#401012

La Vérité

Auteur:

M∴ G∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
:  NC



Les préjugés, les passions et l’erreur placent de nombreux obstacles entre l’homme et la Vérité…


Cette sentence est tirée du rituel du Maître secret.


Le Devoir du Maître Secret est de rechercher « la Véritéetlaparoleperdue».



Il nous est dit : « La Vérité est la Lumière placée à la portée de tout homme qui veut ouvrir les yeux et regarder la grande route du Devoir qui y conduit surement. »


Il nous est dit aussi : «Ne profanez pas le mot de Vérité en l’accordant aux conceptions humaines. La Vérité est inaccessible à l’esprit humain, il s’en approche sans cesse mais ne l’atteint jamais ».


Cette première définition, à vrai dire, est absconse car elle nous renvoie à une autre notion, le Devoir avec un D majuscule, tout aussi énigmatique puisque « il est plus facile de faire son devoir que de le connaître ». A cette question, l’instruction répond : « Le Maître secret doit être prêt à accomplir son devoir car il est le Devoir ». Le sujet est alors identifié àl’objet.Connaître son devoir est se connaître soi-même. On pourrait ainsi identifier la Vérité recherchée par le Maître Secret au Maître secretlui-même.


« La lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont point reçue. » lit- on dans le prologue de Jean ouvert sur l’autel des serments. Le Maître Secret, avec son bandeau ajouré, « ouvrant les yeux », doit recevoir cette Lumière-Vérité qui luit en lui-même. Il doit retrouver cette Lumière par l’introspection pour accéder au « Saint des Saints qui est en l’homme », qui n’ est autre, à ce que l’instruction nous dit, que le Maître secretlui-même.



Précisons que « la parole perdue est le Devoir complet connu des anciens initiés ». Ces anciens initiés sont ces grands sages dont certains nous sont présentés lors du quatrième voyage de l’initiation du compagnon, tels Moïse, Pythagore, Socrate, Jésus et Confucius, représentés ici symboliquement par Maître Hiram. Nous pourrions ainsi définir le Devoir complet comme la recherche de l’Harmonie, de la sagesse ou de la Connaissance dans ses dimensions spirituelles connues des anciensinitiés.


Mais cette recherche ne nécessite pas seulement de regarder en soi pour trouver l’harmonie et la sagesse, c’est à dire l’accord parfait avec soi-même.


Ilnousfautaussiregarderaudehorslesêtresetlemondequinousentourent et entrer aussi en harmonie, en accord parfait aveceux.


Pour cela, il nous faudra lever la tête vers les étoiles et contempler « le silence éternel des espaces infinis » comme le dit Pascal. C’est ici la dimension verticale de l’harmonie, la quête de transcendance qui doit nous permettre de rester serein devant la mort, la dépasser pour trouver un sens à sa vie en étant en accord parfait avec le Tout. Certains appeleront aussi le Tout, Dieu, Le GADLU, la Création, le Principe, La Loi universelle ou simplement la Nature.


Il ne s’agit pas ici de la vérité métaphysique qui voudrait répondre à la question de Liebniz: « Pourquoi quelque chose plutôt que rien ? ».


Cette Vérité qui voudrait comprendre le Principe, le pourquoi de l’Univers ne peut jamais être atteinte par l’esprit humain.


La recherche de notre Vérité qui est celle de l’Harmonie, de l’accord parfait avec le Cosmos, passe par une expérience personnelle, au delà du perceptible et de l’intelligible. C’est une conviction intime plutôt qu’une vérité au sens propre. A chacun d’avoir sa propre croyance, pourvu q’elle permette cette relation harmonieuse qui est une relation transcendante et personnelle avec « la Loi Universelle ».


Là est peut-être la Vérité, elle n’est pas dans la matérialité profane, elle est notre façon d’être, d’exister. A chacun sa Vérité.



La Vérité serait ainsi à rechercher en nous même. Elle concernerait, à la différence de la vérité profane – notre façon d’être en conformité avec une éthique – en accord avec nous même et avec le Tout, pour trouver un sens à notre vie et au monde.



Voyons aprés avoir précisé la notion de Vérité avec un V majuscule « Les obstacles entre l’homme et la Vérité ».



Les préjugés


Ils sont une opinion adoptée sans examen. « Respectez toutes les opinions, mais ne les acceptez pour justes que si elles vous apparraissent comme telles aprés les avoir examinées .»


Cette opinion adoptée peut être apportée par le milieu extérieur ou créé par nous mêmes. Les préjugés occupent trop souvent nos pensées et produisent nos actions par des conditionnements, qu’ils soient psychologiques, sociaux, religieux, familiaux, au travers de l’éducation et des médias. Nous savons tout ça.« Ne vous payez pas de mots, n’accordez à qui que ce soit une confiance aveugle… !»


