lois de la nature).
–La vérité-utilité : Pour Nietzsche, la vérité telle qu’on l’entend habituellement est avant tout une valeur ; elle répond à des nécessités vitales (et en ce sens il est possible qu’elle repose sur des erreurs). Dans la pensée pragmatiste de James, la vérité est le résultat d’actions et se distingue par son caractère utile, avantageux dans les différents domaines de l’expérience.
–L’intuition : Bergson qui envisage que l’intelligence, en tant qu’elle est fondée sur l’activité première de la fabrication d’outils et donc sur la manipulation d’une matière inerte passive, méconnaît le réel en tant que celui qui se définit par sa mobilité. Seule l’intuition peut, par sympathie, pénétrer dans l’intimité, l’intériorité des choses. Pour Husserl, la conscience est toujours conscience de quelque chose, elle tend vers autre chose qu’elle. L’intuition phénoménologique ne donne pas l’idée de la chose mais la chose elle-même.
–Vérité et existence ; Jaspers affirme que la vérité est l’autorévélation de l’existence singulière. Quant à la communication, elle nous permet de dépasser notre singularité en nous dévoilant la vérité d’autres existences. Pour Heidegger, la vérité est aletheia, (choses vraies) dévoilement de l’Être, mais elle est suivie d’un obscurcissement, d’un retrait qui la fait échapper à la connaissance.
Voilà mes frères les différentes vérités philosophiques que j’ai pu relever. Vous avez pu le constater, elles sont très différentes les unes des autres et n’engagent que ceuxqui les ont définies. Un peu trop philosophique à mon gout. Je me fierais davantage à Socrate qui disait : « Comment sais-tu ce que sont les vérités si tu ne sais pas ce qu’est la vérité ».Il faudrait que notre esprit, tel un ordinateur, ait emmagasiné un maximum de données et qu’il sache les remettre en ordre et les ressortir au moment opportun et par rapport au monde qui l’entoure : tâche difficile. En fait, on peut penser que la vérité est un état, état du bien, de l’amour, de l’humilité et de la Fraternité. La rechercher, c’est aller à l’intérieur de nous même pour en sortir le meilleur. La vérité appartient à ceux qui la cherchent, pas à ceux qui pensent la détenir. On frôlerait le fanatisme. Combien de dictateurs commettant des atrocités étaient certains que c’était pour le bien de tous. Ceci pourrait nous faire penser que la certitude est la vérité. Or l’opposé de la certitude est le doute et nous savons que c’est par le doute que nous nous approchons de la vérité. La certitude est donc diamétralement opposée à la vérité.
Intéressons-nous à présent aux initiés. Qu’est-ce qu’un initié ? Le Larousse dit : « qui a reçu une initiation, instruit d’un secret, d’un art. » Bon !!… le titre d’initié dans l’antiquité indiquait simplement un homme instruit et les degrés d’instruction variaient suivant les cas sans que le titre subisse le moindre changement. L’initié aux petits mystères possédait une instruction équivalente à celle donnée de nos jours par l’Université; l’initié aux grands mystères apprenait successivement l’existence et le maniement des grandes forces occultes de la nature. Parvenu au summum de cette instruction, il prenait le titre de voyant, de prophète d’adepte ou Grands Initiés (Rama, Krishna, Hermès, Moïse, Orphée, Jésus, Pythagore, Platon ). Sans vouloir nous attarder sur l’enseignement qu’ils recevaient, la doctrine enseignée était surtout la recherche de l’Unité universelle et de la vérité Le rôle de l’initié antique était avant tout social; les initiés formaient dans le monde entier une fraternité d’intelligence unie par une doctrine unitaire. C’est cette fraternité que toutes les sociétés secrètes ont pour but de reconstituer plus ou moins..
Mais il n’est pas difficile d’être un initié. Il suffit pour cela de connaître les données les plus élémentaires de la Science Occulte et de comprendre, grâce à elle, la nécessité de l’union fraternelle de tous les hommes. Ces données peuvent être acquises par le travail personnel ou par les sociétés d’initiation. En revanche, s’il est facile de former jusqu’à un certain point des initiés, on ne forme pas les Grands Initiés. Les hommes, rares entre tous qui parviennent à cet état ne peuvent le faire que par leurs propres forces.
L’idéal d’une société d’initiation est donc d’indiquer de son mieux à ses membres le chemin du perfectionnement sans pouvoir jamais aller plus loin que cette indication.Le but cherché, est de pousser l’élève à se créer lui-même un enseignement et une conduite personnelle. On retrouve bien là les principes fondamentaux qui nous sont chers en FM. L’enseignement porte essentiellement sur la recherche de la lumière et de la vérité, quête interminable de tout initié à travers les âges.
