Les Portes
Non communiqué
A L G D
G A D L U
Au Nom et sous les Auspices du
Suprême Conseil Indépendant de France
Collège de Perfection
Ordo ab Chao, Deus Meumque Jus
Des portes, nous en avons rencontré beaucoup depuis notre entrée en maçonnerie. Certaines furent raisonnablement faciles à passer et assez compréhensibles, d’autres furent beaucoup plus difficiles et certainement moins faciles à appréhender… Et puis il y aura celles que nous découvriront plus tard et que des cherchants maçons ou autres de toutes confessions et de toutes philosophies auront imaginé pour nous…
Ouvrir une porte pour la première fois et la franchir est la plupart du temps synonyme de découvert bien que si une porte est faite pour ouvrir sur quelque chose c’est aussi parfois pour contenir quelque chose ou quelqu’un et en empêcher l’accès au monde qui lui est extérieur.
De ce point de vue, certaines paraissent fort utiles comme par exemple les portes des Enfers des légendes car vu ce que l’humanité a pu produire de désaxés, il vaut mieux pour les vivants qu’ils y restent. D’autres paraissent beaucoup moins utiles comme le sont les portes des cimetières… O se dira qu’après tout ceux qui sont dedans ne vont pas en sortir et ceux qui sont dehors n’ont aucune envie d’y entrer.
Faisons ensemble un court voyage dans nos degrés pour y retrouver les portes que nous avons déjà rencontrées jusqu’à ce jour :
Rappelons-nous – pour certains il y a déjà longtemps – ce que nous avons ressenti alors qu’enfermés dans le cabinet de réflexion celui que nous ne connaissions pas encore comme l’Expert en a refermé la porte engendrant en nous un sentiment confus dans lequel l’inconfort se mêlait à un peu de crainte et d’excitation.
Puis plus tard, quelqu’un nous dit « devant ce seuil, baissez la tête et courbez-vous, car cette porte est extrêmement basse ». Cette porte là fut bien difficile à franchir…et puis nous avons plongé dans l’inconnu lorsque le V M nous dira durant notre initiation que nous venions de franchir une première porte dont un Archonte nous en avait donné l’accès. Déjà que la plupart d’entre avaient oublié ce qu’était un archonte – moi le premier – mais pour ceux qui se souvenaient vaguement de leurs cours d’histoire de l’antiquité, l’on se demandait de quel sorte de royaume cet archonte était le chef. La porte de quoi, je suis sûr qu’à ce moment, nous n’en avions pas la moindre idée…
Plus tard, au 2ème degré, le V M nous parla de quatre Vertus Cardinales ; ce mot, venant du latin « cardinalis » signifiant « porte », « gonds ». Notre Rituel en effet tentait d’ouvrir pour nous des portes par où la Lumière Supérieure devait entrer pour nous éclairer – en étions-nous conscient ?
Au 3ème nous découvrîmes d’autres portes bien plus sombres celles-là : Hiram, le Maître-Architecte fut assassiné par trois mauvais compagnons. Le premier à la Porte d’Occident muni de la Règle ; la deuxième à la porte du Nord, armé de l’Équerre et le troisième qui porta le coup fatal à la Porte d’Orient, avec un Maillet. Portes d’infamie qui nous amena à réfléchir sur la personne de ceux qui assassinèrent l’Architecte dans lesquels nous allions immanquablement reconnaitre des gens connus…à commencer peut-être par nous même.
Puis nous sommes devenus Maître Secret et cette clé d’ivoire que nous avons découvert au 4ème degré fut l’objet de nos réflexions : quelle porte cette étrange clé ouvrait-elle et qu’allions nous découvrir ce faisant ?
Plus tard au 6ème degré, Johaben failli être exécuté pour avoir écouté à la porte de la salle ou se trouvait son maître Salomon et qu’il pensait en danger de part le ton de sa conversation avec le roi de Tyr. Nous y avons découvert la curiosité active stimulant l’intelligence et la recherche de la connaissance et celle passive qui a souvent un arrière goût malsain. Ce fut pour nous aussi la découverte de la nécessaire transgression des règles établies dont le pas de côté du compagnon nous avait déjà défait entrevoir le rôle fondamental dans notre quête.
