#401012

Vous vous efforcerez toujours de découvrir l’idée sous le symbole

Auteur:

G∴ D∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
: LE PARVIS CHAMPENOIS - Orient de Reims

A la Gloire du Grand Architecte de l’Univers
RITE ECOSSAIS ANCIEN ET ACCEPTE
Ordo ab Chao
Au Nom et sous le Auspices du Suprême Conseil de France
Liberté-Egalité-Fraternité

Ayant une petite expérience de l’étude des symboles par mon parcours en Loge et dans les ateliers de mes maîtres verriers, j’ai choisi, pour aborder le sujet qui m’a été donné, un chemin transversal parmi la symbolique du Moyen-Age, période bien mal jugée par les historiens des XIXème et XXème siècles.

La communion de l’imagier avec le symbole qu’il incarne dans la pierre, le bois ou le verre n’est pas une évasion mais, au contraire, le moyen d’affronter de l’intérieur les fluctuations du quotidien.

En découvrant les réalités de l’esprit, l’initié découvre en même temps les valeurs permanentes. Il se situe au centre de la roue, il n’est plus l’esclave de la périphérie.vLe moyeu tourne selon le principe d’éternité, la roue extérieure selon la manifestation. Ce qui n’est jamais né, disaient les Anciens, ne mourra jamais.

Le symbole n’est pas né, le Maître d’œuvre y établit sa pensée, il le transmet. Et nous qui le découvrons par l’étude, par le regard et par nos questions, entrons à notre tour dans ce royaume du « jamais né ».

Le monde visible n’a de signification qu’en fonction du monde invisible. Dans chaque phénomène apparent, dans chaque manifestation naturelle, il y a quelque chose d’utile à l’épanouissement de l’être. Quelque chose que ne découvriront ni l’érudition, ni la compilation, ni la dissection, mais le contact fraternel avec le cœur du vivant. D’où l’importance essentielle de ne pas envisager le symbole comme un objet inerte, mais bien au contraire comme une matière sans cesse remaniée par le regard de l’observateur. Pour qui apprend à voir, les chapiteaux surmontant les piliers des édifices évoquent de multiples états d’âme, des qualités à acquérir, des travers à éviter, des pièges auxquels on peut échapper.

L’homme se construit par son regard, il communique avec autrui par le symbole qui constitue un langage commun, avec pourtant autant d’interprétations que d’interprètes.

Me revient en mémoire une planche d’apprenti sur le ciseau et le maillet ; bien sûr le ciseau symbolisait la notion commune des résolutions prises et de la pensée arrêtée, mais pour moi, il était aussi le piton que je plantais entre les failles des rochers lors de mes escalades alpestres.

Cette dérive de ma pensée, loin de m’éloigner du sujet, renforçait encore l’importance de cet outil, tant j’avais physiquement conscience que ma propre vie dépendait de l’énergie que je développais dans le maniement du maillet pour que ce ciseau-piton soit fermement ancré dans la roche.
L’association de ces deux outils symboliques prenait ainsi une signification autrement puissante, à mes yeux, que leur simple usage dans des travaux de bricolage.

Mon engagement en était renforcé, ainsi que ma conviction, que, pour la multitude des Frères une multitude de significations aussi vivantes cohabitaient.

Lumière de l’œuvre qui organise le microcosme, « le petit monde qu’est l’individu », à l’image du macrocosme, chef d’œuvre du Grand Architecte. Puisque ce dernier s’exprime en symboles, la symbolique est un besoin vital de l’homme qui cherche à comprendre ce qui l’entoure.

Des temples d’Egypte aux stèles irlandaises, des tissus d’Orient, aux sarcophages, des ivoires byzantins aux chapiteaux du Moyen-Age, la science symbolique est ce souffle qui traverse le temps et l’espace, énergie qu’aucune erreur humaine ne parviendra à faire complètement disparaître.

Les textes les plus sûrs sont les légendes, du latin légenda « ce qui doit être lu ». Par une curieuse et souvent regrettable inversion des valeurs, nous croyons souvent aujourd’hui que la légende concerne le domaine de l’irréel, alors qu’au contraire elle nous parle du plus réel, du symbole.

Dans l’une des voussures de la façade de la cathédrale de Laon, une femme au visage grave tient deux livres, l’un ouvert, l’autre fermé. Sa tête est environnée de nuages, sur sa poitrine repose l’extrémité d’une échelle.

