18° #415012

Ordo ab Chao et les jumeaux de Zoroastre

Auteur:

J∴ C∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué


Quel parallèle peut-on établir entre la devise « Ordo ab Chao »
 et les jumeaux à l’origine du monde suivant la doctrine de Zoroastre ?



Je ne suis pas, mes FF, un spécialiste du Zoroastrisme. Aussi, quand notre Très Sage m’a donné ce sujet à travailler, ai-je du faire quelques recherches sur le sujet ; pour tenter de comprendre quel parallèle pouvait exister, en effet, entre Ordo ab Chao et les jumeaux de Zoroastre.



Le Zoroastrisme est la première religion monothéiste instituée par les livres qui enseigne comme origine de l’univers Dieu, créateur de l’ordre survenant du rien initial, créateur des mondes.


Zoroastre prêchait parmi l’humanité, la morale, c’est-à-dire l’ensemble des jugements et des règles légitimes reposant sur le dualisme primordial opposant le bien et le mal, transcendance immatérielle provenant de Dieu créateur.


Pour certain, l’appellation Zoroastre est un grade symbolisant la plus haute distinction en tant que religieux. Pour d’autres encore, Zoroastre est connu au travers de la littérature de la Grèce antique comme étant un mythe.


A l’origine, le dieu ZURVAN AKARANA – le temps infini – se plaignait de n’avoir pas de fils. Il offrit un sacrifice au créateur qui lui accorda 2 jumeaux : le premier fut AHURA MAZDA qui devint le dieu de la vérité et de la lumière. Le second fut nommé AHRIMAN, que l’on peut traduire par « la pensée destructrice ». Comme le bon Abel ou le vindicatif Caïn, ces deux frères représentent les 2 tendances opposées de notre humanité ; ils étaient voués, du reste, à s’affronter pendant 9000 ans.


Voila donc présentés, certes on ne peut plus succinctement, les jumeaux de Zoroastre que nous pourrions définir ainsi : L’établissement d’un dualisme reposant sur la bataille entre le bien et le mal, la lumière et les ténèbres. Le principe de Zoroastre est qu’il existe un esprit sain et un esprit mauvais, esprits incréés, opposés, car représentant le jour et la nuit, la vie et la mort.


Et, nous le savons bien, ces deux esprits coexistent en chacun des êtres vivants, chacun des êtres que nous sommes.


Nous voila donc, avec Zoroastre, dans un état d’esprit qui implique d’opposer, de chercher, de comparer ; en quelque sorte, de rassembler pour construire, pour se construire. De rassembler les fruits issus des oppositions entre Ahura Mazda et Ahriman, entre Abel et Caïn. Car tout est éparpillé, dans nos mémoires, dans les recoins obscurs de nos cavernes intérieures, dans les méandres oubliés de nos activités neuronales. Rassembler ce qui est épars en somme. Tirer de l’ordre à partir du chaos !


Zoroastre a nommé son dieu, force créatrice du monde et des quatre éléments, l’eau, la terre, le feu, l’air ; éléments que les zoroastriens vénèrent et respectent au plus haut point puisque venant de ce dieu. Il a aussi créé l’homme en lui donnant son libre arbitre afin qu’il puisse toujours choisir ce qu’il souhaite faire entre le bien et le mal. Les 3 commandements zoroastriens sont : bonne pensée, bonne parole, bonne action. Mais dans le monde, il n’y a qu’une voie ; c’est la voie de la droiture, le rejet du mensonge. Si ses bonnes actions l’emportent sur les mauvaises, l’âme monte au ciel par un pont au-delà duquel l’attend le seigneur de la lumière. Dans le cas contraire, il s’agit d’une descente aux enfers. Mais lorsque, enfin, l’enfer lui-même sera purifié, le royaume du dieu, le royaume de la lumière s’installera sur terre.



Que faire ressortir de tout cela ? De cette opposition entre Ahura Mazda et Ahriman qui puisse porter ses fruits ? Une sorte de mise en ordre d’un chaos intérieur par une concentration de toutes les facultés de l’être ; une espèce d’Ordo ab Chao. Cette devise n’exprime-t-elle pas, sur le plan macrocosmique, l’ordonnancement universel par la volonté de son architecte auquel l’homme est indissociablement lié ? Notre Franc maçonnerie, traditionnelle et spirituelle, celle du REAA, prône un devoir suprême : La quête de la parole perdue en travaillant à rassembler ce qui est épars. Sorte de dette anthropologique de l’être humain envers le principe créateur. Aller vers la vérité et la lumière en empruntant les chemins de la connaissance, de l’amour, de l’action. Mais, j’y reviendrai bien sur.



