18° #415012

Charité et Humilité

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Au nom et sous les Auspices du Suprême Conseil de France,
A la Gloire du Grand Architecte de l’Univers
Rite Ecossais Ancien et Accepté
Ordo ab Chao

Humble est celui qui se montre volontairement modeste, qui manifeste l’effacement, la déférence, qui est sans éclat, sans prétention, sans importance (médiocre, obscur) ; désigne aussi les « petites gens », les pauvres. Humilité : état d’esprit, attitude de quelqu’un qui est humble, se considère sans indulgence, est porté à rabaisser ses propres mérites.
Charité, vertu qui porte à vouloir et à faire du bien aux autres, acte fait dans cet esprit, secours apporté à quelqu’un, amour de dieu et du prochain (vertu théologale). Comment peut-on accoler ces deux…comment les nommer ? …sentiment, attitude, concept, vertus ? Oui, plutôt vertus…

Faut-il être charitable pour être humble ? Ou, au contraire, faut-il être humble pour prétendre faire acte de charité ? Ou encore ces deux là sont-ils si imbriqués l’un dans l’autre qu’ils ne peuvent apparaître qu’ensembles ?

Mais, d’abord, depuis combien de temps avons-nous étés confrontés à la notion d’humilité, au cours de notre quête initiatique ? « Qui va là? » interroge le couvreur…
« Un humble postulant plongé dans les ténèbres… », Répond le Frère Expert. Et, puisqu’il est libre et de bonnes mœurs, on lui donnera la liberté de passer…

Ah, s’il pouvait mettre un genou en terre, même furtivement, ce serait merveilleux ! En se relevant, il sent confusément la pointe d’une épée, droit sur son cœur… Ah, si une goutte de sang pouvait perler, même une toute petite, indiquant la grandeur du sacrifice qu’il fait à cet instant précis, ce serait magnifique, magique…
Et l’on répète, à la fin de chaque voyage :
« Qui va là ? » « Un humble candidat plongé dans les ténèbres et qui… » est-il répondu, trois fois.

Bien sûr, lorsque j’ai effleuré le sol du genou, le jour de mon initiation au 1er degré, j’avais plus à l’esprit la nécessité, pour moi, de ne pas tomber, ou de ne pas déchirer mon pantalon, que de percevoir cette attitude dans toute la puissance éclairante qu’elle dégage, et que l’on ne peut découvrir et développer que si l’on va plus loin…si l’on a franchi les portes de la mort, pour atteindre un âge plus respectable…7 ans et plus…
Sur l’instant, je n’ai pas compris pourquoi il me fallait ployer le genou pour entrer chez les Franc-maçon, et ce n’est que plus tard que le concept même de « bonnes mœurs » a fait son chemin en moi, et que j’ai conçu l’idée que, pour être de « bonnes mœurs », il me fallait abandonner toute attitude d’orgueil, de vanité, qu’il me fallait dépouiller le vieil homme qui me servait d’armure, et pratiquer la vertu, les vertus, qui font que l’humain devient Homme.
Sur la voie initiatique, il nous faut concevoir clairement que nous ne sommes, après tout, qu’un peu de poussière d’étoiles qui a pris son destin en mains, un peu d’humus réputé intelligent… Pour concevoir cela, il nous est nécessaire de nous pencher vers le sol, face à nos propres origines, et demander à apprendre, alors que, pour la plupart d’entre nous, nous avions, à notre actif, un « bagage », constitué de savoirs très divers, mais dont il nous fallait faire abstraction pour nous consacrer à la recherche de La connaissance.

Tous les hommes cherchent leur place en ce monde, tous ne font pas effort pour y parvenir. Demander à apprendre, c’est déjà considérer que l’on ne sait rien, ou bien que toute chose, appréhendée un jour est à reconsidérer le lendemain.
C’est aussi accepter la notion d’impermanence, impermanence qui conduit tout droit à la perception aiguë de l’humilité :

Que suis-je devant l’éternité ?
Que suis-je au regard de l’univers ?
Que suis-je à côté de la nature ?
Que suis-je face à l’humanité ?

Cela me fait penser à une pièce de théâtre, dans laquelle on peut distinguer quatre parties principales : à savoir l’Entrée, (ou le préambule), le But, (ou l’argument), la Fin, (ou l’épilogue), et enfin, les Règles, (ou le scénario).

L’Entrée, c’est le bout du tunnel de l’Avoir et du Paraître, royaume de la suffisance, empire de l’orgueil. C’est le constat plus ou moins tardif que cette voie de la possession ne peut satisfaire totalement à l’aspiration profonde d’un être humain.
Basée sur le monde duel et sur l’illusion, sa densité et son opacité heurtent, à un moment quelconque le besoin de liberté de l’âme humaine, le besoin d’amour donné, sans attendre une quelconque récompense, que chaque individu cache au plus profond de son esprit.
L’entrée, c’est la prise de conscience de la dimension humaine, et de l’insatisfaction que procure la vie courante.

