#401012

LA VALEUR DU SERMENT ET LE DEVOIR POUSSE JUSQU’AU SACRIFICE

Auteur:

Non communiqué

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué
  


Il m’a été donné de travailler ce soir sur la valeur du serment et le devoir poussé jusqu’au Sacrifice

Lors de la cérémonie d’initiation au 4ème degré, au cours de nos 4 voyages, nous sommes confrontés au Devoir, à cette impérieuse nécessité qu’est la quête de la Parole Perdue. Or cette route, cette quête de la Parole Perdue, nous ne pourrons la suivre que par l’accomplissement du Devoir porté jusqu’au Sacrifice. Ainsi, ce Devoir porté jusqu’au Sacrifice nous est présenté explicitement pour la 1ère fois comme l’idéal de la Franc Maçonnerie, comme un objectif vers lequel nous devons tendre. Ces affirmations catégoriques ne sont pas sans réveiller en chacun d’entre nous des résonances particulières. En effet, parce que chargée d’une empreinte émotionnelle forte issue à la fois de notre inconscient collectif et de notre histoire individuelle nous renvoyant à notre manière de nous conduire et d’agir, à nos valeurs, à notre éducation, les notions de serment, de devoir, de sacrifice m’ont posé et je pense qu’elle pose ou doivent poser à tout Franc Maçon ou plus exactement à tout Maitre Secret, des questions essentielles. Que faut-il entendre par Devoir poussé jusqu’au Sacrifice ? Le serment que nous prêtons implique-t-il nécessairement le sacrifice de notre personne ? Et de quelle personne, en d’autres termes, quelles parties de nous-même devons sacrifier ?  Brefs, autant de questions qui nécessitent de redécouvrir pour se les réapproprier les notions de devoir et de sacrifice.

Le sacrifice est un concept, une notion qui jalonne l’histoire de l’humanité et apparait dans toutes les cultures et époques. Nombreux sont les philosophes, ethnologues ou psychanalystes qui définissent, chacun sur des registres différents, le sacrifice comme l’élément initial et fondateur de nos civilisations comme de notre structure psychique individuelle. Ainsi, pour René Girard, qui a su mettre en lumière les relations existantes entre violence humaine et sacré, l’acte fondateur du sacré est l’immolation ou le sacrifice du bouc émissaire qu’il soit humain ou animal, chargé de tous les refoulements humains. De son côté, Freud dans son ouvrage « Totem et Tabou » relate le sacrifice du Père d’une tribu primordiale, qui s’étant accaparé l’usage exclusif des femmes, fut tué puis dévoré par ses fils. Ce sacrifice symbolise à la fois le renoncement et le refoulement de nos pulsions sexuelles et incestueuses mais aussi est constitutif pour Freud des notions de religion, civilisation, culture et langage. Le rite du repas totémique qui fut institué ensuite s’impose, selon Freud, comme un devoir nous rappelant à nos renoncements mais aussi comme un hommage rendu au Père, tout en nous soulageant et libérant de notre sentiment de culpabilité.

