Le symbolisme, langage du sacré
P∴ F∴
Deus meumque Jus
Rite écossais ancien et accepté
Ordo ab Chaos
Liberté – Egalité – Fraternité
Au nom et sous les Auspices du Suprême Conseil de France
Il est logique de penser que le symbolisme est le langage du sacré car par définition le sacré s’oppose au profane et notre rituel mentionne que nous ne sommes plus dans le monde profane. De plus, il est courant de dire que la Franc maçonnerie ne s’exprime que par des symboles.
Mais qu’en est-il ? Comment ce symbolisme peut-il communiquer un message aboutissant à une transcendance et un accès à la spiritualité ?
Le symbolisme selon le littré est un État de la pensée et de la langue dans lequel les dogmes ne sont exprimés que par des symboles.
Notre rituel et l’espace dans lequel nous évoluons, ne font référence qu’à des symboles. Cela est la base de notre tradition initiatique. Le Profane qui pénètre la première fois dans un temple a les yeux bandés afin de ne pas voir ce qu’il ne pourrait pas comprendre. Le récipiendaire enfermé dans le cabinet de réflexion est entouré d’objets et représentations qui préparent son corps et son esprit à un passage du monde profane au monde du sacré. L’initié se retrouve face à des outils comparables à un cristal restituant différemment la lumière selon la facette qui la reçoit. En effet, l’une des caractéristiques du symbole est qu’il va transcender l’objet qui lui est associé et devenir un état de pensée et d’actions qu’il nous faudra maitriser car chacun de nos symboles révèle d’un double aspect qui peut nous faire progresser ou peut conduire à notre perte, tout dépend de notre intention.
C’est ce que par exemple, n’avaient pas compris les 3 mauvais compagnons. En effet, le fil à plomb utilisé par le premier compagnon est le symbole de la rectitude et par excès a conduit à un dogmatisme qui paralyse ; le niveau utilisé par la second compagnon, symbole de l’égalité est devenu l’intolérance qui étourdit et le maillet arme du troisième compagnon, symbole de la volonté, de l’autorité s’est transformé en ambition qui tue.
Les symboles révèlent donc une structure du monde qui n’est pas évidente sur le plan de l’expérience immédiate. Chacun doit à un moment faire corps avec le symbole permettant ainsi de solidariser les réalités apparemment les plus hétérogènes, en les rapportant toutes à une même réalité plus profonde qui est leur ultime raison d’être. Cela ne peut se faire que car les symboles sont toujours pluri-dimensionnels sans pour autant supprimer leur fonction première, mais ils lui ajoutent une dimension que l’on peut appréhender comme verticale.
Le symbole élève. Il établit des rapports extra-rationnels entre les différents niveaux de compréhension que l’on soit profane, apprenti, compagnon ou maitre. Chacun avec son niveau d’avancement, va percevoir le symbole avec plus ou moins d’intensité, va percevoir la facette qui correspond à son attente.Les symboles rendent accessibles à nos esprits des niveaux d’expériences qui, sans eux, nous demeureraient à jamais fermés, car nous n’en aurions pas même conscience. La principale fonction des symboles est donc de permettre l’accès à des niveaux de réalités inabordables autrement, et d’ouvrir à l’entendement humain des perspectives insoupçonnées.
C’est grâce à cette alchimie produite par les symboles, que ces outils symboliques utilisés vont permettre de transformer nos expériences maçonniques vers un plan de conscience supérieur, la quintessence étant le drame d’Hiram permettant le passage vers le plan de conscience de la Maitrise. En effet, le récipiendaire qui subit ce passage à la Maitrise, passe le seuil en sens opposé à celui qu’il a emprunté en tant que profane, apprenti et compagnon. Il intègre en lui la perception des symboles qu’il a utilisé ou ressenti. Il doit commencer par la marche à reculons qui marque la phase de transition entre le travail accompli et le travail à faire. Il s’agit du moment où il récapitule son vécu initiatique avant de pouvoir changer de plan. Jusqu’ici le chemin effectué a été dans le plan de l’apprentissage alors qu’en se retournant, il se prépare à accéder à la connaissance métaphysique et donc au sacré. C’est pourquoi il lui faut mourir à ce monde, pour ressusciter et accéder au monde qu’il lui reste à explorer. Cette marche à reculons, montre bien la force des symboles et des actions symboliques car il s’agit paradoxalement d’une marche en avant puisque l’on se dirige vers la lumière vers la spiritualité, vers un long cheminement ne finira jamais. «C’est avec les lumières du passé qu’on se dirige vers l’obscurité de l’avenir » nous dit notre rituel.
