18° #415012

De La Rose à la Croix, on est bien peu de chose

Auteur:

G∴ B∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

L’union de la rose et de la croix interroge le chevalier Rose Croix.
Une croix entrelacée de rose, le mariage d’une croix éternelle et d’une rose éphémère ; l’homme, à chaque instant, projette ainsi son ombre, l’assertion et sa négation sont deux aspects d’une même appréhension , lumière et ombre sont les deux éternelles voix du monde fait dire NIETSCHE à ZARATHOUSTRA.

La rose, symbole entre autres de la femme aimée ; le symbole de la rose qui inspira le Roman de la rose et qui se retrouve dans l’appellation Rose Croix semble être lui aussi originaire du moyen-orient à la même époque. Au temps des croisades la rose était, au Moyen-Orient le symbole des doctrines religieuses et philosophiques. L’on se servait de l’expression « porter une certaine rose » pour signifier l’adhésion à telle secte ou confrérie. Ceci témoigne de l’influence exercée sur l’Europe occidentale par la pensée du Moyen-Orient. De l’avis unanime des historiens, les vecteurs les plus efficaces de la culture arabe en France furent les croisades. Elles mirent en contact pendant deux siècles l’occident et l’orient et par ce moyen, l’influence arabe s’exerça puissamment sur les arts, les sciences, les lettres et la pensée religieuse qui a dû être, elle aussi, influencée par ces échanges en terre sainte où les diverses croyances s’entremêlaient.

Cette osmose intellectuelle avait tout lieu de se produire chez les Templiers, ordre religieux et militaire de moines chevaliers fondé en 1118 pour la défense des lieux saints. Il semble raisonnable de penser que, placés en premières ligne, les Templiers dussent connaître les croyances et doctrines diverses même celles ésotériques de certaines sectes auxquellesils firent graduellement des emprunts sur un fond de religion catholique. A noter qu’aucun contrôle ne pouvait être exercé par les autorités ecclésiastiques et que l’ordre se proposait de reconstruire allégoriquement le Temple de Salomon. La bannière de l’ordre, noire et blanche, pouvait traduire le mariage des doctrines des musulmans Omeyades (bannière blanche) et Abassides (bannière noire). Le rôle politique, social et religieux de l’ordre Templier, bien que détruit, n’effacèrent pas leur doctrines. A l’ordre du Temple, écrasé,supplicié et supprimé, se substitua une confrérie plus secrète, la confrérie Rose Croix. Ainsi les Frères de la rose et de la croix ont peut-être manifesté ainsi l’association de la Rose, symbole des doctrines ésotériques orientales, à la croix, symbole du christianisme.

Dans les pays du Proche-0rient la rose est regardée comme la fleur idéale, image de beauté et de perfection. Si la rose blanche est le symbole de la beauté, la rose rouge symbolise la charité et l’amour, et si le Pape remettait une rose d’or à une Reine c’était pour récompenser ses mérites, emblème de la perfection morale.

Le rosier patiemment se fortifie pour faire éclore les roses éphémères.
Ainsi la rose symbolise l’achèvement du rite initiatique.
Rose rouge pour la confrérie des Rose Croix, rouge comme le sang Christ crucifié.
ose blanche des chevaliers Templiers.

La rose peut être porteuse d’un certain pouvoir. Dans la métamorphose d’ApuléeLicius transformé en âne ne peut revenir à sa condition d’être humain qu’en mangeant une rose que lui présente le grand prêtre d’Isis. Dans les temps anciens en Grèce et à Rome, la rose était l’emblème du secret et de la discrétion. Dans les banquets on enfermait des roses dans des vases et on disait « SUB ROSA » en se référant à ce qui devait demeurer à l’abri des profanes.

La représentation de la rose par un cercle peut suggérer l’idée du retour à la pérennité de la vie, la rose cerclée nous rappelle l’enchaînement des causes et des effets. Nos pensées, nos actes conditionnent notre existence, tout comme L’OUROBOROS, symbole de l’unité qui englobe le tout ; ce serpent qui s’enroule sur lui-même, support de la formule hermétique « Un – Le – Tout ». par ce rapprochement du Tout et du Rien, nous pouvons entrevoir la signification de l’être, non-être de l’en soph de la Kabbale dont se préoccupait déjà Parménide au VI ème siècle avant notre ère « De toute nécessité il faut dire et penser que l’être est puisqu’il est l’être – Quand au non-être, il n’est rien »
La croix – Croix latine ou croix grecque

Il peut paraître étonnant qu’une religion puisse choisir comme symbole l’instrument de torture le plus atroce de tous. Nous savons bien que les premiers chrétiens se reconnaissaient en traçant le sigle du poisson et qu’il a fallut la conversion de l’empereur Constantin suite à la vision d’une croix de feu lui annonçant sa victoire inespérée (conversion d’ailleurs plus politique que religieuse) pour que la croix s’impose comme symbole chrétien.