Le But, c’est le but même de la vie.
Que venons-nous faire ici, sur cette terre ? Parmi les hommes ?
A quel destin sommes-nous attachés ?
A quoi sert donc cette progression qui va de la fusion du spermatozoïde et de l’ovule, jusqu’à la destruction du véhicule complexe et merveilleux qui en résulte et qui nous est prêté pour si peu de temps ?
Quel est donc ce jeu dans lequel nous sommes entraînés ? Et dont nous ne savons rien… Enfin presque rien, car, nous découvrons bien vite quelle est la fin du jeu !

J’ai envie de répondre ce que me dit mon cœur, au plus intime de mon être.

Connaître la raison pour laquelle je suis là, c’est comprendre qu’il me faut découvrir, au cours de cette existence si brève, certains des éléments qui permettront d’avancer un peu dans la voie de la connaissance Absolue. Mais, à qui profitera cette avancée, même minime ? Je me considère, ici, comme un compagnon, engagé sur le chemin des constructions des cathédrales, et qui sait parfaitement, dès le premier jour de son travail au chantier, qu’il ne verra pas l’achèvement de l’édifice, mais qui s’engage quand même résolument, et, modestement, avec tout son amour et tout son art, témoigne de l’œuvre commune future, en signant ses pierres pour son salaire, puis en les noyant dans l’édifice, anonyme… Seul l’édifice compte !
Il m’importe, aujourd’hui, d’unifier mon existence à cette énergie qui sous-tend toutes les existences, présentes, passées et à venir. Voilà mon but…

La Fin : Connaissant maintenant mon but, ne pensez-vous pas que la fin du jeu  doive nécessairement être en rapport avec l’avancement de ma quête, au moment où elle intervient ?
Et que, si j’ai mal œuvré pour unifier mon être au rythme universel, la fin ne sera pas de niveau, la marche à franchir sera difficile, voire impossible, et il me faudra recommencer, de nombreuses fois, avant de « passer » dans le centre de la cible, sur le « fil du rasoir » !…
Comme au jeu de l’oie, mes Frères… Avancer, reculer, revenir même quelque fois tellement en arrière qu’on peut tomber au puits de l’initiation…parfois !

Il me faut dire encore, en ce qui concerne la fin, quelques mots sur la philosophie, jeu, là encore, mais d’un autre ordre, et hautement spirituel.
En effet, la philosophie étant, par définition, l’art d’apprendre à mourir, je suis de plus en plus certain que la fin du jeu de la vie, vue par le profane, la mort, n’est pas la même que pour l’initié qui apprend, par son ascèse, à ne plus craindre la mort physiologique, mais bien plutôt à la considérer comme une fidèle amie qui saura, le moment venu, faire tomber le rideau, à la fin du dernier acte ! Peut-être avant que l’acteur ne devienne vraiment mauvais, trop cabotin, trop imbu de sa personne, ou trop orgueilleux…
Ainsi, la mort n’est plus une fin, la fin de la pièce, mais le passage, au tombeau, à l’Orient Eternel, nécessaire pour qu’éclose une nouvelle expérience, une nouvelle vie, une nouvelle pièce de théâtre, un autre décor, de nouveaux partenaires.

Les Règles : A l’opposé des règles changeantes du mental, celles du monde initiatique sont immuables ! Il nous suffit d’être assez humble pour demander à apprendre, et, par un processus d’ouverture et d’illuminations successives, les règles apparaissent d’elles-mêmes à celui qui a la volonté d’œuvrer, non pour son propre bénéfice, mais pour celui de l’univers tout entier. C’est « accorder son être au rythme universel ».

Une des grandes règles de cette ascèse, et non la moindre, c’est de développer, en soi, les qualités de cœur, qualités qui n’ont rien à voir avec le sentiment, ou l’émotion, mais qui indiquent le chemin de la vie. Et l’on peut constater que cette règle, c’est la règle du jeu initiatique :
Purifier le cœur
Dépouiller le « vieil homme »
Eveiller le cœur par l’ascèse, c’est-à-dire se présenter « ni nu, ni vêtu », le cœur à découvert, sans armure, le genou à nu, et faire, comme Descartes le disait dans son « Discours sur la méthode », faire « table rase »… Cela veut dire, débarrasser sa table de tous les reliefs des repas intellectuels ou philosophiques que l’on a pu faire par le passé, dans l’autre monde. « Heureux les simples en esprit… ». Ces « simples en esprit », à n’en point douter, ont débarrassé leur esprit de toutes les alluvions culturelles non vérifiés, ou liés à la vie quotidienne et qu’ils ont emmagasinés jusqu’à aujourd’hui.
C’est une des règles que l’on se doit d’observer si l’on veut faire œuvre d’Homme, si l’on veut vraiment être utile à quelque chose en ce monde, si l’on veut s’ouvrir au Beau, au Bon et au Vrai !
C’est faire son testament philosophique, en quelque sorte !

