Devenir sage est l’idéal de tout homme
Non communiqué
Le FRANC-MACON peut-il
prétendre acquérir une sagesse semblable
à celle de Salomon ?
Profane, je pense que la Sagesse puise une partie de sa source
dans l’éducation que j’ai
pu recevoir, dans
l’expérience de ma vie, de mon vécu,
succession d’expériences, des
confrontations de mon
ego avec la société. Suis-je apte
à tirer les
leçons du passé, de mon
passé, de
l’histoire, de mon histoire, pour construire
un futur, mon
futur. Et quel futur ?
Je pense que devenir Sage peut être un idéal pour l’homme. C’est un lieu commun de dire que « plus on est vieux, plus on doit êtresage…». D’ailleurs, l’imagerie populaire voit la Sagesse incarnée par de vieux ermites, dans le désert, la montagne ou la forêt, longue barbe et cheveux blancs…et pourtant…l’histoire est remplie de vieux, monarques, tyrans ou dictateurs, qui n’étaient pas des modèles de sagesse… C’est Erasme qui renvoie dos à dos la folie du Sage à la Sagesse du Fou… On verra même des rois, pour de grandes décisions, après l’avis de leurs conseillers, consulter leur fou favori…
Mais qu’en est-il de l’Initié ?, qu’en est-il du Maçon que je voudrais être ?, qui a pour idéal le modèle du Sage Salomon ?, et pour qui, selon le bon Rabelais « Sapience n’entre pas en âme malivole… » Dans notre parcours au REAA, du 1er au 12e degré, avec des titres variés, les présidents représentent, incarnent le Roi Salomon, le rendent présent au sens physique et littéral. Salomon représente le G.A.D.L’U, le Principe, et nous sommes – tous – potentiellement – capables de tenir ce rôle, donc d’incarner la Sagesse. Notre rituel nous en donne des clés (non pas les clés). Nos travaux sont dédiés à Salomon : Son livre des Rois est la référence, ouverte à nos yeux. La clé d’Ivoire, matière vivante, nous ouvre symboliquement les voies de la Sagesse. Mais qu’est cette Sagesse ?, cette Sagesse divine, ou humaine, symbolisée par le Sceau de Salomon, et qui est la quête permanente du Franc-Maçon ?, mon idéal…
La Sagesse divine, donnée par écrit à Moïse, dans les Tables de la Loi, conservée par le peuple hébreux dans l’Arche d’Alliance, puis par Salomon dans le Saint des Saints du Temple, est la première référence. La Sagesse des hommes, salomonienne, ou d’inspiration divine. C’est un vieux mot : Sh. V. F. Y. A ou S. V. F. Y. A., qui donnera en grec ancien S. O. F. Y. A… Les Grecs anciens l’avaient représentée sous les traits d’Athéna : c’est, pensivement appuyée sur sa lance, que la déesse guerrière, née toute armée du crâne de Zeus, surgissait au regard des mortels, sous la vision des peintres et des sculpteurs. La reine des batailles tenait un rameau d’olivier, notre symbole, à la main. La Sagesse politique enseigne que la paix n’est jamais que la récompense du plus fort… La distinction traditionnelle entre un Bien et un Mal, autrefois prédéfinis de manière immuable par la divinité, deviendra de plus en plus illisible dans ses traductions ou interprétations par les prophètes ou assimilés. Je pourrais multiplier les citations montrant comment les hommes ont dénaturé l’idée même de Sagesse, qu’ils étaient censés transmettre… Il faut que nous, Maçons, ayons conscience que le combat est difficile, malgré les recommandations : « un coeur intelligent pour distinguer le Bien du Mal » ; on sait combien sont trop nombreux, les FF qui se sont égarés…
