18° #415012

La chaîne à 77 anneaux et le bijou d’Hiram

Auteur:

D∴ D∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

Quand le maître, devant la porte de l’Orient eût reçu le coup de pince du deuxième mauvais compagnon, il s’enfuit pour gagner la porte du Sud, mais craignant soit d’être poursuivi, soit de rencontrer un troisième mauvais compagnon, il enleva de son cou un bijou qui y était suspendu par une chaîne de 77 anneaux et le jeta dans un puits qui s’ouvrait au Sud-est du temple. C’est ce bijou que les trois mages venus de Babylone aperçurent en plein midi au fond du puits.

Penchons-nous tout d’abord sur la symbolique du nombre 77. Il ne s’agit pas de faire une liste exhaustive et lassante de toutes les interprétations possibles mais il m’en est apparu certaines qui, à mon sens, méritent d’être distinguées.

Alors bien sûr la première chose qui vient à l’esprit, c’est que la tradition veut que la construction du temple ait duré 77 mois. Mais si l’on décompose ce nombre 77 on peut entrevoir d’autres significations.

Il est dit que c’est le nombre des pêcheurs ayant vécu avant la venue du Christ, 77 apparaissant ainsi comme l’achèvement d’une ère et le début d’une autre. Ce nombre est aussi le produit de 7 par 11. Nous savons combien le nombre 7 est important en maçonnerie. Il possède un réel pouvoir et représente le passage du connu à l’inconnu. 11 par contre peut représenter la transgression. St Augustin dira même que le nombre 11 est l’armoirie du pêché.

D’ailleurs, les mages n’ont-ils pas pêché en ouvrant la 11ème porte ? Alors 7×11 pourrait représenter le synthèse du parfait et de l’imparfait du terrestre et du divin. Dans ce même ordre d’idées on peut remarquer que 70+7 correspond à la totalité d’une évolution et d un achèvement cyclique.

On dit aussi dans la bible que 77 est le nombre de fois qu’il faut pardonner à ceux qui nous ont offensés.

Ce nombre 77 apparaît comme un nombre de passage, celui du permis à l’interdit celui du connu à l’inconnu du fini à l’infini.

Ainsi 77 en tant que 7×11, peut représenter, l’alliance de l’achèvement et de la transgression ainsi que l’ont vécu les mages en franchissant la porte de l’infini. Ils ont voulu passer de l’accessible à l’inaccessible et il était écrit qu’ils le feraient.

En dernier lieu, il est intéressant de voir que si l’on utilise la guématrie, on s’aperçoit que la valeur numérique du mot signifiant prier donne 77. Par de savants calculs que cette même guématrie utilise on trouve aussi que le nombre 77 représente la valeur numérique des mots Christ et divin.

On pourrait continuer ainsi à l’infini mais ce qui semble important être retenu,c’est que la nature sacrée de ce nombre transparaît nettement. Il ne pouvait en être autrement pour porter le bijou d’Hiram, le tétragramme sur lequel est gravé le nom ineffable, ce bijou qu’il nous est donné de porter lors de l’initiation au 14ème degré. Ainsi lorsque le trois fois puissant grand Maître nous demande :

« Ma sœur, de quel droit portez-vous ce bijou dont vous êtes décorée ? Comment se trouve-t-il en votre possession ? « nous répondons :

En accédant au centre de l’Endroit le plus sacré du monde, j’ai trouvé ce bijou sur lequel Enoch grava le nom mystérieux et ineffable ».

Le simple contact de ce bijou gravé en contact avec notre cœur suffit à nous faire sentir toute la puissance de ce nom et notre incapacité à le prononcer.

Tout d’abord rappelons que ce bijou à une forme triangulaire. Le ternaire est omniprésent dans nos rituels nous rappelant l’expression de l’achèvement de la manifestation…

Le fait qu’il soit suspendu par une chaine symbolise la continuité de la tradition primordiale grâce à une succession de maillons liés les uns aux autres. C’est aussi un lien entre ce qui est en haut et ce qui est en bas.

Ce bijou est une lame d’or, métal noble s’il en fut, sur lequel est gravé le nom sacré.Cet or des alchimistes souligne encore plus le caractère sacré de ce nom et la puissance qu’il dégage lorsqu’il est contre le maître.

Le mot tétra signifie 4 et gramma signifie écrit ou lettre.Ce nom ineffable inscrit sur ce bijou ainsi que la prononciation furent communiqués par Dieu à Moïse près du buisson ardent. Mais nous n’avons ni le droit ni la capacité de prononcer ce nom.

Lors de l’initiation au 13ème degré, nous nous trouvons devant la pierre d’agate, nous épelons les lettres du mot sacré et nous nous apprêtons à le prononcer, le trois fois puissant grand maître nous exhorte au silence d’une façon qui ne nous laisse pas le choix car nommer c’est créer. Comment un être limité tel que nous pourrait-il prononcer un nom qui représente illimité et l’infini ?

