18° #415012

Alchimie et parcours initiatique maçonnique

Auteur:

A∴ M∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

Tout Homme qui cherche la Lumière, habité par une quête qui ne dit pas souvent son nom au commencement du processus, va chercher la porte d’entrée qui le mènera vers un parcours initiatique dans lequel il va mettre beaucoup d’espoir au début, pour plus tard y voir surgir l’Espérance, source de bonheur, accompagnée de ses deux sœurs, la Foi et la Charité, ces trois vertus scintillant toujours ensemble, dans le même temps.

Pour nous, cette voie ascétique est celle du Rite Ecossais Ancien et Accepté.

Notre Rite est qualifié, entre autre, d’alchimique, d’hermétique, et d’Universel. Alchimique car utilisant l’alchimie comme voie de connaissance, hermétique car fidèle au message d’hermès trismégiste, Universel car nous sommes tous fils du UN, et remplis de LUI, dans l’attente de s’en rapprocher un jour.

Tout Frère qui intègre la voie maçonnique écossaise, va donc entendre parler d’alchimie. Il va, de ce fait, se voir proposer le privilège de vivre ce processus de transformation qu’est le rite, qui de profane, peut en faire un initié réalisé. Le mot sanskrit kalpa qui signifie « agencement » équivaut dans la littérature védique à Rita qui désigne à la fois l’ordre cosmique, le rite et l’art, grâce à quoi les hommes parviennent à l’harmonie avec l’énergie universelle.

Ce terme de Rita, père du mot Rite, désigne ainsi le processus qui autorise cette transformation, certains diront cette trans-substantation, tellement le changement potentiel reste authentique et qu’il peut modifier l’étoffe même de l’homme. L’Ecossisme perçoit la création, et en particulier l’homme en tant que créature, comme le lieu privilégié où se rencontrent les influences célestes et terrestres. Le Maçon conscient de cette réalité secrète et Traditionnelle devient le pont entre ces deux mondes : l’un visible, l’autre invisible. Une humanité sans Tradition est une humanité perdue, coupée de ses racines spirituelles, une humanité en prise à l’égoïsme et aux ambitions les plus métalliques. Notre Frère Max Isher a formellement souligné le rôle majeur qu’Hermès tient dans notre Rite : « ce qui fait l’excellence de l’Ecossisme, c’est son rattachement par le biais de l’Hermétisme à la Tradition Primordiale, de sorte qu’en occident, notre rite demeure pour l’homme d’aujourd’hui l’un des rares moyens d’accès à un humanisme intégral parce que traditionnel et transcendant ». Et c’est l’Alchimie qui va donner vie à cette réalité hermétique, en revisitant et en illuminant le parcours de l’initiation, seule voie de contact avec la Tradition.

Si le Rite Ecossais Ancien et Accepté, qui nous guide, est un Rite alchimique de transformation, c’est que l’homme profane n’a pas à priori atteint son état d’évolution optimal, traditionnel, qu’il n’est pas « terminé ou fini », ou bien aussi qu’il n’a pas su conserver son état originel et qu’il aurait « dévié » de son histoire. Cette notion de chute, d’immaturité cordiale, lui impose de tenter de redevenir Adam kadmon, homme primordial, en référence à la Tradition Primordiale d’un Age d’Or où les hommes étaient bons et purs. Certains les ont appelés les Hyperboréens, ces hommes qui vivaient « au-delà du Nord », référence ici à l’axe polaire qui, comme l’axis mundi ou le Totem des Amérindiens, est le chemin du passage du rayon divin créateur, flèche divine centrant le monde. Toutes les traditions de presque tous les peuples de notre planète recèlent des mythes qui font allusion a ces contrées polaires, où vivaient ces hommes exceptionnels, car emplis de vertus et tutoyant la Connaissance. L’Adam Kadmon est l’archétype divin de l’Homme. Parvenir à cet état, c’est véritablement réussir à récupérer toutes nos capacités spirituelles.

