#406012

Le Sceptre et le Poignard au 9éme degré

Auteur:

Non communiqué

Obédience:
Non communiqué
Loge:
:  NC



0 Préambule :



Le sujet qui m’a été proposé m’a passionné.


Il m’a passionné car, comme vous le verrez plus loin, je me retrouve en Johaben.


Par ailleurs, j’ai beaucoup lu avant de rédiger et, plutôt que de paraphraser les phrases que j’ai apprécié, j’ai cité à chaque fois leur auteur.


Derrière ces deux symboles, on va trouver 2 personnages des mythes de notre FM On connait Salomon depuis le 3 ième degré et on ne l’a jamais quitté depuis.



Selon Claude Guerillot, le vengeur d’Hiram s’est nommé Joaben, cela proviendrait de « Yéhohaben » qui se traduirait par fils de Dieu, dont Olivier Pracktor dira que c’est par élection et obéissance et non filiation, et notre rituel a plutôt retenu ce dernier sens, en ajoutant un h dans le nom.


Je pensais que Johaben n’était arrivé que dans les grades de perfection, à savoir à partir du 6 ième et à haute dose puisque 5 fois cité dans des grades ultérieurs. En fait, à ma surprise, Pracktor dans son merveilleux plaidoyer pour Johaben prétend qu’il faisait partie des 15 Compagnons à l’ambition déraisonnable dont 3 passèrent à l’action sur Hiram. Même si nous n’en avons pas la confirmation dans notre rituel, c’est une hypothèse plus que probable, vu le dynamisme de Johaben.



1 Introduction :


Ce thème met en confrontation deux symboles importants.


Comme chacun sait, le sceptre est un bâton ornemental tenu par le monarque et symbole du pouvoir civil des royautés et empires dans les temps passés.



Mais, bizarrement jusqu’au 12 ième, on ne le trouve que dans le rituel du 9 ième par l’intermédiaire du Très Souverain Maitre pour donner encore plus de puissance à Salomon dans les actions qu’il va devoir mener.



Le poignard, lui, est une arme de combat, de pénétration; plutôt de type vengeance au corps à corps, que d’attaque proprement dit. Il peut symboliser une intuition fulgurante incontrôlée. C’est l’arme qui est donnée aux Elus lors de leur élévation.


Ces 2 symboles sont au 9 ième degré tenus par 2 personnages des mythes emblématiques :


Le sceptre est celui de Salomon qui nous apparait au fil des degrés comme un gouvernant très sage, qualité qu’il aurait demandé à Dieu lors de la mort de son père. Il observe, juge et gratifie. Salomon ne manque jamais de féliciter et de récompenser ce qu’il pense bien. Selon Fontaine, il est un des modèles de référence du Franc-maçon de la Loge de perfection



Quant à Johaben, il est l’un des personnages entourant Salomon, mais contrairement à la plupart des autres, il n’est pas dans le moule des serviteurs obéissants. Il a déjà montré une curiosité exagérée en écoutant à la porte le débat entre Hiram de Tyr et Salomon. Il a eu la chance d‘avoir la miséricorde d’Hiram de Tyr puis de Salomon et il a même été désigné, en tant qu’un des favoris, Intendant des bâtiments, immédiatement après; cet événement montrant son dynamisme. Ici, au 9 ième, il va encore aller au-delà de la tâche qui lui était impartie, pensant bien faire.



2 Histoire du mythe :


Dans ma précédente colonne, j’avais traité « le GMA recherche la connaissance dans la géométrie », donc en passant dans les degrés de construction, de connaissance, positifs.



J’avais conclu que, en arrivant au 12 ième degré, le Maitre maçon finissait son parcours en structurant toute cette connaissance.


Du 9 ième au 11 ième degré, on passe dans des grades de vengeance ou d’élus selon, qui ont tendance à nous choquer par leur violence et semblent éloignés des idéaux d’amour fraternel et de quête spirituelle que nous avons rencontrés jusqu’ici. Le terme de vengeance vient du latin « vindicare » qui voulait dire réclamer en justice. La vengeance est donc la demande d’une réparation d’une offense. Cette notion vient du tréfonds de l’histoire de l’humanité et, en particulier, dans la tradition hébraïque qui appliquait la loi du talion. Pour ma part, ce n’est pas acceptable. Ces degrés s’inscrivent dans la continuité directe du 3 ième degré selon Irène Mainguy qui indique « les 3 grades d’Elus résument le parcours initiatique des 3 premiers grades d’apprenti, compagnons et Maitre ».



