Les devoirs du Maître Maçon

Auteur:

S∴ P∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
La Pierre d’Agate - Orient

 A la Gloire du Grand Architecte de l’Univers
DEUS MEUMQUE JUS
Rite Ecossais Ancien et Accepté
ORDO AB CHAO
Au nom et sous les auspices du Suprême Conseil de France
LIBERTE EGALITE FRATERNITE

Gandhi a dit : « c’est le devoir qui est la véritable source des droits ». C’est en commençant par cette citation d’un illustre sage, que j’aborde le thème des devoirs du Maître Maçon.

C’est un sujet qui devrait interpeller le Maître Maçon, lui offrant ainsi l’occasion de faire le point sur son parcours plus régulièrement. Avec un peu de recul, on s’aperçoit que même avant d’être initié, dès l’accès aux entrailles de la terre il nous est demandé quels sont les devoirs de l’homme, envers l’humanité, la patrie, et envers lui-même. Cet épisode nous semble à cet instant grave, comme emprunt déjà d’un engagement dont nous ne comprenons pas forcement tout le sens, d’ailleurs ces devoirs peuvent évoluer avec l’âge mais l’engagement reste.

Notre engagement est également demandé, comme nous y invitent les cérémonies d’initiation et d’avancement jusqu’au 3ème degré. Le rituel à son tour nous commande de travailler sans relâche à notre perfectionnement. Au 3ème degré,le récipiendaire s’engage sur l’équerre et le compas, symbole de la droiture et du raisonnement sur nos actes, à remplir avec fidélité et dévouement ces obligations du grade de maître.

Pour moi, l’engagement envers ces obligations se traduit par « Les devoirs du maître maçon », c’est ce que l’on pourrait nommer « devoirs fondamentaux », ceux qui nous conduisent à « travailler à la gloire du GADLU ». Alors, le devoir aborde la notion de valeur morale. Cette valeur s’impose à notre conscience. Nous ne la gardons pas pour nous, mais nous la transmettons. Nous avons, en tant que Maître-Maçon, le devoir de transmettre. Dans la Grèce antique, la tradition voulait qu’on associe l’idée des devoirs avec une œuvre, des paroles, qui laissaient des traces et amenaient les auteurs vers une certaine forme d’immortalité à l’image des Dieux. De nos jours ce n’est plus l’immortalité espérée qui nous guide, en tout cas pas pour tous, mais plutôt l’idée de diffusion…de transmission. Aujourd’hui cette passation, c’est-elle qui nous oriente inconsciemment vers cette immortalité, pas la nôtre, mais celle de l’humanité. Qu’adviendrait-il sans transmission ? La transmission nous permet d’avancer et d’accompagner les autres dans leur propre progression. C’est l’un des devoirs du Maître Maçon.

Avec le temps, qu’adviendrait-il si se perdraient la lecture, l’écriture, l’ouïe : tous ces sens qui nous rappellent un passage dans notre vie maçonnique, est une période indispensable à l’éveil spirituel dont nous avons besoin. Mais que se passerait-il s’ils étaient perdus à jamais?

Notre parcours personnel doit nous amener à prendre conscience qu’en honorant nos engagements avec sens, nous nous élevons. Notre vision s’éclaircit. Cette conscience de soi mais aussi envers les autres ouvre les portes de notre évolution spirituelle. Mais ces portes évidement ne doivent pas s’ouvrir uniquement dans le sens d’une ouverture en loge, ni même de la Franc-Maçonnerie, ces portes doivent aussi conduire le Franc-Maçon à agir dans le monde profane, à achever l’œuvre commencée dans le Temple. Cette transmission doit être ressentie comme une action indispensable de son parcours de Franc-Maçon et bien au-delà, dans la totalité de son parcours d’homme. Pour autant cette action, afin d’être porteuse de ses valeurs nobles, doit-être sans contrainte, sans servitude.

En tant que Maître-Maçon, nous connaissons le meurtre d’Hiram et méditons sur cette fin particulièrement funeste. Dans la légende maçonnique au 3ème degré, le Maître Hiram démontre que la transmission ne doit se faire qu’au moment opportun. Mais ensuite lors de notre relèvement avec les 5 points parfaits de la maîtrise, une métamorphose s’opère. Et c’est cette métamorphose qui donne toute sa force à l’expérience initiatique du 3ème degré.