Ce mot formé des 4 lettres yod He vav He n’a en fait que Trois lettres puisque l’une d’entre elles est répétée. Le nom divin est représenté par 3 lettres qui selon Guénon par leur sextuple permutation suivent les 6 directions de l’espace (haut, bas, gauche, droite, avant, arrière,) indiquant l’immanence de Dieu au sein du Monde. Chacune de ces trois lettres représente une énergie active dans une période déterminée.

Yod indique le germe, la potentialité que doit posséder toute chose, He signifie la terre dans laquelle la graine doit germer.

Le Vav représente le résultat du yod sur le Hé, c’est l’élément actif.

Enfin le deuxième Hé est le résultat final de ce cycle d’activité.Ce deuxième Hé devient donc le Hod d’un nouveau cycle d’activité, tout comme dans les Séphiroths, la dernière Séphire devient la première d’un autre cycle.

C’est donc ce mot qui devient ineffable et inaltérable. Le porter contre nous communique une force mais ne nous permet évidemment pas d’acquérir la puissance divine. C’est ce mot sur ce bijou que les mages découvrirent au cours de leur descente au fond du puits mais il ne peut ni ne doit être exposé à la vue de tout le monde. C’est pour cette raison qu’il gravé et caché.C’est ce mot que nous ne pouvons découvrir que lorsque nous sommes au centre de l’idée.

Du nom ineffable, il est dit qu’il a été préservé dans sa vraie prononciation par les Esséniens qui, au cours de leurs rites secrets se le communiquaient de l’un à l’autre en chuchotant. Chez les Egyptiens, le nom sacré était utilisé comme un passeport pour l’admission dans leurs mystères.

Dans les rites brahamiques de l’hindhouisme, la cérémonie de l’initiation se terminait par l’instruction de l’aspirant sur le nom sacré de AUM.

Nous voyons bien là que la recherche spirituelle va bien au-delà du temps et des frontières et que quelque soient les représentations, la quête est la même.

Ce bijou gravé par Enoch et porté par notre maître Hiram, suspendu par une chaîne de 77 anneaux permet donc de perpétrer la tradition et d’entretenir cette flamme qui anime tous ceux qui cherchent la Vérité et la parole perdue.

Grand Elu de la voute Sacrée, nous avons symboliquement redécouvert ce bijou et nous sommes parvenus au centre de l’idée. Mais le moment du repos n’est pas encore venu. La lumière sacrée que contient la voute nous guide dans notre progression. Comme les Mages, nous sommes descendues dans les entrailles de la terre et en franchissant la 11ème porte, nous avons bien compris que la Vérité nous sera à jamais inaccessible. Nous avons mesuré la petitesse de l’homme face au grand mystère de la création. Derrière le visible existe un autre monde. Il nous faut ouvrir encore et encore notre être à cette énergie qui nous dépasse.

D’autres courants de pensée n’ont pas forcément les mêmes références mais la quête est la même. Au-delà des lettres inscrites au revers de ce bijou, il y a ce côté inaccessible, une totalité immanente atemporelle, sans début ni fin.

Ce qui me paraît important, c’est ce sentiment de fulgurance qui nous dépasse lorsque nous découvrons ce bijou, cette fusion fugitive avec la création. Le tétragramme est le souffle créateur divin qui nous remplit d’amour.

L’énergie transmise par ce nom est incommunicable. Elle est une création que l’homme n’est pas en mesure de faire. Mais par un long et permanent travail, nous pouvons plonger au plus profond de nous- mêmes, au cœur même de notre essence.

Après l’effroi éprouvé lors de l’ouverture de la 11ème porte, le calme est revenu, nous avons acquis une force supplémentaire pour avancer encore. Nous comprenons que nous sommes seuls avec toutefois le sentiment d une conscience transcendantale.

L’essence de notre être a la profonde volonté d’être en harmonie avec l’essence de l’univers. Nous sommes qui nous sommes. Même en portant le bijou d’Hiram, nous ne serons jamais des créateurs mais nous pouvons éprouver ce sentiment profond d’appartenir à quelque chose de grand vers lequel nous tendons.

En tant que microcosmes, nous sommes un trait d’union entre le ciel et la terre.

Le grand élu de la voute sacrée a connu une expérience nouvelle. Mais il a aussi mesuré son impuissance par rapport à l’infini.

Toutefois, il nous a été donné d’entrevoir que le sens de notre vie devient plus précis et nous voyons aussi combien l’amour universel peut procurer le bonheur à celui qui le reçoit mais aussi à celui qui le donne.

J’ai dit.

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