29° #926012

Quand doit se fermer l’Ecclésie ?

Auteur:

C∴ L∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

A l’heure où ce ne sera plus à Jérusalem ni à Gazirim qu’on invoquera la Lumière mais où on l’invoquera en Esprit et en Vérité.

Il m’a semblé difficile d’étudier l’heure de fermeture de l’ecclésie sans m’attacher à l’heure d’ouverture qui dit : « Quand l’heure a sonné de répandre la Bonne Nouvelle ».

Quelle peut être la Bonne Nouvelle que le 29ème degré nous suggère de répandre ? Quel chemin devons-nous parcourir pour ne plus invoquer la lumière ni à Jérusalem ni à Gazirim ? Que représente Jérusalem ? Que représente Gazirim ?

Jérusalem est le lieu du temple matériel où tous se réunissent et qui pourrait représenter une forme de multiplicité.

Quant à Gazirim, c’est le mont par lequel historiquement Israël est entré en terre promise. En son temps, prêtres et devins de la ville se divisaient en deux groupes pour gravir les uns la montagne Ebel (nord), les autres la montagne Gazirim (Sud). D’en bas, on entendait les voix des uns pour maudire, des autres pour bénir.

Conflit éternel : Bien et Mal. Et nous voilà dans la dualité. Cette dualité, nous l’avons déjà intégrée en ne la considérant plus comme une opposition. Pourquoi la raison devrait-elle guerroyer avec l’intuition ? Pourquoi le savoir acquis devrait-il croiser le fer avec la mémoire ancestrale ? Pourquoi la logique devrait-elle défier le cœur ?

Il n’est plus question de l’hégémonie de l’un ou de l’autre. Au contraire, l’un et l’autre s’épaulent et nous permettent de dégager le subtil de l’épais, le clair de l’opaque, de chercher la lumière et de découvrir en soi sa propre obscurité. Rappel nous en a été fait dans le Rituel du 29ème degré où il est demandé au catéchumène de réfléchir à son plus grand défaut.

Il y a donc un 3ème terme, un nouveau temple à construire qui fera l’unité, un « sanctuaire de la vérité » : lier l’esprit individuel et le mettre en harmonie avec le Spiritus Mundi, se mettre en accord avec soi-même, s’harmoniser avec ses semblables, avec les puissances cosmiques.

Il est temps de continuer à découvrir les contrées inconnues en soi, d’en explorer les remous et les clartés, de trouver une assise en même temps qu’une lumineuse liberté, de percevoir cette petite musique personnelle qui demande à se faire entendre non parce que supérieure aux autres mais parce qu’unique. Et pour cela, il faut courage, patience, persévérance et surtout ferveur du cœur.

Mais cette verticalisation n’entraîne ni à mépriser le corps ni à rejeter les ressources émotionnelles et affectives. Pourquoi devrais-je me désintéresser de la vie de tous les jours ? Accomplir mon destin est unique et comporte devoirs et responsabilité et cette vie spirituelle s’oriente vers un Esprit d’amour.

Lorsque je souhaite approfondir une réflexion, j’ai l’habitude de me retirer à la mer, seule avec moi-même et mon travail. Quand je suis arrivée à la mer, c’était la tempête. J’avais quitté Waterloo sous la neige et une mer déchaînée m’attendait, accompagnée d’un vent violent contre lequel il fallait toute mon énergie pour lutter de face.

En réalité, ce temps me ressemblait : je luttais, dans ma réflexion, contre le concept de dieu. Ichtus, centre du Rituel, était devenu une obsession qui rendait mon travail difficile à entreprendre.

Je suis un pèlerin spirituel, une femme qui marche, comme la Gradiva. Je me fraie mon chemin particulier et fais un 1er pas vers l’Infini. Ce voyage semble immobile mais requiert Force pour ramener à la lumière ce qui paraît caché, que je n’ai peut-être pas encore découvert, et cela en un face à face solitaire pour chercher ma vérité, qui parfois ressemble à cette lutte contre la tempête.

Mais, devant la mer, dans la solitude et le silence, j’ai pu aménager un vide qui a permis un lâcher prise non pas de résignation, de tranquillité mais un lâcher prise qui ne lâche rien mais se donne entièrement et se déploie. C’était bien au-dedans que je devais recevoir et laisser mûrir. Maurice Zundel dit, dans son Evangile intérieur : « Toute parole est vaine qui n’est redite au-dedans avec le consentement de l’amour ».

Il m’a semblé évident que la grande question n’était pas de savoir s’il y avait une vie après la mort mais si je suis, serai et aurai été vivante avant la mort.

Le lendemain matin, le ciel, à l’horizon, épousait la mer, calme et sans vague, sous l’œil d’un pâle soleil. Mon cœur aussi avait retrouvé sa quiétude. Tout à coup, cet horizon sans fin m’apportait une notion d’immensité et d’infini. C’était-peut être cela cette vie intérieure soulevée par l’esprit, s’orientant vers la transcendance, qu’elle se nomme dieu, déité, absolu, GADLU ou ESPRIT, représenté dans notre Rituel par la Colombe.

Mais sans la flamme du cœur, sans les éclats des émotions, sans le feu des sentiments, cette vie spirituelle risque d’être froide.

En conclusion, je vois trois grandes portes pour arriver au transcendantal et invoquer la lumière en esprit et en vérité :

la Beauté, cette quête d’Amour qui nous dépasse et nous fait ressentir la puissance du mystère ;
la Force, impulsion à une construction personnelle dans la recherche de la vérité ;
la Sagesse qui, au-delà de toute crise, nous fait apparaître l’essentiel dans une prise de conscience supérieure.

Ce travail m’a, en outre, appris à ne pas mépriser la faiblesse et à ne pas mésestimer la fragilité.

Je terminerai par une phrase du Dalaï Lama, qui rejoint l’heure de fermeture de l’ecclésie : « Je crois que le but de toutes les grandes traditions religieuses n’est pas de construire de grands temples à l’extérieur mais de créer des temples de bonté et de compassion à l’intérieur de nos cœurs ».

J’ai dit, V P

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