18° #415012

De la fonction royale à la fonction sacerdotale

Auteur:

M∴ G∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué
A LA GLOIRE DU GRAND ARCHITECTE DE L’UNIVERS
ORDO AB CHAO – DEUS MEUMQUE JUS


SOUS LA JURIDICTION DU SUPREME CONSEIL
DES SOUVERAINS GRANDS INSPECTEURS GENERAUX
DU TRENTE TROISIEME ET DERNIER DEGRE
DU RITE ECOSSAIS ANCIEN ET ACCEPTE POUR LA FRANCE


T.S.A. et vous tous mes FF. C.R.C.


Par quel hasard, par quelle nécessité, l’humain est-il passé d’une non- organisation originelle à une structuration bi polaire de la société, j’entends par là les valeurs traditionnelles représentées par le siècle et le religieux ?

A l’origine, la vision du cosmos par la société humaine ne peut que s’apparenter à une spiritualité primordiale. L’Unité du Principe s’étendant en toutes choses, rien donc ne peut en être séparé et dans ce contexte, les fonctions du roi et du prêtre sont indifférenciées.

Mais l’évolution des sociétés du fait de la nature particulière de l’esprit humain, du fait du recouvrement progressif du Soi par le Moi pendant le long processus d’élaboration de la psyché humaine, a conduit à la dichotomie du principe commun et à la création de cette dualité inégale existant entre le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel.

En fait, à l’origine, nous sommes tous plus ou moins égaux en ce sens que n’importe lequel d’entre nous peut tuer l’autre, y compris pour se protéger d’un plus fort. Cela conduit immanquablement à un état de peur et de conflit permanent. De cette peur d’une mort violente, chacun ressent le besoin d’un contrat avec l’autre où il abandonne ce droit fondamental de frapper pour sa conservation en contrepartie d’une paix à laquelle chacun aspire. Et pour faire respecter ce droit, tous ensemble nomment un Souverain (que ce soit un Roi, une Aristocratie, ou une Assemblée) à qui ils remettent l’Autorité et le Pouvoir, y compris sur leur propre vie.

Un philosophe anglais, Hobbes, a résumé tout cela en une formule efficace:  » the end of obedience is protection  » (le but final de l’obéissance est la protection) .

Quant à la nature de la fonction royale, il n’est que de regarder l’histoire et la vie des rois passés pour faire apparaître l’image idéale du gouvernant. Souvenons nous des rois bibliques (Salomon, David, Ézéchias, Josias), des rois grecs (Alexandre qui eut Aristote pour précepteur), des empereurs romains (Claude enseigné par Sénèque et Trajan par Plutarque), des empereurs chrétiens (Constantin, Théodose, Justinien, puis Charlemagne qui s’adjoignit la collaboration d’Alcuin ) et la longue lignées des rois de France.

Tous ces gouvernants, quelle que soit leur époque, se doivent de respecter les devoirs moraux attachés à la fonction royale. Et pour cela, ils doivent mettre en œuvre les vertus indispensables nécessaires à l’accomplissement de cette tâche.

Prenant exemple sur Charlemagne, le Carolinus (1200) de Gilles de Paris enseigne au futur Louis VIII les quatre vertus cardinales : prudentia, justicia, fortitudo, temperancia (prudence, justice, courage et patience). Quant à Saint

Augustin, il rappelle solennellement dans la Cité de Dieu que les fondements de la fonction royale sont la paix, l’ordre et la justice.

La fonction royale est donc composée d’un ensemble de devoirs mis en œuvre par les vertus de celui qui les assume. Et nous allons constater combien le chemin initiatique que la F.°.M.°. nous propose est en relation constante avec l’apprentissage de cette fonction, ce que certains appellent la découverte des petits mystères.

Dès les trois premiers grades, la notion de devoir est omniprésente. Il s’agit alors de méditer les enseignements du rituel, de respecter les obligations prises (dont le devoir d’assiduité), de se taire sur les parvis, de rechercher la justice, d’aimer ses FF.°., de se soumettre à la loi et à la discipline.

Puis l’atelier de perfection fait découvrir au M.S. un chemin plus nuancé, mais aussi plus ambitieux, et qui consiste essentiellement à passer progressivement des « devoirs » au « Devoir ».