Une place particulière dans la foule des préjugés doit être donnée aux


traditions. Il est en effet des traditions néfastes, archaïques qui nous viennent de temps anciens et barbares. Les traditions doivent, elles aussi, être examinées avant d’être adoptées. Il peut être tentant aussi de vouloir les interpréter à toute force pour les tordre en tous sens afin d’en tirer finalement les enseignements qui s’accordent avec nos opinions. Ces traditions venues du fond des âges deviennent alors à nos yeux des vérités indiscutables, dogmatiques car supposées validées par le temps.


« Vous déciderez par vous-même de vos opinions et de vos actions .» nous dit l’instruction du Maître Secret. Pour cela, il nous faut nous libérer de nos préjugés.



Les passions


Elles désignent ici, en tant qu’obstacle à la recherche de la Vérité, l’ensemble des pulsions instinctives, émotionnelles et primitives de l’être humain qui, lorsqu’elles sont suffisamment violentes, entravent sa capacité à réfléchir et à agir de manière raisonnée.


Toutes les religions et de nombreuses philosophies dont particulièrement le stoïcisme, nous invitent à nous libérer de nos passions.



La mère de toutes les passions est dans l’ego, cet amour aveugle de soi. L’ego désigne la représentation et la conscience que l’on a de soi même. Il est considéré comme le fondement de la personnalité en psychologie mais il est une entrave au perfectionnement de soi en matière de spiritualité. Ce perfectionnement de soi est un des buts de notre démarche initiatique Maçonnique.


Il nous est dit, à propos du spectacle de l’Univers, « souvenez-vous quevous ne l’admirez qu’en proportion de votre faiblesse en présence de son immensité ». C’est une injonction à l’humilité, au détachement de l’ego face à la Loi universelle « qui régit toutes les choses dans leur ensemble et chaque chose dans sondétail».


L’ego est mal considéré par le Christianisme car il conduit facilement à l’égocentrisme voire à l’égoïsme qui s’opposent au principe fondamental Chrétien qu’est l’amour du prochain, qui appartient, avec la haine destructrice, à la Loi qui régit l’OrdreUniversel.


Dans l’Islam l’ego doit être combattu par le djihad nafs qui est un combat contre soi-même en luttant contre les désirs que proposent les « diables » assignés à chaque homme.


Le Bouddhisme perçoit l’ego comme une construction mentale sans existance autonome en dehors de soi. Le moi est sans réalité propre, il ne mène pas à la Vérité car il est une illusion. Combattu l’ego devient alors le soi. Selon le principe d’impermanence, le soi est sans cesse en train de changer physiquement comme mentalement, il ne possède donc pas, lui- même d’identité durablement définie. Selon le principe del’interdépendance,


il n’a pas lieu d’exister puisque chacun dépend d’autrui comme du reste de la nature, comme de l’univers tout entier, d’où la notion du non-soi. A un stade évolué de l’éveil, le non soi devient lui-même le non non-soi par une fusion de l’Être avec le Cosmos, avec le Tout, car il n’y a pas de soi séparé. L’éveil ne serait-il pas la Vérité que nous cherchons?



L’erreur


Une erreur désigne une opinion, un jugement ou une parole non conforme à la réalité, à la vérité.


L’erreur est l’ennemi de la Connaissance. Nos erreurs sont dûes essentiellement à notre ignorance, à notre imaginaire fantasque, à notre manque de discernement, et à notre manque de jugement.


« Non seulement tu ignores les choses les plus importantes, mais tu crois les savoir » disait Socrate à Alcibiade. L’erreur doit d’abord être reconnue pour être combattue. Il convient d’apprendre à distinguer ce qui est réel de ce qui est apparent ou illusoire. C’est un des sens de l’allégorie de la caverne de Platon. L’erreur dans le domaine spirituel pourrait nous pousser à des convictions, qui ne seraient pas conformes à l’éthique, à accepter des idéologies malsaines, à donner un sens mauvais à sa vie.


Il en est ainsi des références pseudo-scientifiques à la mode que nous adoptons. Actuellement la physique quantique, mal comprise, expliquerait alors tout et le contraire de tout, allant jusqu’à nier le réel et instiller ainsi un doute stérile. « Vous ne prendrez pas les mots pour des idées et vous vous efforcerez toujours de découvrir l’idée sous le symbole ».


L’ idée elle-même est une spéculation mentale. Elle n’est qu’une simplification imaginaire, discriminatoire, binaire du réel. Elle nous éloigne du vrai et de sa complexité qui associe les contraires. Il convient de se méfier du concept de l’idée ; il est un frein à une conception globale, holistique de notre approche spirituelle duTout.


Il faudrait de même se méfier du sens que l’on donne à la notion d’ésotérisme. Il est , par définition, l’ensemble des enseignements secrets réservés à des initiès. L’ésotérisme Maçonnique à visée initiatique est une démarche spirituelle, encadrée et raisonnable pour le perfectionnment de soi tandis que l’ésotérisme au sens populaire se fonde sur le para-normal et les sciences occultes.


