13° #410012 Les voyages du Chevalier de la Royale Arche Auteur: J∴ L∴ B∴ Obédience:Non communiqué Loge: Orient de Tarbes A.L.G.D.G.A.D.L’U. Ordo ab chao Deus meumque jus Au nom et sous la juridiction du Suprême Conseil pour la France Des Souverains Grands Inspecteurs Généraux du 33ème Et dernier degré du Rite Écossais Ancien et Accepté » Mon nom est Guibulum, je suis Grand Maître Architecte, je travaille, avec d’autres compagnons architectes, à l’élaboration des plans. Je veux et je construis.« En effet, au douzième degré, Guibulum a trouvé une certaine sérénité dans la tranquillité de la Boulomie; il a achevé son initiation artisanale lors du huitième degré, au grade d’Intendant des Bâtiments. Il maitrise donc l’utilisation des matériaux et l’Art du trait.Lors des grades de vengeance, il est descendu dans la grotte obscure et s’est confronté aux forces chtoniennes de son psyché, il a mené un combat sanglant, violent et finalement victorieux contre ses propres tourments, il a dompté son égo.Salomon l’a ainsi adoubé Sublime Chevalier car, il est convaincu qu’il possède les qualités propres à la chevalerie spéculative: prouesse, loyauté, générosité et sagesse.Guibulum, qui vient de subir l’initiation artisanale et chevaleresque, est sereinement installé dans l’Archiloge, il perfectionne sa maîtrise du trait et approfondi ses connaissances en mathématique et géométrie, c’est-à-dire que la philosophie, au sens premier du terme, est l’objet de toutes ses réflexions.Il goûte la quiétude de ce lieu, ouvert à tous, pourvu qu’ils en aient les capacités.Mais Salomon va interrompre cette studieuse parenthèse.En ordonnant à Guibulum Johaber et Stolkin d’explorer les anciennes ruines du temple d’Henoch, il rappelle quel est leur Devoir essentiel et primordial: la recherche de la lumière, la recherche de la Parole Perdue.S’offre alors à Guibulum et ses deux compagnons un voyage initiatique indispensable pour compléter et achever leur initiation.Comme les chevaliers arthuriens de la Table Ronde, ils vont s’engager sur un nouveau chemin, en quête de la Lumière, de leur Lumière, de leur Saint Graal.Guibulum n’est pas un novice, il a déjà expérimenté VITRIOL.Mais ce n’est pas dans une caverne naturelle qu’il va pénétrer cette fois-ci, mais dans un lieu souterrain construit, ordonné et finalement sacralisé, lorsqu’il atteindra la dernière arche, ce lieu où il a rendez-vous avec la lumière divine.Le chevalier de la royale arche doit se rendre jusqu’à sa propre « terre sainte » qui est cette neuvième arche, pour accéder à la lumière principielle et au nom ineffable.Lorsque Guibulum se présente devant la première porte de bronze, il doit faire appel à son intuition pour trouver le mot qui l’ouvrira.Cette intuition est le fruit d’un long cheminement spirituel, d’une progression initiatique, et cet état modifié de conscience est parfaitement décrit dans le rituel du douzième degré : » le génie parle en moi « .Mais n’est-il pas aussi aidé par ses qualités morales du chevalier ?N’est-il pas preux, loyal, généreux et mesuré ?Avec une qualité que j’ajouterai, qui me parait fondamentale: la sincérité.Ne l’exprime-t-il pas en affirmant: « Je suis ce que je suis« .Bien sûr, cette assertion paraphrase la réponse faite par l’Eternel à Moïse sur le mont Sinaï, lui demandant qui il est; mais, d’une part, la réponse de Dieu à Moïse se heurte à un problème de traduction hébraïque, puisque, en hébreu, il n’y a que l’accompli et l’inaccompli : la réponse du Tout puissant peut donc être » je suis ce que je suis » mais aussi « je serais ce que je serais « , d’autre part, on entre dans le domaine de la théologie apophatique ou théologie négative qui insiste sur le fait que Dieu n’est pas nommable, n’est pas représentable et n’est même pas imaginable.Mais « Je suis ce que