Même si le « Devoir fondamental », c’est encore et toujours « rechercher la Vérité, rassembler ce qui est épars et retrouver la Parole perdue », le M.S. va être placé devant une succession de devoirs élémentaires qui sont autant d’apprentissages à effectuer pour acquérir les vertus nécessaires de la fonction royale.

Le chemin laborieux de l’apprentissage va développer en lui une éthique de vie, un nouveau regard sur le monde et, par là, un nouveau comportement. Chaque pas, chaque découverte, lui permettra l’émergence d’une nouvelle facette du plan divin qu’il porte en lui. Et chaque acte de soumission à la Volonté du Grand Architecte éclaire d’une lumière nouvelle la réalité de son existence.

Basiquement, les devoirs du M.S. se rattacheront en permanence aux trois questions posées dans le cabinet de réflexion (devoirs envers soi-même, envers les autres, envers Dieu), mais l’espace à arpenter va singulièrement se dilater.

On peut tout d’abord considérer qu’il y a les devoirs fondamentaux, à l’image de ceux dictés à Moïse : libérer, guider, conclure l’alliance et enseigner la loi.

Puis les devoirs individuels, tels que :


– Le devoir de la prise de conscience de soi et des autres,


– Le devoir d’apprendre à se défaire de tous les préjugés, parti-pris et jugements de valeur,


– Le devoir d’œuvrer avec persévérance, détaché du fruit de l’action, Le devoir de toujours réfléchir avant d’agir,


– Le devoir de remplir ses engagements avec le plein sens des responsabilités,


– Le devoir de servir et aimer son prochain au-travers du sentiment de la solidarité universelle,


– Le devoir de transmettre la tradition aux Frères des 3 premiers degrés.

Nous voyons ici à l’œuvre, en permanence, le devoir d’obéissance et de soumission au plan divin au-travers d’une écoute permanente de la conscience et d’une remise en cause systématique du « croire ». Le « doute positif » est ici l’outil privilégié de la conscience qui cherche à échapper à ses chaînes.

Tous ces devoirs impliquent une dépendance fondamentale du M.S. envers l’œuvre du Grand Architecte et rejoignent en cela la Tradition primordiale

puisque, depuis l’aube des temps, tous les chemins initiatiques proposent un véhicule identique. A savoir la remise en cause volontaire de l’acquis et de l’inné afin de faire émerger progressivement au clair de notre conscience le plan divin qui nous constitue.

Mais tant que le M.S. est dans l’Ignorance, ce plan reste obstinément inconnaissable. Ne connaissant pas le but, et pour cause, comment peut-il dès lors connaître le chemin car « il est plus facile de faire son devoir que de le connaître ». Le M.S. a ici besoin d’une méthode et d’un guide. La méthode consiste dans l’application des devoirs énoncés lors des quatre voyages et le guide se présente en la personne du T.F.P.M. : «Inclinez-vous devant notre autel et contractez une sincère alliance avec nous».

Dès lors, à l’écoute attentive et permanente de sa conscience, soucieux de remplir les devoirs qui lui sont demandés, le M.S. allègera progressivement son regard pour découvrir enfin la véritable nature de la fonction royale qui n’existe pas tant en relation avec le gouvernement des hommes que comme cause de Dieu. Le M.S. va donc découvrir que toute légitimité vient du Ciel.

A ce moment précis, les portes du sacerdoce s’ouvriront à lui.

Car le sacerdoce est essentiellement action médiatrice entre le Ciel et la Terre. On voit ici clairement le lien de subordination qui existe entre les deux pouvoirs dont nous parlons ce soir puisque le sacerdoce reçoit sa force directement du Principe qu’il représente et qu’il sert, alors que la royauté, soumise au Devoir divin, ne peut recevoir sa force que du sacerdoce.

La légitimité du pouvoir sacerdotal dépend alors de la seule fidélité indéfectible au Principe : « Ne te forge pas d’idoles humaines ».

Un a parte immédiat pour préciser notre vocabulaire : la Tradition primordiale est la forme religieuse, sacrée, de la relation au Principe. Elle ne prend pas nécessairement la forme de la Religion. Nous oublierons, dans cette planche, les doctrines des Religions qui sont du domaine individuel alors que le Principe, et le Sacerdoce qui le sert, participent à l’universel.

