Paix Profonde … y parvenir… la partager
C∴ F∴
Ma réflexion relative à la thématique « Paix Profonde », précédée d’une année de recul consacrée à retrouver mon axe, à faire taire les turbulences de toutes origines, et à interroger mon engagement, m’a amenée à revisiter mon parcours maçonnique. Durant cette retraite volontaire, plusieurs petites phrases issues de rituels de différentes augmentations de salaires émergeaient pour ainsi dire, devenant particulièrement significatives. Je me suis laissée envahir de leur symbolisme.
L’acronyme V.I.T.R.I.O.L. (visite l’intérieur de la terre et en rectifiant tu trouveras la pierre occulte) inscrit sur le mur noir du cabinet de réflexion propose d’emblée au récipiendaire les orientations pour conduire l’approfondissement et l’intériorisation qui sous tendront toute la démarche de persévérance qu’il entreprend. C’est, écrit Wirth, la base de certitude que chacun doit chercher en lui-même afin de posséder la pierre angulaire de la construction intellectuelle et morale qui constitue le Grand Œuvre. »
La tradition alchimique veut que les divers métaux soient en maturation au sein de la Terre (notre mère à tous dont nous sommes formés et à qui nous retournerons), pour atteindre l’or, état métallique idéal. Cette allégorie quant à la transmutation vers l’or lumineux n’indique-t-elle pas que l’or est potentiellement en chacun de nous ?… En faisant référence à l’alchimie dès le cabinet de réflexion (mercure, sel.. .) c’est une discipline autant qu’un modèle de travail intérieur qui nous sont proposés …
Tout était dit depuis l’initiation, je crois bien que je n’avais pas tout entendu…
Le rituel d’augmentation de salaire au 2ème grade sollicite nos sens autant que notre esprit pour nous interpeller devant l’harmonie universelle, et nous encourager à délaisser des préoccupations prioritairement matérielles pour nous ouvrir à une dimension que l’on peut qualifier de cosmique.
Je crois bien que je n’avais pas tout entendu…
Le symbolisme des dispositions successives du compas et de l’équerre sur l’autel des serments nous éclaire quant à l’éveil des facultés que nous sommes sensés développer aux différents grades en Loge bleue. L’équerre, symbole de la matière, est placée au dessus du compas, lui-même symbole de l’esprit au 1 er degré.
Ces deux grandes lumières s’entrecroisent au 2ème grade et peuvent laisser entrevoir le commencement d’une modification dans nos priorités, l’esprit prenant le pas sur la matière ; cette posture se conforte définitivement en quelque sorte, avec la Maîtrise où le compas est placé au-dessus de l’équerre.
Cette fois, je pense que je n’avais pas bien vu …
« On ne voit qu’avec le coeur, l’essentiel est invisible pour les yeux » nous dit Saint Exupéry, pour moi ces mots m’incitent à voir au-delà des apparences, à chercher à relier ce qui est épars, et ainsi parvenir à l’unité.
Le cœur qui voit, mais aussi le cœur qui entend ! Dans son ouvrage : Du coeur de l’oreille à l’oreille du cœur, Anny Pelouze, nous présente l’oreille, son fonctionnement, son symbolisme, en considérant tour à tour les trois facettes de sa manifestation : physique, psychologique et spirituelle. Pour elle, je cite « mieux appréhender le processus de l’audition facilite la compréhension de sa résonance avec certains de nos processus psychologiques. L’oreille clarifiée est alors disponible à sa dimension d’écoute intérieure et à la rencontre du Tout Autre dans sa parole et son silence… ».
Je mets ce propos en parallèle avec cette phrase du rituel de la chaîne d’union en loge bleue : « bien au-delà des soucis de la vie matérielle s’ouvre pour le Franc- maçon le vaste domaine de la pensée et de l’action ». Aujourd’hui je crois que j’ai recouvré tant l’ouïe que la vue !
