L’Etoile Flamboyante au XVIIIe degré
P∴ A∴
Ah ! Que j’aurais aimé vous entretenir de ces nouveaux symboles que sont pour moi jeune chevalier Rose+Croix, le phénix ou le pélican… Rien de tout cela, il m’incombe aujourd’hui de vous interpeller sur ce « vieux » symbole – vieux parce qu’entrevue plusieurs fois – Qu’est ce que l’Etoile Flamboyante ? Comment va -telle au XVIIIème degré nourrir ma réflexion et comment allez-vous m’aider par vos réponses à mon questionnement ?
La gestation d’une planche est certainement l’un des plus riches moments de notre chemin initiatique, cela part toujours d’une « recherche intellectuelle » pour arriver à une interrogation « métaphysique ». Disons que la gestation d’une planche va du cerveau au cœur ! Mais avant que le cœur s’emmêle (en un seul mot) que d’affres traversées.
Vous avez tous connu cette recherche culturelle qui précède la gestation : Sur la toile d’abord où de site en site on vous dit : « Aucun élément ne correspond à votre recherche » ; puis dans cette forêt Amazonienne de livres où aucun titre ne correspond à Etoile Flamboyante au XVIIIème degré – j’exagère un peu il y a quand même le très beau livre : L’Etoile Flamboyante (ou la recherche d’une parole perdue) de Jacques Trescases mais il parle peu du XVIIIème degré et puis il y les fausses pistes comme ce vieux livre du 18ème siècle celui là L’Etoile Flamboyante du baron de Tshoudy qui parle plus de fraternité que d’étoile ; enfin cette recherche s’achève avec un brin d’espoir dans les articles de notre revue et c’est donc de façon chaotique que je vais m’enquérir de l’Article (avec un grand A) qui servira de socle à ma réflexion ; et là tout est épars, pas d’article mais quelques lignes par ci par là. Il faut rassembler ce qui est épars mais décidemment l’Etoile Flamboyante au XVIIIème degré n’intéresse pas grand monde !
Il ne nous reste plus qu’à nous laisser guider par cette étoile, accessible dans sa forme exotérique ; inaccessible dans sa forme ésotérique ; partons donc de « l’érudit profane »pour arriver au « cherchant initié » ; découvrons l’Etoile, flamboyante ou non dans la sphère culturelle et cultuelle dans un premier temps pour la découvrir ensuite dans l’espace et le temps du XVIIIème degré – l’espace étant le tableau de loge ; et le temps bien évidemment celui du parfait maçon.
Le langage symbolique n’est pas à proprement parlé un langage de communication interpersonnelle comme peut l’être le langage courant. Dans ce dernier un signe est fait d’un signifiant sur un signifié, il est unique et irréductible – quand je vois ou je lis wagon ; je ne pense pas « raton-laveur » (à moins de m’appeler Prévert ou Magrit pour sa pipe) – alors que dans le langage symbolique plusieurs signifiés s’interpénètrent. Quand je vois l’étoile je peux penser : cosmos, guide ou homme sans que ma raison vacille, bien au contraire cette compilation de signifiés m’enrichit, me donne des sens nouveaux insoupçonnés ; une ouverture qui alimente ma quête.
Parlons brièvement de cette compilation de signifiés de l’étoile à travers les âges et à travers le REAA ; A tout seigneur tout honneur, tout du moins dans le monde occidental, je veux parler de Pythagore bien sûr. Chacun le sait Pythagore n’a pas « découvert » l’étoile comme symbole, elle a ses origines dans la nuit des temps mais c’est certainement en Egypte qu’il a trouvé à nourrir sa réflexion. Orion n’était elle pas le voyage ultime que faisait Pharaon à sa sortie de la chambre mortuaire (la grande pyramide l’atteste) Pythagore avec son pentacle a plus insisté sur l’homme et sur l’harmonie du Monde – l’homme 2+3 de l’étoile à 5 branches et surtout l’harmonie universelle qui émane de celle ci par le nombre, qui nous renvoie toujours à la Beauté du Monde. Les bâtisseurs de cathédrales l’avaient bien compris et cette étoile se retrouve dans leurs œuvres, mais leur sert aussi à la construire comme par exemple l’ogive de Chartres citée de nombreuses fois. Bien d’autres courants nous parle d’étoile mais avant d’envisager quelques rencontres avec notre rituel pour introduire mon avant dernière partie (l’étoile flamboyante et l’espace du tableau de loge) Permettez moi de tracer la pierre cubique à pointe à partir de l’étoile : « on trace d’abord le pentagramme et sous le triangle formé par l’une des pointe on trace un carré dont l’un des côté est formé par la base de ce triangle. On fabrique 4 pans sur la base de la figure ainsi obtenue; leur réunion donne le sommet de la pierre cubique à pointe » (Trescases). L’étoile est déjà dans la pierre cubique à pointe, le compagnon a vu l’étoile flamboyante mais ira-t-il la chercher dans la pierre. Cette étoile guide des compagnons bâtisseurs les conduisait comme l’étoile de Bethléem et ils l’avaient reçue en héritage à Compos (avoir reçu) stelle (l’étoile) Nos compagnons ont aussi « vu » l’étoile flamboyante, mais l’ont ils vue vraiment ? Ce n’est que petit à petit que le regard se décille. Elle disparaît au grade de maître, pour réapparaître sur le cartouche du 4ème degré et « la grande lumière commence à paraître » au 12ème degré lorsque l’étoile du matin se lève, elle est aussi sur le bijou et le sautoir du 14ème et a bien d’autres moments encore. Toute une progression et comme guide cette étoile. Bien évidemment à force de l’avoir vue – souvent d’un regard distrait-elle n’interpelle plus ; j’allais dire elle fait partie du paysage ! Tout à coup elle est là de nouveau, dans l’espace et le temps au XVIIIème degré, sur le tableau du second temple ; dans l’annonce du temps sacré.
