15° #412012

Les ponts

Auteur:

Non communiqué

Obédience:
Non communiqué
Loge:
: Harmonie Et Libres pensées - Orient de Bordeaux

Sous le Pont de Pierre coule la Garonne. Il a fallu combien d’années pour que plusieurs ponts enjambent notre fleuve capricieux !

« Les hommes construisent trop de murs et pas assez de ponts » …disait I. Newton. Cette situation est elle acceptable pour nous qui aspirons à une humanité, une fraternité véritable ?

Ne devrions- nous pas construire plus de ponts que de murs ? Ne sommes nous pas dans la verticalité et non dans l’horizontalité ?

L’horizon matériel dans lequel nous évoluons est un monde plat, écrasant. En apparence stable : les choses sont là où nous les avons posées, tout est en ordre même si parfois cet ordre nous ennuie, nous envahit. Nous sommes dans un espace fermé, dont on a du mal à sortir, à s’élever…

On y consomme, croyant que la liberté de consommer va nous nourrir pleinement. Ce monde là nous dévore, nous domine, nous fait même perdre le sens de notre chemin. Comme le disait Jean Paul II « Les murs sont toujours un aveu de faiblesse pour ceux qui les dressent ». N’y a-t-il pas un paradoxe aussi dans le constat où la mondialisation crée de plus en plus de murs ! Que de faiblesse, de lâcheté. Avons-nous perdu la clé pour trouver les mots à la place du silence, les mots qui parlent de solidarité, d’espérance, de partage…

Nous-mêmes, nous sommes dans le Temple ou dehors ?

Dans mes rêves, je vois d’immenses passerelles, des ponts qui s’entrelacent, se chevauchent, des « échangeurs », reliés les uns aux autres… Ils partent d’ici, traversent les routes, les fossés, les murs, les océans…des ponts entre les continents. Quel bel ouvrage !

Nous avons compris qu’il faut « passer » le pont, et non le couper.

Il faut tant de temps, de réflexion, de labeur à le construire !

Ce pont nous invite à parcourir le monde, il est l’ouverture, le mouvement, l’incitation au voyage, à la rencontre de l’autre, à la rencontre de soi…il permet de faire le pont entre le visible et l’invisible !

 Il nous faut oser devenir nomade, parcourir les routes, même s’il s’agit simplement de traverser la rue…utiliser notre horizontalité pour trouver l’autre, le voisin, le frère. Il s’agit de tisser les liens.

Chacun aspire à bâtir un espace nouveau, à trouver son essentiel. Je n’oublie pas que ce pont jeté entre le passé et l’avenir c’est une question de volonté et de conscience.

Le pont ne serait il pas comme un outil vertical, un axe du monde. En effet, le sens que l’on donne à notre voyage, son but nous interroge. Ne serait ce pas le voyage en lui-même qui est important ?

N’est -t-il pas un outil de transformation susceptible d’aiguiser notre discernement ? On ne revient jamais le même d’un voyage… Tout voyage est initiatique.

C’est une rencontre avec soi, avec les autres, avec l’Esprit, à la recherche de la Lumière. Le voyage nous conduit dans l’espace, mais hors du temps. Il suggère à l’initié d’approcher l’espace sacré, sachant que dans notre recherche de la Lumière, nous sommes solidaires les uns avec les autres.

La conversion du regard comme le dit Michel Barrat, c’est celui du cœur de l’homme spirituel qui perçoit que la conscience initiatique lui permet de passer de l’horizontalité à la verticalité.

L’important, dans notre démarche initiatique, est de quitter le sol, de s’élever, et pour cela il faut s’unir à d’autres pierres. Il faut créer le lien, construire le pont, le trait d’union pour « faire le lien ».

L’histoire qui suit est une histoire vraie, riche de sens. A l’époque de Vinci, le pont Vasco de Gama fut construit à Lisbonne. Les ouvriers étaient de plusieurs nationalités, un traducteur fut donc nécessaire pour la compréhension de tous.  L’anglais appelle « Dead men » les corps morts qui servaient à repérer les points précis pour fondre les piliers du pont. Mais, un matin le commissaire de police vint entourer de sbires tenant des menottes. Combien d’ouvriers noyez-vous tous les jours ? demanda l’homme de Loi. En effet, rigoureux mais inexpert, le traducteur avait traduit les corps morts par cadavres…

Alors, construire un pont de pierre ou de béton oui, mais, à la condition de le faire précéder par un pont de langues !

Le pont réunit de même les altérités. Sur le Bosphore ne joint-il pas l’Europe et l’Asie, l’occident et l’orient ? Si la bataille fait rage sur le pont de la rivière KWAI, la danse et le chant n’inondent-ils pas le pont d’Avignon !

Jésus-Christ ne fait-il pas tenir ensemble un prénom sémite avec un adjectif grec ainsi fonde-t-il une ère ou des peuples indoeuropéens laisseront les cultes de leur terre et prendront la religion d’une autre culture. Il ponte cette conversion.

Dans le trait qui lie deux mots, aussi bien que dans le tablier du pont qui rapproche deux rives, ne trouvez-vous pas qu’il y a de l’universel ?

Sans pont, donc pas de chemin, entendons par là pas de lien entre un point et un autre. Il ponte le problème avec sa solution, le savoir à l’ignorance.

