Le Royaume
Non communiqué
La F M affirme la vie dans l’instant. Elle semble, sur ce point, se séparer fondamentalement des religions. Mais n’a-t-on pas le tort de ne toujours considérer que les grandes (et trois) religions monothéistes ?
Il faut bien reconnaître que l’amour de la vie n’est pas ce qui caractérise les religions monothéistes. Le péché originel semble l’emporter sur l’Allianoe entre le Dieu sévère et Abraham. La condition ? des premiers chrétiens, avec l’orgueil des juifs de l’exode et de l’antique Palestine, comme de la captivité à Babylone continue peser sur les croyances de beaucoup de nos contemporains a le désespoir ? et l’austérité entourent la spiritualité musulmane.
La Renaissance a permis la manifestation d’une volonté violente de vivre, une ardeur et une soif de jouissance qui s’inscrivent dans le siècle et qui contrastent avec le misérabilisme des grandes années du Moyen Age. Cependant, il ne faut pas sous-estimer la détermination monacale et l’élan qui a présidé à ce rayonnement monastique qui a peu à peu transformé l’Europe. La solidité des monuments romans, l’aspiration au ciel des grandes heures du gothique ont donné à la volonté de construire une résonance profonde dans les cœurs et dans les esprits.
Comme si soudain – je dis soudain mais c’est une figure – la volonté de conquérir ce monde l’emportait sur la nécessité de le fuir. Comme si le royaume promis cessait d’être imaginaire mais s’offrait dans la perspective de l’histoire.
La détermination de vivre par la conquête des biens terrestres s’est substituée à une attitude de renoncement. Toutefois, je ne crois pas que les bâtisseurs aient tout à fait échappé à la marque originelle. L’oeuvre n’est jamais achevée, de longs et pénibles efforts demeurent à la charge de l’humanité.
Il reste dans la notion d’épreuve, de salut, un relent de l’ancienne nécessité du sacrifice, et du refus de ce monde. Peut-être, en dehors de la notion de Karma, ne trouve-t-on pas, dans les croyances orientales cette touche de pessimisme. Peut-être le fait d’échapper au Père sévère et justicier évite-t-il aux Orientaux l’angoisse de vivre.
Ce qui est certain, c’est que l’optimisme qui consiste accepter l’ordre vivant, et les circonstances avec la conviction qu’il y a pour chacun de nous dans le déroulement des jours et des heure une occasion de trouver joie et paix, peut-être que cet optimisme est pour les Occidentaux une attitude nouvelle.
Après tout, construire c’est croire à la vie, c’est croire en soi. Et le renversement instable s’opère dès que l’attitude n’implique pas une défiance de la vie, mais l’élimination de la peine comme condition de l’existence et de la douleur comme lot.
Il faudrait donc élaborer une discipline de vie qui nous arme contre le malheur. Ce qui implique le rejet du péché, et l’exaltation de l’amour des choses de ce monde. C’est la religion de l’amour.