Maintenant et à l’heure de notre mort
Non communiqué
Nous sommes maintenant et en notre
Orient à quelques heures de la Toussaint. Fête
judéo-chrétienne par excellence qui
célèbre la litanie des
saints ; comme ne l’indique pas la mystique
créole qui en a fait la fête des
défunts, précédant en cela le 1er
novembre qui est justement la fête des défunts.
La Franc-maçonnerie française
célèbre elle aussi durant cette
période le souvenir de nos sœurs et de nos
frères qui ont franchi la porte d’ivoire et d’or et
déchiré le voile d’Osiris ; et qui
glorifiés ils se réjouissent au champ des roseaux.
Par cette cérémonie initiatique la mort et la
renaissance constituent le thème central, le point focal
autour duquel tout s’organise. « Il faut mourir
pour renaître », nous dit-on et nous
répète-t-on avec des paroles mais aussi par des
actes symboliques chargés de faire parvenir le message
jusqu’au fond de notre subconscient ; depuis le jour où pour
la première fois nous avons franchi la porte
étroite et basse. Et si nous y avons
été sensibles, si nous avons
été de bons élèves, nous
avons bien sûr compris et peut-être
commencé à traduire dans notre comportement qu’il
fallait que nous sachions nous remettre en question, nous
détruire pour mieux nous reconstruire, à l’image
de ces temples égyptiens maintes fois refaits avec les
mêmes pierres…
Mais avons-nous envisagé qu’il pouvait aussi s’agir de
mourir physiquement, de véritablement passer, selon notre
terminologie maçonnique, « à
l’Orient Eternel » ? Très
probablement pas.
Réfléchissons bien, mes sœurs et mes
frères, posons-nous la question en toute lucidité
nous sommes-nous projetés, ne serait-ce qu’une fois, dans la
situation qui sera la nôtre au moment de perdre cette vie qui
nous anime aujourd’hui ?
Vous pensez sans doute qu’il existe un au-delà, un quelque
chose où vous vous survivrez, mais cette idée
est-elle autre chose que théorique ? N’est-elle pas un moyen
facile d’éliminer le problème, de refuser de se
mettre en face de son inéluctable présence, de se
dire, après tout, qu’il suffira bien de se
préoccuper de la chose le moment venu ?
La mort n’est pas pour la majorité d’entre nous qu’une
abstraction, au mieux un grand point d’interrogation que les quelques
contacts que nous avons pu avoir avec elle n’ont fait que renforcer,
mais en face de laquelle nous n’avons vraisemblablement pas envie de
nous mettre vraiment.
Pourquoi ? Probablement parce que dans notre inconscient collectif
occidental, elle constitue au tréfonds de
nous-mêmes une sorte de point final, un échec
scandaleux auquel il faut à tout prix et le plus longtemps
possible échapper. Mourir, dans le fond de nos consciences,
c’est tout perdre, c’est devoir renoncer à tout ce
à quoi la vie nous a fait progressivement nous attacher,
êtres ou choses qui forment notre univers personnel. C’est
aussi voir disparaître dans le fond d’un trou noir ce
sentiment complexe et indéfinissable que nous avons de notre
individualité.
Pour tente de sonder l’insondable, j’ai voulu me rapprocher de
certaines philosophies orientales qui tentent de donner du sens
à notre existence. LE BARDO THODOL ou livre des morts
tibétain m’a apporté quelques réponses.
Le Grand psychanalyste Carl Jung, a écrit un court
commentaire du Bardo Thôdol, auquel il reconnaît
devoir – non seulement de nombreuses suggestions et
découvertes, mais encore des idées tout
à fait essentielles ; il en dit ceci : « A
la différence du Livre des Morts égyptien, dont
on ne peut dire que trop peu ou alors trop de choses, le Bardo
Thtôdol contient une philosophie humainement
compréhensible et parle à l’homme, non
à des dieux ou à des primitifs ».
Le Bardo Thôdol est l’un des livres sacrés du
bouddhisme tantrique propre au Tibet. Que dit, en essence, le Bardo
Thôdol ?
1- Que nous sommes des esprits (appelez-le comme vous voudrez en
fonction de votre folklore personnel âme, entité,
être spirituel, dieu, ange, etc.) ayant une existence non
matérielle. Le Bardo Thôdol dit une existence de
lumière.