je suis« , représente, pour moi, une tout autre signification.L’impétrant, futur Apprenti, pénètre en Loge, pour son initiation, ni nu ni vêtu, signifiant son imperfection et sa forme de pierre brute impropre à s’incorporer d’emblée à l’édifice commun.Le Chevalier de la Royale arche, lui, peut partir à la découverte du Grand Nom mystérieux en toute humilité, mais sans faux semblant, car le travail réalisé atteste de son engagement passé et de sa volonté inébranlable.L’étude des symboles et des idées qu’ils recèlent, son introspection, les batailles gagnées contre son égo ont rectifiés sa pierre et, sans la rendre parfaite, l’a façonnée pour la rendre suffisamment compatible avec sa destination.Devenu pierre taillée, il s’apprête à soulever un autre carré parfait avec un anneau; cette dalle donne accès à une cavité obscure et terrifiante, mais plein d’espoir, car le cherchant sait que « ce qui est en haut est comme ce qui est en bas« …L’éveil spirituel, la montée vers l’Eternel passe bien par une plongée au plus profond de notre Etre.Je suis comme Guibulum, un humble chevalier, sincère et me semble-t-il assez lucide sur mon être, j’ai parcouru mon chemin maçonnique pendant vingt ans, et je pense que je serai prêt à accepter le jugement divin, s’il le fallait…« Je suis comme je suis » raisonne donc en moi avec beaucoup de force et de d’acuité, comme ces quelques mots du poète libanais Khalil Gibran, inspiré par la mort:« Car qu’est-ce que mourir, sinon se tenir nu dans le vent et se fondre au soleil ?« Et qu’est-ce que cesser de respirer, sinon libérer son souffle de ses marées inquiètes pour qu’il puisse s’élever et se dilater pour chercher Dieu sans entraves ? « Revenons à nos trois compagnons: Guibulum, l’initié initiant, comme le fut Hénoch, va donc guider ces deux compagnons vers la neuvième voute, en effectuant un voyage bien singulier qui est celui de l’arbre de vie sephirotique.Cette voie de la mystique juive éclaire le processus de la création. Selon les kabbalistes, les sephirot sont des émanations divines en interactions entre elles.Ainsi une émanation numérique descendante, une étincelle divine de la vie, va jaillir de l’Ein Soph, le non-créé, à partir de Kether la couronne pour arriver à Malkuth le royaume, en décrivant le Z de Ziza, comme un éclair, par un phénomène d’involution.Le cherchant cabaliste, lui, va essayer de suivre l’ordre inverse, c’est-à-dire l’ordre d’évolution et tenter de remonter de Malkut à Kether, afin de retrouver cette lumière principielle divine qui est en lui.Telle est sa quête, telle est celle de Guibulum qui parvient à retrouver le nom ineffable, comme le fit également le chevalier Galaad qui avait fini par retrouver le Saint Graal porteur du sang du Christ.Guibulum Stolkin et Johaber vont franchir la première porte en prononçant « Malkuth » la première sephira, qui délimite le monde matériel et spirituel;en poursuivant leur voyage, ils franchissent Iesod- le fondement, hod- la gloire et Netsah –la victoire, ils progressent dans le monde psychique;le passage de Tippereth-la beauté, din- le jugement et khessed-la grâce les fait pénétrer dans le monde mystique et enfin, Binah – l’intelligence, Hochmah-la sagesse et Kether- la couronne les transportent dans un espace de pure spiritualité où ils peuvent appréhender leurs natures divines.Arrivés sous la neuvième voute, le nom ineffable leur est révélé, comme il a été à Hénoch et à Moïse. Par cette révélation, ils viennent de recevoir l’initiation sacerdotale, c’est-à-dire la maîtrise du verbe, fonction qui était réservée au Grand Prêtre du Temple du Roi Salomon.Ils sont ainsi triplement initiés: initiation artisanale, chevaleresque et sacerdotale.Ils sont des cherchant accomplis car ils ont rétabli leurs ternaires symboliques et maitrisent