Réflexions sur le 9ème degré
A∴ B∴
Néanmoins, d’emblée, il m’a semblé qu’il y avait une certaine chronologie et que ces divers degrés fonctionnaient par groupe.
Ainsi, du 5ème degré au 8ème,nous nous occupons de l’organisation du temple, de la réflexion, de la méditation.
Le maître parfait du 5ème degré connaît le cercle et sa quadrature. Continuité du 4ème degré ce grade nous invite à poursuivre l’œuvre d’Hiram avec des nouveaux moyens dixit le rituel.et la légende de ce grade nous propose l’organisation des obsèques d’Hiram
Le secrétaire intime au 6ème degré manifeste une certaine curiosité qui l’aide à retrouver le chemin de la vérité. Il nous faut faire preuve de discernement.
Le prévôt et juge du 7ème est apte à juger sereinement grâce à ses connaissances.Aussi, nous sommes informés que gouverner c’est connaître et prévoiret ceci dans le respect de la justice. L’intendantdes bâtiments du 8ème, s’attache quant à lui à construire son temple intérieur après avoir participé à la construction du temple de Salomon.
Parvenu au 9ème et jusqu’au degré 12, il est question d’élus, de vengeance et de justice, un peu comme si nous passions à l’action. Les Elus sont en nombre variable9-15- 12 ;tous multiples de 3.
C’est donc sur le grade intermédiaire deMaître Elu des Neuf que je m’attarderai ce soir.
Le grade d’Elu a été donné à des grades dits de vengeance dont le but est le châtiment des assassins d’Hiram.
Tout d’abord qu’est ce qu’un Elu : c’est une personne désignée par une élection ou qui fait l’objet d’une préférence sentimentaleAu sens religieux, c’est une personne désignée par Dieu au salut.
Rappelons brièvement la légende de ce 9ème degré:
Perignan découvre le meurtrier d’Hiram dans une caverne et informe le roi Salomon de cette nouvelle. Celui- ci envoie 9 maîtres à sa recherche. Parmi eux Johaben dans un excès de zèle trouve l’assassin et le tue d’un coup de poignard. Aidé par la défense des autres maîtres le roi Salomon gracie Johaben de sa désobéissance.
Perignanest le nom de celui qui découvrele meurtrier de notre maître Hiram.
Ainsi le maître Elu des Neufest aussi désignépar Elu de Perignan ou Elu de l’Inconnu.
Notons qu’à ce grade, notre Président représente Salomon etque nous l’appelons « TrèsSouverain Maître »ou « Très Equitable »selon d’autres rituels. Il y a un seul surveillant appelé inspecteur et représentantStoklin, celui qui découvrit Hiram.
Johaben (= fils de Dieu), chef des Neuf Elus est le récipiendaire. Envoyé à la recherche des assassins d’Hiram, il est celui qui tue le meurtrier réfugié dans une caverne.
Qu’y –a –t-il dans cette caverne?
Le rituel de la Grande Loge de France à ce grade indique : « la lampe m’a éclairé, la fontaine m’a désaltéré et avec le poignard j’ai vengé la mort de Notre Respectable Maître Hiram ».
Le tableau de loge à de gradeest fait de diverses images :– Celle du buisson qui cache l’entrée de la caverne. Ce buisson faitde nombreuxarbrisseaux, empêche la lumière de pénétrer d’où la nécessité d’un éclairage.
Pour descendre à la caverne, il y a 9 marches du même nombre que les Maîtres. Ce nombre 9 dernier de la série, terme d’un cycle annonçant à la fois une fin et un commencement :
– Celle de la bougie allumée : le feu, la lumière,
– celle de l’étoile et de l’arc-en-ciel, signe d’apaisement,
– celle de la paroi rocheuse : son aridité évoque la difficulté du travail,
– Celle du broc contenant l’eau : l’eau de source L’eauest le moyen pour Johaben dese laver de son crime donc de se purifier les autres maîtres venus à la recherche du meurtrier boivent aussi à la fontaine,
– Celle du poignard : l’arme de pénétration,
Fait de 2 métaux : l’or et l’argent, il n’est donc pas totalement pur.
Selon Guenon, le poignard est une arme qui s’apparente à l’éclair, frappe de haut en bas telle la foudre qui illumine ; elle transperceSon action est rapide et immédiate
Une arme est un instrument utilisé volontairement dans un but précis contre une personne ou un objet.
Ainsi l’épée est l’attribut du guerrier tandis que le poignard est celui du chasseur.
