Le chevalier de Royale Arche
Y∴ P∴
Ordo Ab Chao
Deus Meumque Jus
Au Nom et Sous la Juridiction du Suprême Conseil des Couverains Grands Inspecteurs
Generaux du Trente Troisième et Dernier Degré du Rite Ecossais Ancien et Accepte pour la France
Le soir de mon passage au 13ème degré du REAA, je peux dire que je suis rentré chez moi comme en moi, au pas lent de mon chameau, tant je revivais les péripéties rapportées par « La légende des trois Mages ».
De quoi s’agissait-il ? Un trio de voyageurs, des Mages, dont je fais partie, se retrouve impliqué dans une même recherche.
Les Mages représentent des êtres en rapport avec un certain mysticisme.
On peut penser qu’ils sont originaires de Jérusalem, exilés à Babylone et qu’ils viennent en pèlerinage sur les ruines du Temple de Salomon.
Ce pèlerinage extérieur va se transformer en pèlerinage intérieur : une descente en soi qui nous rappelle VITRIOL mais qui, cette fois-ci nous amène à étudier la Kabbale.
Le terme Kabbale, issu de l’hébreu Qabbalah, définit la mystique juive et les traditions ésotériques du judaïsme.
Qabbalah signifie Tradition. Il s’agit probablement, au commencement, d’une tradition orale que certains font remonter à Moïse.
Le Sepher Yetsira traite des 32 mystérieux « sentiers de la sagesse » c’est-à-dire les 10 séphirot et les 22 lettres-nombres sacrées de l’alphabet hébreu.
Le nouveau rituel nous indique que les 10 sephirot représentent dix émanations, dix médiations qui relient Dieu transcendant au monde qu’il crée.
L’arbre séphirotique est considéré comme une représentation de l’archétype de l’homme : l’Adam Kadmon, l’homme premier.
Pour les Kabbalistes, le corps humain est l’illustration de l’arbre séphirotique : Les pieds sont dans Malkuth : le Royaume – le cœur est dans Tiphereth : la Splendeur – et la tête est dans Kether : la Couronne, plus proche de Dieu.
C’était donc la représentation de l’Adam avant sa chute, mais c’est également celle du nouvel Adam, l’homme nouveau, le Messie, le Christ.
Pourquoi le Rituel du Rite Ecossais Ancien et Accepté nous parle-t-il de la Kabbale ? L’arbre séphirotique, avec la tradition pythagoricienne, le Christianisme johannite, la Gnose, l’Hermétisme ou la Chevalerie templière, alimentent le Rituel du Rite Ecossais Ancien et Accepté, tel un fleuve nourri par de nombreux affluents.
Symboliquement, dans la Kabbale, l’homme ordinaire, au départ, se trouve en Malkuth où la majorité des hommes restent toute leur vie.
Par l’initiation, le cherchant va passer en Iesod : le Fondement, puis par son travail de recherche, il peut atteindre Hod et Netsah, c’est-à-dire la Gloire et la Victoire.
Le Maître se tiendrait en Tiphereth : la Beauté, en tant que guide d’où il agit comme le Moi maîtrisé, par rapport à l’Apprenti encore confus et indiscipliné, ainsi que l’a fait Moïse avec son peuple, lors de l’Exode, en son nom de « Moché rabbénou » : « Moïse, notre Maître ». Car le Maître est également le transmetteur des Sephirot supérieurs vers les disciples.
Notre démarche maçonnique consiste à remonter de Malkuth à Kether. Notre volonté, notre rigueur, notre recherche spirituelle, vont nous permettre de remonter progressivement les piliers de la Connaissance passant du monde de la terre et du matériel, au monde de l’émotion ou de la formation puis à celui de l’intellect, pour tenter d’atteindre le Divin : Kether. Dans notre Rituel, les trois Mages découvrent un puits, au moment où le Soleil brille au Zénith. Un des Mages, en descendant dans la profondeur de ce puits, découvrira, avec émotion, le bijou abandonné par Maître Hiram avant son assassinat, bijou sur lequel est gravé le « Nom ineffable ». Initié Complet, il va le porter, face en dedans, comme l’avait fait le Maître avant lui.