Si l’on parle de dette, force est de constater que la profondeur du système de Zoroastre a exercé une grande influence sur les doctrines judéo chrétiennes (influence du reste mentionnée dans certains rouleaux des manuscrits de la mer morte). On retrouve tous les thèmes du zoroastrisme sous une forme semblable dans le judaïsme, le christianisme ou l’islam.


Ainsi, l’empereur perse Cyrus met fin à l’exil des juifs en libérant Jérusalem de la domination babylonienne et en autorisant la construction du second temple. La plupart des textes judaïques traitant de la vie après la mort, appartiennent à la période de domination perse en Palestine, ce qui laisse penser à une influence zoroastrienne.



Le changement des mœurs que les zoroastriens veulent, ils travaillent à l’obtenir par la droiture, par des actes justes et bons ; de fait, le zoroastrisme a eu aussi une grande influence sur le plan philosophique en occident. Platon, Voltaire et Nietzsche pour ne citer qu’eux. Ainsi, Nietzsche qui, dans Ainsi parlait Zarathoustra, évoquant l’harmonie entre la pensée iranienne et le cadre où elle s’est formée, écrit : « On sut concevoir les valeurs humaines comme des valeurs cosmiques et incliner jusqu’à l’homme, les grands actes qui sont aux cieux » Tout ce qui est en haut est comme ce qui est en bas ! Zoroastre développant dans son rituel d’ordre universel une loi commune en y enchaînant cours du monde et conduite humaine. Sorte de conquête par laquelle l’homme assure sa propre démarche au sein d’un grand tout. Ce, sous l’omniprésence du feu, symbole de lumière et qui est au profane ce que la lumière éternelle, sur le plateau du Très Sage ou du Vénérable Maître, est au sacré. La lumière de la connaissance vers laquelle nous tendons.



Au début de cette planche, j’évoquais Zoroastre comme relevant d’un mythe. C’est-à-dire, comment, grâce à l’intervention des dieux ou des héros, une réalité est venue à l’existence. En effet, les récits mythologiques évoquent toujours la notion d’un chaos initial d’où le créateur ou le démiurge, va trier le monde, pour réaliser l’ordre. Nous savons bien que l’explication mythique répond aux questions bien connues : « D’où vient l’homme ? Qui est-t-il ? Où va-t-il ? »



Ici, à mon sens, se rejoignent pleinement les jumeaux de Zoroastre et la devise Ordo ab Chao. Ordo ab Chao qui marque la spécificité du Rite Ecossais ancien et accepté, un ordre intimement lié avec ce qui, dans l’homme comme dans l’univers, fait exister un principe immuable et permanent.



Sur un plan historique, il semble que cette devise soit apparue, administrativement, pour la première fois dans la patente de Grasse Tilly, délivrée le 1er février 1802. Cette devise permettant de mettre en place une transmission initiatique cohérente, favorisant l’émergence d’un ordre de ce chaos. Cette phrase me semble résumer à elle seul tout le processus initiatique et rappelle l’apparition de l’univers décrite dans la genèse, suivie par une succession de cycles d’ordre et de désordre selon un même schéma. Ordre et chaos représentent les deux alternatives de la manifestation conséquente du sacré au profane. Elles émanent d’un concept de dualité, de réciprocité qui se manifeste dans le bien et le mal, le négatif et le positif, les ténèbres et la lumière. Et l’on peut rejoindre ici l’opposition entre Ahura Mazda et Ahriman en cela qu’ils représentent : bien ou mal, ténèbre ou lumière, ordre ou désordre.



Dans la genèse, c’est sous l’impulsion du verbe que le chaos matériel initial s’organise. Se créent donc des interactions, des oppositions desquelles se dégage une sorte de loi d’équilibre. Ordo ab Chao porte là à se référer à la notion de GADLU en tant que principe ordonnateur de l’univers.



