Le Tarot – La Justice
S∴ R∴
« Ce que la F M vous demande, c’est d’aimer la Justice, de la révérer, de marcher dans ses voies, de la servir de tout votre cœur et de toute votre âme ».
C’est une dure tâche qui nous est demandé, tâche qui exige zèle, courage, droiture et charisme. L’homme profane ou maçon, ne peut vivre sans Justice.

La Carte Justice est une lame de rigueur et de ce fait, équilibre les ensembles d’Arcanes précédents, elle est au point d’équilibre du 3ème groupe d’Arcane que l’ermite va clore, elle prépare donc à l’assainissement du terrain, mais aussi elle clôt le cycle des sept premières lames dans le cas ou l’on considère le Tarot au travers de 3 Septénaires.
Le personnage est assis : La justice sait.
Elle a une attitude de fermeté analogueà celle de l’Impératrice, la justice n’a pas d’ailes. Comme l’empereur elle a un aspect de solidité, de stabilité. Elle peut être assimilée à Astrée (ı) (déesse grecque de la justice) vierge zodiacale du signe de la balance.


Ses vêtements sont semblables à ceux de l’Impératrice et de la Tempérance (manteau bleu, doublé de vert sur robe rouge sauf les manches qui ici sont bleu, jaune vertes.
Je rappellerais ici le symbole des couleurs :
– (Bleu la nuit, la
passivité lunaire, le secret, les sentiments, les valeurs
féminines)
– (Vert : pour la nature, symbole de
régénérescence)
– (Rouge, valeur mâle, Forces interne,
l’énergie, le sang, l’esprit, la violence)
– (Jaune : terre, soleil, miel moisson;
lumière intellectuelle, l’Or, émeraude des
alchimistes)
Au regard de la carte et des symboles je dirais que l’arcane Justice représente la spiritualité et l’intelligence.
Elle porte sur la tête le signe solaire symbole de la raison prédominante. Autour du cou on remarque un collier symbole de coordination, enchaînement en un « TOUT », enchaînement des actions et de leurs conséquences.
De la main droite elle porte un glaive pointe en haut à double tranchant ; épée de la fatalité, destinée à rétablir par une récompense ou par une peine, l’équilibre rompu ! C’est l’action, la décision, qui tranche.

De la main gauche elle tient la balance dorée équinoxiale (comme celle de MAÂT (²), déesse égyptienne qui pesait les âmes des morts en guise de jugement) elle pèse et quantifie les erreurs commises.
Elle est la raison, la dualité de la lumière et de l’obscurité, la conscience avec laquelle il ne faut jamais faire de compromis, mais aussi l’équilibre du bien synthétisé par les couleurs alchimiques de vêtements rouge et vert et le triomphe de la vérité sur le mal, même si celle-ci est désagréable et difficile à accepter !
Quelle soit divine ou terrestre, il est indispensable que nous nous conformions aux règles, qui n’ont rien d’arbitraires puisqu’elles découlent de la logique des choses, comme les règles d’architecture.
Les colonnes comprenant dessins et demi-disques blanc et vert peuvent faire allusion à des mamelles (pour pouvoir accéder à l’équilibre cosmique, les pensées des hommes doivent être nourries de justice).
L’aspect rigide du personnage contraste avec toutes les formes arrondies figurant dans l’image (dossier et montant du trône pouvant rappeler les ailes de l’Impératrice, manches de robes, drapé du vêtement, les cheveux bouclés.
Sous son apparente rigueur, la justice immanente et cosmique est pleine de mansuétude.
La justice évoque l’ordre, l’ordonnancement parfait de l’univers. Dans cette équilibre cosmique, chaque être à sa place et son rôle à jouer, à condition de savoir s’y soumettre comme l’on, se soumet naturellement au rythme des saisons.
La balance représente donc cet équilibre qui est santé, harmonie, justice, et le glaive le pouvoir de trancher pour le rétablir chaque fois que la volonté individuelle se met en désaccord avec la volonté universelle.
Comme nous pouvons le voir dans le Tarot, la Justice est traditionnellement associée à la 8ème lettre de l’alphabet hébraïque, la lettre Heith (³) nombre simplement dans cette arcane de la justice suggéré par les plis souples des vêtements de ce personnage apparemment si rigide.

