Équerre, compas et équerre d’argent
D∴ C∴
Arrivés à la porte du temple, les futurs M S sont décorés d’un voile noir transparent sur lequel est fixée une petite équerre argentée située au milieu du front.
Les M M, en s’appuyant sur les acquis des degrés précédents, entrent dans un temple peu éclairé, dans, ainsi que le précise le rituel, « un lieu de tristesse et dedouleur ».
Replacés au cœur du mythe fondateur de la mort d’Hiram et de la recherche de la parole perdue, ils sont, derrière leur voile, plongés dans le recueillement et le deuil qui règnent dans ce lieu.
De leurs voyages, les M M pénètrent donc dans une loge en Deuil, plongées dans la douleur de la mort du Maître Hiram Abif.
Les Frères sont dans la douleur de la perte du Maître et plus encore la perte de la Vraie Parole, dont les Frères sont privés et qu’ils devront constamment rechercher jusqu’à ce qu’elle soit retrouvée. Mais ayant affronté la mort, les M M ont perçu la Lumière de l’Esprit qui leur a donné l’Espérance et continue à les éclairer de l’intérieur.
Dépouillés des décors de M M voilés, les lèvres closes par le sceau du secret et encordés, les futurs M S guidés par le Maître des cérémonies vont voyager pour aborder de nouveaux champs de connaissance.
Au cours de la cérémonie, dans le rituel, il est fait plusieurs fois mention de ce voile qui couvre leur tête.
Une première fois avant les voyages, le 3 x Puissant Maître rappelle que l’instruction des candidats n’est pas complète et je cite « pas plus que n’est complète la Lumière qui frappe vos yeux à travers le bandeau posé sur votre front ».
Il ne s’agit bien sûr pas du bandeau opaque qui couvre les yeux des profanes et les maintient dans l’obscurité complète mais d’un bandeau symbolique en réalité d’un voile posé sur la tête, qui lui, ne prive pas de la lumière physique, matérielle, mais rend fragmentaire et partielle la perception de la Lumière et de la Vérité qui ont été éclipsées par la mort d’Hiram.
Nous ne voyons pas bien, alors nous ne comprenons pas bien et inversement, nous ne comprenons pas bien alors nous ne voyons pas bien. Pour mieux distinguer, et tenter de comprendre, il faut pénétrer plus profondément.
Il faut appréhender son Chemin Initiatique Etapes après Etapes, afin de parfaire son parcours Spirituel et acquérir les connaissances qui nous permettrons de comprendre la suite, et cela en toute humilité.
Tout passage, toute initiation nécessite un retour sur soi. Alors, avant le déroulement de la cérémonie, le futur M S doit descendre en lui-même et faire silence afin de se mettre à l’écoute. Il n’est plus dans la solitude du cabinet de réflexion comme le profane, mais il est seul, d’une autre façon, sous son voile.
En effet, le voile sur la tête qui cache et isole des influences extérieures, d’une part, le silence et le secret qui sont demandés aux futurs M S d’autre part, favorisent ce retour sur soi qui doit leur permettre de trouver leur propre Lumière intérieure et vivre intensément cette nouvelle étape sur le chemin du DEVOIR.
Sous le voile, à l’abri, dans la demi-obscurité, pourra ainsi s’opérer un processus de transformation de l’être qui peut être qualifié d’alchimique. Dans le même ordre d’idée, le voile de couleur noire, symbole de mort, porte grâce à la petite équerre d’argent qui le décore la promesse d’une renaissance.
Sa couleur argent évoque la lumière, la pureté et l’espérance. Comme la lune reflète la lumière du soleil pendant la nuit, la petite équerre d’argent capte la Lumière trop directe et aveuglante pour les non initiés et la restitue de façon indirecte et donc accessible. Elle annonce la Lumière dont ils ne peuvent percevoir que quelques reflets et dont la source leur est encore cachée.
Tout comme l’Apprenti qui est placé sur la colonne du Septentrion, sous les reflets de la Lune qui l’éclaire d’une Lumière douce et discrète.
Il y a la un rapport entre l’Equerre d’Argent, la Lune (couleur grise) qui symbolise le rêve et la notion d’alchimie. Il y a la une transformation, un passage du plan terrestre (la lune) à un plan cosmique (le soleil), en clair, c’est la transformation, le passage du monde manifesté au monde spirituel et donc Divin.
L’équerre est l’outil de mesure des angles et des droites ; elle est aussi à ce titre le grand symbole de la rectitude et de l’équité. L’une des 3 grandes Lumières de la Maçonnerie Bleue, elle est outil entre les mains du Compagnon et du Maître et bijou décorant le sautoir du V M. Les valeurs qu’elle porte ont été muries, expérimentées et sont désormais intégrées et intériorisées.
Posée sur le voile des futurs M S, cette petite équerre d’argent, qui n’a plus ni la dimension ni la fonction d’un outil agit, tout en leur rappelant leur condition humaine, comme un guide symbolique dans la recherche du Juste et du Parfait.
Lorsque le voile sera enlevé, elle continuera de l’intérieur désormais, à les inspirer pour prendre la juste mesure de toute chose, discerner le vrai du faux, prévenir les éventuels dangers et ainsi poursuivre le chemin avec toute la prudence nécessaire pour ne pas s’égarer. Porté ainsi sur le front, elle évoque le 3ème œil, l’œil de la Connaissance. Elle marque aussi l’accès à un plan supérieur par l’éveil du chakra frontal, siège des processus de prise de conscience qui active les fonctions de lucidité, de créativité, d intuition, et de sagesse ainsi que les capacités de perceptions extrasensorielles.