Enfin au 8ème degré d’Intendant des Bâtiments, nous avons gravi sept marches semblables, symboles de l’exactitude ; chacune portant un outil de la Maçonnerie : le compas, l’équerre, le niveau, le ciseau, le maillet, le levier et la planche à tracer. Mais cette porte là s’était ouverte pour nous sur un corridor sombre, image de l’Eternité.
Enfin certains d’entre nous découvrirons plus tard encore un désert d’aspect sauvage décorant une fausse porte puis l’absence de Couvreur à la porte du Temple. Nnous entreverrons qu’il n’est plus nécessaire parce que la garantie de notre secret mutuellement partagé réside dans notre science elle-même qui n’est accessible qu’à des initiés.
Mais quittons là notre voyage dans nos grades… L’Archonte de notre initiation était le gardien d’une porte mystérieuse…entrons lentement dans la cosmogonie universelle.
Dans le Corpus Hermeticum Pymandre répondant à une question d’Hermes Trismégiste lui déclare : « Je suis Pymandre, le « Noùs », l’être qui se suffit à lui-même ; ton Dieu, celui qui existait avant la nature humide issue des ténèbres ». Et il ajouta : « Comme gardien des portes, je ne permettrai pas que les activités du corps, qui harcèlent les hommes exercent sur eux leurs influences ». Voila surement des portes bien mystérieuses. S’agit-il des portes de la Gnose ou de celles décrites dans la Kabale, fondement mystique du Judaïsme ?
Arrivés à ce stade de notre parcours, et en y découvrant la Kabbale, nous percevront que nous semblons avoir atteint la fin d’un cycle. Après celui des premières découvertes symboliques et de la méthode que nous Franc-Maçons avons décidé d’utiliser, nous avons rencontré Hiram et suivi son histoire.
Faisons un rapide rappel à ce point de la légende. Nous sommes maintenant bien après lui, bien après la mort de Salomon. Son temple sur lequel travaillèrent des dizaines de milliers d’ouvriers et le meilleur architecte de son temps n’est plus que ruines. Trois mages venus de Babylone, la ville toujours concurrente de Jérusalem, entreprirent de les visiter et ce faisant, découvrirent une trappe qui une fois ouverte, ouvrait un passage vers un puits très profond.
L’un des trois mages – le plus sage et instruit d’entre eux – nommé Guibulum, descendit en premier. Ayant découvert ce qu’il reconnu comme le bijou d’Hiram au fond du puits et s’étant heurté à une première porte de bronze, il redescendit avec ses deux compagnons. Après avoir emprunté un escalier de 3, puis 5, puis 7 et enfin de 9 marches, ils traversèrent une succession de voutes donnant chacune sur une nouvelle porte. A chaque fois, ils avaient à prononcer un mot marqué sur la porte pour qu’elle s’ouvre. Progressant de cette manière jusqu’à la 10ème porte et l’ayant ouverte, ils découvrirent un piédestal cubique auréolé d’une lumière mystérieuse et décoré de symboles maçonniques, de figures géométriques, d’une branche d’acacia et de nombres obscurs. Ce piédestal était surmonté d’une pierre d’agate avec le mot « Adonaï » gravé en lettres d’or mais surtout 4 lettres que Guibulum reconnu comme celles constituant le nom ineffable que nul ne peut prononcer, celui de Dieu.
L’un des mages
aperçu alors une 11ème porte qu’il
voulu ouvrir, malgré les efforts que Guibulum fit pour
l’en dissuader. Toutes ses tentatives furent
vouées à l’échec jusqu’à ce
que qu’il s’écrie « nous ne
pouvons rester ainsi à l’infini » !