Il va alors remonter du puits pour y redescendre ensuite, avec les deux autres Mages.
Nous pouvons déjà voir là l’image de la chaîne d’une transmission où chaque cherchant, quel que soit son niveau, accompagne ses Frères lors de leur Travail, en écho à cette phrase du Rituel : « Souvenons-nous, mes FF, que sans l’aide des autres, on ne peut rien ».
Ils sont munis, tous les trois, de torches allumées à la flamme née de leur souffle, flamme voulue qui va les éclairer durant cette descente.
Leur progression va s’effectuer, dans l’ordre de l’arbre séphirotique, grâce aux connaissances, à la méditation et à la réflexion du Mage Grand Initié qui parviendra à ouvrir, tout à tour, dix portes de bronze.
Eclairés par leur propre lumière, ils progressent lentement, dépassant chaque étape symbolisée par la figure gravée sur chacune des portes, figure contenue dans un cercle constitué par les 22 points qui évoquent pour moi, les 22 lettres-créatrices hébraïques.
Après avoir franchi ces dix portes,les trois Mages accèdent dans la Neuvième Voûte, au Saint des Saints, dans cette voûte de forme circulaire, qui, selon le Rituel fut creusée par le premier de tous les initiés, Hénoch, longtemps avant Salomon.
C’est à la lumière douce et intense qui y règne depuis, qu’ils découvrent la pierre d’agate où est gravé, en lettres d’or, le mot « Adonaï ». Les deux Mages disciples s’inclinent devant le nom de Dieu. Guibulum l’Ancien, au contraire relève la tête et leur indique sans détour, que cette dévotion ne s’adresse qu’à un symbole respectable. Qu’il est nécessaire d’aller plus loin encore…faute de « ne pas découvrir l’Idée sous le symbole ».
Il présente alors la face cachée de la pierre d’agate, sur laquelle sont gravées les lettres Iod, Hé, Vau, Hé en disant : « Regardez ! La Conception Suprême, la voilà ! Vous êtes au centre de l’Idée ». Au fond de cette neuvième voûte, les deux Mages épèlent une à une les lettres formant le mot ineffable.
Les voici, nous voici, au centre de l’Idée, face à la Conception Suprême, qui s’identifie à la Révélation du Tétragramme imprononçable, comme l’affirmation de la permanence de l’Eternel au centre de l’Idée, point parfait d’où tout émane.
Ils reçoivent la Révélation. Ils passent du symbole respectable à la Conception Suprême. Iod-Hé : « Je suis » pour dire le monde caché inaccessible à l’homme ; Vau-Hé : « celui qui est » pour dire les mondes créés, manifestation de la présence divine. Lettres qui laissent, par leur présence et entre leurs silences, une place au concept de l’immanence divine au sein du monde créé.
Au centre de l’Idée, ils ont atteint le « lieu-moment » de la Conception Suprême. Ils sont face à ce qui peut ouvrir la voie de ce qui « EST » au-delà du temps humain, à la frontière de la perception de ce qui pourrait laisser entrevoir l’intemporalité du Divin.
A cette étape, les Mages ne disposent plus de « Mots substitués ». Pour accéder à la Connaissance, ils voient et épèlent les lettres du mot ineffable.
Toute la Création se concentre en ce Centre, mais…s’ils ont à voir les lettres de leurs yeux, à les animer individuellement par leur souffle, ils estiment, pourtant qu’ils ne sont pas au bout de leur quête de l’Unité. Voir ce qui est face à soi, c’est rester à l’extérieur, ce ne peut être co/naître l’Unité peut-être même…l’Essence.
De là où ils sont, leurs voix éveillent des échos répétés. « Des échos », comme une parole qui revient à son point de départ vidée de son sens. Et ils continuent à chercher.