A titre d’exemple maçonnique, pour moi particulièrement probant, si j’ose dire, je voudrais en venir à cette période de ténèbre générée par l’assassinat du Maître Hiram. Drame terrible qui, pour le Maître maçon, marque le départ d’une période de recherche à la fois infinie et pour un temps indéfinissable. Ce meurtre suspend l’ordre du chantier. Il s’agit alors, pour rétablir cet ordre, de remplacer le disparu afin que le ternaire fondateur puisse continuer à fonctionner, à transmettre et à retrouver les assassins, pour que justice soit faite. C’est à ces conditions que, à nouveau, règnera sur le chantier l’Ordo ab Chao, permettant son achèvement.



L’application de la devise se retrouve ici, d’abord par la mort du candidat (chaos) qui, lorsqu’il est relevé plus radieux que jamais (ordo) annonce un nouveau cycle de réalisations, de passages de l’équerre au compas. J’évoquais tout à l’heure Zoroastre développant dans son rituel, d’ordre universel, une loi commune en y enchaînant cours du monde et conduite humaine ; avec en visée : la lumière. Cette lumière, elle est un aboutissement commun à Zoroastre et à ses jumeaux, comme à Ordo ab Chao. Je voudrais ici citer René Guénon lorsqu’il met en parallèle deux devises initiatiques : Ordo ab Chao et Post ténébras lux, comme ayant des significations si proches qu’elles sont presque identiques. L’une et l’autre se référant à l’illumination initiatique qui correspond à une sorte de vibration originelle déterminant un début de processus cosmogonique par lequel et à partir duquel, le chaos sera ordonné pour devenir cosmos. Autrement dit, ceci renvoi au symbolisme des ténèbres supérieures. Les ténèbres correspondant au monde profane d’où vient le récipiendaire avec, en lui, ses contradictions, son questionnement, son Ahura Mazda et son Ahriman en quelque sorte. Lorsqu’il est fait maçon, et initié en recevant la lumière, il s’avère que le processus initiatique épouse complètement le processus cosmogonique. Dès lors, la naissance de l’apprenti est analogiquement comparable à la naissance du cosmos.


La dynamique vient alors que l’initié entame en lui le processus de réalisation spirituelle qui fera croître en lui le germe de lumière reçu lors de son initiation.



L’ordre que l’initié travaille à installer en lui est un engagement actif de lutte et la décision d’ordonner certaine de ses pulsions et forces contradictoires. Ainsi pourrions-nous dire : « Les êtres passent et disparaissent, la vérité demeure, l’ordre traverse le temps et les générations ».



Enfin, je dirai que Zoroastre prêchait un dualisme reposant sur l’affrontement entre bien et mal, ténèbre et lumière. Son principe est qu’il existe un esprit saint, lumineux, en la personne de Ahura Mazda et un esprit mauvais, noir et destructeur, en la personne de Ahriman, en constante opposition, puisque représentant bien et mal. Et ces deux esprits coexistent en chaque être vivant et dans l’esprit du Franc maçon qui vient de recevoir cette bribe de lumière qu’il va avoir à cultiver le long de son cheminement, ce, parfois face au doute. La Franc maçonnerie du REAA qui, à travers son Ordo ab Chao, travaille à la gloire du GADLU, apporte à qui décide de le rejoindre, des outils, des possibilités de travail intime ; comme Zoroastre, qui n’a jamais prétendu être un prophète, s’est contenté de donner des directions de recherches spirituelles. Point n’est besoin pour les zoroastriens d’adorer un Dieu. L’homme est mis face à lui-même, comme l’initié du REAA est positionné à côté de la borne N°1 de son chemin avec, pour viatique : « Bonnes pensée, bons mots, bonnes actions »



Si Zoroastre a condamné les rites et les sacrifices traditionnels offerts aux dieux par les Perses, il a gardé la tradition du culte du feu, en cela qu’elle est une lumière, la lumière…Toute l’action du monde était basée sur action/réaction, et la réponse à toute attitude charitable lui parût être la bonne action ; action que ne reniera pas un Maître maçon, à fortiori un Chevalier Rose Croix.



Selon Zoroastre, la bonté est quelque chose comme une lumière qui vient du fond de soi et cette bonté est inhérente à l’homme. Toujours s’efforcer de choisir le côté du bien, qui s’effectue par une constante dialectique, un constant échange, de constantes mises en opposition. Mais au final, c’est l’homme qui choisit et celui qui décide de remplir sa responsabilité pleine et entière envers les autres hommes est sur la voie de la sagesse, en route vers sa reconstruction, cheminant vers la Lumière.



J’ai dit.

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