Le Maître Grand Architecte et la Volonté
B∴ L∴
A la Gloire
du Grand Architecte de L’univers
Ordo ab Chao Deus Meumque Jus
Au Nom et sous la Juridiction du Suprême Conseil des
Souverains Grands Inspecteurs Généraux du
33ème et dernier degré du Rite Ecossais Ancien et
Accepté pour la France
Le Maître grand Architecte :rappel duthème du grade : Ce grade est l’aboutissement du récit mythique qu’est la construction du Temple par le symbolisme Hiramique dont il est porteur.
Apres les trois premiers grades des loges bleues et l’Elévation du Maître, suivent les grades de perfectionnement des Maîtres des 4 (Maître Secret) au 8, qui continueront la construction du Temple interrompue par la mort d’Hiram.
Puis ce sont les grades sacerdotaux d’Elus du 9 au 11 : la construction est à nouveau provisoirement interrompue jusqu’à la dédicace ; ce sont des épreuves initiatiques, des sacrifices rituels (actualisation du Mythe) et les notions de vengeance de justice et de pardon. Au XII le Maître Grand Architecte se substitue à Hiram pour achever l’Œuvre.
Le temple de Salomon est à l’image du temple intérieur que l’on se doit (devoir) et que l’on a choisi (la volonté) de réaliser dans son cœur, donc (devoir et volonté).
C’est une utopie au sens étymologique (en grec le U privatif et topos le lieu), c’est un lieu non définit dans l’espace et dans le temps. Il fait référence au monde de la manifestation (le Temple de pierre de Salomon) et au monde du Principe, de l’Idée, (Le Temple de l’Universel), comme prototype d’une réalisation parfaite en soi.
Le thème et la finalité de ce degré n’est plus tant de finaliser un savoir-faire comme dans les loges symboliques que de développer un savoir- penser, voire même un savoir se-penser (Etre, mais avec une majuscule).
Rappel du Rituel « Comment un homme peut-il ériger un temple en lui-même ? Réponse…c’est là une vision symbolique ; le temple que nous devons construire en nous-mêmes c’est le système de nos connaissances de nos idées et de nos règles de conduite que nous tentons de rassembler en un tout harmonieux au tant que le permet l’imperfection humaine ».
Ainsi on passe de la construction du temple (savoir-faire) à la construction du Savoir.
Vouloir : la volonté
La volonté est la capacité d’accomplir un acte intentionnel et ceci en toute conscience, en cela elle s’oppose aux désirs. La volonté ne peut être impulsive ; au grade d’Elu des Neuf, Johaben tue dans un geste de colère, cela relève de la vengeance et non de la justice. Impulsivité et absence de réflexion…
La volonté est la capacité donnée à l’homme d’effectuer des choix, et ceci de manière libre et rationnelle (liberté et raison) indépendamment des pulsions et des conduites instinctives. Effectuer des choix c’est être en capacité d’anticiper les résultats de son action. C’est le propre de l’homme, et le résultat du don Prométhéen.
En effet d’’après la mythologie, l’homme serait l’œuvre de Prométhée et de son frère Épiméthée. Celui-ci Epiméthée -dont le nom signifie « qui réfléchit trop tard », donne aux animaux l’instinct qui leur permettra de survivre dans la nature, mais ayant tout donné il ne reste plus rien pour les hommes. Pour corriger l’erreur d’Épiméthée, Prométhée (dont le nom signifie « prévoyant ») donne aux hommes le pouvoir de décider, de choisir et donc de suppléer ainsi à son manque d’instinct. C’est la « volonté consciente » de l’acquis par opposition « au désir » de l’innée. Au contraire de l’animal, l’Homme est dépourvu d’instinct mais riche de décision, et c’est donc l’acquis qui supplée à l’innée ! C’est cela le don Prométhéen !
Le mythe de Prométhée est donc une métaphore de l’apport de la connaissance aux hommes et par là de l’émergence de « la volonté consciente » ce qui fait sortir l’homme de l’animalité. Pour faire court, on peut résumer en disant « l’homme pour survivre n’a pas le choix, il doit choisir ! ».