En célébrant la Cène, le Très Sage invite les Chevaliers Rose Croix à prendre et à partager avec ceux qui ont faim et soif. Si l’on ne peut exclure de recevoir cette phrase dans son sens littéral, en ce lieu, ces paroles prennent une autre dimension et concernent tant la nourriture spirituelle que la soif de Connaissance.
Tandis que la dialectique de certains FF et SS laisse imaginer l’étendue de leur culture maçonnique, on peut s’interroger sur la possibilité effective d’un partage de nourriture spirituelle. Que puis-je réellement leur apporter ?
J’ai trouvé un début de réponse à ce blocage momentané, dans le propos de K. Gibran : « Aucun homme ne peut rien vous révéler, sinon ce qui repose déjà endormi dans l’aube de votre connaissance… Le maître qui marche à l’ombre du Temple, parmi ses disciples, ne donne pas de sa sagesse mais plutôt de sa foi et de son amour. S’il est vraiment sage, il ne vous invite pas à entrer dans la maison de sa sagesse, mais vous conduit plutôt au seuil de votre propre esprit ». Ou encore, comme l’écrivait notre frère Jung, « ce n’est pas en contemplant la lumière que l’on devient lumineux, c’est en portant un regard sur sa propre obscurité ». Cette phrase ne m’a plus quittée…
En effet, si nos ateliers sont éclairés par des FF et des SS aux cursus multiples, aux itinéraires variés, je participe désormais à cette mosaïque avec bonheur. Elle nous offre la possibilité exceptionnelle d’échanges et d’enrichissement réciproques.
Vous proposer ma réflexion sur « Paix profonde » réponse à notre mot de passe Emmanuel, sans aborder celui-ci tient au fait que le thème Emmanuel a fait l’objet d’une planche récente présentée par une Sœur Chevalier Rose Croix. Par ailleurs, « Paix profonde » est intimement liée pour moi au signe et au contresigne qui l’accompagnent. C’est ce qui me guide dans ce travail. « Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, ce qui est en bas est comme ce qui est en haut » est désigné sous l’appellation « principe de correspondance par Hermès Trismégiste fondateur présumé de l’alchimie. Ce principe établit qu’il existe une correspondance, un rapport constant entre les différents plans de vie. S’approprier ce principe confèrerait les moyens de lever bien questions énigmatiques de la nature. En simplifiant à l’extrême, on pourrait dire que le haut et le bas sont dans un jeu de miroir. Si ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, et ce qui est en bas est comme ce qui est en haut, cette réciprocité laisserait entendre une multiplicité d’interconnexions nous échappant mais bien réelles pour autant.
Quel que soit le contexte dorénavant, quand on évoque la paix, un écho me parvient me disant « Paix profonde ». Ces deux mots prononcés parfois de façon un tant soit peu légère, automatique (c’est la fin d’une tenue, il se fait peut-être tard, etc. etc.), ont une résonance particulière et ne sont pas assimilables à une banale formule de politesse ou une salutation fraternelle.
Cette expression constitue une invocation dont les FF et les SS destinent les bienfaits à celui ou à celle à laquelle ils s’adressent. D’où l’intérêt, à mon sens d’en ressentir la puissance afin que les vibrations positives de ce souhait touchent leur destinataire.
Qu’est-ce que la Paix profonde ? S’agit-il d’un état d’âme ? Difficile de l’affirmer ; par contre c’est sans hésiter une posture de l’esprit, associée à un état du corps. En fait, il n’est pas suffisant qu’un individu réunisse la paix du corps, celle du cœur, associées à un état d’esprit apaisé, pour être à même de percevoir ce que l’on peut imaginer comme la Paix profonde s’élaborer en lui. Il peut probablement, de manière plus éclairée s’ouvrir, pour que la Paix émane et que l’alchimie se produise, que la maturation se poursuive, que la transmutation s’opère… Nous savons que rien ne se fera sans nous. On n’est pas initié… On s’initie soi-même…
Le travail de réflexion est le préalable incontournable du progrès initiatique. La démarche exige de :— faire taire les turbulences de notre mental, véritable écran qui bloque l’accès à notre Etre essentiel,
— ne pas nous perdre au milieu des illusions que nous procure l’interprétation de nos sens,
— ne pas non plus nous laisser abuser par les mots empêchant notre réflexion de progresser,
— ne pas prendre les mots pour des idées…
Remarquons que notre période d’apprentissage nous proposait déjà, à partir d’autres symboles et en d’autres termes, cette descente intérieure !