En fait, ce grade est parmi les plus anciens hauts-grades apparus et, dans l’élévation au 12 ième, on y consacre une partie importante puisqu’on s’y arrête longuement, ce qui confirme son importance.



3 Analyse du Mythe et de ses symboles :


On constate que les Maitres ont été nommés Elus, qui signifie « celui qui a été choisi ». Nous le sommes dès le premier degré d’ailleurs. C’est un thème central des grades de vengeance. L’Elu a une mission à réaliser, il représente la raison et il doit réaliser en lui l’Unité.


En tant que cherchant, je suis invité à affronter mon égo et à être choisi, comme Johaben l’a été, pour l’affronter.



Les Elus vont partir à la recherche du meurtrier avec les valeurs du cœur, siège de la connaissance Ces grades génèrent l’action, l’accomplissement d’une mission de haute valeur morale pour le FM que je suis. Ils sont tirés au sort. On voit arriver le hasard qui est un symbole majeur. C’est le destin, activé par ma volonté de cherchant, qui, par une certaine prédestination, fait jouer à l’homme un rôle qu’il n’a pas clairement choisi.


Pourquoi 9 ? Selon Claude Darche, dans la mythologie grecque ce nombre a valeur rituelle. Pour lui, dans son graphisme, il représente une germination vers le bas, donc matérielle.



En fait, on peut penser que l’achèvement d’une création est une fin de cycle réussie donc parfaite et qui annonce un changement à venir.


Darche nous interroge sur la signification de l’inconnu : révélateur d’un secret. Il dit » c’est l’inconnu, ou ce qui nous était étranger, qui guide les pas des 9 Elus. C’est ce qui est inconnu de nous et en nous qui doit nous guider ». Dans d’anciens rituels, on l’appelait Perignan, venant de « perigrinus » qui signifie étranger.



La caverne est le symbole de l’inconscient, c’est le centre de l’être, c’est le retour au moi primitif (comme dans le cabinet de réflexion). Celui qui est tué dans la caverne, c’est le vieil homme en attente du nouvel homme. La caverne est un lieu de passage inévitable et initiatique pour tout être désireux de chercher la vérité. Elle représente notre séjour terrestre, on en sort par une montée.


Selon Darche, le poignard est bi métallique symbolisant la dualité. Sa lame est d’argent et son manche en or figurant des valeurs mâle et femelle, lune et soleil, passif et actif. Il considère que la pénétration réalisée par le poignard est un acte primordial à la fois de la terre-mère qu’est la caverne et dans la tête et le cœur du meurtrier.



Quant au meurtrier, Guerillot l’écrit sans h et voit provenir le nom de l’hébreu « avi-rimmah » qui se traduirait par « mon père est une pourriture »


En fait, Abhiram, avec un h, est l’anagramme de Hiram Abi qui signifie « qui rejette le père » et il correspond au reflet inversé du Maitre disparu.


Venons-en maintenant au sceptre de Salomon.



Celui-ci nous impressionne par ses nombreuses qualités : l’aisance, la connaissance, la sagesse et la foi.


Comme il le démontre dans tous les degrés, celui-ci est la référence de la justice et de l’équité mais on constate qu’il est capable de pardonner, et ce, sans attendre que l’autre regrette, ce qui est bien un signe de confiance et d’amour de l’autre. Pour pardonner, il exigera une qualité de rectification, une valeur de perfectionnement et de progression. Cela montre bien que c’est avec un cœur purifié de haine qu’il faut exercer la justice. Il sait allier rigueur et miséricorde. Il sait aussi que tout accusé a droit à une défense équitable et il écoutera les Frères de Johaben.


Paul Claudel dira « A tous les surhommes, il faut préférer ce spectacle rare entre nous : un homme juste et juste un homme ».


Quant à Johaben, il y a beaucoup à dire, car il est coupable de 3 fautes graves au 3 ième, 6 ième et 9 ième degré.


Nous ne nous étendrons pas sur sa participation éventuelle au groupe d’ambitieux de la Maitrise, car il était un mauvais compagnon qui s’est amendé par la suite.



On peut penser que Johaben a été déstabilisé par sa nomination dans les Elus. Il doit affronter sa capacité à supporter la violence, même légitime. Il est très excité par le rôle qu’on lui confie, il accepte la mission, se désigne lui-même, se veut justicier avec son exigence morale alors qu’il n’a pas le contrôle de ses pulsions.


