#406012

Vincere aut Mori

Auteur:

J∴ L∴ M∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

Lors de ma cérémonie de réception au premier ordre, on me fit vivre la suite de l’histoire dont le troisième grade présentait une sorte d’épilogue fondateur : l’assassinat d’Hiram. Avant de faire le présent travail, je me suis interrogé sur l’enseignement principal de ce premier ordre pour ma propre existence.

En tant que Maître Elu Secret, l’on m’a ceint d’un baudrier noir sur lequel sont inscrites les trois lettres « V A M » qui résument la maxime latine « VINCERE AUT MORI » que l’on peut traduire par « Vaincre ou mourir ». C’est donc ce sujet que je souhaite approfondir avec vous pour y retrouver la cohérence du message maçonnique et son influence dans mon accomplissement personnel.

Cette phrase offre une alternative : vaincre ou mourir. Vaincre quoi ? Et qu’est-ce qui doit mourir ? Depuis mon initiation, je sais que nous venons en Loge pour « vaincre nos passions ». Les passions sont de tous ordres telles : l’envie, la cupidité, l’orgueil, l’accumulation matérielle, le désir de posséder l’autre, la colère, et bien d’autres… En résumé, tout ce qui devient pour nous obsessionnel. Nos passions qui nous apportent parfois le sentiment d’exister avec intensité, nous aveuglent et sont en fait source de  souffrances. Les passions sont des émotions que nous ne contrôlons pas, elles nous submergent. Une passion demande chaque jour son tribut, comme une drogue elle ne nous lâche jamais. Son absence même fugitive nous met en état de manque et nous fait croire que sans elle nous sommes vides. Elle nous donne l’illusion que c’est notre raison de vivre. Eprouver une grande émotion, de temps en temps, donne du relief à notre vie. Un peu comme un verre d’alcool qui nous donne une douce chaleur intérieure et nous euphorise. Mais cela se gâte quand la consommation devient régulière et toujours grandissante et dont on ne peut plus se passer avec son cortège de troubles. Ce qui était au début un moment de félicité devient ensuite un esclavage.

Peut-on raisonnablement penser continuer sa vie jusqu’à son terme avec de tels boulets aux pieds ? Un maçon est un homme libre et de bonnes mœurs. Bien sûr, il n’est pas sous la dépendance d’autrui mais cela ne doit pas s’arrêter pas là. Il se doit également d’être libre de penchants qui pourraient nuire aussi bien à lui-même qu’à autrui, a fortiori à ses frères.

Hiram a été assassiné par trois compagnons qui n’avaient pas compris ou accepté qu’il leur faille mériter par leur travail afin d’obtenir le titre et la paie des maîtres. Ils ont menacé Maître Hiram, celui-ci par intégrité ne leur a pas cédé, ils l’ont frappé par trois fois jusqu’à lui donner la mort. Un crime inutile, car ils n’ont pas obtenu ce qu’ils convoitaient, de plus, ils sont devenus des parias aux yeux de Salomon et de leurs pairs.

Le Rituel au 3ème grade, les trois compagnons personnifient les trois passions : l’orgueil, l’envie et l’avarice. Pourquoi ces trois passions alors qu’il y en a tant d’autres ? Peut-être que ce sont les plus dangereuses pour une communauté humaine. Ces trois passions ne sont en définitive que des recherches de pouvoir sur autrui.

Je ressens le message du Rituel :

à propos de l’orgueil : quand je me considère si supérieur à mon frère, rien ne dit qu’un jour que, par excès, je ne le réduise pas à néant.

à propos de l’envie : si je jalouse mon frère cela prouve que je ne suis pas capable d’apprécier ce que je suis et ce que j’ai la chance d’avoir.

à propos de l’avarice : quand je suis cupide ou avare jusqu’où irais-je pour acquérir ou garder ce que je possède ? En privilégiant la possession matérielle sans limite, je m’installe dans la pauvreté spirituelle.

Devant le Conseil Le T S, à l’instar de Salomon, m’a demandé d’« amener » « Abibala et ses complices »afin qu’ils subissent leur juste châtiment. Moi Joaben, je suis devenu l’instrument de la vengeance de la mort de notre Maître.

Je m’apprête donc à débusquer les coupables, autrement dit mes passions. Puisque « Le crime ne peut être impuni » nous dit le Rituel, me voici investi d’une mission tout aussi amère que le calice d’amertume de mon initiation.

Dans le Rituel : « deux coupables poursuivis par deux hommes, près d’être atteints, se précipitent dans une fondrière ».Il me faut d’abord admettre que j’ai des travers et qu’il me faut les poursuive inlassablement de ma pleine conscience. Quant à Abibala, l’ainé des meurtriers, « l’assassin du Père » il représente ma passion la plus impérieuse. Le Rituel nous dit que cette passion est non fructueuse car on la trouve dans la caverne de Bénacar qui veut dire lieu stérile. On peut la débusquer suite à un fort travail d’introspection symbolisé par la descente neuf marches « scabreuses » dans la caverne c’est-à-dire en soi-même.

On nous dit qu’il fut « saisi d’effroi à notre vue s’est sacrifié lui-même en se plongeant son poignard dans le cœur ».

Cette mission une fois décidée se réalise d’elle-même sans qu’il me soit nécessaire de porter le moindre coup. Que faut-il en penser si les mauvais compagnons sont nos passions les plus nocives ? Comment les faire disparaître ou mieux, faire en sorte qu’elles s’autodétruisent ? Suffit-il donc de simplement regarder sincèrement le fond de son âme pour que ces passions s’annihilent d’elles-mêmes ?

