4° #401012 Doit-on se sacrifier pour faire son devoir ? Auteur: A∴ B∴ Obédience:Non communiqué Loge: Non communiqué Kant dans la Critique de la Raison Pratique écrivait : « la majesté du devoir n’a rien à voir avec la jouissance de la vie ». En effet, pour lui le devoir était un commandement de la raison, un impératif catégorique qui nous demande d’humilier notre égoïsme personnel et qui n’accepte pas les compromis. Un impératif catégorique est un commandement absolu à l’instar de la Table de la Loi ramenée par Moïse du Mont Sinaï : « Tu ne tueras point… Tu ne commettras point d’adultère… Tu ne porteras pas de faux témoignage contre ton prochain… ». Le devoir s’oppose aux tendances égoïstes de notre nature humaine qui voudrait jouir de la vie sans se soucier d’autrui. Il est par essence social, tandis que le bonheur a une tendance souvent foncièrement individualiste, voilà pourquoi ils semblent si opposés dans certains cas. Voilà pourquoi on aurait tendance à dire que le devoir et le sacrifice sont liés. Les Tables de la loi évoquées par Kant nous renvoient inexorablement vers notre quête maçonnique en qualité de maître secret car elles évoquent l’Arche d’Alliance et le Saint des Saints. Alors quels sont les devoirs du FM, de l’Homme et quels sont les miens ? Doivent-ils nous rendre obligatoirement tristes car sacrifiés ou peuvent-ils apporter une liberté insoupçonnée ?I – Les devoirs du FMComme souvent, notre rituel nous donne des pistes pour commencer notre réflexion. Au 4ème degré, le devoir est évoqué de cette manière. Malheur à ceux qui acceptent légèrement des devoirs et qui, ensuite, les négligent. Le Premier Inspecteur Sachez, mes Frères, que l’idéal de la FM est l’accomplissement du Devoir porté jusqu’au sacrifice. Êtesvous prêts à faire votre devoir en toutes circonstances, quoi qu’il puisse vous en coûter ? Vos travaux peuvent n’être pas récompensés, car celui qui sème ne récolte pas toujours. Êtesvous prêts à accomplir votre devoir parce qu’il est le Devoir, sans songer à la récompense, et à être satisfaits de l’approbation de votre seule conscience? Puis l’orateur évoque les devoirs du 4ème degré ; Le Devoir est pour nous aussi inflexible que la Fatalité ! L’hospitalier nous dit qu’en santé ou en maladie, en prospérité ou en adversité, le Devoir est pour nous aussi exigeant que la Nécessité ! Enfin, le trésorier nous précise que le Devoir s’impose à nous, le jour comme la nuit. Dans le tumulte de la cité, dans la solitude du désert, le Devoir est avec nous, toujours impératif comme la Destinée ! Plus généralement, nos devoirs découlent du serment que nous avons pris lors de notre initiation au cours de laquelle ils nous ont été indiqués. Rappelons-nous les paroles du VM qui nous a initié « néophyte adhérez-vous entièrement aux obligations que vous venez de contracter ? Confirmez-vous sincèrement et sans restriction le serment solennel que vous avez prêté, il y a quelques instants sous le bandeau ? Dites je le jure. C’est donc librement que nous avons franchi la porte du temple et que nous nous sommes imposés de nouvelles obligations morales. Il y a le Devoir et le devoir. Cela tendrait à démontrer que nous n’avons en fait qu’un Devoir, c’est-à-dire celui de se comporter en FM. C’est ensuite l’accomplissement des différents devoirs énumérés dans les rituels des différents grades qui fait de nous un véritable FM, un homme libre et de bonnes mœurs. Deux devoirs me viennent immédiatement à l’esprit : ne fait pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu’il te fût pas à toi même et fais aux autres tout le bien qu’ils pourraient te faire. L’initiation est certes une cérémonie symbolique mais il s’y rajoute l’obligation de secret assortie de celle d’adhérer pleinement aux règles ou lois rédigées par un organe législatif. Le nouveau frère prend envers ses frères l’obligation de solidarité et envers l’humanité celle de tolérance. Il s’engage à travailler sans relâche à son perfectionnement, au dégrossissement et au façonnage de sa pierre brute. Lorsqu’il deviendra compagnon, il lui sera donné de nouveaux outils et demandé de voyager. Ces voyages ne sont pas seulement des visites aux loges sœurs mais des explorations dans le monde des sciences, des lettres et des arts libéraux. Le travail est glorifié, le maçon ne peut s’y soustraire, le travail, celui qui ne s’arrête jamais, constitue désormais un élément essentiel de son être. C’est en travaillant sur lui sans relâche qu’il pourra vaincre ses passions, surmonter ses préjugés, soumettre sa volonté, qu’il accumulera ses connaissances du monde environnant et se préparera à de nouvelles initiations, à de nouvelles morts, à de nouvelles vies. On ne peut pas hiérarchiser les devoirs, tous sont d’égale importance. C’est l’accomplissement de cet ensemble qui fait le maçon. Les énumérations de charges nouvelles présentées à chaque grade constituent des pistes, des indications qui doivent permettre de cheminer, encore mieux armé, sur la voie de la vérité. Elles sont communiquées au moment opportun, au moment où le Frère en a été jugé digne. Ainsi continuera-t-il à tailler sa pierre, à édifier son temple. En fait, il nous est demandé de nous comporter comme devraient le faire tous les membres d’une société harmonieuse, parfaite, idéalisée. L’énorme privilège dont nous disposons est que