(qui se prononçait « einsoph
» dans la langue de l’époque). A ce mot,
la porte s’ouvrit violemment et un vent de tempête les
renversa et éteignit toutes les lumières, y
compris celle, surnaturelle, qui émanait du
piédestal sacré. Suite à de grands
efforts, les trois mages arrivèrent à refermer la
porte, mais la lumière ne revint plus. Après de
nombreux obstacles, ils parvinrent à franchir les neuf
voûtes en sens inverse et se retrouvèrent au fond
du puits d’où ils entrevirent le ciel
étoilé. Ils remontèrent alors
à la surface, refermèrent la trappe, puis,
retournèrent vers Babylone.
Pour tenter d’appréhender la symbolique de cette
légende, il faut revoir la cosmogonie de la Kabale sur
laquelle elle est basée et donc tenter de suivre avec
celle-ci le cheminement des mages.
Mais Malkut ne pouvait être engendrée par Kether seule. De Kether à Malkut, on parle de sephiroth (le pluriel de sephirah), que l’on peut traduire par « émanation numérique », quelque chose engendré par autre chose mais dans un certain ordre. Chacune de ces sephirah contient une parcelle de toutes les autres : d’une part, l’héritage de celles situées « en amont », et d’autre part, l’énergie nécessaire pour engendrer celles qui se trouvent « en aval ». Les sephiroth sont des émanations, des attributs de Dieu, elles ne sont pas Dieu, ce sont les canaux par lesquels se déversent sur les hommes, la grâce divine, la lumière de l’Ain (Ein) Sof.
Ces sephiroth sont regroupées en quatre mondes dans leur ordre d’apparition : Atziluth ou le monde dit de l’Emanation qui regroupe les 3 premières, Briah, le monde de la Création, les 3 suivantes, Yetzirah, le monde de la Formation les 3 suivantes ; et enfin Assiah, le monde de l’Action qui ne comporte que Malkut, la dernière sephirah.
Ces mondes spécifiques sont peuplés de créatures dont la fonction est assez mystérieuse – du moins pour moi. Celles d’Atziluth sont de loin les plus puissantes et les plus dangereuses, Briah est peuplé d’Archanges et Yetzirah d’Anges de puissance modérée. Tous ceux-là sont peut-être les « éons-guides » dont Cagliostro parle dans les Secreto Secretorum… Quant à celles peuplant Assiah, elles sont les moins puissantes et nous les connaissons bien puisqu’il s’agit de nous…
L’univers à été créé dans un ordre dit ordre d’involution : de Kether à Malkut. L’ordre inverse, ou ordre d’évolution, est celui que le maçon-kabbaliste doit emprunter pour pouvoir renouer avec la puissance originelle en remontant de Malkut vers son créateur.
Empruntons donc à notre tour le chemin parcouru par les mages et imaginons-nous devant la 1ère porte qui s’ouvrit lorsqu’ils prononcèrent le nom de la 10ème sephirah – Malkut – qui correspond au royaume terrestre. La porte était décorée d’une couronne royale entourée d’un cercle composé de 22 points. La couronne, semble symboliser celui qui a la toute puissance, celui qui règne sur le monde matériel dont Malkut est le symbole. Peut-être ce mage que nous sommes, qui espère remonter le Pilier Central de l’arbre de Vie et atteindre ainsi Kether.
La 2ème porte s’ouvrit avec le mot de passe Yesod nom de la 9ème sephirah et qui signifie « base » ou « fondement ». Elle était ornée d’une pierre d’angle qui en concrétise le sens : le fondement du monde. C’est la stabilité nécessaire à toute construction puisque c’est de Yesod que Malkut est directement issu. Pour les kabbalistes, Yesod est associé à l’intuition, l’imagination et les rêves.
La 3ème porte s’ouvrit quant à elle avec le nom de la 8ème sephirah « Hod » signifiant « splendeur » ou « gloire ». Ceci expliquera peut-être pourquoi elle est décorée d’un soleil rayonnant. La kabbale l’associera à la raison, aux sciences, à l’abstraction.
Avec la 7ème sephirah nommée Netzah qui signifie « victoire », les mages dans leur progression, ouvriront la 4ème porte décorée d’une tête de lion. Parvenu à ce stade, ils auront parcouru le monde de la Formation, appelé « Yetzirah » qui est l’intermédiaire de l’émotion et de la psyché, entre le Ciel et la Terre et dont Malkut, le monde matériel de l’Action est directement issu.