Ils découvrent la onzième Porte, tentent de l’ouvrir malgré les avertissements de Guibulum et la représentation d’un vase brisé, symbole de la limite à ne pas franchir sous peine de subir un éclatement.
Si la neuvième voûte amenait à la Révélation du Nom Ineffable, la onzième Porte cache alors, pour les deux Mages, le Mystère que le Grand Initié refuse de leur révéler.
Lassés de tout essayer, ils prononcent « En Soph » à cet instant paradoxal situé entre désir et renoncement.
« En Soph », l’Infini, par nature indescriptible et…indéfinissable puisqu’il « se situe » au-delà de toute mesure et de toute perception.
Sur ce mot, la onzième Porte s’ouvre avec violence ; un vent furieux souffle dans la voûte, les renverse à terre, éteint les lampes magiques.
La neuvième voûte arrêtait la marche en ce point. La onzième Porte révèle le danger de mort à vouloir aller au-delà. Grâce aux efforts conjugués des trois Grands Initiés, la onzième Porte va se refermer sur le renoncement à comprendre ce qui n’est pas de nature humaine.
Ramenés à leur condition humaine, ils se retrouvent à nouveau, en mouvement. Nous pouvons retrouver dans ce passage, la Transgression majeure d’Adam, dans la mesure où le mouvement reste le même.
L’Homme est figé en une situation. Il transgresse un interdit pour accéder à une étape de connaissance supérieure, mais cette transgression aboutit à une régression.
Adam est chassé de l’Eden ; il va connaître la chute, la régression et va devoir « se mettre enmouvement » hors de l’Eden, accepter l’histoire, le temps, la mort pour retrouver la racine de la vie. (cf. Bible de Jérusalem p. 14)
Dans notre Rituel, les trois Initiés ont dépassé la limite à ne pas franchir. Leur feu sacré s’est éteint, ils sont dans les ténèbres : régression.
Outrepasser le nombre dix qui ramène à l’Unité, selon la Trétactys, ce peut être briser le vase, symbolisant la Connaissance éparpillée en de multiples éléments. C’est générer le désordre, mais, c’est aussi annoncer un nouveau cycle, dans un espace différent, cycle difficile qui peut amener à une nouvelle progression.
Dans une situation non évolutive, la transgression devient alors le moyen nécessaire pour accéder à un niveau supérieur.
Ordo ab Chao.
Les deux Mages transgresseurs, après avoir aidé le Maître à refermer la onzième porte, vont alors se rallier à la voix de leur Maître, pour retrouver leur point de départ, voix qui prône la Persévérance, « essayons d’en sortir », l’entraide « nous allons nous prendre la main » et l’Espérance « Espérons que nous y parviendrons ».
Du ternaire destructeur d’Hiramqui visait à occulter la Connaissanceau ternaire unificateur et fondateur réalisé par la voix du Maître, nos Trois Grands Initiés, se retrouvent à leur point de départ, à minuit.
Ils acceptent alors l’idée que la onzième porte correspond au « ciel infini avec les luminaires hors de portée humaine qui le peuplent ». Hors de Portée.
C’est dans le silence de la nuit, sous la lumière des étoiles, plongés dans une profonde méditation, qu’ils s’éloignent au pas lent de leur chameau, enrichis spirituellement par cette nouvelle étape initiatrice vécue ensemble et, dans le même temps, profondément conscients de leurs limites humaines.
Le chemin initiatique se poursuit. Nos pèlerins de la lumière s’en retournent vers Babylone, cité des ténèbres pour s’y acquitter de leur devoir de transmission.
Dans un monde où la Parole pour être féconde ne peut que s’approcher progressivement. Là où le cherchant, humblement, apprend à reconnaître les signes qui composent le mot, à ne pas devenir l’esclave d’un mot devenu « matière », à reconnaître au-delà de la matérialité de la Parole prononcée, l’Esprit de cette Parole. Car, comme l’écrit la Kabbale : « Ces choses là ne reçoivent de nom que de notrecôté ».
J’ai dit.