nous ne pouvons nous égarer de bonne foi. Le maçon dispose de points de repère, de jalons et surtout des conseils de ses frères. Il marche seul mais reste relié au monde des cherchants par cette chaîne de sécurité que constitue la fraternité. Il a librement choisi ses liens et s’il arrive à ces derniers de l’entraver ou de le gêner quelque peu, il n’en reste pas moins vrai qu’ils l’assurent et lui garantissent au terme de son voyage, l’arrivée à bon port. II – Le devoir peut rendre triste et amène au sacrifice Le sacrifice désigne une offrande, de la nourriture, des objets voire des vies humaines ou animales, à une ou plusieurs divinités. Ils vont jusqu’ se donner la mort au nom d’un principe, d’une valeur qui dépassent la simple vie d’un mortel, au-dessus de tout de tout ce qui peut faire notre quotidien ; c’est–dire dieu ou encore l’amour de la Patrie. A cet égard, deux exemples de sacrifices me viennent à l’esprit. Le sacrifice d’Abraham qui peut être résumé ainsi. Dieu mit Abraham à l’épreuve, en lui demandant de prendre son fils unique, Isaac ; et de l’offrir en sacrifice. Lorsqu’ils furent arrivés au lieu indiqué, il lia son fils Isaac et le mit sur l’autel, par-dessus le bois. Puis Abraham étendit la main, et prit le couteau, pour égorger son fils. Alors l’ange dit : n’avance pas ta main sur l’enfant, et ne lui fais rien ; car je sais maintenant que tu crains Dieu, et que tu ne m’as pas refusé ton fils, ton unique. Abraham leva les yeux, et vit derrière lui un bélier retenu dans un buisson par les cornes ; et il l’offrit à la place de son fils. L’ange du Seigneur lui dit : je le jure par moi-même, parole du Seigneur! Parce que tu as fait cela, et que tu n’as pas refusé ton fils, ton unique, je te bénirai et je multiplierai ta postérité, comme les étoiles du ciel et comme le sable qui est sur le bord de la mer ; et ta postérité possédera la porte de ses ennemis. Toutes les nations de la terre seront bénies en ta postérité, parce que tu as obéi à ma voix. Plus proche de nous et plus resonnant encore dans notre cœur de franc maçon, rappelons-nous le sacrifice de Pierre Brossolette. Après avoir échappé plusieurs fois à des arrestations, Brossolette est dénoncé puis contrôlé et emmené en prison. Identifié, il est transféré à Paris. Pour le faire parler, il est torturé pendant deux jours et demi. Profitant d’un moment d’inattention du gardien, il se serait levé de sa chaise, menotté dans le dos, aurait ouvert la fenêtre de la chambre dans laquelle il était enfermé, et serait tombé devant l’entrée de l’immeuble. Gravement blessé, il succombe à ses blessures, sans avoir parlé. Souvenous-nous mes TCF, je préférerais avoir la gorge coupée, la langue arrachée, le cœur livré aux vautours plutôt que révéler les secrets qui m’ont été confiés. Et bien, Brossolette lui n’a pas parlé et s’est donné la mort. Cette histoire nous montre que le sacrifice n’est fait que pour des valeurs qui nous dépassent, l’amour de la Patrie pour illustration. Je m’interroge sur ce que j’aurais fait à sa place et j’invite chacun d’entre nous à se poser également la question. Qu’aurions nous fait si un enjeu supérieur était en cause ? III – Le sacrifice pour accomplir son devoir : tristesse ou joie ? Accomplir son devoir fait appel à de nombreuses qualités, telles que la fidélité, l’obéissance, le courage, la soumission et un certain don de soi. Ces qualités n’apparaissent pas de suite quand on parle du sacrifice. Paul Valéry disait « la plus grande liberté naît de la plus grande rigueur ». Faire son devoir rendrait donc libre en permettant de prendre possession de soi-même et d’accéder à une dimension spirituelle et d’atteindre ce qui à titre personnel m’est le plus cher à savoir la liberté.Pour ma part, j’ai le sentiment d’avoir beaucoup travaillé que ce soit à l’école ou dans le monde professionnel sacrifiant ainsi du temps, des sorties, mes amis, un conjoint. Un tel constat pourrait rendre triste si je ne prenais pas conscience de la chance que j’ai aujourd’hui d’avoir atteint des résultats qui me rendent plus fort et plus libre. Tel est également le cas de la Franc maçonnerie qui m’a fait arriver ici dans ce temple. Orléanais mais résidant à Paris pour le travail, j’ai dû faire un choix ; celui d’être initié à Orléans après avoir été présenté par une sœur ou frapper à la porte d’un temple parisien en inconnu. Les allers-retours Paris/Orléans, les levers tôt les mardis matins pour rejoindre mon travail sont également autant de sacrifices que j’ai fait et qui m’ont tant apporté… Je les ai faits spontanément, facilement sans pour autant les connaître confirmant ainsi qu’il est plus facile de faire son devoir que de le connaître (mais à l’époque je l’ignorais). Je referais la même chose si je devais recommencer mais fort de ces outils que vous m’avez donné mes TCF dans ma démarche maçonnique. Enfin, si j’ai dû sacrifier beaucoup de temps pour faire mon devoir d’écolier, d’étudiant, d’employé, de franc maçon, tout cela m’a fait prendre conscience que si ces sacrifices m’ont rendu plus libre et plus heureux, ils m’ont également permis d’être. A vous tous, mes Frères Maître Secret, Trois fois puissantJ’ai dit, Navigation des articles Planche Précédente "Il est plus facile de faire son devoir que de connaitre son devoir" Planche Suivante "Le Travail en Loge de Perfection"