La maçonnerie qui par sa méthode offre à chaque initié le potentiel de se construire sur le plan matériel, psychique, émotionnel et bien évidemment spirituelle reprend et développe le concept du Sacrifice qu’elle élève au rang d’un Devoir c’est-à-dire à la fois au niveau d’une quête et d’un absolu vers lequel nous devons tendre. Ainsi, le thème du « devoir porté jusqu’au Sacrifice » apparait bien sur explicitement au 3ème degré à travers la légende d’Hiram. Pour autant, nous y avons été déjà confrontés plus ou moins consciemment dans les degrés précédents. Tout d’abord, au premier degré à travers la scène du parjure qui nous fait prendre conscience de la valeur de notre serment, de ce qu’il implique, de l’exigence et de l’engagement induit par le parcours initiatique. Puis au second degré où la réception du mot de passe « Shibboleth » a fait de nous implicitement les témoins du massacre et du sacrifice des Ephraïmites au bord du Jourdain par les troupes de Galaad parce qu’ils ne savaient pas prononcer le dit mot pour franchir le fleuve et passer vers l’autre rive symbolisant la nécessité impérative d’évoluer, de changer de plan ou de dimension qu’annonce le degré suivant. Le thème du sacrifice d’Hiram assassiné par les trois mauvais compagnons est majeur au 3ème degré en prenant tout de suite une grande ampleur puisque l’architecte nous est présenté comme un homme parfait ayant accompli son devoir quoi il en a pu lui en couté. Pouvant être défini comme l’exemple même de celui qui a su porter au plus haut la valeur de son serment en accomplissant son devoir jusqu’au sacrifice suprême, Hiram est ainsi pour nous un archétype c’est-à-dire une figure symbolique qui donne corps et vie aux attitudes comme aux comportements que nous devons explorer puis développer ou tempérer au plus profond de nous-même. Notre Frère Claude Guerrillot note que le sacrifice d’Hiram porte au moins 3 significations qui se complètent et s’enrichissent : morale, symbolique et initiatique. Sur le plan symbolique, Hiram représente le maître qui se sacrifie et s’efface au profit des disciples afin que ces derniers puissent à leur tour grandir et acquérir la même dimension. D’un point de vue moral, Hiram représente la conduite la plus exemplaire, celui qui sacrifie sa vie par devoir, pour obéir et suivre sa conscience, pour ne pas violer le secret qu’il lui a été confié, pour ne pas avoir à trahir le serment prononcé. C’est l’exemple même suivi par des Pierre Brossolette, Jean Moulin ou tous ces anonymes qui ont choisi le sacrifice suprême plutôt que de trahir les valeurs dans lesquelles ils croyaient. Le sacrifice d’Hiram nous confronte donc directement au sens que nous voulons donner à notre vie, à nos principes et nos valeurs. Qu’est ce qui peut amener un homme à offrir jusqu’au sacrifice de sa vie tandis que d’autres se renieront ? Son sens de l’Honneur ? Sa seule force de caractère ? Sa morale ? Son éducation ? Pour quel(s) enjeu(x) serions-nous prêts à sacrifier notre Vie ? Et sans aller jusqu’à cette extrémité, à quoi sommes-nous résolus à donner la première place ? Pour qui ? Pour quoi ? Jusqu’où sommes-nous prêts à aller dans notre engagement pour respecter nos serments ? En d’autres termes, jusqu’où sommes-nous capables de nous dépasser, d’affronter l’adversité, le mépris, la violence peut être même la mort par fidélité à notre serment ? Pour ma part, et dans cette perspective, pendant longtemps je me suis demandé aurai-je « collaboré » ou « résisté » ? D’une manière plus globale, face à des circonstances exceptionnelles, quelle voie déciderais-je de suivre ? Celle d’Hiram et du Devoir ? Ou celle du parjure et du déshonneur ? Soyons lucides et intellectuellement honnête, ces questions sont et resteront toujours pour moi sans réponse parce que, sur le plan individuel, elles forcent à l’humilité…

C’est à mon sens dans la dimension initiatique de la légende d’Hiram que nous pouvons, non trouver des réponses et des recettes toutes faites, mais des axes afin de percer le secret de ce dépassement. En effet, lors de l’exaltation au 3ème degré, après avoir été soupçonnés puis éprouvés dans notre volonté d’avoir toujours rempli nos Devoirs d’homme d’honneur et de franc-maçon, nous comprenons, qu’à travers le relèvement, le « vieil homme », celui des conventions sociales, est mort et qu’un nouvel homme doit naitre en passant de l’horizontal à la verticale et qu’il va devoir s’engager dans une recherche, une métamorphose de son Etre que développent les degrés salomoniens avec comme fil conducteur la quête de la Parole perdue par l’accomplissement du Devoir porté jusqu’au sacrifice

A notre entrée au 4ème degré, si nous ne sommes pas surpris par une nouvelle fois la référence aux devoirs, nous ne pouvons que nous interroger par tant de déclinaisons. En effet le mot « devoir » apparait d’une part pas moins de 22 fois dans le rituel d’initiation et d’autre part est conjugué sous diverses formes. Nous y trouverons le terme devoir en minuscule et au pluriels (devoirs), en minuscules et au singulier (devoir), et enfin en majuscule et au singulier (Devoir). Il y a de quoi en perdre, non la parole, c’est déjà fait, mais son latin ! Par les références aux devoirs pluriels, le rituel nous propose, comme dans les degrés précédents, de méditer et de respecter une fois encore les règles et principes de conduites en société sans lesquels aucune vie sociale n’est possible. Mais il nous invite aussi à les relativiser car ils sont le fruit de déterminismes humains qui évoluent d’une société et d’une époque à une autre. Puis à travers la notion du devoir, toujours minuscule mais au singulier, le rituel nous invite à davantage de discernement, à agir par devoir, c’est-à-dire non plus conformer aveuglément nos actes à des règles qui nous sont imposées, mais à les passer au tamis de notre raison pour trouver de nous-mêmes des principes universels de conduite. Pour autant agir par raison, en accord avec devoirs moraux, fussent-ils universels, est certainement nécessaire mais pas suffisant. « Ne prenant plus les mots pour les idées », nous savons peut-être faire davantage preuve de raison et apprécier une situation avec moins de passion c’est-à-dire avec davantage de recul, de discernement et d’objectivité pour agir ensuite avec justesse mais cela reste sans âme, sans vie. Il nous manque l’essentiel, la flamme, le ce pourquoi nous pourrons accepter de nous dépasser et de donner de la vie et de la valeur à nos serments.