2- Que la loi universelle du « Karma »
nous pousse à nous incarner, c’est-à-dire
à entrer dans le monde de la matière par
l’intermédiaire de l’attachement de notre esprit
à un corps physique.
3- Que ce monde matériel dans lequel nous avons
plongé est en fait une illusion, et que tout notre
problème, en tant qu’esprit, est de prendre conscience de
cette illusion, pour nous en détacher, pour la
dépasser, pour en diminuer la fascination et accepter de
vivre dans la lumière, c’est-à-dire en tant que
pur esprit, de devenir donc un illuminé.
4- Que l’attraction qui nous pousse vers la lumière n’est
qu’une traduction de notre manque d’élévation
spirituelle et donc une conséquence directe de notre
évolution personnelle, résultante de nos actes –
je dirais plutôt notre comportement -passés. La
roue du « karma »,
ou sous une forme plus directe, le « cycle
des réincarnations » ce n’est
pas autre chose que cela.
Ce n’est pas une punition, ce n’est pas l’acte justicier d’un dieu
vengeur ou mécontent, car c’est nous-mêmes qui
effectuons la propre pesée de notre âme au moment
du « passage – que le Bardo
Thôdol appelle l’état intermédiaire
».
5- Qu’il nous est malgré tout possible, au moment de la
mort, de rompre le cycle, d’échapper à
l’attraction du karma qui va nous pousser vers une nouvelle
incarnation, donc vers de nouvelles épreuves, de nouveaux
pièges et de nouvelles souffrances, car nous allons
à cet instant précis avoir la chance de nous
trouver face à la lumière, et qu’il nous suffit
alors d’ accepter de nous fondre en elle.
6- Mais que le choc du passage à « 1’état
intermédiaire » ainsi que
notre impréparation à le vivre (si je puis dire),
est d’autant plus grande que nous nous sommes plus enfoncés
dans la matérialité au cours de notre existence
terrestre, nous mettant dans l’incapacité d’accepter cette
chance de reconnaître la lumière comme notre
état véritable et de nous laisser aller
à nous fusionner en elle.
7- Qu’il est donc nécessaire de préparer le
mourant, puis de l’encourager dans les quelques jours qui suivent son
trépas, en décryptant en quelque sorte pour lui
ce qu’il perçoit et en lui rappelant inlassablement ce qu’il
doit faire ; naturellement, le message passera d’autant mieux que le
mourant ou le mort s’y sera plus préparé au cours
de sa vie.
Ce court résumé est naturellement
extrêmement schématique, mais il donne, je crois,
l’essentiel de la philosophie et de la mystique du Bardo
Thôdol. Cette approche de la mort est connue et
véhiculée depuis des lustres dans la
pensée orientale et se manifeste dans tous les actes de la
vie comme les deux faces d’un même tout que l’on nomme
également le Ying et le Yang. Pourtant d’aucuns pourraient
penser qu’il s’agit là d’un folklore orientaliste
désuet. Alors nous sommes allés en
quête de faits plus tangibles, plus proches de notre
pensée occidentalisée.
Aux USA depuis 1960, plusieurs scientifiques, psychiatres, cardiologues
et médecins, plus audacieux que les autres, ont
découvert et commencé à explorer, ce
que l’un d’eux a appelé les NDE (Near Death Experiences).
Comment peut-on explorer la mort ? C’est simple : en
écoutant ce que racontent ceux qui l’ont vécue
(si je puis dire…), les « expériencers ».
Avec le sens de l’organisation qui les caractérise, les
américains ont aussitôt mis en place tout un
réseau d’exploration systématique, et ce sont des
millions de cas qui se sont accumulés dans les dossiers. Les
extrapolations statistiques indiquent qu’il devrait y avoir aux USA 2
ou 3 millions « d’experiencers ».
Mais dans ce cas, vous demandez-vous certainement ; comment se fait-il
qu’on ne s’en soit pas aperçu plus tôt et surtout
que l’on en parle pas ? C’est simple. D’une part, la mort est pour nous
un sujet absolument tabou, une expérience ultime et
dramatique, qui ne peut être vécue que dans un
état de souffrance psychique extrême. Pas question
donc de parler avec les mourants de leur mort prochaine, ce serait du
sadisme. Pas question non plus de croire celui qui vient
d’échapper à la mort de justesse quand il se
réveille en hurlant contre ceux qui viennent de l’arracher
à l’extase où il s’est trouvé
plongé au moment de sa mort clinique mais provisoire. On lui
propose aussitôt calmants et petite cure de psychologie
thérapeutique. Donc, personne ne parle, et les experiencers
encore moins que les autres, de peur de passer pour fous.