A double titre, par sa signification symbolique et par la position qu’elle occupe sur le front, la petite équerre d’argent agit comme une conscience en mesure d’inspirer aux futurs Maîtres Secrets, rectitude, droiture et équité tant en pensées qu’en actes.
« Que cette équerre d’argent qui fut posée sur votre front vous rappelle toujours que vous êtes définitivement passé de l’équerre au compas » précise aussi le 3 x Puissant Maître.
Le compas en tant qu’un instrument de géométrie sert à tracer les cercles et les courbes. Alors que l’équerre rappelle par ses angles droits la matérialité de la construction, la terre, le compas est l’image de la pensée, de l’esprit.
Passer de l’équerre au compas évoque d’une part la marche à angles droits des premiers degrés et les premiers pas du M M mais surtout la marche des M S qui, par des chemins courbes, s’élève désormais au dessus de la surface de la terre car il a pu accéder à un autre plan de la Connaissance.
Passer de l’équerre au compas, c’est passer de l’horizontale à la verticale, de la terre au ciel, du matériel au spirituel ce qui représente tout le champ d’investigation des M S concrètement vécu lors des 4 voyages initiatiques.
Ne voyant pas bien et voyageant sur des chemins inconnus, les futurs M S doivent être conduits. Le Maître des cérémonies qui sait et voit le chemin courbe guide et tire en avant les M S tels des maillons unis dans une marche commune. Prudence et écoute de l’autre doivent inspirer les futurs M S dans leur marche présente et venir.
La progression de chaque voyage vers un niveau de compréhension plus élevé est matérialisée par les coups de maillet, d’abord un, puis deux, trois jusqu’à quatre.
Les 4 voyages sont ponctués de recommandations et de sentences qui résonnent à leurs oreilles.
Le Premier Voyage, symbolise l’éveil de soi, la recherche profonde du sens, la conscience de la responsabilité par rapport à ce que les futurs M S vont croire et faire. Il faut proscrire les chimères. Il importe de découvrir l’idée sous le symbole et exercer avant tout son jugement.
Le deuxième voyage, le T F P M nous rappelle qu’il faut écouter tous les hommes avec attention et déférence, que la Vérité absolue n’est pas atteignable, que l’on peut juste sans rapprocher. De toute évidence le Travail est sans cesse et sans fin, dans l’humilité qui confère le discernement. Ce Travail consiste en particulier à aller vers les autres et les écouter. La Vérité, si elle se trouve en nous est plus facilement accessible dans l’échange.
Le troisième Voyage, nous le rappelle et met en évidence la petitesse du futur M S, qui doit aller à l’essentiel et la seul chose digne de considération : « La loi universelle qui régit toute chose dans son ensemble et son détail ».
Le quatrième Voyage, nous rappelle que la Maçonnerie nous demande de promouvoir la Justice.
Alors, au fur et à mesure, les futurs M S comprennent de mieux en mieux et voient de mieux en mieux, ils s’élèvent…
Leur voile devient plus transparent, laisse passe plus de clarté. La progressivité de la démarche permet de découvrir à chaque fois de nouveaux chemins, de nouveaux paliers et ainsi évite de se disperser, d’être confronté d’un seul coup à trop de choses nouvelles et alors de partir dans tous les sens. De même, le voile en protégeant d’une trop grande clarté évite de s’aveugler et en réduisant la lumière, il permet de s’habituer, de développer son acuité pour mieux distinguer.
Toujours voilés, les futurs M S, auxquels a été remis un flambeau allumé sont instruits du but de leurs voyages, celui de Vérité et de la Parole perdue, et apprennent que c’est le DEVOIR qui y conduit.
Le Devoir, la Lumière chacun la perçoit plus ou moins confusément en fonction de son propre état d’éveil, de l’épaisseur de son voile personnel, qui symbolise l’attachement au monde sensible, l’ignorance qui empêche d’accéder à la Connaissance et qui est le thème du premier voyage.
Ce n’est qu’après avoir prêté serment et contracté une alliance avec l’assemblée à ce moment important et solennel qui marque que la recherche de la Vérité est un travail collectif qui dépasse les générations que le voile sera retiré.
Les futurs M S pas encore investis de leur nouveau grade peuvent ouvrir les yeux et regarder sans filtre le chemin de la Vérité et apercevoir l’éclat de la Grande Lumière.
La Lumière, les futurs M S la portent maintenant en eux.
Cette Lumière représente notre éveil, c’est pour cela qu’elle commence à paraitre en nous.
Les recommandations et sentences entendues à travers le voile vont pouvoir prendre sens. Le voile leur a fait prendre conscience que les choses les plus importantes sont souvent cachées, qu’il faut accorder la plus grande importance à ce qui paraît ne point en avoir et parfois se méfier de ce qui apparait trop clairement. Ils ont compris qu’il faut toujours aller plus loin au-delà des apparences, qu’il faut avoir connu l’ombre pour connaitre la Lumière.
Le chemin du Devoir sur lequel ils viennent d être placés se révèle progressivement.
Ils ne doivent plus craindre d’aller chercher dans les ténèbres le secret véritable qui ne se trouve pas dans la clarté visible mais plutôt dans l’invisible, dans le mystère insondable de leur cœur.
Comme l’avait résumé un ancien Frère du Parvis :
« C’est passé des petits mystères (celui de l’homme, de la moralité) aux grands mystères (celui du Divin)… »
J’ai dit.