Le Pavé Mosïque
Non communiqué
Le Pavé Mosaïque
Dans le Temple, lieu sacré, se trouve dessiné sur le sol un damier noir et blanc .
Ce damier, le pavé mosaïque,
est une pierre tombale, une sépulture qui
semble maintenir enfoui un secret.
Le pavé mosaïque est un espace sacré sur
lequel on ne marche jamais. On le
contourne, on tourne autour de lui. Jamais les pieds ne le foulent.
Les déplacements, lors du rituel,
s’organisent et s’harmonisent autour
du pavé mosaïque.
Les déplacements lents, les arrêts, les
changements de direction réalisent une
construction de l’action au sein du rituel.
Le pavé mosaïque devient l’axe
créateur du rythme et de l’harmonie des
déplacements rituéliques.
Au sein de la Loge, notre marche, notre
démarche sont communes. Nos
actions ne doivent pas être anarchiques,
désorganisées. Notre chemin, nos
avancées sont reliés dans le même sens,
autour du même axe, pour le même but.
Ce tombeau sacré, mystérieux noir et blanc est le
principe créateur de
l’organisation harmonieuse de nos actions.
Il est le rythme. Il est la musique de nos pas et nos pas sont
à l’unisson.
Sur ce tombeau se trouve une épitaphe secrète, cryptée en noir et blanc. Il va falloir progressivement apprendre à lire ce message.
Peut-être qu’à
certains moments, la pierre tombale nous livrera
partiellement et graduellement son secret.
La première impression que nous pouvons avoir en regardant
le damier, est
l’image de l’opposition entre le noir, absence de
couleur, et le blanc, somme
de toutes les couleurs.
Cette opposition peut représenter notre
pensée rationaliste qui nomme,
sépare et oppose les choses et les êtres.
Toute tentative de définir, de connaître une chose
entraîne une dissection, une
catégorisation, un éclatement de ce que nous
voulons connaître.
Cette pensée, est la pensée de la désunion, la pensée qui crée les opposés et qui laisse en son centre un abîme où nous perdons notre âme.
Mais l’épitaphe est le
résumé, le visible de ce qui est enfoui. Les
opposés sont donc ensevelis, réunis en un
même lieu. Le tombeau devient alors
le lieu unificateur des opposés créant
équilibre, harmonie et paix.
C’est d’ailleurs, autour du pavé
mosaïque, que nous réalisons ce moment
précieux de la chaîne d’union
où, dans le silence et la méditation,
naît un
amour intense.
Le damier noir et blanc, ne
représenterait plus alors l’opposition du
noir et du blanc, mais le tissage qui réalise
l’étoffe de l’Etre.
Chaque être est sacré avec ses ombres et ses
lumières. Nous possédons tous
cette lumière créatrice, cette lumière
incréée. La lumière n’est
pas visible,
elle donne à voir.
Dans le noir de notre corps, de nos
pensées, de nos jugements, brille
pour l’éternité la lumière
d’amour.
Le noir est visible, parce qu’il nous a
été donné la lumière. Le
noir et le
blanc sont indissociables l’un de l’autre. Nos
ténèbres ne pourront jamais
détruire la lumière originelle dont nous sommes
issus.
Lorsque nous nous évertuons à
trouver, à chercher les défauts, les
imperfections chez notre voisin, nous devenons aveugles et oublions
qu’il
existe au plus profond de lui une lumière qui est
beauté et bonté.
C’est cette lumière qu’il faut
s’attacher à trouver dans chaque être.
Le noir nous guide vers le blanc.
Dans le pire, il y a toujours le meilleur.
Au Nord-Est du pavé mosaïque,
il y a une porte ouverte. Porte permettant
à chacun de prendre place et de laisser exprimer sa
lumière.
Cet « Autre », si différent de nous,
avec ses noirs et ses blancs va pouvoir
venir prolonger le pavé mosaïque et participer
à l’union.
Le pavé mosaïque est alors l’expression
de l’acceptation et de la
reconnaissance de l’autre tel qu’il est, avec
toutes ses différences et ses
particularités.
Créer le pavé
mosaïque, c’est unir nos multitudes, c’est
vivre avec nos
différences et nous réchauffer à notre
lumière commune.
Vivre en Amour, c’est regarder son frère comme il
est et non comme nous
voudrions qu’il soit. C’est accepter ses
carrés noirs, mais c’est aussi
s’émerveiller de sa lumière blanche.
Plus la lumière sera intense et blanche, plus l’ombre sera noire. »L’ombre des pins dépend de la clarté de la lune. » disent les moines zens.
Le pavé mosaïque nous invite alors à l’humilité et à l’introspection. Plus nous serons capables de nous laisser éclairer par la lumière de nos frères, plus nos ombres seront visibles.
Alors nous pourrons débuter un travail
sur nous-mêmes pour nous
perfectionner, nous améliorer, nous rectifier. Il peut
être douloureux de
s’ouvrir à la lumière de
l’Autre, mais c’est le seul chemin qui puisse
exister
pour effacer les mensonges, les illusions que nous nous faisons.
C’est en me
laissant inonder de ta lumière, que je pourrai orienter le
travail de polissage
de mes noirceurs. Cette acceptation de l’Autre dans sa
totalité, ce travail de
perfectibilité que nous offre le pavé
mosaïque génère l’harmonie.
A chaque tenue, le pavé mosaïque nous livre un
fragment de son secret, en
fonction du degré auquel on appartient, en
dévoilant le tapis de Loge décoré
des symboles et des outils qu’il nous faudra utiliser pour
atteindre la
réalisation. Une fois déroulé, le
tapis de Loge efface en presque totalité les
ombres. Il est lumière et nous unit tous dans le
même travail d’édification.
Le pavé mosaïque nous donne
aussi un avertissement : A trop vouloir
chercher la lumière dans les ténèbres,
nous pouvons nous laisser abuser par
l’illusion de la lumière. Dans la nuit, la lune
brille. Mais la lune n’est pas
lumière, elle n’est que le reflet de la
lumière solaire.
Au milieu de nos doutes, de notre nuit obscure, de notre
quête, ne nous
laissons pas piéger par la fausse lumière du
charlatanisme spirituel.
L’alouette se tue au reflet du miroir. Le reflet
détourne la lumière afin de
mieux masquer l’obscurité mortelle.
Enfin, le pavé mosaïque nous
enseigne l’équanimité.
Étymologiquement, le pavé est une surface de
terre battue, nivelée.
Le noir et le blanc sont au même niveau, il n’y a
pas de supériorité de l’un
sur l’autre. L’un et l’autre nous sont
donnés et nous devons les recevoir de la
même manière. Le désir et
l’aversion sont à l’origine de nos
souffrances.
En acceptant les choses telles qu’elles sont, sans vouloir
garder le blanc et
rejeter le noir, nous développerons la patience et
l’amour bienveillant. Cette
réception équanime des choses permet
d’unir les opposés et de découvrir
ainsi
la voie du non-attachement, la voie du milieu, la voie de la
non-souffrance.