12° #409012

122-J : Le sceptre et le poignard au neuvième degré

Auteur:

M∴ L∴ M∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

Le neuvième degré est le premier des grades dits « de vengeance » dont le thème commun est la recherche et la punition des assassins d’Hiram. A cet égard, ce cycle, du neuvième au onzième degré, rompt avec les degrés précédents sur un certain nombre de points : le temps de l’action (souvent violente) fait suite à celui de la méditation et il est question pour la première fois d’« élu ». A partir du 9ème degré la formation du maître est accomplie. Ce titre de maître ne reviendra qu’au 12ème degré.

Le personnage central du 9ème degré est Johaben qui est récurrent depuis le 6ème degré. Ce nom vient de « Jahoben » : « fils de Dieu ». Il est qualifié de « plus dévoué des favoris de Salomon ».

Alors que Salomon s’entretenait en son palais avec les maîtres, un inconnu propose de le guider jusqu’à la cachette d’un des assassins d’Hiram. Comme tous ceux qui sont présents se portent volontaires, Salomon décida que seuls neuf d’entre eux, tirés au sort, accompagneront l’inconnu.

L’un de ces élus, Johaben, décrit par le rituel de ce degré comme « brûlant d’impatience et assoiffé de vengeance », devance les autres et pénètre dans la caverne où se trouve Abiram. Celui-ci dort, un poignard à ses pieds. Oubliant les instructions de Salomon, il ne cherche pas à s’emparer d’Abiram comme le sommeil de ce dernier lui permettrait de le faire. Il s’empare du poignard et frappe l’assassin au front puis au cœur. Il le décapite ensuite avant d’étancher sa soif à la fontaine qui coule dans la caverne.

C’est la première apparition du poignard dans les grades de vengeance. Ce poignard est l’un des symboles principaux du grade. On le retrouve sur le tablier et il remplace les maillets. Il est présent aussi sur le livre de la Loi Sacrée.

La plupart des dictionnaires actuels définissent le poignard comme : « une arme formée d’un manche et d’une lame courte et pointue ». La grande majorité des couteaux pourrait être décrite comme de la sorte. Or, pour mieux en saisir le symbolisme, il convient de distinguer le poignard d’autres objets tranchants. L’encyclopédie Larousse du XIXème siècle, plus précise, définit le poignard comme : « Une arme courte formée d’un manche et d’une lame à double tranchant dont on frappe par la pointe ».

Il s’agit donc d’une arme par destination et non d’un outil à vocation utilitaire comme le couteau. L’arme matérialise la volonté dirigée vers un but. Le but des armes est de neutraliser, c’est-à-dire d’empêcher de combattre, voire de tuer. Le symbole de l’arme est ambivalent puisque c’est à la fois l’instrument de la justice et celui de l’oppression, celui de la défense mais aussi celui de la conquête.

En fonction de la catégorie à laquelle elles appartiennent, les armes ont des significations symboliques différentes. Il faut distinguer le poignard de l’épée qui est une arme de taille et d’estoc qui crée une distance avec l’adversaire, souvent associée aux hautes valeurs morales de la chevalerie. Le poignard n’est pas assimilable non plus au glaive dont la lame puissante tranche en force.

Le poignard est le prolongement du bras. Son nom ne vient pas de « pugnus » (le poing) comme on pourrait le penser, mais de « pungere » qui est un verbe d’action signifiant « piquer » et d’où découle le verbe « poindre ». Il est à remarquer que le mot « point », symbole du tout, centre du cercle, a pour racine : « punctum » qui vient aussi de « pungere ».

Selon le dictionnaire des symboles de Chevalier et Gheerbrant, le poignard fait partie, du point de vue symbolique, des attributs du chasseur au même titre que l’épieu. Selon Jung, le poignard correspond aux zones obscures du moi, à son côté négatif. En effet, le poignard n’est pas une arme pour neutraliser. Sa seule fonction est de tuer. C’est une arme de corps à corps, intime. Son double tranchant ne sert pas à trancher mais à pénétrer au plus profond. Lorsqu’on l’utilise, on voit la vie quitter le corps dans les yeux de l’animal ou de l’homme que l’on tue.

Le symbole de pénétration du poignard se retrouve dans la réponse à « Nekam », mot sacré de ce degré : « Nekah » qui signifie « a pénétré ». En ce sens, le poignard est un symbole fort, personnel, qui par la pénétration et la proximité de la victime ramène à l’introspection, la reprise de contact avec la terre-mère que fait Johaben en entrant dans la grotte. Selon Berteaux, ce symbole se retrouve aussi dans le lieu ou se déroule cette action : la caverne. Celle-ci correspond aux ténèbres de l’inconscient mais aussi à l’image de la matrice obscure où se forme la genèse du monde. Ainsi, elle permet de retrouver le centre.

Tout comme le prisme triangulaire qui supporte le fléau d’une balance est le point d’équilibre immuable autour duquel va se mouvoir celui-ci, le poignard comme instrument du sacrifice est le point d’équilibre entre le profane et le sacré.