La confusion courante provient de la notion même du « religieux ». Le « religieux », qui est le « vécu du Sacré », est très loin du mot « religion ». Car si les religions revendiquent toutes le Sacré, elle n’en ont pas pour autant le monopole. C’est le Sacerdoce, qui se rapporte au Sacré, qui est le Devoir de l’homme religieux.

Et le REAA, fidèle à son engagement de nous conduire à la recherche de la Parole perdue, nous propose tout au long de notre vie maçonnique un enseignement de type sacerdotal, c’est à dire un processus initiatique animé, à tous les degrés, d’influences spirituelles.

Et le moyen pour y parvenir avec efficacité, c’est le Sacrifice. Ne nous y trompons pas, Sacerdoce et Sacrifice sont indissolublement liés. Car s’il s’agit ici de recréer la conscience, à laquelle nous nous identifions, sur de nouvelles bases, il faut donc nécessairement passer par le sacrifice de l’ancienne. Sacrifions ce que nous sommes sur l’autel du Principe et re-naissons à une nouvelle conscience.

Le premier des sacrifices est demandé à l’apprenti par le dépouillement des métaux, forme de pauvreté qui doit le ramener à la simplicité de l’être.

Puis le sacrifice d’Hiram qui chancelle, tombe et meure sous les trois coups des mauvais compagnons. A ce propos, un maître soufi considère que « le commun des hommes ne sacrifie que des moutons alors que les parfaits immolent, eux, leur force et leur puissance », faisant ainsi abandon total à l’Eternel de ce qui pouvait subsister de leur moi illusoire. Le Coran le rappelle ainsi : « Toute chose périt, sauf la face de Dieu ».

Le symbole du Pélican, présent en permanence sur la poitrine du C.R.C, est en relation directe avec ce sacrifice. L’extrémité de son bec, rouge ou orange, et le contraste de cette couleur avec le blanc du plumage de la poitrine conduit immanquablement à la vision de l’oiseau qui se déchire la poitrine pour nourrir ses enfants avec son propre sang. Il s’en suit que, tout naturellement, le pélican est devenu l’emblème de l’humain bienfaisant qui verse son sang pour le salut de l’humanité.

Nous sommes ici en pleine manifestation de la vie sacerdotale. Au plan intime, tout C.R.C. doit nécessairement sacrifier sa conscience duelle (communément appelée «ego»), pour pouvoir atteindre à l’authenticité de l’être. Il s’agit pour lui de l’offrande totale et volontaire de son être dans la pratique de la foi, de la charité et de l’espérance. C’est par le comportement d’humilité, par le renoncement et le dévouement que le service du sacerdoce se réalise.

Car l’ascension spirituelle ne peut s’opérer que par la volonté altruiste d’Amour sous-tendue par l’oubli de soi. Ne l’oublions jamais, la recherche de la Parole perdue passe par le sacrifice intégral du moi et tout chevalier animé par une authentique quête de la Vérité devra en passer par son propre sacrifice sur l’autel du sacerdoce.

A chaque suspension des Travaux, la célébration de la Cène nous le fait revivre: le vin et le pain, les deux symboles fondamentaux de la vie, scellent définitivement l’entente et la réconciliation. Entente avec l’autre, avec l’humain (au sens de Lévinas) et réconciliation avec soi-même, c’est à dire disparition de sa conscience duelle, naturellement égoïste, au profit d’un nouveau regard sur l’oeuvre de l’Eternel.

Le pain et le vin se sont enflammés en même temps que la Parole, se sont unis dans un mariage mystique et ont régénéré, en se détruisant, une nouvelle vie, la vie du Sacerdoce. On peut alors dire « consummatum est » car l’œuvre purement royale du C.R.C. est achevée et sa vie sacerdotale, sacrifice permanent, commence.

Cette nouvelle conscience consistera essentiellement dans un nouveau regard sur le monde, la disparition de l’égoïsme, la nécessité puissante de témoigner des vérités acquises, la disponibilité totale pour aider l’autre et la soumission permanente à la volonté de Dieu. Alors le C.R.C., remplissant ainsi pleinement la fonction du sacerdoce, deviendra un pont entre la part trop humaine de l’être et la magnificence de l’Eternel.

J’ai dit, T.S.A.

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