L’Adam Kadmon est la finalité de notre Divinité à reconquérir.

La tradition se réfère également au fait que la création-matière est à l’identique de la création-esprit par le biais de l’analogie. L’analogie est la quintessence de la pierre philosophale, c’est le secret du mouvement perpétuel, c’est la quadrature du cercle. C’est l’hermétisme qui confirme que « ce qui est en haut est comme ce qui est en bas ». Si c’est l’hermétisme qui l’affirme, c’est l’alchimie qui va le faire, et réunir ces deux mondes. L’alchimie est une réunification, un mariage à organiser, entre un bouton d’arbre, une fleur, la rose pour nous, qui doit être fécondée par un germe de nature spirituelle, pour prendre tout son sens divin. Le germe divin, c’est l’esprit de Dieu qui habite en toute chose, puisque voulue et créée par Lui. Rappelons-nous l’anagramme de vitriol, sous la forme de « l’Or y vit », le signifié est le même, encore une fois, et n’oublions pas le credo des alchimistes qui consiste à vouloir transformer le plomb en Or.

Devenir soi-même, très progressivement, « bouton de rose », c’est devenir mercuriel, c’est-à-dire réceptif, capable de bien voir et de bien comprendre. L’être physique, émanation terrestre de la volonté divine, Mercure philosophale, est la partie-symbole de notre être qui a la possibilité de se « dématérialiser » pour aller vers l’Esprit et qui retrouve « Le Sens de la Vraie Vie » en épousant son essence jumelle divine, nous parlons ici du Soufre. De cette Union heureuse nait l’Ether, l’Etre ne révélant pleinement sa Présence que quand la fusion matière-esprit est effectivement réalisée. L’union de ces deux jumeaux, terrestre et céleste, Mercure et Soufre, corps et Idée, va donner le Sel, qui est l’Etre dans sa plénitude réalisée.

L’alchimie est donc une immanence-matérialisation de l’esprit et une transcendance-spiritualisation de la matière qui sont forcément synchrones, c’est la réunion matério-spirituelle de deux mondes qui pour n’en faire « qu’Un » ont besoin d’un monde intermédiaire, d’une chambre du milieu, pour faire la jonction. C’est un peu comme un sas, un pont, qui manquerait pour que la création se montre, telle que le créateur l’a voulue, c’est ce que dit l’hermétisme. Le Rôle des Initiés est d’habiter ce monde intermédiaire afin que ce processus se manifeste et fonctionne. Ce monde est le monde Imaginal si cher à Henri Corbin. Mercure, Soufre et Sel sont donc des éléments alchimiques qui nous expliquent une des voies du Savoir, une voie pour acquérir de La Connaissance.

L’alchimie est donc une mise en œuvre de la Tradition qui s’impose à l’esprit de tous ceux qui ressentent l’intuition spirituelle d’un monde imparfait et incomplet qui les entoure. Cette incomplétude, c’est en réalité le miroir de leur Vie qui leur démontre leur incapacité à bien voir et à bien comprendre. La prise de conscience de cette sensation commence bien souvent par le ressenti de nous-mêmes, de notre imperfection. Elle est d’ailleurs le point de départ fréquent des demandes d’Initiation, et on peut penser qu’elle est probablement la seule opportunité qui peut réellement s’opposer, car de nature supérieure, à l’Hégémonie destructrice de l’Ego en l’Homme. Cette quête fut de tout temps un état d’esprit, au sens du Bodhisattva ou l’être tend vers le vrai, et est en quête d’Illumination. L’Alchimie, mécanisme indispensable au retour du Temps Primordial, nécessite un équilibre préalable et permanent entre le « Solve », ce qui doit être sacrifié, notre « malvoyance » due à nos vices, et le « Coagula », ce qui peut être acquis, la mise en pratique des vertus en nous. Ces deux entités « sortantes et entrantes » en l’être vont le transformer, source de silence et de calme, et probable chemin de la sagesse.