Notre REAA nous impose le Silence pendant notre apprentissage, en loge bleue. Pour mon Initiation du 4 e degré, le Sceptre du Roi Salomon est venu clore mes lèvres, pour m’inciter au Secret, appliquant ainsi les préceptes de l’Ecclésiaste (20, 7) : « Le Sage sait se taire jusqu’au bon moment, mais le bavard et l’insensé manquent l’occasion » ou encore, Ecc. (20, 8) : « Celui qui parle trop se fait détester, et celui qui prétend s’imposer suscite la haine ». La maçonnerie salomonienne me donne des clés, des repères, des outils, pour m’aider : le pilier Sagesse, est celui du VM qui incarne Salomon. Le VM siège sur son trône, à l’Orient, d’où vient la Lumière, · il est la Sagesse et incarne Salomon pour diriger les travaux : sous des apparences théâtrales ou d’un jeu de rôles : c’est une énorme responsabilité devant ses FF et sa conscience !!! Et chacun d’entre nous se doit – non pas de « jouer » ce rôle, mais de la « vivre », intellectuellement, affectivement. Dans notre parcours, nous incarnons, nous assimilons, les qualités et les défauts d’un certain nombre de personnages d’inspiration biblique et, constamment, nous devons « chercher l’Esprit derrière le symbole » sans prendre les mots pour des idées…, avancer dans la construction de notre Temple intérieur. Si vous le permettez, j’utiliserai la 1ère personne du singulier… Lors de mon élévation à la Maîtrise, j’ai été passif : j’ai été Hiram, lui-même assassiné par les trois mauvais compagnons…
A travers les motivations de mes meurtriers, j’ai pris conscience que je pouvais être moi même, un Abiram, un meurtrier, si je ne me battais pas contre moi-même, contre mes pulsions, qui peuvent très facilement dégénérer, sans vigilance, sans remise en cause permanente, en ambition, en fanatisme ou, par facilité ou paresse, en ignorance. Passer du 3e au 4e degré, m’a poussé à entrer en silence à l’intérieur de moi-même, dans cet espace mystérieux inquiétant ou inconnu mais en même temps sacré, puisqu’il est mon Temple intérieur, mon espace spirituel, divin ? qui restera mal exploité si je ne sais le trouver !! Que de sages recommandations !…« Ce qu’on vous demande, c’est d’aimer la justice, de la vénérer, de marcher dans ses voies, de la servir de tout votre coeur, de toute votre âme… » « Accomplissement du Devoir, en tant que tel, parce qu’il est le Devoir, avec la satisfaction de ma conscience…et porté jusqu’au sacrifice, et que « il est parfois plus difficile de faire son dessin que de le connaître… » « la Vérité absolue est inaccessible à l’esprit humain : il s’en approche sans cesse mais ne l’atteint jamais. »
C’est à cette Sagesse, à cette humilité, à cet Amour de l’autre que j’aspire et que j’espère, parce que j’y crois. Et pourtant – je rapporte la légende : « Admiratif devant les faits et gestes, et surtout des paroles de Salomon, je deviens son serviteur zélé Johaben, son Secrétaire intime (« mon zèle a été pris pour curiosité »). Et là, de nouveau, poussé par mon jugement primaire et spontané (écouter aux portes avait failli me coûter très cher si Salomon n’était pas intervenu), j’en conclu que « le zèle n’est permis qu’aux Sages ». Je commets une bêtise, impardonnable. Devenu membre du Conseil de Salomon, le Roi, après l’information d’un étranger, décide de nous faire rechercher les assassins d’Hiram. J’ai prêté serment de « venger le plus horrible des assassinats qui fut jamais commis ». Comme mes collègues, piétinant d’impatience, pour rechercher ceux-ci, l’hystérie collective existe toujours.