L’intuition, si souvent invoquée ici, est aussi source d’erreur. Elle est parfois considérée comme une révélation venant d’en bas, de l’inné ou de l’instinct ou d’en haut, de Dieu lui-même. Cette intuition serait alors prise pour une vérité absolue qui n’aurait pas besoin d’examen critique, ni ne pourrait être réfutée.


Pourtant en psychologie l’intuition n’est que le surgissement immédiat d’une


connaissance de notre subconscient à notre conscience. Elle résulte de la perception d’un indice qui fait surgir à notre conscience une connaissance inscrite dans notre mémoire. L’intuition serait, en somme, une simple re- connaissance. L’intuition serait alors un préjugé qui devrait donc être examiné avec un esprit particulièrement critique etméfiant.


Ceci dit, nous pourrions penser que dans la recherche d’une transcendance spirituelle, nous ne pouvons faire d’erreur. En effet, Transcendere signifie franchir, surpasser. Cette recherche d’une transcendance mène au delà du perceptible, au delà de l’intelligible, au delà de la science, à une croyance, à une approche subjective de notre Vérité d’être.


Et certaines croyances sont des superstitions, c’est à dire des comportements irrationnels vis à vis du sacré, menant plus au spiritisme qu’à la spiritualité.


« La science sans religion est boiteuse, la religion sans science est aveugle »


, nous dit Albert Einstein. Aussi même en matière de religion, nous ne pouvons nous affranchir du savoir.


« Le cœur a ses raisons que la raison ignore » nous dit Pascal. Car le cœur a effectivement ses raisons. Il ne faut pas les chercher dans les mathématiques ou la mécanique des fluides certes, mais dans les sciences humaines, dans la psychologie, ou la sociologie. Nos sentiments, nos affects, nos opinions sont sous l’influence de déterminants innés contenus dans nos gènes, ou neurophysiologiques ou de nos conditionnements psycho-sociaux. Dés lors, sommes nous libres de nos choix en matière de spiritualité?


Ici encore la critique de nos choix est de mise. Même si nous devons aller au delà du perceptible et de l’intelligible, il nous faut garder une certaine mesure dans nos émotions et nos sentiments, voire une certaine raison avant d’accepter nos émotions et nos affects.


Choisirl’ordreplutôtquelechaos,l’amourplutôtquelahaine,estlaraisondu cœur, car nous sommes des êtres programmés pour vivre en société et que c’est notre choixéthique.



En conclusion :


Notre Devoir de Vérité, celle de qui est à notre portée, c’est à dire la notre en tant que sujet et objet en même temps, passe par la voie de la libération. Elle nécessite en effet de se défaire de nos préjugès, de nos passions, de nos erreurs, c’est à dire de nos conditionnements. «Il n’est point de difficultés que l’énergie, la persévérance et l’intention droite ne puissent surmonter». Nous pourrons ainsi accéder à la Connaissance, connaissance de soi, connaissances d’autrui, connaissance de l’Univers, c’est à dire à la Vérité ou plutôt à notre Vérité ontologique, à notre Vérité d’Être en harmonie avec l’Être du Tout, avec l’Être Suprème.



Cette recherche de Vérité pourra demander au Maître Secret d’aller jusqu’au


« sacrifice ». Quel sacrifice ? Celui de renoncer à ses conditionnements confortables, pour rendre sacré le soi et l’au-delà du soi, c’est à dire toucher leTout.



Existe t-il une méthode pour atteindre cette libération ?


Notre cerveau produit des pensées qui s’entrechoquent et que nous ne contrôlons pas spontanément. Elles sont un bavardage incessant qui nous submerge et que nous ne pouvons arrêter.


Ces pensées primaires, bonnes et mauvaises, devront alors être passées au filtre de notre discernement et de notre jugement conscient, corrigées en somme par la raison et l’intelligence du coeur. « Vous n’accepterez aucune idée que vous ne compreniez et jugiez vraie ».


Ce processus psychique de libération par un examen de nos productions mentales se nomme « métacognition ». C’est la cognition sur la cognition qui consiste à avoir une activité mentale consciente sur ses propres processus mentaux primaires, c’est à dire re-penser nos propres pensées.


Pour cela la métacognition analytique et critique en temps que conscience réflexive est libératoire de nos préjugès, passions et erreurs. Elle permet d’accéder à la connaissance raisonnée de soi, d’autrui et de notre monde, que ce soit par la raison intelligible ou la raison du cœur. Elle permet de se raprocher de notre Vérité qui est la Vérité s’appliquant à nous-même. Cette Vérité que nous cherchons peut-être simplement l’Amour désintéressé, l’Amour Universel, ressenti et vécu par soi,intimement.


« Connais-toi, toi-même », « Connaît-le, toi-même », « Connais-ça,toimême » et « deviens toi-même ce que tu es : l’Univers et les Dieux



TFPM et vous tous MM FF MS, j’ai dit.

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