L’alchimie a été une constante dans les différentes civilisations qui ont précédé la nôtre, elle est, je cite Françoise Bonnardel, « une liturgie transfigurante de la matière qui a un potentiel de métamorphose ». Une seule possibilité pour évoluer : la transmutation d’une façon de ne pas voir en une façon de connaître, ou bien aussi d’une façon d’a-voir en une façon d’Etre. Seule l’acceptation de la perte de sa « Nigredo », sa partie noire, lors de la transmutation, permet d’aller jusqu’au bout. En effet, l’homme qui accepte de travailler pour vivre le processus de l’alchimie, va devoir sacrifier peu à peu la part noire et obscure de son être, pour la blanchir, puis la passer au rouge du feu de l’esprit. Nous avons là les 3 phases : noire, blanche et rouge du Grand Œuvre, et la chance du Chevalier Rose-Croix est de rencontrer le rouge dans le temple éponyme, dans le Chapitre, et nous y sommes ce soir.

Parler de parcours initiatique consiste aussi à pouvoir et Devoir regarder en arrière, sur le chemin que nous suivons depuis notre initiation maçonnique, et tenter de déchiffrer la voie alchimique, peu ou prou visible alors, qui nous a permis d’arriver jusqu’ici ce soir, mais aussi d’aller avec Foi, Charité et Espérance vers l’avant pour que l’alchimie continue son œuvre sur nous et nous emmène vers notre meilleur demain.

Le cabinet de réflexion, athanor ou creuset alchimique bien connu, propose au néophyte un symbolisme alchimique (coq, trois coupelles, crâne, testament, …), qui bien que non intellectualisé par lui à ce moment là, va essayer de réveiller le subconscient du vieil Adam qui sommeillait en nous, un peu comme une princesse qui se serait endormie…dans le château de nos illusions profanes. Les Quatre Eléments, vecteurs des quatre voyages, reformatent notre matière hermétique qui va réapprendre le carré et la dextro-rotation. Ces premières sensations maçonniques vont déclencher un ressenti encore bien peu conscient de ce qui pourra arriver par la suite. La formation d’apprenti et de Compagnon va développer les notions masculines de zèle et féminine d’obéissance, capacités à recevoir et à échanger nécessaires à la future transformation. Le Mythe d’Hiram, pilier spirituel de la Loge de Perfection, enseigne la mort par la descente progressive du Soi dans le Moi et la substitution en nous des qualités hiramiques, les fameuses Vertus cardinales, afin de stabiliser le fonctionnement et la destination de notre forme-matière.

Le 13ème degré confirme que l’idée de Dieu n’est pas le but car n’étant qu’une conception humaine, mais que c’est le centre de l’idée, son sens caché, qui est l’objet de la quête. C’est donc en quittant le fond de sa matière, de la 9ème voute, en remontant par le puits de Lumière, que l’homme sait qu’il va aller au devant de plus connaître, nous sommes dans l’albédo, l’œuvre au blanc. C’est le nouveau Temple, le Rouge, celui de l’Amour, et non plus celui de pierres qui a terminé maintenant son rôle pédagogique, qui va devenir notre espace de vie, au 18ème degré. La transformation alchimique va vivre un tournant majeur dans le temple rouge, car le feu spirituel va accélérer le processus, car à ce moment là, la matière est maintenant suffisamment purifiée pour participer au grand œuvre.