Et Salomon décide qu’un contingent de 9 Maîtres sera suffisant pour débusquer les assassins !! … Moi, Johaben, ai la chance d’être le premier désigné parmi les 9 !! Je suis le M élu des 9. Pendant ce long cheminement, conduit par cet étranger qui nous montrait la voie, je l’ai analysée comme étant en forme d’une spirale sinistrorsum, ascendante autour d’une montagne, comme un chemin enroulé autour de l’axe du monde !! J’en conclus que je pouvais raccourcir ce chemin long et fastidieux pour arriver le premier auprès des assassins. C’est ainsi que je me retrouvais à la Caverne de Joppé. J’y trouve, endormi, le traitre Abiram, près d’une source claire ; une lampe me permit de voir un poignard abandonné à ses pieds… Fort de la confiance et de l’intimité que Salomon a envers moi, j’outrepasse ses ordres et, pour me valoriser vis-à-vis des autres, pour renforcer ma puissance !! je me transforme en justicier irréfléchi et irresponsable : je frappe Abiram, ce scélérat, à la tête, puis au coeur ; il a juste le temps en mourant de dire « Nekah » et moi, je lui crie « Nekam »… La lampe de la caverne n’avait pas chassé les ténèbres de mon esprit… Mes compagnons m’alertent du courroux que j’allais provoquer chez le Roi Salomon, mais celui-ci me donna une magnifique leçon de Sagesse en me laissant la vie et en me pardonnant une 2 e fois, cela sur les supplications et le zèle de Stolkin et des 7 autres Maîtres, qui pourtant étaient souvent en compétition avec moi, à la recherche des faveurs de notre souverain… Quelle démonstration d’humilité et de maîtrise de soi il m’infligea, en me laissant la vie !!! Maintenant, tous les meurtriers d’Hiram ont été châtiés et j’ai retrouvé la paix intérieure.
Devenu Sublime Chevalier Elu, enrichi spirituellement du corps et de la tête des assassins d’Hiram – « leur sacrifice était mon sacrifice » – je poursuis ma construction : Parti du centre du Cercle, j’aspire à la Perfection en essayant de retrouver les dessins du Temple, image du monde. Je suis devenu Emerek, Grand Maître Architecte, pour bâtir à mon tour des Tabernacles… D’Apprenti à Grand Maître Architecte, Emerek, « l’homme vrai en toutes circonstances », je suis passé de l’Equerre au Compas (du tangible aux idées), des droites aux courbes et aux cercles, du Plan à l’Espace, de la Règle à l’Etui de Mathématiques, retrouvant ainsi les chers outils dont je n’aurais pas dû me séparer…
En Loge de Perfection, j’ai approfondi la perception du personnage de Salomon et les suites du meurtre d’Hiram. En fait, j’ai réfléchi « sur le drame de l’Esprit et de l’Intelligence créatrice, aux prises avec l’ignorance, le fanatisme et l’ambition ». C’est le livre des Rois : l’Esprit de Salomon, qui éclaire nos travaux. Devenir Sage : c’est être capable de discerner la Lumière dans les Ténèbres et la Vérité cachée sous le voile de l’illusion. Devenir Juste : c’est son message ; rendre la justice, suivre son modèle. C’est là le défi, c’est là l’Ecole, pour nous, Maçons du R E A A, qui devons rechercher à la fois, cette caution, et cette protection, de la Sagesse Idéale, incarnée par Salomon, cette Sagesse, notre Maîtresse à tous. Nous pensons que seule « la démarche initiatique permet à chaque homme de se révéler à lui- même », c’est-à-dire d’accéder à un certain niveau de spiritualité, dans la lucidité et la liberté, donc d’accéder à une certaine forme de Sagesse. « Marcher dans les pas de Salomon » : c’est le sens de notre travail en Loge, de notre réflexion commune, pour nous enrichir, nous approfondir, nous fortifier. « Espérer acquérir la Sagesse de Salomon », c’est un chantier ouvert sur soi-même. Inachevé, inachevable ! Considérer avoir acquis la Sagesse n’est pas une parole de Sage !!
TFP GMA et vous tous mes FF G M A
J’ai dit.