Cette femme est l’Eternelle Sagesse, du sens des êtres et des choses dont dépend la qualité de notre art de penser et de vivre.

Le Livre ouvert est celui du savoir, de la quantité, du mesurable ; le Livre fermé est celui de la Connaissance, du mystère qui s’offre à qui parcourt le long chemin nécessaire pour l’atteindre. L’échelle unit entre elles les civilisations du symbole ; échelle qui unit le ciel et la terre, l’homme à l’Architecte.

L’échelle, objet usuel, comme la faux qui nous invite à séparer l’essentiel du superficiel, comme la charrue qui laboure le sol de notre conscience afin que puisse germer la graine de la résurrection ; objet usuel mais aussi la clef, gardienne d’une valeur sacrée, d’une fonction vitale que nous sommes invités à découvrir.

Sur un chapiteau de Vézelay, on voit un Hébreux qui tue le fils de Pharaon. Telle est la légende. Que doit-on y lire ?

L’historien y voit le moment où le peuple hébreu acquit son indépendance en quittant l’Egypte. L’homme religieux ressent le prolongement d’une civilisation par une autre, malgré le heurt des religions.

Une interprétation s’impose aux membres des communautés de constructeurs nourries par l’initiation :

L’Hébreu qui tue l’Egyptien, c’est le disciple qui tue le maître, l’incorpore dans sa propre pensée et fait vivre son propre génie, une fois l’enseignement reçu.

On pense inévitablement à la maxime orientale que tout disciple de Bouddha doit connaître :

« Si tu rencontres Bouddha, tue-le ».

Une scène sur ce chapiteau de Vézelay, et déjà trois sens possibles qui doivent mettre notre esprit en éveil, tout en nous gardant de conclure trop vite en enfermant le symbole dans les résurgences de notre passé, de notre culture ou de notre érudition.

Le pèlerin ignorant, c’est nous. Mais nous avons tous la possibilité de rencontrer Le Maître, à condition que nous soyons en chemin. Pour se mettre en chemin, il suffit de ne pas passer avec indifférence devant les cathédrales. Si nous percevons qu’elles sont des paraboles de pierre, des enseignements toujours prêts à s’offrir, notre pensée commencera à se mettre en mouvement.

Un second chapiteau est « le moulin mystique » de Vézelay.

Scène banale, ordinaire, à première vue. Un homme met du grain dans un moulin tandis qu’un autre recueille la farine.

Scène quotidienne, familière à un homme du Moyen-Age et toujours accessible aujourd’hui.

Prenons garde cependant à cette simplicité.

Moïse apporte le grain qui est recueilli par Paul.

Symboliquement le moulin mystique est celui du mystère. Il est l’instrument par lequel la sagesse passée, représentée par Moïse, devient sagesse présente évoquée par Paul. C’est le modèle qui permet d’introduire nos certitudes d’hier pour qu’elles soient broyées et qu’elles deviennent la prise de conscience de demain.

Un troisième chapiteau représente un thème sculpté assez fréquent : celui de l’homme qui écarte ses lèvres en mettant les doigts dans sa bouche. Personnage grotesque, figure amusante dit-on, pour se débarrasser de ce curieux symbole.

En réalité, il est la traduction médiévale du très important rite de l’ouverture de la bouche que le proche Orient, et plus particulièrement l’Egypte a conçu comme un rite de résurrection. L’initié, l’homme re-né, acquiert la faculté de parler le Verbe. Il devient capable de transmettre l’expérience vécue, au-delà des mots.

De plus cette bouche ouverte est la porte par lequel le Souffle entre et sort du premier instant de la naissance à « l’expir » du dernier souffle. Nous sommes très éloignés de la malice d’un sculpteur humoriste qui fait grimacer sa statue pour amuser le peuple !

Pour conclure, je reprendrais l’avertissement du vieux sage PTAHHOTEP :

« Ne te vante pas de ton savoir, mais consulte un homme illettré de même qu’un savant. On ne peut atteindre les confins de l’Art, et il n’y a pas d’artisan qui ait complètement acquis sa maîtrise. Une bonne parole est plus cachée que la pierre verte ».

Chez le plus humble, comme dans la parcelle de vie la plus déshéritée, peut s’accomplir une expérience en esprit et en vérité. La pierre verte qu’évoquait le sage préfigure l’émeraude du Graal, la chose la plus méprisée du monde, la pierre cachée qui est à la portée de chacun et devant laquelle on passe souvent sans la remarquer.

J’ai dit.

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