Dans son ouvrage sur « Le maître intérieur », le thérapeute et philosophe Karlfried Graf Dürckheim précise « l’entrée sur la voie initiatique impose la décision définitive de se mettre au service d’une transcendance et cela implique le sacrifice de tout ce qui s’y oppose et l’engagement à tout ce qui peut lui être favorable ». Pour nous Maîtres Secret, la transcendance, si nous n’en sommes encore loin d’en définir la nature, est cette vérité, cet absolu, cette lumière, cette flamme universelle mais intime que nous portons en nous, dans notre saint des saints et dont nous allons devoir faire l’apprentissage. Nous ne la percevons encore que de manière confuse et partielle parce que cachée par nos masques, nos faux semblants, nos peurs en un mot notre Ego. Arrêtons-nous un instant sur cette notion d’Ego. Loin d’être la somme de nos défauts, l’égo est le sentiment profondément ancré en nous d’exister comme un individu indépendant. « Moi !», « Je ! », « Hugues, moi–même, maître de mon monde ! » qui se suffit à moi-même, n’existe qu’indépendamment du Tout, séparé de l’autre. Je ne me définis pas comme un individu appartenant au monde mais face au monde, en opposition aux autres, face à tout le reste c’est-à-dire à tout ce qui potentiellement n’obéit pas à mes désirs, à mes ambitions, à ma volonté en d’autres termes à ma toute puissance dont se nourrit mon égo.

Pour nous Maître Secret, le Devoir porté jusqu’au Sacrifice va consister en un lâcher-prise pour faire émerger cette lumière en faisant le deuil de notre égo, en renonçant progressivement à cette manière de nous percevoir comme une entité indépendante de ce qui nous entoure. Ce sacrifice, ce renoncement que Dürckheim qualifie comme « un revirement, une grande révolution » va nous permettre de transformer notre conception personnelle et autonome du monde en une conscience universelle du Tout dont nous faisons partie et dont nous devons nous sentir responsable.

Notre démarche initiatique, cherche ainsi non seulement à faire de nous des individus autonomes et responsables, capable décider par nous-même de nos opinions et de actions, mais elle nous permet également d’accéder progressivement à ce que nous appelons, faute de mieux, notre intériorité, notre cœur, notre pierre cachée. C’est par la connaissance progressive de cette intériorité, quel que soit le nom que chacun lui donnera ou pas, que nous trouvons la force, l’énergie et le courage nécessaires pour agir avec la justesse adaptée aux circonstances et donner de la valeur à nos serments.

De devoir en devoir, de sacrifice en sacrifice, nous acquerrons au fil des degrés, davantage de connaissance de nous-même, de ce qui nous fait penser et agir. Cette démarche nous conduit à appréhender le monde qui nous entoure avec davantage de tolérance et de bienveillance, prélude nécessaire à une transformation, qui va éclore à travers la connaissance de la loi d’Amour dont le sacrifice suprême en est le symbole le plus élevé. Antoine de Saint Exupéry le dit en ces mots : « j’ai fondé mon Amour pour les miens par le don du sang, comme ma mère par le don du lait. Il faut commencer par le Sacrifice pour fonder l’Amour ». Mais ceci, rajouterai-je, est encore un nouvel apprentissage.

Accès réservé aux abonnés

Cet article fait partie de l’espace privé de L’Édifice.
Abonnez-vous pour accéder immédiatement à la plus grande bibliothèque maçonnique sur internet

  • Plus de 5 000 planches véritables
  • Issues de plus de 100 obédiences
  • Du 1er au 33ème degré
Déjà abonné ? Se connecter