Guibulum et ses deux compagnons de voyage continuèrent et par Tipheret, nom de la 6ème sephirah, ouvrirent la 5ème porte décorée d’une lune resplendissante sur l’harmonie et la beauté.
Continuant leur chemin ils ouvrirent la 6ème porte ornée d’une règle par le nom de de la 5ème sephirah « Geburah » qui signifie « force » associé à la puissance et à la loi dans son exécution et enfin la 7ème porte par la 4ème sephirah « Hesed », ou « miséricorde » orné d’un curieux symbole en forme de courbe qui oppose peut-être la mansuétude de la compassion à la rigueur de la règle. Hesed est associée à une forme d’amour mutuel réglementé, comme celui qui lie Dieu à ses créatures via un pacte d’allégeance dans le judaïsme.
Arrivé à ce stade, Guibulum et ses compagnons étaient dans le monde dit de la Création appelé Briah, le monde de l’esprit et de la création intellectuelle, celui qui a réellement initié la création de l’univers après la séparation de Daath.
Sans se rendre compte qu’ils venaient de passer l’abîme du Daath, les mages franchirent alors la 8ème porte décorée d’un œil par la « 3ème sephirah « Binah » qui signifie « compréhension » ou « intelligence ». Binah est associée a une limitation ou une contrainte mais aussi au destin et au karma de l’hindouiste. Puis ils ouvrirent la 9ème porte par la 2ème sephirah « Hochmah » ou « sagesse », porte décorée d’un rouleau de la loi pour parvenir enfin à la 10ème porte, décorée d’une couronne royale. Elle s’ouvrit par le nom de la 1ère sephirah « Kether » qui signifie justement « couronne » et est associée à la divinité, le commencement.
Pour en arriver là, les mages, partis de la base, connurent dans leur parcours successivement la gloire puis la victoire, dans cet ordre curieux ; ils usèrent de force, de miséricorde puis de sagesse pour connaitre enfin le couronnement.
Tout comme sur la 1ère porte, la couronne qui figurait sur la 10ème était entourée d’un cercle composé de 22 points. On se rappellera que l’alphabet hébraïque comporte 22 lettres. La dernière qui coïncide au nombre 22 est Tav, liée à la croix ou la lettre T. 22 dont la réduction théosophique donne 2+2=4, quaternaire dont la somme théosophique donnera 10 qui se réduira à l’Unité. Ceci n’est surement pas un hasard… L’arbre de vie de la Kabbale fut-il influencé par la Tétraktys de Pythagore ou le pilier Djed des anciens d’Egypte ? Je laisse cette question à votre réflexion… Ce nombre 22 se retrouve ailleurs dans les légendes : l’Ancien Testament compte 22 livres, la chronologie des patriarches de Adam à Jacob à 22 noms et l’enseignement de Zoroastre – l’Avesta – à 22 livres ; le tarot a 22 arcanes majeurs (1). Et peut-être parce que 22 correspond à l’expansion maximale dans la numérologie de l’alphabet hébraïque, l’Apocalypse est, quant à elle, composée de 22 chapitres. On remarquera que probablement par rien d’autre qu’une étrange coïncidence, l’Ordre des Templiers eut 22 Grand Maitres (2).
Parvenus à ce stade de leur voyage devant la 10ème porte, les mages seront dans le monde le plus proche de l’essence divine, le monde de l’Emanation, Atziluth, celui du divin, de l’étincelle de vie originelle.
Pour nous Franc-Maçons, ce voyage initiatique symbolique nous montrera que notre parcours tend à nous faire revenir à notre état primordial. Pour René Guénon, ce travail passe par des phases de réalisation métaphysique qui, de notre état actuel nous ramènera par chacun de ces passages à l’état premier, celui de l’Humain qu’il appelle « véritable » pour atteindre enfin la phase de l’Humain « Universel » libéré de ses entraves. Dans cette longue marche sur le chemin du retour aux origines d’avant la faute originelle – terme sur lequel il y aurait à dire – nous devrions découvrir que nous n’avons jamais étés vraiment séparé du Principe créateur et que nous retournerons vers l’identité essentielle à partir de cette parcelle de divin que tout humain pressent en lui ou en elle. Les grades de vengeance de notre maçonnerie nous auront fait percevoir que nous avons à réintégrer notre état primordial dans un corps et un esprit de lumière.