Le poignard à l’origine était constitué d’une lame de pierrecourte et pointue. Par l’utilisation de la forge et différents métaux tels le cuivre, lebronze et le fer il a été possible d’allonger la lame. C’est ainsi qu’on a obtenu le glaive et l’épée, arme avec une lame d’acier fine et pointue Leurs fonctions sont donc différentes l’une ayant pour but de trancher, de tailler et l’autre de percer.
Arme d’estoc c’est à dire faite pour transpercer mais aussi de taille pour frapper de haut en bas, d’un point de vue symbolique le poignard, arme de justicier semble destiné à percer le mystère, le secret afin de découvrir quelque chose.
Tous ces éléments constituent l’environnement de la caverne et son contenu.
Mais qu’est ce que la caverne ?
Le mot caverne vient du latin caverna, de cavus : le creux c’est à dire une cavité creusée dans la roche. On peut y associer d’autres termes tels que crypte du latin cryptale caveau souterrain servant de sépulture dans certaines églises. La grotte est une cavité de grande taille dans le rocher, le flanc d’une montagne.
Les récits mythologiques, les contes, les légendes utilisant le mythe de la caverne sont nombreux car la caverne c’est à la fois un centre, un lieu de séjour, un passage lors d’un rite initiatique.
Nous, francs- maçons l’avons rencontré à diverses reprises :– dans le cabinet de réflexion,
– lors de l’exaltation à la maîtrise
– ici dans ce grade
– mais aussi dans la clairière au 10ème.
Nous y retrouvons :
–le symbole de la terre avec le sol de la caverne mais aussi avec le buisson constitué d’ arbustes dont les raciness’enfouissent dans le sol synonyme des ténèbres et dont les feuilles s’épanouissent à la lumière,
– le symbolisme de l’eaureprésentée par la fontaine : l’eau est ce t élément qui permet le retour aux sources, à l’origine ; milieu ambiant du fœtus dans le corps de sa mère ;
–le symbolisme du feu par la bougie
De nombreuses interprétations du mythe de la caverne sont données
Pour René Guénon, la caverne c’est la cavité du cœur considérée comme le centre de l’être.
Dans les traditions d’extrême orient c’est l’image du cosmos(sol=terre; voûte= ciel).
Dans les anciennes cosmogonies, la caverne est l’image de l’œuf du monde, matrice où se forme la genèse du monde.
Souvent assimilée à une matrice universelle, la caverne représente le retour aux origines et est reliée à l’image de la femme, de la féminité, de l’intime.
La caverne dans la mythologie grecque se trouve exprimée dans le complexe de Trophinius,
Trophonius architecte construisit avec son frère Agamède le temple d’Apollon à Delphes. Le roi Hyrieus les ayant ensuite chargés de construire un édifice pour ses trésors, ils ouvrirent un passage secret pour voler ces richesses. Hyrieus tendit un piège et Agamède fut pris. Trophonius pour ne pas être reconnu par les traits de son frère lui trancha la tête mais il fut engloutit dans les entrailles de la terre. Après consultation de la Pythie Trophonius vivant dans l’antre d’un bois recevait des consultants qui devaient suivreun parcours dans les grottes et souterrains jusqu’à une caverne.
Le complexe de Trophonius est donc un terme attribué à celui qui tue son père pour ne pas être reconnu coupable c’est à dire qu’il refoule un sentiment de culpabilité cependant ressenti.
Le mythe de la caverne c’est aussi celui exprimé dans le récit de la caverne de Platon reflet de la condition humaine où l’on trouve des hommes assis contre un mur,enchaînes. Ils tournent le dos à la lumière et ne peuvent la voir que par ses reflets sur les parois.
Pour eux, la vérité ce sont les ombres qu’ils aperçoivent sur les murs Mais, si l’un d’entre eux quitte cetenchaînement « pseudo-culturel »etparvient à se libérer, il : pourra regarder du côté de la lumière et mesurer l’insuffisance de son savoiret espérer progresser vers autre chose vers e Vrai. La lumière risque d’être éblouissante et l’apprentissage se fera lentement.Il faut peu à peu s’y habituer. Ainsique s’identifie l’individu et construit sa personnalité.
Dans le roman de Jules Verne « Les Indes Noires » il y a cette évolution concernant cette jeune filleNeil enfouie au fond de la mine et qui peu à peu, va réapprendre à vivre et donc à se construire.
Cela ne représente-il pas l’hommeavec ses préjugés, ses passions, ses pouvoirs, ses convictions, ses habitudes de vie ; ses certitudes, ses croyances, ses façons de penser, ses déductions hâtives, tout cela le maintenant dans un ensemble de ténèbres en lui donnant une vue erronée et approximative du monde. Cela explique par ailleurs,sa difficulté à changer sa conception des choses, à reconnaître le poids des idées reçues, à opposer des résistances aux changements.