Alors qu’au 3ème degré, le néophyte joue le rôle du sacrifié (Hiram), au 9ème degré, il prend la place du sacrificateur. Il est à noter que pour les hindous, le bourreau et la victime  sont liés dans le même Karma. Johaben, en faisant justice lui-même, transgresse les ordres de Salomon et commet une faute. Le fait de dépasser l’objet de sa mission par un zèle inapproprié fait de lui un meurtrier. Johaben est sujet au zèle puisque déjà dans la légende du 6ème degré, il avait désobéi à Salomon pour protéger ce dernier.

Le bijou du grade est un poignard avec une lame en argent et un manche en or. L’argent est habituellement associé à la lune. Il est considéré comme passif et féminin, par opposition à l’or qui lui est actif, masculin et représente souvent le métal parfait. Symboliquement c’est la main qui tient le manche qui dirige l’action, qui peut retenir le geste ou au contraire le parachever et même le renouveler. La lame, bien que ce soit elle qui tue, le fait passivement ; elle n’est guidée que par le bras qui la pousse.

Johaben frappe Abiram en premier lieu au front, siège du cerveau, de la réflexion rationnelle, puis au cœur, siège du cognitif, de l’émotion. D’un point de vue symbolique, Johaben tue Abiram sur tous les plans.
Il lui tranche ensuite la tête, ce qui parachève le meurtre. Ce geste nous ramène au signe pénal d’apprenti, horizontal et incomplet alors que les autres meurtriers d’Hiram seront punis au 10ème degré par l’ouverture verticale et la décapitation horizontale, rendant épars ce qui est rassemblé, comme l’évoque Claude Viguier. En apportant la tête d’Abiram à Salomon, Johaben ramène en fait l’acte qui l’a exécuté dans les ténèbres de l’inconscient, au niveau du conscient, dans la lumière. Cette mise en lumière va le confronter à sa propre culpabilité.

Lorsque les autres maîtres arrivent dans la caverne, ils voient Johaben et comprennent tout de suite la situation. Le rituel du 9ème degré précise : « Voyant la tête coupée du traître, ils lui reprochèrent d’avoir, par excès de zèle, commis une faute en tuant le criminel et en lui épargnant ainsi le supplice que le Roi Salomon avait décidé de lui infliger. Ils lui dirent que le Roi ne lui pardonnerait pas cette désobéissance à ses ordres et voudrait certainement l’en punir, mais qu’ils tenteraient d’intercéder en sa faveur. »

Salomon, dans la loge – appelée « Chapitre » à ce degré – est représenté par le Très Souverain Maître. Sur le plateau de celui-ci sont placés un sceptre et un poignard reposant sur un coussin rouge feu. Ils prennent la place du maillet et de l’épée flamboyante des degrés précédents.
Le sceptre peut être défini comme une sorte de bâton de commandement qui est l’un des insignes de la dignité royale, au même titre que la crosse, la houlette qui sont autant de représentations d’un même pouvoir : celui de gouverner, d’administrer mais aussi de fustiger. Il est vrai que ce sens s’est un peu perdu. L’expression « main de fer » que nous utilisons aujourd’hui se disait au XIXème siècle : « sceptre de fer ». Voltaire évoquait ainsi la concentration des pouvoirs spirituels et temporels : « L’absolu pouvoir met dans les mêmes mains le sceptre et l’encensoir ».

On retrouve le sceptre dans la plupart des civilisations (grecque, romaine, égyptienne,…) et sous différentes formes, notamment en ce qui concerne l’extrémité supérieure (boule, aigle, végétaux divers).

Le sceptre est, depuis les temps les plus anciens, synonyme de pouvoir suprême et non sans raison. En effet, le mot « sceptre » vient du latin « sceptrum » et du grec « skêptron », le bâton, mais aussi de « skêptein », appuyer, que l’on rattache à la racine sanscrite « skabh » qui signifie « affermir ». Cette définition met en exergue à la fois la force que le sceptre symbolise, mais aussi l’équilibre. En effet, à l’origine, le sceptre était assez long, souvent de la taille d’un homme, et droit. Il procurait un troisième point d’appui avec les pieds, ce qui définit un plan du point de vue géométrique, et non plus la simple ligne obtenue par les deux pieds. Sa position droite et verticale nous ramène à l’Axe du Monde et donc au pouvoir que peut détenir celui qui tient le sceptre.

Comme tous les Rois, Salomon dispose d’une autorité absolue. Ainsi que l’avaient annoncé les compagnons de Johaben, Salomon, furieux de la désobéissance de ce dernier qui était pourtant « le plus dévoué de ses favoris », ordonne à Stolkin, représenté dans le Chapitre par l’Inspecteur, de le mettre à mort. Comme ils l’avaient promis, les maîtres se jetèrent à genoux et demandèrent le pardon pour Johaben. Dans sa grande sagesse, Salomon lui pardonne son excès de zèle et le gracie.

Les deux symboles du sceptre et du poignard placés devant le très Souverain Maître représentent la synthèse des enseignements du 9ème degré :
– Le crime ne doit jamais rester impuni.
– Le zèle n’est permis qu’aux sages (ce qui est un rappel du 6ème degré).
– Le véritable pouvoir s’exerce avec sagesse.
– La fraternité est essentielle à toute vie.

J’ai dis, Très Souverain Maître.

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