Ces portes, que les mages dont nous sommes le reflet vont successivement franchir lors de leur voyage au centre de la Terre, sont autant de seuils, ouvrant le chemin, du visible à l’invisible, du fini de Malkut à l’infini de Kether.
Mais dans notre légende maçonnique il y a une 11ème porte qui n’apparait pas directement dans l’Arbre de Vie que composent les sephiroth de la Kabbale et qui est décorée d’un vase brisé. Peut-être le symbole fort de la limite à ne pas franchir sous peine de se briser soi-même. Dans le Corpus Hermeticum, Hermès Trismégiste parlera à Tat d’un grand cratère empli des forces de l’esprit, que Dieu donna aux Humains afin qu’ils puissent s’y immerger pour en recevoir ces forces et devenirs de hommes parfaits. Il appelle ce grand cratère un « vase sacré ». Peut-être s’agit-il du même ? Contre la volonté de Guibulum, l’un des mages voudra néanmoins ouvrir cette porte et y étant parvenu, il se retrouvera dans les ténèbres alors qu’il avait jusque là progressé vers la lumière.
En transgressant l’interdit, le mage était probablement poussé par la curiosité ou la soif de connaissance ou les deux. Mais alors que jusque là dans son parcours, il avait rencontré à chaque passage une connaissance nouvelle et bienfaisante, il va alors se heurter à une chose qui en est exactement l’inverse. Ici, la manifestation est brutale et la découverte n’est pas rassurante. Et elle n’augure rien de bon pour le cherchant qui tente d’atteindre son créateur car celui-ci lui claque la porte au nez alors qu’il est sur le point d’y parvenir. Cette vision est passablement démoralisante car si nous entamons notre quête en sachant que sur la fin nous allons nous heurter à un mur – ou plutôt une porte – infranchissable, cela ne nous donne guère d’énergie pour entamer le voyage.
Et cette porte n’est même pas infranchissable, il est seulement interdit de l’ouvrir…mais elle s’ouvrira quand même lorsque le troisième mage aura prononcé le mot d’Ein Soph, sans savoir d’ailleurs que c’en était la clé.
Ein Soph, le non-Etre, le principe non encore manifesté, l’inaccessible, le centre d’où jaillira la première expression lumineuse de ce qui dépasse l’entendement humain. Encore un interdit qui poursuit l’humanité depuis l’arbre de la connaissance d’Adam dont la soif de connaissance précipita l’humanité dans une chute qui nous suit toujours et dont nous avons bien du mal à nous redresser. Pour ce péché originel, cette soif de connaissance si profondément ancrée dans l’humain, nous payons un crime que nous n’avons même pas commis nous-même. J’y vois une injustice profonde.
Si nous avons en nous une parcelle de divin, à quoi donc nous sert elle s’il nous est interdit à tout jamais de connaitre le Dieu de nos origines ? Depuis le début de notre parcours, nous avons inlassablement rectifié notre pierre cachée, travaillé sans relâche à nous débarrasser de nos mauvais compagnons, mis un point d’honneur de nous efforcer de vivre selon la règle, le niveau et la perpendiculaire. Aux termes d’efforts immenses, ce mage courageux dans son désir pur d’enfin connaitre son créateur, se voit refuser de pouvoir le faire et pire, soumis néanmoins à la tentation d’enfin y parvenir.
Pourquoi cet interdit ? Qu’avons-nous fait de si horrible que nous devions à jamais être frappés par la défense de connaitre le secret de nos origines ? L’essentiel de notre quête est peut-être la voie et non le but mais on conviendra que cela n’offre guère de stimulation à commencer un voyage alors que nous nous savons que nous devrons nous arrêter parvenus devant son terme ultime. Et pourquoi faire autant d’efforts et de sacrifices pour gravir le chemin si escarpé qui y mène si tout cela ne sert finalement qu’a y trouver une porte qui devra demeurer à jamais fermée ?