Mais depuis les temps les plus lointains, les peuples de Mésopotamie ont attribué à la croix des significations transcendantes :
– une ligne verticale – pur symbole de l’élévation aussi bien de la plante que de l’esprit
– une ligne horizontale – symbole de la terre ou de l’homme en position couché, de la mort
– quatre éléments – la terre, le ciel, l’air et le feu
croix désignant les quatre points cardinaux – pour quatre branches de la croix
– croix formée de quatre équerres
– croix regroupant les bijoux des trois officiers d’une loge maçonnique avec tout de même une constante dans la représentation graphique du nombre quatre. Est-ce un hasard si en disposant sur la croix les noms hébreux de terre – eau – air – feu successivement Iam – Nour – Rouach – Iabescha on puisse lire INRI.
– Enfin, l’addition des quatre premiers nombres produit le dix qui contient en puissance tout les nombres ; le non ineffable s’énonce au moyen de quatre signes hébraïques ; quatre sigles qui expriment la parole perdue par la faute d’une humanité déchue et que nous Rose Croix sommes tenus de retrouver.

La Rose sur la croix
La rose sur la croix est l’un des symboles les plus partagés avec l’église, la rose symbolisant le Christ. Si la croix s’identifie à la connaissance, la rose rouge représente l’amour et la vie. La rose sur la croix exprime donc cette dualité de la vie et de la mort, partie intégrante de l’être humain. Aux quatre éléments des quatre branches de la croix s’ajoute un cinquième élément, la rose entourée de son parfum comme une aura impossible à définir mais décelable par l’initié. Le point d’intersection des deux axes de la croix est le centre du cercle de la rose. La croix qui porte cette rose, c’est le nombre cinq qui s’offre à nos méditations. Ce cinquième élément est la quintessence qui assemble les quatre premiers éléments, qui était pour les alchimistes l’élément subtil qu’ils dégageaient par les opérations des quatre autres éléments. Ce principe libérateur de son propre karma libère l’initié de sa contrainte tout comme Oreste purifié par Athéna se dégage de l’emprise des Erynnies, rompt avec la fatalité et montre à l’humanité la voie de l’avenir.

Le chevalier Rose Croix cueille la rose rouge et passe du quatre au cinq.
Faut-il nous résigner à ne jamais franchir cette étape qui nous rapproche du centre de l’idée. Tant de chemin reste à faire pour cueillir cette rose rouge. Nous savons qu’il nous faudra renoncer à toute ambition, à toute vanité, se déjouer des pièges des regrets, éprouver une satisfaction à se débarrasser de nos métaux jusqu’à leurs souvenirs et conjuguer ainsi l’amour.

« Quand je parlerai les langues des hommes et celle des anges, si je n’ai pas l’amour je ne suis qu’un airain qui résonne ou une cymbale qui retentit et quand j’aurai le don de prophétie et quand je connaîtrai tous les mystères et toutes les sciences, quand j’aurai même toute la foi jusqu’à transporter les montagnes, si je n’ai pas l’amour je ne suis rien, et quand je distribuerai tous mes biens pour la nourriture des pauvres, quand je livrerai même mon corps pour être brûlé, si je n’ai pas l’amour cela ne sert à rien » Paul de Tarse – 1ère lettre aux Corinthiens – chapitre 13.

La rose jetée sur la croix est-elle le symbole de la sagesse transcendantale telle que le rite français de 1786 la place en septième et dernier ordre de son processus et telle que les mouvements rosicrussiens du 18ème siècle à nos jours l’ont perçue. Pour le rite écossais ancien accepté, le grade de chevalier Rose Croix n’est pas un terme mais une étape dans le processus initiatique. Quel auteur n’a t-il pas eu, pour décrire une et l’autre ou pour approcher leur union, les mots les plus mystérieux et les plus passionnels ? Qui peut trancher ?