La volonté est donc l’expression de cette liberté, de ce « libre arbitre ». La volonté a-t-elle des limites et quelles sont-elles ?
Chaque homme n’est jamais que la somme et l’aboutissement de l’ensemble de ses choix, et cette Destinée vient de la conjugaison de la volonté et de la connaissance. Notre raison (c.à.d. notre capacité à connaitre) est limitée mais notre volonté (c.à.d. notre capacité à choisir) est absolue et illimitée.
Je citerai René Descartes (et les IV méditations métaphysiques).
« Cette grandeur de la volonté…me fait prendre conscience que je porte l’image et la ressemblance de Dieu » autrement dit si le « libre arbitre de Dieu » porte sur la création toute entière et si le mien ne s’exerce que dans les limites de mes problèmes humains, il est (le libre arbitre) en sa forme exactement identique au mien »…
Cette volonté à effectuer des choix et à décider par soi-même fait écho au « Fonde le vrai par toi-même » et « décide en conscience » credo des Humanistes inspirateurs et artisans de la Réformation et au « Sapere Aude » d’Emmanuel. Kant ; « ait le courage de te servir de ton propre Entendement », revendication de la liberté de penser, de la liberté de conscience, et du libre examen.
Vouloir et faire
Mais pour qu’il y ait un acte volontaire encore faut-il qu’il y ait une intention, qui permet l’anticipation (mémoire du futur) et la décision (le passage à l’action). Tout cela nécessite une délibération réfléchie en « son for intérieur » donc l’autonomie décisionnelle (autonomie en opposition à l’hétéronomie du Devoir…).
Ce qui en Maçonnerie au
grade de Grand Maître Architecte peut se dire comme concevoir
et réaliser un plan ! C’est le
« Je veux et je construits »
du Rituel ! Ici le « Je
» est fondamental, le « Je »
pronom personnel est indissociable d’avec avec le verbe
« vouloir » ; la
Volonté.
Employer le « Je »
c’est revendiquer sa propre responsabilité,
c’est marquer un temps de réflexion pour que la
volonté devienne un véritable choix en
conscience, c’est une démarche du face
à face avec soi-même « rappel
de la symbolique du miroir et du retournement lors de la
cérémonie d’initiation ».
Le « Je » est la prise de conscience de mon « ipséité et répond à la question existentielle du « qui suis-je ? » Ceci renvoie à l’Ontologie c.à.d. la connaissance de soi ; le face à face vertigineux du questionnement principiel qui est à la source de toute réflexion philosophique et spirituelle » ; une des réponses est l’introspection par le « connais-toi toi-même et tu connaîtras l’Univers et les Dieux » et par l’acronyme V.I.T.R.I.O.L. véritable viatique Maçonnique avec la Mort symbolique du Vieil Homme et la dissolution dans l’athanor alchimique, premier pas vers la Lumière.
La volonté implique aussi une notion de persévérance « rappel de la symbolique du coq dans l’épreuve de la terre – vigilance et persévérance ». C’est la constante volonté, et en cela elle s’oppose à la velléité. Rappel de l’avertissement du rituel « malheur à ceux qui acceptent légèrement des devoirs et qui, ensuite les négligent… »
Le Maître grand Architecte à deux fonctions : intentionnalité et réalisation. Donc Vouloir et Faire, concevoir et réaliser. Rappel du rituel « Je veux et je construits », ce que j’aime à traduire par « Penser le Monde » et le réaliser. En cela le Maître grand Architecte relie les deux mondes celui du Principe et celui de la Manifestation. C’est la position du Démiurge.
En effet le Grand Maître Architecte – mais architecte humain- ne fait que retrouver ou mieux se souvenir des lois de la Nature qui préexistent et auxquelles il s’y conforme ; on peut d’ailleurs y voir une analogie entre le GADLU et le Grand Maître Architecte tant il est dit que chaque homme a été créé à l’image du Principe (microcosme & macrocosme, immanence…). En cela le Grand Maître Architecte se met en position de Démiurge en tant que créateur et organisateur du Plan, de la création par rapport à l’Idée.
