La Porte Ouverte
P∴ B∴
Ordo Ab Chao
Deus Meumque Jus
Au nom et sous la juridiction du Suprême Conseil des souverains grands inspecteurs généraux
du 33ème et dernier degré du Rite Ecossais Ancien et accepté pour la France
Sublime Grand Maître, et vous tous mes Frères Grands Maîtres Architectes.
Tout notre parcours maçonnique est rythmé par des portes.
La toute première que l’on nous ouvre, sert à nous enfermer dans le cabinet de réflexion, comme mis au secret, séparé à la fois du monde auquel nous allons mourir et de celui qui s’apprête à nous recevoir.
La seconde, que nous franchissons peu de temps après, les yeux toujours bandés, est très basse et apporte une connotation dramatique à la cérémonie d’initiation. Mais il nous a fallu l’aide de l’Expert, à l’extérieur, pour convaincre le Couvreur, à l’intérieur, de nous la laisser franchir.
Et ce schéma se répètera jusqu’au 11ème degré inclus.
Mais arrêtons-nous d’abord quelques instants sur le symbolisme de la porte
La porte a une valeur symbolique forte : elle indique le passage, facile ou difficile selon les interdits qui pèsent sur son ouverture, mais elle invite également à son franchissement. Elle est le lien, ou l’opposition, entre le dedans et le dehors ; elle est l’ambiguïté liée au passage entre le connu et l’inconnu, le monde du réel et celui de l’imaginaire.
Sur le plan ésotérique, elle est le lieu de passage entre deux mondes, le monde ordinaire et celui du mystère ou du sacré. Il suffit de penser aux portes des temples, aux portails des cathédrales…
La porte est aussi un de symboles majeurs de la transcendance. Elle est alors porte étroite, porte d’accès difficile, voie de la Connaissance qui s’y manifeste comme un accès au divin.
« Mais étroite est la porte, resserré le chemin qui mènent à la vie, et il y en a peu qui les trouvent ». (Mathieu, VII, 14)
Dans la mythologie grecque, point de départ et d’arrivée, la porte est associée au gardien, rôle dévolu à Janus, le dieu aux deux visages, dieu des portes et des passages. Vigilant, avec pour attribut la baguette du portier et la clé, il en contrôle l’intérieur comme l’extérieur.
Ce qui nous ramène tout naturellement au Couvreur
Gardien de la porte de nos temples, il s’assure que la Loge est « à couvert ». On pourrait dire « au secret », à la fois en sécurité et séparée du monde :
– En sécurité : car le secret maçonnique doit être protégé des profanes, qu’il s’agisse du secret d’appartenance, du secret des rites et symboles, ou du secret des délibérations, garantie de la liberté totale d’expression et donc condition fondamentale de notre travail de perfectionnement maçonnique.
– Séparée du monde : car en laissant les métaux à la porte, les F coupent avec le monde extérieur afin de permettre l’éveil du spirituel. Il faut que la porte de l’extérieur, qui nous relie au monde profane, soit fermée et protégée pour que puissent être ouverts les travaux, c’est-à-dire que chaque F puisse ouvrir sa propre « porte intérieure » pour accéder à l’espace sacré de la Loge ainsi ouverte.
Le Couvreur, tel Janus, protège l’atelier de l’extérieur, des irruptions intempestives qui, même lorsqu’elles sont le fait de « F bien connus de l’atelier », perturbent l’égrégore. Mais il peut tout autant le protéger d’éventuels perturbations internes (mauvais compagnons ou autres ?).
Jusqu’au 11ème degré, on s’assure, à l’ouverture des travaux que « l’enceinte est à couvert », c’est-à-dire que la porte de l’atelier est close :
– soit par
l’intermédiaire d’un Couvreur,
généralement à
l’intérieur (du 1er au 4ème
degré) ou plus rarement à
l’extérieur (5ème degré),
– soit par le contrôle direct du Premier Surveillant : au
9ème degré (Stolkin) ou au 11ème
degré (Grand Inspecteur).
Au 12ème degré, changement, il n’y a plus de Couvreur : la porte de l’Archi-Loge reste constamment ouverte.
