Aimer la justice, marcher dans ses voies et la servir de tout votre coeur
C∴ L∴
« Comme il disait tels mots, de justice entourna les yeux d’un bandeau noir,et puis il lui donna une balance d’or dedans la main senestre et un glaive tranchant au milieu de la dextre. Le glaive pour punir ceux qui seront mauvais, la balance à poiser également les faits. Des grands et des petits, comme équité l’ordonne ; Le bandeau pour ne voir en jugement personne ».
Premier livre des Hymnes. RONSARD
Presque tous les symboles de la justice sont là.
Le bandeau qui recouvre les yeux de la déesse de la justice Thémis. Celui-ci est une représentation de l’impartialité de cette même justice. Celle ci doit être rendue sans faveur et avec objectivité, sans parti pris, ni crainte. Cela a donné l’expression « la justice est aveugle » et l’on peut craindre un aspect mécanique et froid de cette justice.
La balance tenue dans la main gauche soupèse et l’accusation et la défense dans un soucis d’harmonie et d’équilibre. Dans la symbolique égyptienne on mettait une plume dans la balance pour peser les âmes ; et dans Carmina burana il y a un extrait intitulé « la truttina », le trébuchet petite balance de précision pour ici peser aussi les âmes.
Le glaive dans la main droite est là pour symboliser l’application du jugement. Cette force a donné l’expression « le bras armé de la justice ». Ce glaive permet de trancher les litiges. Il désigne les moyens de faire appliquer les jugements ; ce symbole nous vient de la mythologie grecque et est l’attribut de la déesse Némésis.
Voilà énoncés en un seul poème les principaux symboles de la justice. Ma soeur Danièle, y en aurait-il d’autres ?
J’en vois deux autres que l’on peut remarquer sur une statue du palais Bourbon. Les tables de la loi qui ne furent pas rejetées par les révolutionnaires. Sur les tables de cette statue il y est gravée la Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen. Ce symbole figure également sur nombres d’édifices publics et en particulier sur le fronton de la cour de cassation.
Il y a aussi un autre symbole plus rare que tient cette statue du palais Bourbon : c’est une main de justice. Cette main de justice apparaît aux alentours des années 1300. Lors du sacre d’un roi, on lui remettait le sceptre dans la main droite et cette main de justice dans la main gauche. Auparavant on remettait à la place de cette main de justice, un bâton, oui un simple bâton pour que la royauté bastonne allègrement ses sujets ! Comme cette main symbolisait le pouvoir judiciaire de la royauté, il fut supprimé à la révolution.
Dans cette main de justice nous pouvons remarquer trois doigts dépliés. L’un représentant le roi, l’autre la raison et le troisième la charité. Remplaçons le roi par la République, cette élégante main associant République, raison et charité, peut très bien convenir aux maçons.
Mais dis-moi, mon frère Claude, on parle, on parle de justice, mais qu’est-ce la justice ? Y a-t-il une définition ou plusieures du mot « justice » ?
Hélas, ma soeur Danièle, les choses se compliquent. Il existe au moins une dizaine de définitions.
Parmi celles ci il y en a une qui me plait, la voici :
« La justice désigne avant tout une valeur, un idéal moral, un concept philosophique dont la caractéristique paraît à la fois instinctive (les entiment de justice ou d’injustice s’impose à nous) et complexe (il est impossible de définir abstraitement les critères du juste). Disons que l’idée de justice fait référence sinon à l’égalité, du moins à l’équilibre dans les relations entre les hommes: la justice implique la proportion et la stabilité ».
On retrouve dans cette définition la formule médiévale : « l’art du bon et de l’égal ». C’est ce qui ressort, en filigrane, de nos règlements généraux que nous aborderons après avoir énoncé quelques citations.
« La justice est la base de la société; le jugement constitue l’ordre de la société ; or le jugement est l’application de la justice ». Aristote
« Maintenant si nous disions que nous avons trouvé ce qu’est l’homme juste, la cité juste en quoi consiste la justice dans l’un et dans l’autre, nous ne passerions pas, je le pense pour nous tromper beaucoup ». Platon
« La justice n’est rien en soi, elle n’a de sens que dans les contrats liant les parties et rédigés pour déclarer que l’on évitera de se nuire mutuellement ». Epicure
« L’homme juste produit la justice hors de lui parce qu’il porte la justice en lui ». Alain
Et puis celle ci de Nelson Mandela : « J’étais le symbole de la justice dans le tribunal de l’oppression, le représentant des grands idéaux de liberté de justice, et de démocratie dans une société qui bafouait ces vertus ».
Et toi, ma soeur Danièle y aurait-il des citations que tu ferais tiennes ?
Oui mon frère ; j’en ai retenu quelques unes.
« La justice est la liberté en action ». Joseph Joubert« L’approximative Charité qui fait que son dù est l’oxygène de la justice ». Jankélévitch
« Si l’homme échoue à concilier la justice et la liberté, alors il échoue à tout ». Albert Camus
« La justice en soi, naturelle et universelle est autrement réglée et plus noblement que cette justice spéciale, nationale, contrainte aux besoins de nos sociétés ». Montaigne
Claude, tu nous as parlé tout à l’heure de règlements généraux. Si l’on parle de justice dans notre Ordre, c’est que des maçons ont failli ?
Et oui Danièle, et pour régler ces conflits, nos articles depuis l’article 110 jusqu’à 123 traitent de la discipline et de la justice maçonnique. La suite discipline puis justice est très logique. Après avoir présenté les buts de la discipline maçonnique (art 110) il est précisé les faits passibles de la discipline maçonnique(art111) ; ensuite viennent la nature des décisions disciplinaires et les principes généraux d’une conciliation (art 113).
Après avoir abordé les règles de procédure (art 114 à 119) les instances disciplinaires sont évoquées. Au plan local et régional il est encore question de discipline, mais quand on aborde ces litiges au niveau national, il est alors question, non plus de discipline, mais de justice (art 122) : chambre supérieure de justice maçonnique, puis cour de justice du conseil national (art 123).
13 articles sont donc consacrés à ce domaine ; c’est dire si nos ainés ont pris leurs précautions,non, sans doute, à cause du nombre de cas traités, mais je pense dans un soucis d’harmonie et d’équilibre.
Allons, Danièle, un peu plus loin dans la réflexion de notre phrase du rituel : « Aimer la justice, marcher dans ses voies… ». Mais qu’entend-on par « voie » ? Heureusement la définition est plus précise que pour celle de la justice : c’est le chemin, la route pour aller d’un point à un autre.
Ce terme s’emploie en religion, en philosophie, en symbolisme, etc.
En astronomie on parle de voie lactée ; la voie c’est aussi l’espace entre les deux roues d’un véhicule ou la trace laissée par ce véhicule, c’est aussi le chemin pris par les aliments ; enfin an alchimie on parle de voie sèche ou de voie humide.
Ma soeur Danièle, quelle est ta voie dans la cité et en maçonnerie ?