18° #415012

La notion de sacrifice

Auteur:

C∴ F∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

Le rite sacrificiel est le plus ancien rite de l’histoire du monde, sans doute né de la concrétisation pratique d’un geste symbolique, destiné à favoriser les exploits héroïques et dangereux des chasseurs préhistoriques. La plupart du temps, par un prêtre, un chef, au nom de la société, sur un autel, spécialement consacré à cet usage.

L’offrande est faite à un Dieu et à Lui seul – nonobstant la richesse de certains panthéons. Le sacrifice rituel gère les puissances élémentaires de la croyance que sont l’expiation, la purification, ou la communion de manière à la fois festive et tragique, individuelle et collective. Inscrit dans une tradition sociale, culturelle ou religieuse il est une mise en oeuvre du « Sacré ».

Car il s’agit bien de « sacrificare » rendre sacré ce qui est profane, de « sacrum facere » : faire un geste sacré, offrir au Dieu des sacrifices, des offrandes sacrées, constituées de choses inanimées que l’on détruit ou non – farine, encens, sel, fruits etc. ou d’un être animé – animal ou humain -la « victime», ou « l’hostie », que l’on immole, tous jouant le rôle d’intercesseur auprès de la divinité.

Sacrifier pour honorer, reconnaître la grandeur et la puissance du Dieu, pour remercier de ses bienfaits ou demander ses faveurs, pour apaiser la colère du Dieu.

C’est respectivement :

– l’holocauste, dans la tradition israélite : le sacrifice de louange : Dieu est souverain maitre de tout et les hommes dépendent entièrement de lui.
– le sacrifice pacifique dit « eucharistique » pour rendre grâces.
– le sacrifice expiatoire, ou « sacrifice pour le péché ». Pour demander pardon des péchés que l’on a commis, et pour chaque sacrifice, une victime immolée, toute ou partie consumée et consommée.

Innombrables sont les mythes de sacrifices, dont certains de progéniture : Iphigénie, fille d’Agamemnon et de Clytemnestre, le fils du roi crétois Idoménée, la fille de Jephté, un des Juges d’Israël, par exemple, victimes du vœu d’un père.

Sacrifié, Isaac – pour le judaïsme et le christianisme ou Ismaël -pour la tradition musulmane, victime d’un père soumis à Dieu, heureusement sauvé par un ange et un bélier substitué au fils et sacrifié. Pour les trois religions, le sacrifice du fils constitue un épisode essentiel: c’est l’acte de foi parfait demandé par Dieu à Abraham, qui lui vaut dans la Bible d’être dépositaire de l’Alliance entre l’homme et Dieu, et dans le Coran, d’être le premier des musulmans, le modèle par excellence du vrai croyant, « celui qui se soumet », qui « s’abandonne » à Dieu.

Remontons dans la Genèse : Dieu, un grand jardin merveilleux le paradis terrestre-, deux êtres heureux, une tentation, la désobéissance, l’exclusion de l’Eden et une nouvelle vie…de misères et de souffrances. Bien sûr, Adam et Eve demandèrent pardon à Dieu de leur désobéissance mais le jardin ne leur fut plus jamais accessible. Dieu pourtant leur donna une consolation : un jour, il enverrait un Sauveur. Cette espérance leur donna du courage : Dieu les aimait encore. Eux adoraient encore sa Grandeur, sa Toute Puissance. Et pour dire à Dieu qu’ils l’aimaient, pour reconnaître qu’ils lui devaient tout, pour le remercier de leur avoir tout donné, ils lui déposèrent des offrandes sacrées.

Adam et Eve apprirent à leurs enfants à faire comme eux à offrir à Dieu des sacrifices. L’aîné, Caïn, offrit des fruits, des légumes de sa terre. Le second, Abel, offrit des premiers-nés de son troupeau. Abel choisissait avec amour le plus joli petit agneau de son troupeau, le plus blanc, le plus doux : c’est celui-là qu’il offrait au Seigneur, et il l’offrait de tout son cœur. Caïn faisait son offrande comme à regret, pas de bon cœur, peut-être gardait-il pour lui les plus beaux fruits et en offrait d’autres moins beaux : on ne sait pas.

Dieu agréa Abel et son offrande, mais n’agréa pas Caïn et son offrande. Car Dieu accepte ou refuse l’offrande selon la pureté du cœur, le désir de Lui obéir, de faire sa Volonté. Caïn en fut très irrité et, jaloux…on connaît la suite…Abel, premier humain à mourir…premier meurtre inscrit dans la Bible…

Que retenir de cette histoire ? La catéchèse enseigne que « le sacrifice, c’est offrir à Dieu ce qu’on a de meilleur. Pour cela, il faut accepter de s’en priver pour le donner à Dieu ». Mais pour que Dieu veuille bien recevoir ce sacrifice, il faut l’offrir de tout son cœur.