Heith est issue d’un ancien idéogramme représentant une silhouette humaine près d’une barrière, ce qui nous amène à la notion de séparation et de protection. Il est aussi issu d’un ancien idéogramme qui représentait la main de Dieu.

Le terme hébreu Heith illustre donc parfaitement la notion de justice que peut vivre l’homme juste et pur qui sait conformer sa vie à la Loi.
C’est une vertu cardinale qui implique un très haut niveau de discernement et donc de connaissance pour être correctement pratiqué.
L’indispensable équilibre du monde, repose sur la Justice, puissance exécutive de la loi créatrice dont le symbole est un double carré superposé (le heth primitif) d’où est tiré le chiffre 8 (⁴) (l’infini).
La maîtrise du Nombre Huit est donc une épreuve redoutable, elle implique discernement, connaissance, libre arbitre, volonté, responsabilité, intelligence et sagesse.Il n’est pas besoin d’espérer pouvoir s’accommoder avec les lois de la Providence.
Le Nombre Huit rappelle que la liberté ne consiste pas à pouvoir faire n’importe quoi, ce qui serait un retour rapide au Chaos et à la disparition même de la liberté.
La création basée sur la Vérité Absolue, est forcément ordre équilibre et harmonie, dans les grandes choses (Macrocosme) comme dans les petites (microcosme).
Au 4ème degré du REAA, le TFPM, lors du 4ème voyage, nous demande d’aimer lajustice, de la révérer, de marcher dans ses voies et de la servir de tout notre cœur et de toute notre âme. Puis le 1er Inspecteur nous rappelle l’Idéal de la Franc-maçonnerie « accomplissement du devoir porté jusqu’au sacrifice ». Ce degré est donc un degré de devoir de transmission et de discernement.
Pourquoi en tant que Maître Secret, la Maçonnerie nous demande-t-elle de promouvoir la Justice ?
Apprenti nous devions apprendre à nous connaître nous-mêmes, Compagnon à partager, Maître à transmettre, et Maître Secret à accomplir notre devoir.
Dans la philosophie kantienne, le devoir est en lien étroit avec la morale.
En effet, la morale serait un ensemble de devoirs auxquels l’homme se doit de répondre. Si l’homme agit pour lui, il s’inscrit dans une démarche arbitraire.
Au contraire, s’il agit sans recherche de satisfaction personnelle, il accepte d’agir en respectant des règles qui s’imposent à lui à lui- même, et qui lui sont extérieures.
Le devoir serait comme la réponse catégorique, à une Loi universelle, dont la Justice serait l’instrument. Promouvoir la Justice est clairement un de nos devoirs d’Homme et de franc maçon, devoir constitutif, en tant que Maître Secret.
En effet le nom de « Justice » s’applique à la fois à une vertu morale et à une institution de l’homme pour l’homme.L’homme fait tout d’abord l’expérience de l’injustice et c’est cette impression d’injustice qui lui donne la notion de justice.
Ce sentiment d’injustice sert de révélateur et oblige l’homme à chercher à progresser et à se remettre en cause.
On ne peut être juste seul; on est juste à l’égard d’autrui.
Dès lors, la justice ne peut se trouver que dans le lien à autrui. La justice est donc une obligation puisqu’elle constitue un lien entre les individus.
Elle est réaction humaine, constituant un ordre humain des choses.
La justice est une victoire de l’homme sur lui-même.
En conclusion :
La Justice est là pour protéger le juste et inciter celui qui s’est laissé séduire par le chant des sirènes à retrouver le chemin du Bien.Contribuer à rétablir l’Ordre dans le Chaos, voilà l’œuvre de la Justice. Ce n’est donc pas pour rien qu’elle est la première vertu cardinale.
Comme les mauvais compagnons, l’homme a voulu s’approprier ce dont il était indigne.
Attentif à chaque détail du rituel, il est important de noter que ce qui est demandé au Maçon, c’est de promouvoir la Justice ; et que le mot Justice est y est écrit avec un « J » majuscule. La Justice dont il est question ici est donc la Justice principielle. Celle qui permet à chacun, et à chaque chose de trouver sa juste place, au sein de la création.
Notre devoir est donc bien : D’aimer la Justice, juste et parfaite, et de la rendre avec tout son cœur et toute son âme sans préjugés ni partialité.
J’ai dit T F P M