Dans le premier temple point d’Etoile Flamboyante, c’est la désolation, les outils sont brisés, le voile du temple est déchiré seul une rose symbolise le Grand Architecte De L’Univers et l’on nous dit aussi que : « Trois cercles concentriques sont inscrits dans trois carrés ; dans le carré intérieur trois triangles enlacés ; le tout représentant le mont Calvaire. Le carré extérieur est surmonté d’un triangle » (description du tableau du premier temple- rituel du 18éme p 49) Je ne vais pas ici disserter sur le nombre trois, les carrés ; les triangles ou les cercles mais m’arrêter sur le mont Calvaire. C’est la première fois qu’est symbolisée la passion du Christ-le lieu tout du moins, c’est la première fois que « l’ésotérisme chrétien » est signifié explicitement. Comparons alors cette pierre cubique à pointe avec la pierre cubique du tableau de loge du second temple. Et je ne peux ici m’empêcher de reprendre la construction de nos compagnons bâtisseurs de cathédrales ; dans la pierre cubique à pointe se cache l’étoile, elle s’élève de cette pierre dans le second temple : élévation christique, élévation de l’esprit comme en alchimie c’est de la matéria prima que sort l’esprit ; l’or des sage ! L’étoile représente bien alors le fils de l’homme dans sa résurrection ; dans sa régénération C’est la mort et la renaissance que nous connaissons tous depuis le cabinet de réflexion.
Selon la légende du grade il est écrit « sur la pierre cubique une rose symbolise le Grand Architecte De L’Univers » puis « La rose mystique, sacrifiée sur une croix plantée au sommet d’une montagne s’élève au ciel ». (Si l’on considère que le Grand Architecte De L’Univers est un Principe immanent il peut être aussi dans la pierre). Il y aurait alors deux élévations ? Celle du Grand Architecte De L’Univers et celle du fils de l’homme ou du chevalier rose+croix l’inaccessible étoile devenant alors la rose sur la croix entourée des sept chérubins. On est là a l’essence de notre quête, que notre propre étoile se fonde dans l’Unité du Grand Architecte De L’Univers grâce aux trois vertus théologales qui « relient le visible a l’invisible » (Instruction p59). Ne retrouve-t- on pas d’ailleurs par la lettre G dans la rose et l’étoile cette part de divin dissocié qui ne demande qu’a faire UN.
Cette double illumination m’interpelle ? Elle n’est peut être que le fruit de mon questionnement mais elle synthétise ma démarche à un moment cruciale de ma quête. Bien sûr tout cela n’est possible que si le chevalier Rose+Croix accède au sens du sacré, mais n’est ce pas ce qu’il a acquis dans les grades précédents. Ce sens du sacré va l’entrainer dans le non-temps ou plutôt le « a-temps »- a comme privatif – le double sens n’étant pas innocent. C’est l’heure du parfait maçon, reprise et suspension du temps comme si de façon cyclique le chevalier Rose+Croix avait besoin de se ressourcer dans l’au delà du temps pour donner plus d’ampleur à ses devoirs dans le monde profane. Reprise où la parole est une nouvelle fois perdue, mais cette fois ci dans l’instantanéité de la mort du Christ ; j’allais dire dans un cri. Cri modulé dans tous les registres des apports successifs de notre Connaissance. Luc (23 ; 44,45) reprend une vieille coutume juive : A la mort prématurée du fils ainé le père déchire souvent ses vêtements de bas en haut – le voile se déchire-Les ténèbres (et la lumière) sont d’origine gnostique, les outils brisés nous interpellent directement ; et la pierre qui sue sang et eau fait appel à l’ésotérisme chrétien et/ou hermétique le jaspe sanguin (la pierre des martyrs) a fait couler beaucoup d’encre à la Renaissance et a donné de petites sculptures extraordinaires.
Quand est-il alors de l’origine de l’Etoile flamboyante ?