Qu’en ressort-il ? De la diversité émerge un
schéma bien précis et constant, en cinq
stades :
– d’abord, l’experiencer se sent sortir de son corps, flotter librement
alors qu’un grand calme l’envahit et qu’il prend conscience
d’être mort,
– ensuite, il voit son corps de l’extérieur,
généralement de deux à trois
mètres de haut, ainsi que ce qui l’entoure. Il entend ce qui
se dit, et même parfois, entend ce qui se passe,
– puis il est aspiré par une profonde obscurité,
une sorte de tunnel dans lequel il s’enfonce à une grande
vitesse,
– alors, quatrième stade, il se trouve en face d’une
lumière aveuglante, mais non blessante, et qu’il
reçoit comme pleine d’un amour intense,
– enfin, cinquième et dernier stade, il
pénètre dans cette lumière,
expérience ineffable et inracontable avec des mots l’extase
pure et l’amour total.
Au passage, certains rencontrent sans les voir, mais en les
reconnaissant, des parents ou des amis
décédés. D’autres revivent en quelques
instants et presque globalement, mais avec une netteté
incroyable, tous les épisodes de leur vie et ils en dressent
en quelque sorte un bilan lucide mais sans passion. Et beaucoup ont
l’impression de se retrouver dans un état familier, avec un
sentiment curieux de « déjà
vécu ».
Naturellement, tous les experiencers ne vont pas jusqu’au
cinquième stade. Beaucoup s’arrêtent au
deuxième, voire au premier. Mais tous ont perdu la peur de
la mort, bien qu’y pensant sans arrêt ils ont compris comment
« s’abandonner à la mort ».
Bien plus, ils y puisent une joie de vivre intense. Et ceux qui sont
allés jusqu’au cinquième stade en reviennent avec
un comportement fondamentalement modifié, leurs
« valeursne sont
plus les mêmes ». Beaucoup des
choses auxquelles nous attachons du prix, l’argent, la possession, le
pouvoir, la violence, leur paraissent futiles ou
profondément négatives. Ils ont
été pénétrés par
l’amour absolu, transcendant, et ils en reviennent illuminés
de l’intérieur.
J’ai dit que tous les experiencers vivent la chose de façon
positive. En fait, c’est faux. Pour quelques uns cela a
été un cauchemar, qui leur a laissé un
souvenir horrible. Pourquoi ? Parce que ceux-là ont
refusé de se laisser aller. Ils ont refusé de
mourir, ils ont voulu contrôler leur destin jusqu’au bout. Il
y a aussi ceux qui ont eu peur, et qui se sont crispés dans
cette peur, suscitant par là-même des visions
effrayantes. Et justement, à l’inverse, les experiencers ne
sont pas seuls à avoir vécu
le « passage »
il y a aussi tous ceux qui, simplement, ont cru mourir. Comme les
agonisants, ils ont lâché prise
« ils se sont abandonnés »,
et ils sont passés de l’autre côté du
miroir. Et il y a enfin, mais bien plus rares, ceux qui ont fait
l’expérience comme ça, spontanément et
parfois de façon inattendue.
Parmi ces derniers, figure Elisabeth KUBLERROSS, affectueusement
appelée EKR par ceux qui la connaissent. Celle par qui tout
a commencé, en fait. Celle qui a consacré sa vie
aux mourants, et qui a réussi à briser une
jeunesse mouvementée dans l’Europe
dévastée et sanglante de la guerre et de
l’après guerre, EKR s’est retrouvée
médecin psychiatre en milieu hospitalier aux Etats-Unis.
Mais un médecin peu ordinaire, faisant plus appel
à son cour
et ses intuitions qu’aux dogmes et méthodes orthodoxes de la
Faculté, obtenant des résultats extraordinaires
et donc suspects aux yeux de ses collègues. C’est alors
qu’elle se retrouve confrontée, à l’occasion d’un
cours à des étudiants, au problème de
la mort, et qu’elle découvre avec stupéfaction
que la médecine ne connaît rien de la mort ni sur
le plan physique ni sur le plan psychique, et n’a pas même
une définition précise de la mort clinique !