Cette partie de l’Oeuvre nécessite d’entrer en contact avec notre Etre profond, siège de cette parcelle de lumière qui est en nous et qui existe par delà le cycle de la vie. Ziza le mot de passe des Maîtres secrets et cet éclat de lumière sculpté sur le panneton de la clé nous suggèrent cet espace personnel de conscience supérieure. Pour individuel que soit le chemin initiatique, il doit nous conduire aussi à la connaissance des autres, sachant qu’un tel résultat nécessite beaucoup d’exigence pour soi-même et de compréhension à l’égard des autres.
Depuis des siècles, des hommes et des femmes de bonne volonté s’efforcent d’améliorer l’humanité. Les FF et les SS du D.°. H.°. s’y emploient au quotidien. A l’instar de nombre de philosophes qui ont fait de la paix le but de leur vie, les FM sont depuis toujours au service de la paix. Nous allons encore plus loin avec… la Paix profonde, celle que nous évoquons à la fin de la Cène, même s’il nous est bien difficile de la connaître vraiment, voire de l’imaginer dans la durée.
Pour y parvenir le Chevalier Rose Croix doit, entre autres, respecter l’engagement qu’il a pris de travailler sans relâche et dans tous les domaines à la réalisation de l’amour universel. Depuis notre initiation, une autre vie a commencé, il nous appartient d’œuvrer sur cet insondable chantier de la Paix. Chacun y participant avec son niveau de compréhension et selon ses possibilités.
Après un travail appliqué, il se peut que l’on ressente un sentiment de paix au fond de soi, ce n’est pas synonyme de Paix profonde, c’est tout au plus un peu de répit entre deux paliers. Cette impression momentanée de connaître la Paix profonde est illusoire. Il est nécessaire de poursuivre la descente au fond de soi-même, dans le puits de notre conscience pour y découvrir ce qui brille… Le voyage n’est pas celui d’un spéléologue intrépide et isolé. Des mages assurent la sécurité de l’explorateur et sont même allés jusqu’à se dépouiller de leurs ceintures qu’ils ont nouées en guise de corde ! Que de délestages à réaliser ! Que d’abandons aussi au regard de cette matérialité qui nous poursuit de ses assiduités !
La Paix profonde s’ancre dans la tolérance, dans l’humilité, dans l’écoute de soi et de celle des autres. La reliance à l’autre se construit à partir des valeurs portées par les trois piliers de l’arbre de vie : miséricorde, équilibre, courage … Enfin, la Paix profonde s’ancre dans le respect du contrat d’alliance qui m’unit aux hommes vertueux.
Pour moi, vivre la Cène, partager le pain et le vin, c’est participer à une chaîne d’union substantielle qui nous relie les uns aux autres et à l’Universel, c’est être en relation avec le Haut et le Bas.
Au terme (provisoire) de cette réflexion, je ne ferai qu’évoquer l’élément de prédilection du Chevalier Rose Croix, la ressource vitale dans laquelle il peut puiser sans restriction, le terreau d’enracinement de tout ce qui est en haut comme de ce qui est en bas : cette vibration-là, cette énergie-là c’est l’Amour, force véritable au pouvoir transformateur ….
Et puis, ne possédant pas la Sagesse, mais portée par l’Espérance qui ne m’a jamais quittée, je sais que je peux partager avec mes FF et mes SS : ma Foi, l’Amour de la Paix… La Paix de l’Amour.
J’ai dit,