A partir des propos que je viens d’énoncer et des définitions de la vérité je peux envisager deux réponses aux questions posées en introduction ; sans vouloir vous choquer oui les initiés détiennent la vérité ; attention : la leur, la vérité universelle qui peut-être différente suivant chacun et opposée à la vérité absolue que l’on appelle la Vérité divine, celle de Dieu. Peut-être la découvrirons-nous un jour, lors de notre passage à l’Orient éternel !!…. Et puisqu’on a vu qu’il était possible de s’initier seul par le travail, de fortes convictions et l’envie de créer le bien autour de soi, un profane peut très bien être sur le chemin de la vérité et donner lui aussi la sienne. C’est d’ailleurs celui-ci qui est repéré et sollicité pour entrer dans nos obédiences. Parfois il accepte, mais parfois il refuse. Cela ne fait pas de lui un conjuré pour autant. Hélas des erreurs sont commises. On initie des personnes dont l’esprit est borné et reste enfermédans le cercle étroit de son horizon mental. C’est comme ça, il faut de tout pour faire un monde. Mais il vaut mieux un bon profane qu’un mauvais initié.
Ayant évoqué le cas d’initiés en général, j’aimerais vous parler d’initiés en particulier, ceux dont le berceau n’est autre que celui de la F.^.M.^. Comment celle-ci peut-elle nous aider à découvrir la vérité ?
Je vous l’ai dit, la vérité à l’état pure est inaccessible ; seul le GADLU la connaît et lui seul, en revanche nous sommes tous convaincus que la F.^.M.^. peut nous mettre sur la voix de la sagesse, de la fraternité et de la vérité. Elle nous donne une méthode et elle met à notre disposition des outils pour cela. Je vais essayer de m’expliquer succinctement. Tout commence lors de notre initiation et notamment dans le cabinet de réflexion. Ce cabinet est un sas entre la vie profane et la vie maçonnique. Dépourvu de ses métaux, l’homme va mourir de sa vie profane pour renaître à une vie nouvelle destinée à progresser dans les voies de la sagesse de la fraternité et de la recherche de la vérité. Le profane est devenu une pierre brute, nettoyée, débarrassée de ses impuretés, de tout ce qui l’empêchait de voir la lumière et de connaître la vérité. Mais cette pierre brute n’est pas n’importe quelle pierre. Avant d’être choisie elle a été examinée pour pouvoir déterminer si elle pouvait être dégrossie, taillée, pour la rendre conforme à sa destination. Après avoir été reçu FM par le VM l’apprenti revêt son tablier et découvre les outils qui sont les siens : la règle à 24 divisions, le maillet et le ciseau, sans oublier le fil à plomb, symbole de la recherche en profondeur pour établir la vérité et l’équilibre. Après lui avoir ouvert la voie suivant la méthode maçonnique en lui faisant exécuter son premier travail sur le chantier, il ne reste plus à l’apprenti qu’à se saisir de ses outils et à continuer le travail commencé qui le guidera sur le chemin de la vérité.
Pour pouvoir travailler, il faut tout d’abord de la volonté et chose extrêmement importante, savoir où l’on va,quel but à atteindre. La compétence nous est donnée par les connaissances élémentaires dont nous disposons sur la FMNous devons travailler pour être un homme libre et de bonne mœurs, également ami du riche et du pauvre s’ils sont vertueux. Nous devons fuir le vice et pratiquer la vertu. Nous devons conserver les secrets qui nous sont confiés, et nous devons travailler avec zèle en marchant vers la lumière. Ce sont, les principaux objectifs, au premier degré, fixés au maçon pour se perfectionner et marcher sur les voies tracées de la découverte de la lumière et de la vérité.
N’oublions pas que le véritable chef-d’œuvre, ou quintessence de l’œuvre à réaliser, est soi-même. C’est par là qu’il est possible de devenir un être vertueux dépourvu de tous préjugés, bienveillants envers ses semblables.
Voilà mes F.^. ma réflexion, ma vérité sur le sujet de ce soir. Elle n’engage que moi. Comme je vous l’ai dit en introduction, je vous le répète en conclusion il est bien difficile de la définir tant elle est complexe. Mais je ne pourrais terminer ma planche sans citer Socrate ou Lao Tseu qui ont dit: « ce que je sais, c’est que je ne sais rien » C’est peut-être ça la vérité au fond.J’ai l’étrange sentiment que s’en approcher demande un degré d’humilité inversement proportionnel à celui de son égo. C’est souvent le problème de l’homme. Aussi, il n’est pas mauvaisde se sentir canalisé, notamment en fréquentant des lieux comme les nôtres. C’est un privilège que je ressens donc mes Fr.^. d’être parmi vous. Avant chaque tenue je laisse mes métaux à l’entrée du temple. A l’intérieur je vous écoute et par mon silence j’en tire le meilleur. J’apprends et je me construis. A l’extérieur je me sens grandi complètement régénéré et prêt à continuer l’œuvre entreprise de la recherche de la vérité.
J’ai dit