Elle a alors une idée géniale : faire son cours
en interviewant devant les étudiants une jeune fille
condamnée par la maladie, et qui le sait –
première expérience qui deviendra un
véritable séminaire pour les étudiants
en médecine, mais aussi des infirmières, de
futurs prêtres, des psychiatres, et finalement,
après son rejet de l’université que ses
méthodes scandalisent, pour tous ceux que le
problème de la mort travaille pour une raison ou une autre.
Mais ce qui intéresse véritablement EKIR, ce
n’est pas le problème de la mort, c’est celui des mourants,
et de ceux qui, pas encore agonisants, savent qu’ils vont mourir. Et
elle constate que devant l’inéluctable
échéance qui leur est annoncée, tous
passent par 5 phases : d’abord, le refus, la négation, le
mensonge à soi-même (« ce
n’est pas vrai, on me raconte des histoires »)
; puis la colère, l’indignation
(« pourquoi moi ? Qu’est-ce que
j’ai fait au Bon Dieu T ») ; ensuite le
marchandage, la négociation avec celui qui émet
le verdict (« on peut peut-être
quand même faire quelque chose »)
; alors surviennent l’abattement, le désespoir, la
dépression ; et puis soudain, incroyablement, le calme, la
sérénité née de
l’acceptation.
Mais tous n’atteignent pas cette dernière phase, certains
restent bloqués à la troisième, ou
à la quatrième, et EKR découvre que
ceux-là ont un problème à
régler, un « unachieved business »
qui les empêche d’accepter l’échéance,
qui parfois leur permet de survivre bien au-delà de ce que
leur état leur permettrait physiologiquement parlant. On
retrouve ainsi en quelque sorte « ante
mortem » le même
phénomène « post
mortem », et l’un n’est certainement pas
sans relation avec l’autre. C’est, à nouveau, la
nécessité de ce que les bouddhistes appellent le
lâcher-prise. Ce lâcher-prise, EKR l’a
rencontré, au cours de ses
pérégrinations de jeunesse, chez trois femmes
confrontées à la mort. A travers elles, elle a
découvert : la Joie, l’Espoir, et la Compassion.
Joie, Espoir, Compassion : cela ne vous rappelle-t-il rien ? Est-ce que
ces trois mots ne sont pas les mêmes que trois autres si
abstraits que nous n’y avons vu que des vertus idéales et
inaccessibles, mais tellement plus humains, tellement plus proches de
nous, tellement plus beaux ? – je veux parler de la Foi, de la
Charité et de l’Espérance. A l’issue de cette
longue présentation que je livre à votre
réflexion je puis toutefois vous dire les convictions
auxquelles ces lectures m’ont amené.
Certes, la réincarnation reste une hypothèse non
démontrée, mais le sentiment décrit
par certains experiencers d’avoir retrouvé durant leur
expérience un état étrangement
familier donne une forte présomption qu’il existe non
seulement une vie après la mort, mais aussi une vie avant la
naissance. Et de ce point de vue, je pense que nous devrions nous
habituer à penser la naissance et la mort non comme un
début et comme une fin, mais comme des « passages »
d’un état à un autre. Ensuite, nous n’avons pas
encore ancré au plus profond de nous-mêmes le
sentiment du transcendant, la conviction intime de la
réalité d’autres plans d’existence que celui de
la matière.
Peu à peu, les anciens « secrets »
initiatiques se dévoilent, le « profane
» peut accéder, pour peu qu’il
fréquente les bibliothèque, les librairies, ou
tous les moyens multimédias à des masses de
connaissances qu’il y a encore peu il n’aurait pu obtenir qu’en entrant
dans des cercles étroitement fermés et en y
gravissant lentement les degrés successifs de la pyramide.
Or cette désoccultation, elle est aussi et surtout
désormais la conséquence de
l’évolution de la connaissance scientifique, qui nous met en
contact, de toutes parts, avec quelque chose qui la dépasse
de très loin, et qui ressemble fort à la Science
de nos lointains prédécesseurs, que nous
appelons- la Tradition -N’est-ce pas précisément
ce qui nous était prédit pour
l’avènement de l’ère du Verseau ?
J’ai dit
H J