La symbolique de l’étoile comme je l’ai déjà dit se perd dans la nuit des temps, nous l’avons vu elle est le chevalier Rose+Croix incarné rayonnant par la Loi d’Amour et qui a créé avec le Grand Architecte De L’Univers une Nouvelle Alliance. Juste une petite anecdote ! L’Etoile au fait de la crèche est celle qui a guidée les mages et qui va nous guider dans notre démarche toute intérieure celle là. L’étoile ou le troisième œil ? Curieusement Filippo Lippi dans son adoration des mages la remplace par un paon- dont les plumes resplendissent de mille yeux. Dans la religion Tamoul, le paon est l’avatar du dieu Muruga et lors de la procession de Cavadee chaque pèlerin tient une plume de paon symbole de sa pureté d’âme et de son engagement. L’œil du Delta, la plume de paon ou l’étoile flamboyante ne sont ils pas issu du même archétype ? (le chemin vers la Lumière).
Toute cette litanie, qui rassemble ce qui est épars pour annoncera la troisième catastrophe de notre rite après la mort d’Hiram et la destruction des deux temples (14ème et 17ème). La parole est de nouveau perdue. Les travaux de reconstruction doivent continuer : construire le temple mais bien sûr l’homme dans une plus grande spiritualité.
La suspension des travaux reste alors l’apothéose de ce grade avec la Parole retrouvée et le flamboiement de l’Etoile qui comme au 3ème degré réapparait « dans toute sa splendeur », au 3ème degré Hiram est : « Plus radieux que jamais ». Flamboiement, resplendeur, le feu et la lumière jaillissent – I.N.R.I. « La nature est entièrement renouvelée par le feu ! » Mais est ce l’Etoile qui produit ce flamboiement ou le flamboiement qui produit l’Etoile ? Si l’on s’en tient au grade lui-même, c’est bien évidemment l’homme nouveau, le chevalier Rose+Croix purifié qui a atteint les hautes sphères de la spiritualité qui rayonne de tous ses feux. Mais ne peut-on pas inverser les deux termes ? Dans la religion hindoue c’est Agni le dieu du feu qui produit l’Etoile ; de même dans la théorie du Big-bang.
C’est de l’énergie « flamboyante » que naissent les étoiles. Ne sommes-nous pas « des poussières d’étoiles » et ceci nous rapproche bien plus de notre démarche « par le feu je me renouvelle ».
Laissons là maintenant le côté « substantiel » de l’étoile et de la Rose : L’étoile n’est pas QUE le chevalier Rose+Croix et la Rose sur la Croix n’est pas QUE le Grand Architecte De L’Univers. L’instruction nous donne la façon d’interpréter les trois vertus théologales et rappelle entre autre que l’espérance est : « ce sentiment inné (j’allais dire igné !), ancré au cœur des hommes » demandant un « dépassement de soi même » ; que la foi se manifeste dans le cœur de l’homme et « le conduit à agir sans hésitation, ni repli ». Que la Charité est Amour qui pousse à s’intégrer à la Création en voie d’accomplissement. Si j’osais je dirais que les vertus théologales sont des pulsions qui animent l’homme ou d’une autre manière que c’est la part du divin qui sommeille en nous (C. Guérillot dans son livre : « j’ai ce bonheur » rappelle qu’il y a eut au XIXème siècle substitution de l’étoile à sept branches par celle à cinq branches ; l’étoile a sept branches étant (d’après lui plus conforme puisque additionnant les trois vertus théologales et les quatre vertus cardinales). En philosophie nous pourrions dire que c’est la part immanente du Principe dont je parlais toute à l’heure. Quant au Principe dans sa forme transcendantale, qui est au-delà de l’Etre, qui le dépasse il est symbolisé par la Rose sur la Croix dans son « immortalité »…« C’est à dire la Connaissance et l’Amour » ; sa quintessence.
Reprenons pour terminer : « l’essence de ma quête » dont je vous ai parlé avec ce retour à l’Unité. Entendons nous bien, il ne s’agit pas ici de « mysticisme » qui serait un retour à l’Unité du vivant de l’Etre, mais plutôt un chemin serein vers l’Orient Eternel. Avec tout au plus par un beau soir d’été en regardant le soleil se coucher ou la voute étoilée éprouver ce « sentiment océanique » dont parle Romain Rolland dans une lettre a Freud et reprise par Comte-sponville dans son livre : l’esprit de la laïcité. Sentiment d’Harmonie Universelle ou l’Objet et le Sujet ne font plus qu’Un.
Notre démarche est me semble-t-il plus « Platonicienne » – J’ai repris en annexe une page du Banquet – Progression vers la Beauté de l’Invisible, plus en adéquation avec notre rite : « Des beaux discours à la contemplation de la Beauté ». Contemplation et non extase. Mais aussi liberté de penser (L D P ?) avec une foi dans l’homme, l’Amour du prochain et l’Espérance qui n’a jamais été une nécessité puisqu’elle est inhérente à l’homme ; ontologique dirait A De Souzenelle.
Le Chevalier Rose+Croix par l’Etoile Flamboyante agira pour Connaître une plus grande spiritualité Immanente et Transcendante.