Cela nécessite donc untravail assidusur soi-même afin d’acquérir une certaine maturité, elle-même porte d’accès à la Connaissance . Ne faut-il pas nécessairement passer par les ténèbres pour prétendre accéder à la lumière ? et si cette lumière nous est accessiblene pas hésiter à la faire croître pour tenter d’aller plus loin, plus haut, étape probable de la transcendanceet ainsi espérer gagner en spiritualité. Le grain que l’on met en terre et qui a germéne doit-il pas être arrosé afin de grandir et produire un fruit ou une fleur.
En réalité, Abiram, est coupable d’un forfait mais il porte aussi un fardeau lourd, celui des 3 compagnons qui ontassassiné Hiram et ce fardeau estfait d’ignorance, d’hypocrisie, d’ambition, de fanatisme. Peut –être est-il un des hommes enchaînes de la caverne de Platon ?
Dans la suite du récitil nous est précisé que latête d’Abiram est présentée au roi Salomon au bout d’un pic. Reconnaissons que présenter ainsi la tête du défunt à l’entrée des villesest pour le moins macabre et peu rassurant !
C’est un rite relativement fréquent notamment en Afrique d’ailleurs évoqué par Jules Verne dans son roman « 5 semaines en ballon ».
Cette scène particulièrementviolente couramment utilisée dans certaines traditions est signe de l’application de la justice. Elle nousrappelle aussi ces termesde notre engagement au grade d’apprenti : « je préfèrerai avoir la gorge tranchée plutôt que de manquer à mon serment ».
Nous retrouverons aussicette scène de la tête coupée au grade suivant.
Si maintenant j’évoque ce moment de la légende c’est pour rappeler que le 9 ème degré fait partie des grades dits de vengeance. Notre mot sacré « Nekah » est là pour nous le rappeler.
Néanmoins ; il s’agit davantage de définir un idéal de justice que de se venger Pour cela, il s’agit, à mon sens d’essayerde faire évoluer notre réflexion versdavantage de spiritualité, de lui donner de la hauteur,en luttant contre nosimperfections pour chercher la Véritémais sans omettre que c’est avecnotre cœur que nous prenons conscience des réalités.
Aussi qu’est-ce que la vengeance ? c’est l’action de se venger, c’est le mal que l’on fait à quelqu’un pour le châtier d’une injure, d’un dommage. Se venger c’est aussi se faire rembourser, se dédommager.
Quant à la justice, selonsa définition ; elle est un principe moral qui exige le respect du droit et de l’équité. C’est aussi une qualité morale qui consiste à être juste, à respecter les droits d’autrui.
Si l’aspect lumineux de la justices’oppose à l’aspect obscur de la vengeance, elle est à côté de la prudence, la tempérance et la force l’une des 4 vertus cardinales contribuant à l’ordre et à l’administration de la société humaine.
Ainsi, pour Aristote, notre âme est constituée de 3 parties : nous avons besoin de la prudence pour diriger notre raison, du courage pour réfréner l’impétuosité de nos élans et de la tempérance pour modérer nos désirs. L’art d’harmoniser tous ces contraires constitue la justice.
8ème arcane du tarot, la justice a pour attribut le glaive et la balance ; l’un étant le représentant de sa puissance et le second l’élémentl’équilibrant.
La justice traite de cas particuliers et est uneapplication exactede la loi avec rigueur et clémence selon les circonstances et les personnes.
Etre juste, n’est- ce pas agir selon la justice ?
Mais doit-on appliquer la justice soi- même ? doit-on répondre à la violence par la violence ? ne devient-elle pas alors vengeance ? Pourtant c’est ce que fait Johaben.Il fait preuve de désobéissance Chargé d’une mission ; il outrepasse sa fonction car débordant de zèle, ne respectant pas les consignes. Il s’octroie un droit et un pouvoir qu’il ne détient pas.
Un crime est un acte grave dont la réparation dépend de lajustice collective.
En l’assumant seul Johaben; sous l’effet de son impulsion en fait une vengeance personnelle. Il manque de maîtrise Tel Icare il se fait brûler les ailes car il est excessif, il manque de mesure et détourne la justice en son sens littéral.
