Rassembler ce qui est épars
E∴ D∴
A la gloire
du Grand Architecte de l’Univers,
Deus Meumque Jus
Rite Ecossais Ancien et Accepté
Ordo ab chao
Au nom et sous les auspices du Suprême Conseil de France
Liberté, Egalité, Fraternité
C’est dans l’instruction du rituel du 3ème que j’ai trouvé source d’inspiration.
Les maîtres que nous sommes, fort de leur connaissance ont pour mission de voyager de l’orient à l’occident et de l’occident à l’orient et par toute la terre. Le but de notre voyage est de chercher ce qui a été perdu (la parole perdue, les secrets véritables des maîtres maçons perdus par le meurtre de notre Respectable Maître HIRAM), de rassembler ce qui est épars et de répandre partout la lumière.
Je vous propose tout d’abord d’en découvrir le sens « étymologique ».
Rassembler signifie de re assembler. Cela veut dire que les choses ou les êtres étaient déjà assemblés ou unis à la base mais pour une raison inexpliquée se trouvent distincts, séparés, divisés, s’ignorant mutuellement. Le but est donc de les ré assembler afin de constituer un tout. Ce tout pouvant être un ensemble homogène d’objets ou d’êtres sinon identiques, du moins similaires ou bien un ensemble complexe de choses et d’êtres différents, voire même…opposés, mais dont l’agrégation, l’association constitue une « harmonie », un « équilibre », une « cohérence » tant le tout est dépendant des éléments qui le composent et tant lesdits éléments ne peuvent être (ou…survivre) que dans l’unité (retrouvée).
Le mot épars lui se rapproche surtout de l’éparpillement, la dispersion. Cela ne veut pas dire que ce qui est épars est perdu mais seulement qu’il y a lieu de les rechercher et de les rassembler dans un but qu’il nous faut à chacun d’entre nous de déceler.
Je vous propose deux axes de réflexion sur ce thème :
Le 1er portera sur RASSEMBLER CE QUI EST EPARS EN NOUS.
Le 2e portera sur RASSEMBLER CE QUI EPARS A L’EXTERIEUR DE NOUS.
Pour nous franc-maçon, ce qui est épars, ce n’est pas ce qui est dispersé, en désordre, ce n’est pas ce qui est perdu. Mais, peut-être ce qui est enfouis au plus profond de nous même.
Que trouve-t-on au plus profond de nous même ?
On trouve nos diversités, nos propres valeurs (nos racines, notre éducation, notre connaissance, nos doutes, nos contradictions, notre caractère, notre chemin personnel de vie, en fait notre vie…) la liste est bien longue mais passionnante. Ce sont nos diversités qui nous constituent, qui créent l’individu unique que chacun de nous sommes avec nos diversités.
Il faudrait donc que nous rassemblions ce qui est épars en nous :
Il y a lieu de rassembler nos diversités en nous pour les ordonner, les organiser les canaliser en développant en harmonie les unes aux autres au profit de la construction de l’être, individu. C’est, les faire converger vers une structure de pensée qui est riche de sa complexité.
Pourquoi ce qui nous constitue est il épars ?
Chacun a son propre vécu, ses faits et gestes, sa propre expérience et connaissance de sa vie avec ses épreuves et ses bonheurs et a été tout au long de sa vie plus ou moins perturbé, désorienté, bouleversé, par le monde qui l’entoure. Ce vécu constitue les diversités propres à chacun enfouis au plus profond de nous mêmes. Ces diversités sont stockées sans aucun lien entre elles. Il y a lieu d’en faire une « défragmentation » ordonnées afin de les réunir et les faire vivre ensemble afin de nous « ordonner », nous construire.
Notre initiation nous la bien fait comprendre à plusieurs reprises. Tout d’abord au sein même du cabinet de réflexion.
L’un des tous premiers symboles maçonniques visible interrogatif qui est mis sur notre chemin.
Il s’agit de la formule « Visita Interiora Terrae, Rectificandoque, Invenies Occultum, Lapidem » en plus simple V.I.T.R.I.O.L. Visite l’intérieur de la terre et en rectifiant, tu trouveras la Pierre cachée, la lumière.
Sans en faire une planche à elle seul, cette devise semble nous inviter à descendre à l’intérieur de soi-même, au plus profond de soi, au-dessous du niveau de notre terre, dans nos propres enfers, c’est à dire, dans notre subconscient afin de l’épurer. C’est en soi que ce trouve le maître que nous sommes. A nous de nous corriger, de nous rectifier pour trouver l’Harmonie, la Sagesse. En fait, tout est dit. Il faut se rectifier pour trouver son chemin. On peut toujours descendre en soi, mais si on ne cherche pas à se rectifier, cela ne sert à rien car on ne progressera pas.
Puis au sein même de la loge :
D’autres devises nous le font comprendre : ORDO AB CHAO.
Rassembler ce qui est épars, une idée d’un chao intérieur épars en nous qu’il faudrait ordonner pour se mettre en ordre. Etre en ordre avec soi même, être à l’ordre. Connaît-toi toi même et tu connaîtra l’univers et les dieux. C’est peut être aussi rassembler ses diversités pour se connaître et ainsi l’on sera prêt pour avancer vers d’autres valeurs.