Tout cela, nous l’avons vécu, mes Bien Aimés Frères, sans nous en rendre vraiment compte…
Ce n’est que peu à peu, en travaillant parmi nos frères, en méditant, et en retournant souvent au Cabinet de réflexions, que l’on entrevoit le vrai but, l’action vraie, le vrai lien qui unit l’homme à son semblable et à l’univers. C’est ce jeu initiatique qui nous permet de devenir des hommes au sens le plus noble du terme.

La véritable humilité, c’est lorsqu’on découvre qu’il existe un principe supérieur à l’homme, et c’est la caractéristique essentielle de tout rite initiatique.
« Par qui avez-vous été reçu ? » « Par le plus humble de tous. » « Pourquoi le plus humble ? » « Parce qu’il était le plus éclairé, et qu’il savait que toute inspiration vient d’en haut. »

L’humilité, c’est une façon de penser, un art de vivre aussi, qui consiste à savoir se placer et rester à sa juste place, que ce soit sur le plan individuel, familial, spirituel, culturel, social ou religieux..
Etre humble, ce n’est, en aucun cas, céder devant plus puissant ou plus audacieux que soi, s’abaisser par crainte ou par lâcheté, battre sa coulpe en se répétant qu’on est mauvais, rester dans l’ombre des « chefs » en les flattant, en collaborant aux travaux de ceux qui savent se placer en avant… Non, être humble, c’est savoir être, tout simplement ETRE, ce que l’on est… C’est-à-dire humain, avec ses défauts et ses qualités, avec, au plus secret de soi, la « terreur d’être un homme », qu’il faut sans cesse confronter et équilibrer avec « la merveille d’être un homme », en assumer pleinement les conséquences, et vivre ce qu’il nous est donné de vivre, tel que, sans vouloir être mieux servi, sans rancune d’aucune sorte. (Boris Vian)

L’humilité, c’est un sentiment qui pousse à l’autre, à aimer l’autre, pour ce qu’il est, sans l’idéaliser, sans vouloir en faire un autre soi-même, cela pousse aussi à s’accepter tel que l’on est, et remarquez bien que je ne dis pas s’aimer, qui me semble, brusquement, d’un orgueil sans mesure, non, s’accepter, se supporter tel que l’on se découvre, au fur et à mesure que le temps passe qui nous révèle notre propre image, comme un bain de révélateur photo laisse deviner les contours d’un visage avant de le dévoiler complètement…

En me permettant de ne jamais sur évaluer mes pensées et les actes qui en découlent, l’humilité me conduit tout droit à l’Amour universel, à l’AGAPE…à la Charité…qui n’est pas, elle non plus, « destinée à asservir celui qui reçoit et enorgueillir celui qui donne », comme le dit si bien notre rituel.
L’humilité, c’est reconnaître, en soi, la marque de l’éternité, et TRAVAILLER à parfaire l’œuvre commencée par l’incarnation en ce monde-ci. C’est faire, à sa mesure, le même travail chez l’autre, et aider à rendre le monde meilleur, aider à cette prise de conscience, d’abord individuelle, puis, ensuite collective, qui mène à l’Amour, à l’harmonie entre les êtres et à la Paix.
L’humilité, c’est agir dans le monde, sans attendre le moindre témoignage de gratitude, parce que c’est notre devoir d’homme d’œuvrer dans le monde…

Mais, avez-vous remarqué que, depuis le début, je vous assène des « vérités » sur l’humilité, du genre « l’humilité, c’est ceci, c’est cela », comme si je détenais la vérité sur le sujet… J’aurais plutôt dû placer des points d’interrogations après chaque phrase… Car, je ne sais pas, vraiment ce que c’est que l’humilité… J’aurais plutôt tendance au contraire, naturellement, sans me forcer…

Maintenant, vous parler du lien qui doit nécessairement exister entre Humilité et Charité, là, çà devient plus délicat…
Eros et Humilité ?
Philae et Humilité ?
Agape et Humilité ?

Qu’est-ce qui peut bien les relier, et même, y a-t-il un lien ?
Pourquoi le rituel nous parle-t-il d’humilité et de charité dans le même contexte ? En général, ce n’est pas sans arrière pensée, et il n’est pas d’exemple d’un concept lancé comme çà, sans aucune portée initiatique, et qui ne serve à rien.