harmonieusement leur tryptique âme, corps et esprit.Ce n’est cependant pas la fin de leur chemin de cherchant mais, possiblement, un nouveau départ d’une quête plus exigeante, plus réfléchie.Cependant, à l’image de Salomon, pourtant détenteur de la triple puissance, royale sacerdotale et prophétique, mais qui se laissa aller néanmoins à la licence et entraina la colère de Dieu, la triple initiation n’est pas le gage d’un esprit éclairé et réfléchi…Quand Stolkin et Johaber, au lieu de méditer sur la révélation qui vient de leur être faite, finissent par ouvrir la onzième porte, la porte qui donne sur l’Ein soph, le non être, l’incompréhensible, ils pèchent par orgueil et ignorance.Ils vont déclencher ce « vent furieux » car ils tentent de pénétrer dans un monde inaccessible à l’homme mortel…Ils n’ont pas compris que, quel que soit le chemin de spiritualité que l’on emprunte, quelle que soit la voie initiatique choisie, quand nous descendons dans le puit, pour accomplir notre voyage intime et vertical, accompagné par la lumière vers la clarté divine, c’est finalement l’amour absolu et inconditionnel qui nous appellera et nous guidera pour franchir l’ultime porte des mortels que nous sommes.Quand nous décidons de nous engager dans la voie initiatique que nous avons choisie, c’est que nous sentons qu’il y a un sens profond à cette démarche, qu’il y a, au plus secret de notre être, cette poussière d’étoile qui fait que nous faisons parti d’un tout ordonné, qui nous dépasse et nous englobe.Le chemin initiatique écossais va nous rapprocher de notre étincelle divine, de cet amour infini et mystérieux, il révèle le Sacré enfouit en nous, il va le sacraliser.Dans ma vie professionnelle, depuis 30 ans, j’ai accompagné de nombreux patients au bout de leurs chemins de vie. Hommes et femmes de toutes conditions, jeunes et vieux, riches ou nécessiteux, parvenus au plus profond d’eux-mêmes sous la neuvième arche, au cœur de la Voute Sacrée. Invités, ils ont ouvert la 11ème porte, apaisés ou angoissés. Ils se sont fondus dans l’énergie lumineuse de Yod-He-Vav-He, ils ont franchis le seuil où seul l’amour compte, l’amour que nous n’avons pas su donner, l’amour que nous n’avons pas su saisir, mais dorénavant l’amour aveuglant et infini de l’Univers qui va nous envelopper, ils ont retrouvés la parole perdue…J’ai toujours été fasciné par cet instant où la mort clinique survient et où l’esprit quitte ce corps qui devient instantanément une dépouille. Ce passage m’a toujours interpellé, moment chargé d’émotion et de respect pour l’homme ou la femme qui après son chemin terrestre entre dans la pleine lumière, Univers sans temps ni espace, ni dualité.J’ai vécu ce moment si particulier avec mon père et j’ai vraiment eu l’intime conviction qu’il a rejoint, à ce moment-là, le Royaume de Lumière.Apprenti, nous affirmions ne savoir « ni lire ni écrire mais ne savoir qu’épeler » pour signifier notre ignorance de la voie initiatique, Chevalier de la Royale Arche, nous ne pouvons toujours pas prononcer le nom ineffable, tout juste l’épeler :Yod Hé Vav Hé.Nous n’avons pas rencontré Dieu, nous avons été simplement confrontés à son énergie et à son amour infini.Ce chemin initiatique vers le secret de notre être, ce voyage périlleux vers notre intimité demande une chevaleresque obstination, sans gage de réussite.Mais, si ce chemin est réalisé avec sincérité et humilité, il débouchera toujours sur la Lumière.Le cherchant, homme triple, corps âme esprit, va tendre à unifier son être, en ayant l’intime conviction, qu’au bout de son chemin c’est bien l’unité principielle qui rayonnera, il ne sera alors qu’un pur Esprit lumineux dans la clarté divine.J’ai dit, Navigation des articles Planche Précédente "Les figures de la face midi" Planche Suivante "La beauté au 13ème degré"