Les ponts seraient donc présents partout, du simple trait d’union, au pont matériel, à la méthode de traduire des langues, aux mutations vivantes qui passent par les manipulations génétiques.

Nous pontons tout ce qui nous passe entre les mains, le lin en habits, le pétrole en énergie.

Alors, trouver la voie verticale ne serait-il pas de prendre simplement appui sur ce que l’on est, notre appartenance et de construire nos ponts avec amour, amour de lenteur, certes, mais de force et de pugnacité. C’est ainsi comprendre que l’on est imparfait, et indissociable des autres.

Sinon tous les ponts ne fonctionneront pas, regardons autour de nous, l’Europe n’est-elle pas écartelée par nos différences ? Et pourtant nos billets en euros n’ont-ils pas comme représentation symbolique des ponts ? Il existe aussi bien des ponts à péage, pourquoi ne pouvons-nous pas passer librement ? Le pont symbolise la relation et l’idéalise mais pourquoi un droit à passer ?

Nous sommes sur le pont de la spiritualité nous apercevons la rive d’en face qui se profile dans le brouillard et nous construisons ce pont au quotidien avec pugnacité.

Le fil à plomb symbolise bien la recherche en profondeur indispensable à notre avancée, de l’assise de notre pont à sa construction vers le monde supérieur et invisible, à la recherche de notre idéal.

Nous sommes des bâtisseurs, comme les architectes, nous travaillons quotidiennement sur notre planche à dessin, afin d’obtenir le morceau d’architecture le plus abouti. Nous utilisons les outils, les symboles. Nous vérifions la construction par l’équerre. La perpendiculaire nous rappelle à chaque instant que l’élévation spirituelle doit être notre seul objectif, mais le niveau est aussi présent pour conserver l’ancrage dans nos traditions. Le morceau d’architecture terminé, nous contrôlons son harmonie, la solidité de l’édifice et sa dimension sacrée.

Car au-delà de la fraternité à laquelle nous aspirons, nous recherchons une autre dimension : celle de la spiritualité. C’est par le partage, l’ouverture, que nous pouvons espérer enrichir les relations avec nos frères et nos sœurs.

Rifkin nous le confirme, il nous parle du pouvoir de la communauté qui s’organise autour de ses centres d’intérêts et supplante le « chacun pour soi ». C’est le pouvoir latéral des Ponts. C’est le cas par exemple de Wikipedia, Itunes… Le service, l’utilité, le partage sont les nouveaux moteurs. C’est l’autre vision de la communauté mondiale qui se développe. Il va falloir repenser les notions de droits, de devoirs, d’espace, le travail, l’éducation.

Il suffit d’oser passer le pont.

Dans le même sens, des citoyens lassés de ne rien voir venir des politiques ou pas assez vite, s’organisent au plan local, se mobilisent pour répondre aux défis auxquels ils doivent faire face dans une société plus participative et plus solidaire. Maffesoli parle du retour au local.

Nous, maçons, nous sommes pleinement concernés par ces expériences.

Chez Michel Serres dans son ouvrage « Petite Poucette », il dresse le portrait de l’homme nouveau qui va devoir appréhender différemment la vie, les rapports, la démocratie.

…L’humanité n’est-elle pas malade de cet individualisme qui nous sépare les uns des autres !

Tous ces exemples nous montrent qu’il faut avant tout redonner sa place aux valeurs humaines, spirituelles, à l’essentiel, ranimer l’Eveil véritable sans lequel toutes ces expériences et toutes ces bonnes volontés voleront en éclat… Il nous faut retrouver une soif spirituelle et délaisser le besoin de consommation qui nous a mené dans le mur.

Plus que jamais, il y a urgence à travailler sur les questions de société à l’intérieur comme à l’extérieur de nos loges, à prioriser notre progression intérieure vers une vie spirituelle plus dense.

C’est nous-mêmes qui sommes le cœur du changement la source de l’action et du progrès de l’humanité. Nous sommes bâtisseurs et acteurs !

Il nous faut nous étonner de tout, ce qui donnera à notre pont la richesse nécessaire pour devenir un pont universel.

L’initiation ne désigne-t-elle pas ce qui ne cesse de commencer et de re-commencer !

J’ai dit.

Bibliographie :

Michel Barrat : la conversion du regard
J. Rifkin : La troisième révolution industrielle
M. Serres : Petite Poucette
F. Lenoir : L’Ame du monde
H. Bergson : L’énergie spirituelle
Maffessoli : homo Eroticus

Synthèse
Sous le Pont de Pierre coule la Garonne. Il a fallu combien d’années pour que plusieurs ponts enjambent notre fleuve capricieux !
Il faut passer le pont, toutes sortes de ponts. Mais quels ponts, matériel, immatériel, visible, invisible ?
Cette recherche de lien, de sens, comment s’expriment-elles dans notre monde. Quel enseignement, quelle évolution ?
Les ponts ne seraient-ils pas présents partout ?
Chaque homme ne doit-il pas se considérer comme porteur de changement.
Nous, maçons, ne perdons pas notre étonnement, l’initiation ne désigne-t-elle pas ce qui ne cesse de commencer et de recommencer !

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