Notre initiation nous invite à travailler activement sur notre pierre brute pour nous corriger. Encore une fois la Franc-maçonnerie nous le montre bien. Travailler sur soi pour se corriger, pour rassembler ce qui est épars en soi pour en former un tout où chaque diversité constituera le tout de l’être que nous sommes. Une somme de diversité pour constituer une unité. Cet être que nous sommes est un être unique car constitué des diversités qu’il est le seul à avoir et à connaître. Travailler sa pierre, c’est créer l’unité de son être entre la verticalité et l’horizontalité, entre son l’esprit et son cheminement. C’est en voyageant au centre de nous-mêmes que nous trouvons la Lumière.
L’objet final de l’initiation, pourrait être l’idée d’un retour à l’unité. Cela signifie trois choses : que l’unité préexiste, qu’elle existera de nouveau, mais qu’elle n’existait plus avant d’être initié. L’initié serait celui à qui est transmise la capacité de revenir à l’unité en travaillant avec les outils qui lui sont mis à sa disposition mais aussi par l’aide et avec les conseils de ses Frères.
Rassembler ce qui est épars en nous, c’est revenir à notre unité intérieure. C’est pour moi, revenir au centre du cercle, à la pointe du compas, là où tout est et tout se constitue.
DEUXIEME PARTIE
L’autre voie de réflexion que je me propose de vous présenter ce midi porte sur le fait de rassembler ce qui est épars non plus en nous même mais à l’extérieur de nous au sein même de la loge et dans le monde profane.
Chaque degré que chacun de nous atteint au fur et à mesure de son parcours maçonnique, est une consolidation progressive, une mise en forme qui se peaufine, un assemblage des diversités éparses vers une unité, une harmonie, une certaine sagesse.
A chaque fois le Franc maçon rassemble en lui ce qui est épars; il visite sa terre intérieure.
Rassembler les Frères d’une même Loge, dans une même démarche, avec les mêmes outils, autour des mêmes symboles, est un exercice qui ne prend sa véritable dimension que si nous lui donnons un sens.
Mais quel est ce sens ?
La nature de notre engagement « volontaire » doit tendre vers un idéal et ce chemin progressif se matérialise par notre travail collectif en Loge. Les éléments épars que nous sommes prennent corps et vie, s’harmonisent dans et par notre rituel. Le rituel est le ciment, la matière qui nous unis les uns aux autres. Nous cessons d’être à cet instant des particules élémentaires ; d’individuels nous devenons collectifs pour former ensemble l’entité de la loge ; elle reste une dans sa diversité.
L’individu est 1 dans sa diversité, au même titre que la Loge est une dans sa diversité.
« Rassembler ce qui épars » est à la fois, le commencement, et la fin ; la méthode et le but.
« Rassembler ce qui épars » c’est le sens de l’existence, la quête d’une vie, c’est pour le franc maçon construire le temple de l’humanité : Le sien en tant qu’individu. Contribuer à la construction du votre en tant que frère, Construire le notre en tant qu’homme.
Nous ne cessons jamais, dans cette démarche, de revenir à l’unité, unité qui nous permet de tracer la perspective de notre idéal commun. Unité, égalité, diversité, prennent ici leur sens premier, primitif, le socle sur lequel nous devons bâtir notre Idéal.
Entre terre et ciel, puisant au plus profond de soi même, le Franc Maçon voyage vers son idéal et matérialise ainsi, (ce que nous dit le rituel lors de la chaîne d’union) le vaste domaine de la pensée et de l’action.
La chaîne d’union, domaine de la pensée et de l’action symbolise le rassemblement des esprits épars.
« Rassembler ce qui est épars » devient tangible et se cristallise dans une spiritualité active qui nous invite à voyager dans le monde profane pour répandre à l’extérieur ce que nous avons construit à l’intérieur.
La chaîne d’union, invite au voyage et réunit la pensée et l’action, la verticalité et l’horizontalité.
(C’est une chaîne de fraternité dans laquelle on reçoit et on donne en permanence. Elle est le lien essentiel entre le matériel et le spirituel). Réunir et magnifier les différences. Ne pas les soustraire, ne pas tenter de les effacer. Au contraire, les cultiver, les travailler pour renforcer l’union.
Rassembler en une unité de lieu, la Loge ; et de démarche, la Franc-maçonnerie, toutes les diversités de chacun des individus. Prolonger à l’extérieur le travail effectué en loge, c’est prolonger l’enrichissement des diversités.
Aller puiser à l’extérieur les ressources nécessaires à sa construction pour enrichir son être et enrichir la loge. Nourrissons nous des diversités de chacun qui viendront, j’en suis persuadé, nous donner le nectar d’une unité entre tous les hommes afin que la Fraternité rayonne.
Mes Frères, bien au dessus des soucis de la vie matérielle, s’ouvre pour le Franc-Maçon le vaste domaine de la pensée et de l’action. Elevons nous vers notre idéal, qu’il inspire notre conduite dans le monde profane, qu’il guide notre vie, qu’il soit la Lumière sur notre chemin. Notre idéal n’est il pas simplement d’apporter notre pierre à l’édifice de la Fraternité entre tous les hommes de faire rayonner et briller l’Amour.
Le dénominateur commun c’est l’amour. Le but du Franc-Maçon n’est il pas de répandre l’Amour, le vrai, celui du cœur, celui de la pensée et de l’action.
Trois Fois Puissant Maître, j’ai dit.