La porte ouverte
A la question « Pourquoi ? » posée par le Sublime Grand Maître, le Premier Excellent Gardien répond :
« Parce que la garantie de notre secret réside dans notre Science même.Il ne suffit pas de nous entendre pour acquérir cette science, il faut aussi comprendre. Et l’on ne peut comprendre qu’en ayant l’intelligence naturelle nécessaire, et après avoir accompli les travaux préparatoires ».
« Et si un homme pouvant comprendre, surprenait notre secret ? » demande le Sublime Grand Maître.
« C’est qu’il serait alors, en état de prendre place parmi les Grands Maîtres Architectes » lui est-il répondu.
Essayons de comprendre le sens de ces répliques
Au long de sa progression depuis le 4ème degré, le GMA a appris à surmonter les difficultés à force d’Energie, de Persévérance et de Volonté. Il a acquis des connaissances et connaît son Devoir.
Maître Parfait, il connaît le cercle et sa quadrature. Secrétaire Intime, il a reconstitué le Ternaire. Maître Elu des Neuf, il a décapité le mauvais Compagnon qui sommeillait en lui. Illustre Elu des Quinze, il a permis que justice soit rendue, que soit réinstauré l’ordre perdu.
Enfin, GMA, il maîtrise l’ensemble des ordres d’architecture, il a étudié la mathématique et sait se servir du compas. A 45 ans, à l’âge de la plénitude, il est devenu, par sa volonté, l’Architecte de son existence.
Il est l’Architecte, le « Maître retrouvé » relevé par les cinq points parfaits de la Maîtrise.
Il s’agit pour lui de construire son propre Temple en fonction de l’étendue de ses connaissances et compétences, c’est-à-dire de ce qu’il a retenu et intégré au cours de sa démarche initiatique.
Ce n’est plus un exécutant, c’est un concepteur qui va créer son temple intérieur à l’image du Grand Architecte, et qui va lui donner son âme.
Il n’a plus besoin de se protéger des autres car il sait que la porte est ouverte en lui, au plus profond de son cœur. Débarrassé de ses pulsions et de ses blocages mentaux, il en possède la clé. Il est devenu son propre Couvreur.
La clé d’ivoire, bijou du Maître Secret, ne lui est désormais plus utile : il lui est permis de passer puisque la porte est ouverte. La voie est libre.
Quiconque entré par hasard et nous écoutant, pouvait comprendre, c’est qu’il aurait l’intelligence naturelle nécessaire et qu’il aurait fait son apprentissage de nos travaux préparatoires, il aurait naturellement intégré la mathématique, c’est-à-dire la philosophie et la logique. Il aurait naturellement compris que le compas, qui sert à tracer le cercle, permet à l’esprit humain de construire ses systèmes. Et s’il avait la capacité et la volonté de « bien voir, bien comprendre et bien agir », il pourrait travailler sur la planche à tracer.
Ainsi, si par la qualité de son travail intérieur, il avait pris conscience de lui-même, quel mal y aurait-il à le laisser siéger parmi les GMA ?
Il aurait acquis notre Science, et la Providence aurait conduit ses pas là où il devait aller, car il serait arrivé au même niveau d’entendement.
Par contre, s’il ne pouvait pas comprendre ce que nous faisons, alors il hausserait sans doute les épaules et passerait son chemin. En effet, il n’y a plus d’enseignement en tant que tel, chacun travaille à son œuvre.
Pour prendre une image, un étranger assistant par hasard à un cours magistral, en retirerait toujours un surplus de connaissance. Le même étranger pénétrant dans une salle d’études ou pendant un examen, serait bien en peine d’en retirer grand-chose : chacun étant concentré sur son travail, le silence règne…
Conclusion
La porte est entrouverte, peut-être nous ouvre-t-elle le chemin dans notre ascension vers la Jérusalem Céleste.
Dépouillés de nos passions, nous avons réussi à quitter le monde matériel, à abandonner provisoirement le « vieil homme », à nous élever.
D’ailleurs, l’Archi-Loge dans laquelle nous travaillons n’est-elle pas « au-dessus » de la Loge !
Le véritable secret réside dans la recherche de la Vérité, de la Connaissance et de la Lumière, dont la progression détermine le véritable degré de réalisation intérieure. Par le Génie qui parle en nous, nous avons la volonté de construire le Temple de l’Universel.
Nous sommes prêts à passer du microcosme au macrocosme puisque, in fine, tous les Temples sont consacrés au Principe.
J’ai dit, Sublime Grand Maître.
F Grand Maître Architecte,