Le symbole est donc l’élément primordial de l’initiation et de la progression maçonnique, car ce que transmet l’initiation et notre vécu en Loge, ne peut pas être exprimé que par le langage ordinaire et le discours intellectuel. Le vécu des passages initiatiques, la participation aux rituels et l’étude des symboles ont pour but d’agir sur le Franc-Maçon, de façon à induire une transformation de son être. La pierre se taille et s’embellie.
L’interprétation des phénomènes symboliques et initiatiques positive notre compréhension de notre démarche et nous permettant de mieux vivre ou conduire les rituels, avec plus de conscience, donc de les rendre plus efficaces pour soi et pour les Frères. De fait, comprendre la place et l’importance des symboles et des rituels initiatiques permet de mieux percevoir les objectifs principaux du travail maçonnique. La méthode symbolique ne relève pas d’un simple seul travail intellectuel. Les symboles et rituels influencent directement l’ensemble des manifestations conscientes et inconscientes de notre personnalité sans intervention de l’intellect. Ils s’adressent à la perception immédiate de l’émotion ou de l’intuition. C’est là une clé essentielle pour comprendre l’impact du symbolisme. Le symbole s’adresse à autre chose que le mental conscient. La relation entre d’un côté le sens premier des symboles, et de l’autre côté leur interprétation et la perception personnelle forme une cohésion, le Symbolon, morceau de poterie qui était brisé en deux pour se reconnaitre est rassemblé et nous conduit vers un niveau du sacré. Le symbolisme est en mesure de rassembler diverses significations en un tout intégré, en un système cohérent. Son aptitude à l’unification ou à la systématisation rend le symbolisme à même d’exprimer des situations paradoxales.
En travaillant et comprenant le langage symbolique nous relevons le défi de la transcendance, du dépassement de soi qui permet l’accès à une connaissance initiatique se référant à des symboles librement acceptés et librement interprété au travers d’un rituel sans cesse renouvelé grâce à notre travail.
En effet, c’est cette « Gloire au Travail », symbolisée par l’étoile flamboyante qui va permettre à ce travail de recherche du sens caché des symboles, de se dépouiller pour se découvrir soi-même :
« Deviens ce que tu es. » disait Nietzsche. En effet, c’est lui, le travail qui nous fera découvrir, avec notre curiosité et notre désir d’apprendre, le sens caché des choses et aider sans cesse à polir la pierre.Les différents symboles représentent le chemin, les lignes géométriques qui servent au maçon à donner à sa pensée, la cohérence d’une forme équilibrée qui servira ensuite à façonner l’œuvre maçonnique afin qu’elle soit harmonieuse, solide et indestructible. qu’aspirent les bâtisseurs du Temple. Et cela, ne peut se faire que grâce à l’intelligence, à l’acquisition de la connaissance, à l’adoption de jalons moraux, avec le dur et lent cheminement des acquis et surtout avec les objectifsque nous nous fixons et avec la volonté de continuer et poursuivre ensemble la quête de la vérité. Nous devons éclairer l’édifice que nous construisons et lui donner vie pour le sacraliser. La lumière éclaire l’œuvre, elle aide à la voir et à la comprendre. Mais comme l’a écrit le philosophe indien contemporain Réda Hadjouti «Ne voit la lumière que celui qui est éclairé » or la lumière est par constitution assez antinomique car elle est à la fois une onde et une particule.Cette dualité nous la retrouvons un peu dans notre conscience. Nous avons en nous des contradictions plus ou moins fortes, contradictions, qui sont avant tout des à-priori, et qui font de nous ce que nous sommes, des êtres toujours en devenir, en perfectionnement constant à la recherche du sacré.