Quelle évolution depuis notre initiation ! Le Maître secret est passé de l’équerre au compas, le chevalier de Royal Arche parvient au centre de l’idée et le chevalier Rose Croix flamboie d’amour, comme flamboie l’étoile qui apparaît au milieu du tracé du second appartement du tableau de loge du tuileur de Vuillaume mais qui compte sept branches.

Maints alchimistes soutenaient qu’il fallait parcourir plusieurs fois les Oeuvres au noir, au blanc et au rouge avant d’obtenir la pierre. Le rouge est bien la couleur du chevalier Rose Croix. Dans les noces chimique de Christian Rosencreutz celui-ci affirme : « Je suis le frère de la rouge Rose Croix ». Une chaîne de sens relie la rose, le sang, le blanc, le rouge et le feu, alliance du feu du phénix, du sang du pélican, de la rose rouge à cinq pétales, du blanc des tabliers du rouge de leurs bordures et des tentures comme si le degré de Rose Croix voulait ainsi reprendre la succession des couleurs de l’Oeuvre lors d’une réception.

De la rose à la croix, nous sommes bien peu de chose…

Et mon ami la rose me l’a dit ce matin, chante Françoise Hardy.

Quand au poète Ronsard :
Las ! Voyez comme en peu d’espace
Mignonne elle a dessus la place
Las ! Ses beautés laissaient choir !
O vraiment marâtre nature
Puisqu’une telle fleur ne dure
Que du matin jusque au soir

Le grade de chevalier Rose Croix est, à n’en pas douter, un grade d’amour. Il a pour projet d’assembler l’amour de l’humanité et dans ce but dépose au centre de la croix la rose d’amour. La grande espérance individuelle de l’immortalité des religions révélées pourrait progressivement s’effacer et être remplacée par la force de l’amour des autres, de l’amour de la nature et de l’amour de la vie.

Nous sommes bien peu de chose, nous qui sommes comme Sysiphe qui sait tromper les dieux et renaître de la mort. Sysiphe qui pousse sans cesse son rocher jusqu’au haut de la montagne mais qui ne désespère jamais sachant que l’espérance est bien au-delà de l’évidence. Souvenons nous que la seule vertu qui reste éclairée quand les autres sont éteintes est l’espérance. Sommes nous comme Christian Rosencreutz qui dans les noces chimiques écrit « la plus haute science est de ne rien savoir ».

Oui, monsieur Blaise Pascal, oui, nous sommes bien peu de chose et une vapeur, une goutte d’eau suffit à nous tuer mais quand l’univers l’écraserait l’homme serait encore plus noble que ce qui le tue parce qu’il sait qu’il meurt et l’avantage que l’univers a sur lui; l’univers n’en sait rien….et j’ajouterai que de le savoir voila notre grandeur .

Nous sommes bien peu de chose et nous savons que le monde actuel traverse une crise qui produit les plus grandes altérations de toutes les valeurs spirituelles et éthiques de l’humanité. Cette crise a exacerbé le matérialisme et ne vise qu’à convertir l’homme en un simple robot afin de pouvoir le manipuler en fonction des intérêts les plus humiliants. L’heure est peut être venue de réaliser un choix sélectif des minorités les plus qualifiées dans le monde spirituel pour constituer le ferment d’une nouvelle culture. Celle-ci pourrait orienter tous les êtres de bonne volonté et vivifier toutes les strates sociales pour pouvoir aider à la transformation d’une humanité meilleure et d’établir la fraternité et la paix sur notre terre. Le chevalier Rose Croix se doit de retourner au monde extérieur pour agir comme un levain pour la rénovation de notre civilisation. Lui qui a été convié à l’amour du soi et non l’amour de soi, lui qui tente de parvenir grâce aux symboles aux mythes primitifs de l’humanité que nous portons tous en nous, lui qui emprunte la voie royale de l’amour de l’humanité pour parvenir a l’Amour universel. Il a promis de se consacrer a l’amour de ses semblables sachant que c’est cela qui a été perdu .

Êtes-vous mes Frères Chevaliers Rose Croix ?

J’ai ce bonheur.

A SPINOZA de préciser :
Il n’est de bonheur que de joie
Il n’est de joie que d’aimer

J’ai dit

 

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