Dans son Corpus Hermeticum, Pymandre dira à Hermes Trismégiste : « Mais si tu gardes ton âme prisonnière dans le corps, si tu l’abaisses en disant : « je ne comprends rien, je ne suis rien, je crains la mer, je ne saurais m’élever jusqu’au ciel, je ne sais pas ce que j’ai été, ni ce que je serai », qu’as-tu à faire alors avec Dieu ? » et il ajoutera : « Le vice suprême est de ne pas connaître le divin »… Voila qui semble contradictoire avec l’interdit que nous venons d’évoquer.
Le Dieu de la Bible semble créer l’humain sans raison discernable, dans un geste apparemment gratuit. Mais il exige une adoration exclusive de ses créatures ; c’est un dieu jaloux qui semble n’avoir guère de considération pour les humains et sur lesquels il abat sa fureur au moindre faux pas comme il le fait par la destruction de Sodome et Gomorrhe, celle de la tour de Babel et avant cela par le déluge. Alors, ce dieu dont Pymandre parle est-il le Yahvé de la tradition hébraïque ? Peut-être…car il est vrai que les récits bibliques des premiers chapitres de la Genèse portent l’empreinte manifeste des légendes sumériennes avec le déluge, Babel, Adam tiré de la terre, etc…, légendes nées 3000 ans avant elle. L’histoire s’est finalement répétée. Mais si ce dieu est en effet comme cela, je choisirais probablement à l’instar du sage Guibulum, de laisser la porte fermée devant ce qui est contraire à ce que j’ai tenté de faire de ma vie.
Car de toutes manières, si je veux connaitre mes limites pour tenter de donner le meilleur de moi-même en me dépassant, il me faut bien les tester ou accepter mon immobilité et une certaine forme d’absence de fibre morale. Depuis le début de mon parcours maçonnique, j’ai tenté de le faire fait et chaque transgression m’aura été bénéfique car toutes étaient animées du mobile pur en mon cœur qui était justement de progresser sur la voie de la Connaissance. Je n’y vois là aucune violation de la morale car j’aurai peut-être enfreint la Maât qui elle voulait que je me soumette à la loi du pharaon mais je n’aurai pas violé ce que ma conscience me dit être juste. Si Yahvé est « Celui qui est », pour ce qui me concerne, je suis qui je suis et surtout, je suis ce que je serai. Dans mon esprit, cela veut dire que je ne reste pas immobile et satisfait de mon sort.
Etant d’un naturel optimiste, je préfère une vision dont Teilhard de Chardin parlait si bien, celle permettant à l’humain d’arriver à ce stade ultime, la noosphère, fusion de toute chose pensante en une seule entité consubstantielle avec l’Omega de l’univers.
Toujours dans son Corpus Hermeticum, Pymandre rassurera Hermes Trismégiste : « Dieu ne peut vivre sans créer le bien ». Alors non : ce dieu derrière la 11ème porte ne sera pas Yahvé, ce sera un autre dieu, un dieu porteur de la force la plus puissante de l’univers, celle qui fait que celui-ci perdure : l’amour.

J’ai dit, T F P M
J-M Ch
Notes :(1) Dont le 22ème représente la féminité de la création.
(2) Hugues de Payns, Robert de Craon, Évrard des Barres, Bernard de Tremelay, André de Montbard, Bertrand de Blanquefort, Philippe de Naplouse, Eudes de Saint Amand, Arnaud de Toroge, Gérard de Ridefort, Robert IV de Sablé, Gilbert Hérail, Philippe du Plaissis, Guillaume de Chartres, Pierre de Montaigu, Armand de Périgord, Guillaume de Saunhac, Renaud de Vichiers, Thomas Béraud, Guillaume de Beaujeu, Thibaud Gaudin et Jacques de Molay.