Eros, amour de l’autre, attention particulière et exclusive à l’autre… Non, je ne vois pas en quoi l’humilité peut entrer dans le jeu d’un amour de cette sorte… Quoique, si l’on se place strictement sur le plan de la conquête amoureuse, faire montre d’orgueil ou de fanfaronnade, en abordant l’autre peut se révéler fort néfaste pour la suite…

Philae : amour de soi, nombrilisme, lorsqu’on pousse à l’extrême… Non, là non plus, je ne vois pas trop comment adjoindre Humilité… Quoique, si on prend garde à limiter, à maîtriser cette attention à soi-même, à l’acceptation, sans en tirer un quelconque orgueil, juste pour utiliser ses qualités et sublimer ses défauts pour en faire des éléments capables de servir à quelque chose, ce peut être d’une grande utilité… La plupart des hommes passent à côté d’eux-mêmes sans chercher à se connaître ne serait-ce qu’un tout petit peu, et, de ce fait, sont incapables de discerner, chez les autres, la moindre parcelle d’amour…
Mais, c’est aussi amour fraternel…et l’amour fraternel, s’il est bien compris, peut nous mener à l’humilité, car, n’oublions pas que flatter son frère, c’est le desservir, c’est le corrompre… On se doit de donner toujours la vérité, et plus particulièrement à son frère, à celui que l’on a choisi librement comme compagnon de route… On se doit, aussi, d’accepter les critiques et les conseils qu’il nous donne, car un regard extérieur est toujours utile pour rectifier et améliorer notre vision des choses et partant, notre action…

Agape : amour d’une portée universelle, puisqu’il porte son attention sur l’ensemble de l’humanité, et peut même aller jusqu’à englober l’univers dans son immensité, à commencer par la nature, sa complexité et sa beauté.

Le Chevalier R+ ne construit plus de Temple matériel, il a dépassé ce stade, il consacre sa vie désormais à construire le seul édifice universel qui réunit toute l’humanité sous sa bannière, le Temple de l’Esprit.
Mais ce temple de l’Esprit ne se bâtit pas de la même façon qu’un Temple de pierres, car il existe déjà, vous savez, comme la statue qui trône au centre du bloc de pierre brute, comme le film de cinéma qui est déjà présent sur l’écran blanc, comme le tableau, avec ses formes et ses couleurs, que l’artiste voit déjà au milieu de la toile tendue…
Il nous suffit d’ordonner le chaos, et, pour cela, travailler sans relâche à trouver les formes, les couleurs, les fonctionnalités de l’œuvre du GADLU, et les intégrer à notre propre esprit.
Rassembler ce qui est épars, se faire modeste glaneur de symboles, sans cesse émerveillé de ses découvertes, et, par là, amoureux de l’œuvre que l’on cherche à reconstituer.
Amour se développe alors dans notre cœur, Amour de l’Univers, Amour de soi, Amour des hommes, Amour de la nature dans la diversité de ses manifestations.

Le Chevalier R+ se trouve à la croisée des chemins : Verticalité, le doigt pointé en haut, vers le ciel, plutôt, pour témoigner qu’un principe supérieur nous dépasse et nous inspire, puis doigt pointé vers le sol, le pied de la croix, pour témoigner, là aussi, qu’il vient de l’humus et y retournera le moment venu.
Ainsi placé, il ne peut que diffuser, à l’horizontale, c’est-à-dire dans le plan des hommes, toutes les vertus qui naissent de la Foi et de la Charité, et qu’il a reçues de son travail sur la verticale.
Mais, l’apprenti n’a-t-il pas pour outil le fil à plomb qui lui enjoint de rechercher, au plus profond de lui-même ? Et que découvre-t-il en premier lieu ? Lui-même, bien sûr… Et sa provenance… Au fond du cabinet de réflexions… Là où jaillit, librement la source qui anime sa Vie, sa Foi, sa Charité et son Espérance.

Et le Maître Elu des Neuf ne plonge-t-il pas au fond de la grotte, symbole de l’intériorité, de l’origine, Terre, Eau et Feu, pour y découvrir le traître Abiram, le tuer, et l’extirper de son cœur, au péril de sa vie ?
Autant de retours à la Terre, à la source de toute inspiration puisque « ce qui est en haut est comme ce qui est en bas », et que, au regard de l’Univers, les notions de haut et de bas ne valent rien, notre zénith correspondant au nadir de nos frères des antipodes, et inversement.
Ce qui nous ramène à l’Humilité, en même temps qu’à la Charité, dans tous les sens de ce mot/vertu, car il faut être humble pour aimer d’amour, et prodigieusement fou d’Amour pour sentir l’humilité nous envahir.

Très Sage Athirsata
J’ai dit.        

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