Cette phase va l’amener à s’investir, à ne plus subir et ainsi à se responsabiliser. Il considère que son intention est pure en mémoire du Maitre disparu.


Il pense que le monde appartient à ceux qui osent et il confondra des signes de justice avec la Justice.



Mais il commet un excès de zèle par instinct, ce qui n’est, en principe, permis qu’aux sages, et sa passion dépasse l’équité. Il va interpréter la vengeance, non comme une réparation, mais comme une punition. Daniel Groh dira que, ayant perpétré ce geste immoral, Johaben va rester avec une douleur et une peine inextinguible, ce qui implique que le vengeur et la victime ne font plus qu’un.


Pourquoi Johaben ne s’est-il pas servi de son poignard, mais de celui du meurtrier d’Hiram ?


Selon Mainguy, c’est pour effectuer un retournement de l’arme contre son détenteur initial.


De plus, ce n’est pas un hasard si il lui tranche la gorge, c’est en référence au signe d’apprenti et à sa signification.

4 Conclusion :


Je me retrouve dans Johaben car, comme lui, j’ai toujours été hyper actif. Cela m’a amené quelques déboires, comme Johaben.


Heureusement, j’ai trouvé la maçonnerie qui m’a appris à modérer mes élans et à pardonner, mais c’est un combat de tous les jours. Je suis toujours entouré des mauvais compagnons. Il faut les maitriser et les faire travailler en cohérence avec le reste de moi-même, reconnaitre en eux ce qui me permet de me perfectionner.



Ce que m’a appris plus précisément le 9 ième degré, quelques maximes que je tire de ce rituel :


Il ne faut jamais placer la passion personnelle au-dessus de l’équité


Il ne faut jamais être inspiré par un fanatisme aveugle et un stupide orgueil


Un crime ne demeure jamais impuni



Il est toujours hasardeux d’outrepasser sa mission : la vengeance individuelle n’est pas la justice


Un pardon peut être obtenu grâce à l’indulgence


Il est opportun d’avoir de bons amis qui intercèdent en notre faveur.


Le danger guette celui qui entreprend seul son travail de purification intérieure et l’assistance des autres est indispensable.


Enfin je pense avoir travaillé, analysé moi-même et avec mes Frères, et en particulier le 1er Inspecteur, les nombreux aspects des grades arrivant au 12 ième. Je suis fier d’avoir été élu mais cela resterait virtuel si je ne l’intégrais pas complètement dans mon vécu, c’est ce que j’essaie de faire.



GMA, J’ai dit


B K


BIBLIOGRAPHIE :


Paul NAUDON : histoire, rituels et tuileur des hauts gardes maçonniques, 1984


Irène MAINGUY : Symbolique des grades de perfection et des ordres de sagesse, 2013


Claude GUERILLOT : La Rose maçonnique, tome 1, 2010


Claude DARCHE : Vade-mecum des Hauts gardes, 2015


Ordo ab chaos 46 supp. Au 12 ième, 2002:


Jean ERCEAU : introduction


Pierre DARRORT : Johaben à l’épreuve de la Caverne de Joppé


Jihad Bou SAMRA : Stolkin face à la justice de Salomon


Pierre DARRORT : l’éveil de Johaben : de la Caverne de Joppé à la Carrière de Ben Dekker


Ordo ab Chaos 48 supp. Au 12 ième, 2003 :


Claude VIGUIER : de L’élection et des grades d’Elus. Une approche du concept d’Elu dans les douze premiers degrés


Ordo ab chaos 70 supp. Au 12 ième, 2016


Philippe DESGOUTTES : Prédestination et Election du neuvième au onzième degré


Ordo ab chaos 76 supp. Au 12 ième, 2018 :


Daniel GROH : vengeance et sacrifice aux neuvième et dixième degrés


Olivier PRACKTOR : Plaidoyer pour Johaben


Jacques FONTAINE : L’essor du maitre secret au Grand Elu de la voute sacrée, 2011

Accès réservé aux abonnés

Cet article fait partie de l’espace privé de L’Édifice.
Abonnez-vous pour accéder immédiatement à la plus grande bibliothèque maçonnique sur internet

  • Plus de 5 000 planches véritables
  • Issues de plus de 100 obédiences
  • Du 1er au 33ème degré
Déjà abonné ? Se connecter