Que ce soit dans les 3 coups distincts (1760) ou dans le rituel du REAA du suprême conseil (1806), le 1er point, la « griffe » évoque la sincérité avec laquelle nous devons aider un Frère. Puis les pieds se rapprochent indiquant d’un même pas, le chemin de la vertu envers nos Frères. Si je continue rapidement de traduire la symbolique des 5 points de la maitrise. le mouvement du genou exprime une forme d’humilité envers ce qui nous guide, c’est aussi une attitude que nous avons dès le 1er degré, lorsque nous posons genou à terre lors de notre adoubement au grade d’Apprenti par le Vénérable Maître.

Le 4ème point apporte la puissance du cœur contre cœur… Impliquant que les secrets donnés sont bien gardés, il s’agit là du partage maçonnique entre Frères, de l’union spirituelle. C’est en partie l’écho de la phrase du rituel du 3ème degré, où il est dit : « l’union fait la force et sans le secours des autres nous ne pouvons rien ».

Enfin, le 5ème point nous invite à la protection, l’entraide avec le bras gauche qui se porte sur l’épaule droite, geste de charité. On sent bien la vigueur fraternelle, la détermination. Comment traduire cette entraide ? J’y reviendrai plus tard.

A ce stade Hiram n’est plus. Mais il a rempli son rôle. La continuité est bien là. Son devoir l’a conduit au sacrifice ultime. Nous pensons que c’est indispensable pour mettre en évidence les pulsions que nous combattons…ignorance, fanatisme et ambition.

Partant de ce postulat, sommes-nous dignes d’être Maître ? C’est une question légitime que nous pouvons nous poser sachant que le sacrifice est un idéal maçonnique. Pour prétendre à cette légitimité, faut-il encore s’engager sur le chemin qu’il a tracé. Notre parcours nous offre de nouvelles connaissances grâce à la Glorification du travail insufflé au grade de Compagnon, c’est aussi le moment pour s’ouvrir à de nouveaux objectifs.

Quels peuvent être ces objectifs ? La transmission, nous en avons déjà parlé, j’avais un peu plus haut associé le 5ème Point Parfait de la Maîtrise à la vigueur de la fraternité. Mais surtout, c’est l’engagement fraternel envers un Frère en lui apportant mon aide. Quoi de plus naturel pour nous, me direz-vous, mais ce n’est pas une valeur qui n’appartient qu’aux seuls Maîtres, ni aux Francs-Maçons. Même s’ils en retirent l’oxygène nécessaire pour continuer.

Pour continuer, le nouveau Maître Maçon doit comprendre que le Compagnon qu’il était, s’affranchit de sa propre mort symbolique. Ce qu’il a appris devra être compris différemment depuis la mort d’Hiram. Dans les 2 premiers degrés il taille et affine la pierre brute un genou à terre, en devenant Maître Maçon il est relevé il travaille debout.

À peine arrivé à l’Orient après avoir voyagé, il doit repartir vers l’Occident en quête des « véritables secrets ».

Apprenti je me trouvais au Septentrion, puis au Midi en tant que Compagnon. L’occident me paraissait, là, d’où je venais en frappant à la porte du Temple, les pas de L’Apprenti vont bien de l’Occident en direction de l’Orient. Que dois-je comprendre de ce retour à l’Occident qui est l’extérieur du Temple ? En tout cas c’est la direction dans laquelle je dois chercher.

Chercher ! Cette action commence à germer dans l’esprit du Maître autrement qu’aux degrés précédents où il s’agissait plus de recevoir. Le Maître-Maçon est appelé à tracer sa propre route. Ce doit être une démarche choisie librement et pas une contrainte.

La quête de la vérité et des secrets véritables permettant de continuer le chantier, sont emportés avec Hiram. D’ailleurs s’ils ne l’avaient pas été, le chantier serait probablement fini. Il y a bien donc là, une exploration à engager. Alors le doute réapparaît : ces secrets sont-ils atteignables ? Est-ce quelque chose de l’ordre humain ? Difficile de répondre à cette question puisqu’on n’a pas de certitude sur le but à atteindre, d’ailleurs probablement cette vérité est-elle d’abord à chercher en soi.

Ces interrogations sont stimulées parce qu’il existe une amorce, un départ vers l’Occident.