Le temple rouge du 18ème et le rituel qui l’anime, va placer l’homme dans le monde imaginal, son tempérament égotique va peu à peu le quitter, laissant la place à une vision nouvelle du monde, faite d’un liant d’amour, où l’homme donne à manger et à boire, utilise le signe et le contresigne, et sait où il se situe désormais. Il a compris que si la nature est renouvelée par le feu, c’est que la forme est bien moins importante que le fond. De ce fait, sa réceptivité s’accroit, son féminin intérieur découvre ce fameux fond, l’amour cosmique, et le redistribue, par le biais de son masculin devenu généreux, à ceux qui ont faim ou soif. Le Chevalier Rose-Croix connait la croix, il a parcouru l’immanence de sa matière à la découverte de sa rose, et c’est là que va se produire le processus transcendant de l’élévation spirituelle. L’Agape pascale autorise le Chevalier Rose-Croix à se nourrir de l’agneau, et à le devenir doucement. La transformation est bien en route, c’est cela l’Alchimie.

L’Agape est le lieu de la transformation de l’être dans le creuset de la connaissance et de l’amour selon l’Art alchimique. Son paroxysme initiatique est la Cène. Repas, Agape et Cène sont les trois plans physique, philosophique et spirituel d’un même instant, celui du partage du pain et du vin qui fonde le véritable compagnonnage, ou la Connaissance règne.

La voie initiatique, le parcours initiatique d’un initié, à fortiori maçon écossais, ne peut se réaliser sans que le mécanisme alchimique ne fasse son œuvre. Le contraire signerait l’échec du processus, et une absence de sens. Notre Rite nous prépare, reformate notre matière aux deux premiers degrés, nous féminise en nous apprenant à recevoir, nous masculinise en nous apprenant à donner et à transmettre. Les deux processus sont simultanés et donnent à celui qui se transforme au fond de son athanor-conscience le nom de Rebis alchimique, souvent décrit comme un être à deux visages féminin et masculin. Nous devons basculer dans cette vision spirituelle, ne jamais la quitter, profiter du don du Rite pour dompter nos défauts.

Fuir le vice et pratiquer la vertu. Cette phrase issue du rituel du premier degré est fondamentale quand à la réussite du processus alchimique. Le 18ème degré est le degré alchimique par excellence, le rouge qui le décore est la marque du feu, mais ce feu là, nous avons le privilège de ne pas nous y brûler, mais de nous y consumer comme le phénix, tout en renaissant à une vie supérieure. Nous nous y consumons, mais pas pour y mourir, mais surtout pour nous transformer et devenir progressivement, ce que nous sommes réellement : c’est le « Deviens ce que tu ES ». C’est la vie de l’amour inconditionnel qui n’a plus rien à voir avec notre petite sensation personnelle de jadis que nous appelions par le même nom et qui servait d’esclave à notre Ego.

L’alchimie est partout, si on veut bien la pratiquer, laisser le rituel nous transformer, respecter nos serments, pratiquer le zèle, l’obéissance et l’assiduité, conditions de la transformation de notre être-matière en Etre tout court, une fois que la rencontre avec l’esprit sera acceptée.

Pour conclure :

Notre identité de Maçon écossais nous rattache à la survivance d’une tradition Hermétique immémoriale, répandue sur toute la terre ; c’est pourquoi nous nous intéressons lors de notre acculturation écossaise à toutes les formes de spiritualités adogmatiques et gnostiques. Notre Foi en Dieu, moteur de notre quête, s’associe à la permanence de la charité qui est la transmission du pain et du vin et nous enrichit d’une Espérance qui est notre plus beau viatique, la raison du sourire de l’initié. Ce vécu, véritable trésor offert par le Rite Ecossais Ancien et Accepté, offre à notre Dame intérieure l’occasion unique de rencontrer son époux, l’esprit divin, quand il veut bien se manifester. C’est bien une modification de l’étoffe de l’homme, qui va pratiquer le sacrifice du Pélican et recevoir la Grande Lumière, car « qui donne reçoit ». L’Etre complet qui va jaillir doucement de ces épousailles ou noces chymiques, en perpétuelle évolution, mais jamais achevé, reste le témoin extraordinaire de l’alchimie que l’Ecossisme offre à tous ceux qui le pratiquent.

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