Les marches de l’escalier sont des étapes comme autant de replis jusqu’à notre cœur pour tuer en nous le mal. Pour cela, il faut accepter notre nature réelle et voir réellement des choses qui déplaisent à notre ego.

Comme vu précédemment, mes passions m’habitent et dirigent trop souvent ma vie, elles me font faire encore des actes que je regrette ensuite. Il est raisonnable de dire qu’elles sont les manifestations de mon ego qui craint de ne pas exister à ses yeux et aux yeux des autres. Guérir de telles addictions ne se fait pas sans efforts continus et douloureux. C’est pour cela qu’il faut d’abord que j’en prenne conscience et  que j’ai le désir de vivre autrement. Le travail en Loge m’y aide. Car en Loge, espace sacré, nous ne sommes pas dans le monde profane où les egos s’affrontent. Nous sommes ensemble, égaux entre nous, attentifs à bien réaliser une tenue dans la bienveillance et sans compétition. Cela m’a appris autre chose : que j’ai besoin de la présence de chacun de mes frères et que l’amour est le contraire de l’orgueil, de l’envie et de l’avarice. La contemplation des symboles et l’attachement à mes frères me fait toucher du cœur l’harmonie qui doit dorénavant régner en nous en toute circonstances, dans certains cas particulièrement heureux nous pouvons réaliser l’Egrégore.

Le chemin est long car les passions peuvent être tapies en moi comme des chiens obéissants pour peu que je les maitrise fermement. Je dis tapies en moi car elles ne sont pas encore disparues. Mais j’aurais encore des tenues au cours desquelles je pourrai me rafraichir et me purifier et ainsi « calmer mes sens » comme Joaben à la source que Dieu nous offre à la sortie de la caverne. C’est pour cela, que la prise de recul sur ce qui m’anime, me permet par la pleine conscience de ne pas mourir à moi-même.

On en vient à la deuxième partie de la phrase : « ou mourir ». Mourir est inéluctable d’un point de vue physique et c’est notre destin à chacun. Pour l’initiation maçonnique, la mort est le passage de l’état de profane à celui d’initié. Tout cela est reconfirmé par l’élévation qui nous fait revivre le meurtre d’Hiram. Une mort et une résurrection symboliques. La mort est le passage d’un état à un autre, une transformation.

Notre rituel nous prépare au passage dans l’Orient Eternel, et c’est pourquoi nos passions sont autant de dérivatifs ou divertissements pour ne pas voir l’Inéluctable. Paradoxalement, à chaque fois, qu’on cède à ses passions destructrices on meure un peu à son être intime. On s’éloigne de soi en ne s’appartenant plus.

Les assassins préfèrent se donner la mort pour échapper à la punition ou à leur mauvaise conscience. C’est une information importante, car la « PEUR » domine tout dans cette histoire. Les mauvais compagnons avaient peur d’être insuffisamment considérés car n’étant pas maîtres avec la rémunération qui les aurait enrichis. Après avoir menacé Hiram, ils ont pris conscience de leur impuissance à obtenir l’information et de colère l’ont tué. Ensuite, pour qu’on ne découvre pas leur forfait, ils l’ont enseveli à la va-vite marquant l’endroit avec un rameau d’acacia pour revenir plus tard cacher la sépulture. Puis, dans l’affolement, ils ont pris la fuite signant ainsi par leur absence leur crime. Ils sont restés cachés « neuf semaines » dans l’angoisse d’être pris songeant certainement au nombre d’erreurs commises et à l’issue de plus en plus dramatique pour eux. Ce temps de prise de conscience a fait son office avec son cortège d’effroi, de regrets et de remords. Quand les premiers vengeurs sont apparus la peur les avait à nouveau précédés. Le désespoir, qui est la passion ultime, les a envahis au point de préférer la mort au châtiment qu’ils imaginaient.

En fait, je persuadé que c’est la peur qui est la mère des passions funestes. La peur de ne pas exister, la peur de manquer, la peur de vivre et surtout la peur de mourir. Mais la mort c’est demain. Un demain, qui peut être dans une heure ou dans des dizaines d’années. Pourquoi me focalise-je sur cet avenir, sans savoir apprécier le moment présent. Je suis souvent passé à côté de ma vie en ressassant le passé ou attendant quelque chose de l’avenir. C’est pourquoi, lors du travail en Loge ou en Conseil, en me concentrant sur le respect du cérémonial rituelique et étant conscient de notre harmonie, tout cela me permet de me situer au moment présent, d’être présent. A ce moment seulement, je suis dans le réel sans passion, donc vivant.

En conclusion, les passions ne résistent pas à leur reconnaissance par nous-mêmes et à un travail opiniâtre et courageux. Notre être véritable se manifeste quand on est conscient du moment présent. Nos passions nous endorment car elles ressassent des éléments du passé et nous projettent dans un avenir dont espérons le meilleur en niant l’instant présent et la contemplation de ce que nous sommes. Nos passions sont des projections mentales illusoires qui ne sont pas nous. Elles nous détournent de notre être authentique et le tue à petit feu. Au point, que l’on n’est pas sûr de se connaître vraiment car souvent occupés à paraitre pour complaire à autrui. Alors oui, il faut VAINCRE ces faux-semblants ou se résoudre à MOURIR à soi-même.

Nous sommes nés dans la nudité et nous repartirons vers le GADLU sans rien emporter qui ne soit spirituel.

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