Qu’est-ce que pourraient-être les secrets véritables ? On entend souvent dans nos Loges, la parole perdue, à tort semble-t-il, puisqu’il n’en est pas fait mention dans le rituel du 3ème degré. Avant de s’interroger, une bonne nouvelle : je suis informé de la direction à prendre. Même si la tâche semble être difficile, mon devoir est d’explorer ce chemin.

1ère question : Un secret représente quelque chose de dissimulé, d’impénétrable pour quelqu’un qui n’est pas mis dans la confidence, mon enthousiasme et mon dévouement seront-ils suffisants ? Tout cela parait bien difficile, voire irréalisable. Pourtant un homme s’est sacrifié pour que ces secrets ne soient pas dévoilés à n’importe qui. Il avait donc confiance en ceux qui sont arrivés à la Maîtrise d’une façon légitime. En devenant Maître c’est à moi que revient cet apanage, nous avons tous le devoir de transmettre avec une exemplarité implacable ce que nous aurons perçu.

Une certitude, l’engagement vers cette voie est ponctué de difficultés, et c’est au prix de multiples efforts, de renoncements puis d’acharnement que les sacrifices seront gratifiants. Comme le dit le vieil adage…le chemin pour y parvenir restant le plus important. Certes mais le but, au bout de ce chemin est tout aussi important, je pense.

Gustave THIBON (Philosophe Français mort en 2001) a dit : « Le sacrifice c’est se précipiter totalement sans calcul dans ce que l’on aime, c’est la transmutation du moi en amour ». Et si l’amour était le « moteur » du devoir, s’il était un guide indispensable à notre recherche de vérité. Si sans cet amour nous étions comme un voilier sans voile, incapable d’avancer vers ce but ?

Comme le dit le Frère 1er SURV lors de la fermeture des travaux au 1er degré : « Que l’amour règne parmi les hommes ». Comment nous pourrions espérer continuer à travailler, et achever l’œuvre commencée dans ce Temple ? Sans l’amour envers les hommes, le devoir de recherche n’est-il pas éteint avant même d’avoir pu germer dans nos esprits ?

Cette quête n’aurait aucun sens sans un engagement absolu et en la confiance envers les hommes. Elle ne peut pas, pour moi, se priver de l’amour des hommes. Même si rien n’est dit et que tout est révélé, cette révélation ne peut se faire qu’avec cet échange fraternel entre les hommes.

Oh ! Je sais il est pour moi, comme pour vous probablement, plus facile de le dire ou de l’écrire que de le mettre en pratique. Mais c’est là pourtant toute l’essence, la moelle de la Franc Maçonnerie avec le partage. Ne dit-on pas : recevoir au centuple ce que l’on donne ? Aujourd’hui, immergés dans un monde profane qui semble de plus en plus matériel, il nous est donné avec la Franc-Maçonnerie de nous investir sur un autre plan, un domaine réservé au spirituel, nous rapprochant donc de l’esprit, et pourquoi pas du Divin, quels que soient le sens et la valeur que chacun donne à ce mot.

En conclusion, je dirai que les véritables secrets du Maître Maçon semblent bien embrumés et qu’ils sont dissimulés par un brouillard épais. C’est comme chercher son Dieu, quel qu’il soit pour un croyant, dès lors que sa foi n’est ni aveugle ni dogmatique. Nous devons être accompagnés par la conviction indispensable que ces secrets sont à notre portée et que nous saurons ouvrir notre cœur avec la foi.

Que l’étoile flamboyante qui éclaire le passé lors de l’initiation à la maîtrise, éclaire suffisamment le chemin vers l’Occident symbolisant notre engagement envers nos F F. Que nos souffles réunis dissipent les brumes, pour que nos yeux entendent l’odeur de l’éveil…. Je sais que demander aux yeux d’entendre une odeur est une ineptie révélée, mais je trouve que cette association de nos sens est une belle image pour exprimer l’être total que nous sommes appelés à devenir.

Je suis persuadé qu’en marchant dans cette direction j’obéis à mes engagements envers la Franc-Maçonnerie. Cependant, une question essentielle reste en suspens, comment savoir si le devoir est bien accompli ? Comment en avoir la certitude ? J’ai conscience que c’est mon propre parcours, mon chemin, que je prendrais le temps nécessaire, mais avec votre aide fraternelle ma détermination sera renforcée.

T F P M, J’ai dit.

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