C’est l’abnégation et la générosité de ceux qu’inspirent l’oubli d’eux-mêmes, l’amour de leurs semblables, le dévouement à leur cause. « Bien sûr, on n’a plus besoin, maintenant, comme dans l’Ancien Testament, d’offrir à Dieu des animaux qu’on égorge… » Ces animaux n’étaient d’ailleurs que l’annonce, à l’avance, du seul vrai sacrifice qui puisse être vraiment agréable à Dieu : celui de Jésus, son Fils, qui, en mourant sur la Croix, offrit sa vie en sacrifice pour réparer « tous les péchés de tous les hommes de tous les temps ».

Sans nous éloigner vraiment de cette vision, la Ranimation des Lumières de notre Fête Pascale rend confiance et espérance, malgré la mort de celui qui voulait substituer la vérité à l’erreur, l’amour à la haine, car la Parole de vie, la Parole de régénération est retrouvée et sachons, comme le Maitre, la proclamer, même au péril de notre vie.

Au péril de notre vie… J’ai consenti à ce sacrifice par deux fois mais jusqu’à présent, rien de l’ordre maçonnique n’a exigé de moi de verser jusqu’à la dernière goutte de mon sang ou de porter jusqu’au sacrifice l’accomplissement de mon devoir dans la vie profane non plus d’ailleurs, même si liberté, égalité, fraternité se paient encore dans le monde en monnaie de vies humaines. Quel vertige, quelle peur me prendrait peut-être si tel était le cas ? Aurais-je l’étoffe du héros, sacrifiant sa vie à la cause qu’il veut voir triompher ?

N’est-ce pas là l’exemple de Maitre Hiram, ayant le sens profond du devoir, symbole de la Raison, parce qu’il ne voulait pas et parce qu’il ne pouvait pas, succombe après trois coups, pour avoir refusé de donner irrégulièrement le mot des maîtres et au-delà le secret d’une science, d’une connaissance ?

Depuis ce crime, les constructeurs du Temple sont résolus dans leur désir de justice. Dans la caverne, l’Elu des Neuf sacrifiera la vie d’un des traitres à la maçonnerie Et le mythe du sacrifice achève ici son cycle. Emerek sera le médiateur entre le ciel et la terre – ayant vu les Tables de la Loi et les objets précieux renfermés dans le Tabernacle. Et enfin, le meurtre du maître sera lavé dans le sang des coupables par d’Illustres Elus des Quinze.

Le thème du sacrifice reste malgré tout sous-jacent du grade de Sublime Chevalier Elu à celui de Grand Maitre Architecte.

Evoqué au 15ème degré Chevalier de l’Orient et de l’Epée, qui défendra le Temple élevé à la gloire de notre Idéal, par le glaive spirituel, c’est au grade de Chevalier Rose-Croix, 18ème degré, qu’il est le plus prégnant : La Foi va nous porter à consacrer sans défaillance toute notre énergie et même notre vie à la poursuite de l’idéal engendré par l’Espérance. C’est l’image du pélican bien sûr qui apparaît, déchirant ses entrailles pour nourrir ses petits, symbole du sacrifice, que tout Chevalier Rose-Croix se doit consentir. Quand il est l’heure de la reprise des travaux, c’est le Christ supplicié que représente la pierre cubique qui sue sang et eau. Enfin, revenons à la Fête Pascale, rappelant la mise à mort de Jésus et évoquant la sublime doctrine d’amour et de pardon.

De Maître Secret à Chevalier Rose-Croix, nous n’avons jamais oublié que la meilleure pierre de touche du Devoir est l’exigence d’un sacrifice. Mais les nobles pensées venant du cœur, nous devons maintenant « faire le sacré»: le Chevalier Rose-Croix ne construit plus d’édifice matériel : le Temple, lieu sacré et lieu de sacrifice de notre orgueil, nos ambitions, nos préjugés est désormais intérieur. L’oeuvre est maintenant au plan spirituel.

C’est peut-être ce que suggèrent le signe -index levé, l’esprit dominant la matière et comme un désir d’accéder au divin – et le contre-signe – index baissé, comme le besoin de recevoir la lumière divine en retour, indiquant aussi que l’homme est né de la terre et que, après le dégagement de l’esprit, son corps retournera à la terre.

La voie initiatique entraine pour chaque initié, une ascèse longue et pénible, nécessitant de nombreux sacrifices dont celui de l’égo, mais qui aboutissent tous à la pleine réalisation de l’être. Parce que Paix, Harmonie et Joie ne passent que par le sacrifice de soi-même et par l’ouverture aux autres.

Ainsi, le Chevalier Rose-Croix a cultivé son esprit, pour parvenir, par la connaissance de la nature et du monde, à s’élever au-dessus des dogmes, afin de rapprocher tous les hommes. Il a placé sa relation à l’autre, sous le signe de l’amour et se dévoue pour une humanité plus solidaire et plus fraternelle…

Il se reconnaît le devoir d’agir, pour faire régner la justice. Il cherche les moyens de traiter avec équité les êtres les plus faibles et au besoin il se bat pour les protéger.

Il n’hésite pas à aller vers l’autre pour le connaître et le comprendre, afin de respecter sa différence, tout en cherchant à mettre en évidence ce qu’il y a de commun entre lui et l’autre.

Le sacrifice se fait maintenant par Amour.

Nous sommes sur le chemin de la Sagesse.

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