Rappel du rituel : qu’est-ce que le Plan ?
« C’est la compréhension par le jeu de l’intelligence de l’œuvre du G.A.D.L’U. c.à.d. la construction en nous d’Un Temple à sa mesure et à sa gloire ; en un mot : La Connaissance ». C’est donc « l’élaboration & la construction de cet édifice intérieur, spirituel et ésotérique qui relie le monde de la manifestation(le monde sensible) au monde du principe, celui de l’Idée, qui définit le Plan pour un Grand Maître Architecte ».
En Maçonnerie ce lieu du vouloir c’est l’Archiloge-laBoulomie située entre l’Orient-la Mérogénie (c.à.d.la naissance) et l’Occident la Mérithanatie (la mort) .Cette Archiloge nous invite à nous élever au-dessus des contraintes terrestres et physiques pour pénétrer le monde des Intelligibles par une quête de l’Absolu et ceci à fin de construire le Temple spirituel en nous, le Temple de l’Universel. C’est donc avec l’ensemble de ses propres choix (la Volonté) que l’on se construit son Temple Intérieur.
Nous avons la volonté d’accomplir notre Devoir mais aussi nous avons le devoir moral d’avoir la volonté d’agir ; en effet le Devoir dicté par la conscience est acte volontaire, c’est donc un comportement délibérément choisit et librement consentit, c’est aussi la prise de conscience de l’absolue nécessité de ce Vouloir ! Rappel du Rituel « Quest-ce que la Volonté pour un Grand Maître Architecte ? C’est ce désir toujours inassouvi de réaliser conformément à ses devoirs (Idée du temple que l’on a… »
Conclusion :
A la fin de la cabale il est dit « la réalité du Temple est un tout dans lequel le visible et l’invisible, le matériel et le spirituel s‘interpénètrent et s’unissent. C’est le signe que la réalité est vivante ».
Seul le symbole du GADL’U nous permet d’entrevoir (au travers de la manifestation) le Principe qui reste par définition inaccessible à l’entendement humain ce qui nous renvoie à la nature transcendante du GADL’U. Mais le GADL’U nous renvoie aussi à la notion d’immanence : tout est à l’intérieur de tout.
C’est grâce à la volonté (nous l’avons définie plus haut) que le Grand Maître Architecte continue sa quête de la Vérité et de la Parole Perdue ; et ceci en faisant la différence entre la connaissance relative (la manifestation) et la connaissance absolue (le principe).Réalité et vérité !
Le Travail Maçonnique par l’actualisation du Mythe et donc du symbole qu’est la construction du temple, traduit l’irruption du Sacré dans le monde de la Manifestation. Ce symbolisme est avant tout mathématique dans le sens premier de la géométrie ; c’est la « géométrie sacrée » porteuse de sens et créatrice du Monde, et deuxièmement philosophique par l’analogie Pythagoricienne de la mathématique et de la philosophie.
La construction mythique du temple est donc une cosmogonie car le Temple représente le Monde, le Cosmos et est décrit comme une géométrie sacrée, langage du grand géomètre, le Grand Architecte de l’Univers : « Qu’est-ce-que Dieu ? Il est longueur, largeur et hauteur et profondeur ». Saint Paul Epître aux Ephésiens.
C’est en construisant le Temple, son temple intérieur que l’homme se construit. Trouver Dieu c’est donc se trouver soi-même (le moi spirituel par rapport à l’intime), c’est concevoir et réaliser.
Je termine en citant le poète Rainer Maria Rilke
« Il y a en moi, finalement, une manière et une passion absolument indescriptible de faire l’expérience de Dieu…Ma vie durant, il ne s’est agi pour moi de rien d’autre que de découvrir et de vérifier cet endroit dans mon cœur qui me rendait capable d’adorer dans tous les Temples de la terre, ce qui serait le plus grand ».
J’ai dit Sublime Grand Maître.