Le roi Salomon désapprouve cet acte de vengeance Nul n’a le droit d’exercer lui –même la justice et pourtant il lui pardonne. Je ne vous cacherai pasavoir été interloquée par le fait que nous soient proposé un grade dit de vengeance. Nous prônons depuis notre entrée en maçonnerie l’écoute, la tolérance, la fraternité, la solidarité, l’estime et au final quelqu’un tue et de surcroît il est gracié. J’avoueque dans un premier temps c’est plutôt déroutantà moins que.. l’on veuille donner un autre sens à tout cela.
En effet plusieurs choses sont ambiguës et demandent une réflexion complémentaire. Ainsi le symbolisme de l’arme est ambigu : l’arme est à la fois instrument de justice et de défense, d’oppression et de conquête mais aussi est un outil pour la pensée.
La lame a une fonction de pénétration. Ceci a son importance ; c’estunsigne de descente en soi- même, au plus profond de nous-mêmes. D’ailleurs Abiram blessé dit Nekah que l’on traduit par « blessure » mais aussi par « a pénétré « »Cette lame n’a peut- être pas simplement un rôle de destruction mais aussi de purification, signe d’un changement d’état. Ce changement nous est proposé également par le passage dans la caverne, analogie du cabinet de réflexion.
Je ne pense pas que c’est par hasard si Johaben tue le meurtrier avec l’arme de celui- cicomme s’il refuse de se découvrir lui-même et de s’accepter tel qu’il est tel. Craint-il le reflet de son image comme les hommes enchaînés de la caverne de Platon ? ne serait-ce pas lui-même qu’il tue ? L’ombre et la lumière sont –elles contraires où l’ombre n’est-elle pas effet de la lumière ?
La mort d’Abiram apporte la preuve que le crime est puni et que le coupable est châtié
Néanmoins, Johaben a désobéi ; Qu’est ce que la désobéissance ? si ce n’est pas obéir, c’est enfreindre une loi un règlement c’est refuser de se soumettre.
C’est la seconde fois que Johaben désobéit. La première fois c’est par curiosité.
Permettez–moice petit clin d’œil à Eve. A t-elle agi par désobéissance à Adam selon la culture judéo-chrétienne ou a t-elle agi par curiosité ?
Jean Cocteau nous parle de la désobéissance en ces termes : » une trop grande liberté, un fais ce que tu veux commode met la jeunesse dans l’impossibilité de désobéir alors que rien d’audacieux existe sui la désobéissance a des règles.
A mon sens c’est cette même désobéissance qui est nécessaire à Johaben. Celui- ci, aveugletel le maître sans expérience ena besoin pour se perfectionner. C’est un e étape nécessaire pour devenir davantage maître de son jugement. J’oserai presque dire qu’il ne se venge pas mais qu’il se fait justice. Le rituel nous a précise pour cela : « la vengeance n’est pas justice ».
Enfin, Johaben est pardonné
C’est d’une part par l’aide des autres maîtres élus. Cela prouve la nécessité d’un soutien collectif, d’une solidarité d’être entouré d’être solidaires.Rappelons–nous : lors de l’élévation à la maîtrise, quand les 1er et 2nd surveillants tentent de relever le nouveau maître, le vénérable intervient et rappelle ces mots : « souvenons–nous que l’union fait la force et que sans le secours des uns pour les autres nous ne pouvons rien » et d’autre part, le pardon obtenu, c’est surtout celui du roi Salomon qui sait faire preuve d’humanité, de bon sens, de bonté.
A présent, j’ose cette comparaison : lors de l’élévation à la maîtrise, il est dit dans le rituel en le F ou la S.. Hiram est retrouvé et avec lui reparaît la lumière.
A notre niveau Abiram dont le nom est l’anagramme d’Hiram Abi ne représenterait-il pas ce même compagnon devenu maître qui lorsqu’il sera purifié deviendra Johaben.
Nous pourrions alors dire En Abiram châtié, Johaben a vu le jour !!
Hiram, Abiram, Johaben, unemême personne ? et personnellement où est ce que je me situe ?
Le rituel ajoute « C’est la Sagesse qui doit dicter au juste ses arrêts ».
La Sagesse c’est ce à quoi aspire Johaben. Cette épreuve dans la caverne lui permet : du moins l’espère t-il de gagner un peu de lumière, celle qui prend le nom de spiritualité.
Ainsi que nous le dit Herman Hess( Maler Freude) : « en vérité tu ne sais rien de la sagesse tant que tu n’as pas fait l’expérience des ténèbres » Johaben a fait cette expérience mais comme nous le dit si bien Confucius : « il faut que le disciple de la sagesse ait le cœur grand et courageux. Le fardeau est lourd et le voyage est long ».
Alors poursuivons notre chemin !!
J’ai dit