C’est cela l’aspect sacré de notre démarche : être capable d’utiliser nos contradictions, notre perfectibilité pour générer un état de spiritualité.
Les travaux de nos Loges s’ouvrent à la gloire du Grand Architecte de l’Univers et devant le volume de la Loi sacrée. Cela implique que nos travaux soient empreints de dignité et marqués par un certain degré de sacralité initiatique. Si l’on veut que notre démarche corresponde pleinement à sa vocation initiatique et contribue au développement moral et spirituel, il est indispensable que nos travaux rituels soient d’une qualité irréprochable. Cette qualité est aussi la condition pour que l’enseignement maçonnique et donc la compréhension des symboles puisse porter ses fruits et être mis en pratique par chacun dans son existence quotidienne, à l’intérieur de lui-même comme dans ses rapports avec le monde.
Assister à une tenue en loge, c’est comme atteindre après une longue marche le sommet d’une montagne est rester interdit devant la splendeur d’un lever du Soleil. Ce sont des résonances du sacré où se retrouvent les hommes au-delà de leurs croyances, de leurs certitudes, de leurs différences. C’est donc un bien commun qui touche à l’universel en devenant un centre d’union fraternel.
La Franc-Maçonnerie propose l’utopie de réunir ce qui est épars. Le temple est un lieu sacré de rendez-vous où les cœurs des hommes vibrent ensemble. Symboliquement par cette action du sacré, l’on passe de l’individuel le « JE » à l’universel le « Nous ». Elle propose à ses adeptes de faire « maigrir » l’individualisme pour faire renaitre un véritable individu, dans une Fraternité humaine.
Nous partons d’une connaissance de soi pour atteindre un amour de l’autre au travers de la fraternité qui nous unit. C’est ce lien qui va nous permettre ensemble de créer une communion d’âmes dans le temple. Le lieu est sacré quand il fait lien, mais c’est bien le lien qui fait le lieu. Le sacré est donc un bien commun dont la source est associée au passage du chaos à l’ordre. Il est le passage du visible à l’invisible, du compréhensible à l’inexprimable quel que soit l’idée que l’on s’en fait.
Ce passage ne peut que se faire grâce au symbole qui devient donc un messager, un élément médiateur entre deux niveaux de conscience, entre le profane et le Sacré. Il participe par sa structure profonde à la transmission cette réalité abstraite et sacrée vers le monde objectif et rationnel de nos sens.
Le symbole possède donc une fonction médiatrice : il est un pont, il réunit des éléments “séparés” ; il relie le Ciel et la Terre, l’esprit et la matière, le profane et le sacré. Il porte en lui une force qui établit une relation entre une vision multiple et la recherche de l’unité.
Cette ambiguïté est aisément compréhensible en raison du caractère non rationnel de l’expérience du sacré auquel la finalité des traditions initiatiques apporte la révélation et l’institution des symboles.
Le domaine du sacré n’est pas celui du désordre et de l’anarchie. Il existe une “cohérence fonctionnelle” de la pensée sacrée. Mais, cette logique du sacré ne relève pas de l’ordre rationnel ce qui ne signifie pas qu’elle soit sans raison d’être, ni qu’elle échappe à un ordre que l’intelligence peut essayer de saisir.
En nous permettant d’accéder à une démarche sacrée, le symbole devient sacré. Le symbolisme fournit la grille métaphysique rendant possible l’interprétation des diverses manifestations du sacré. Grâce à son rôle de “pont”, le symbole permet à chacun de nous, d’accéder à la réalité de l’autre, lui ouvrant ainsi la voie à la participation et à la communion.
Bien que de nature extra-intellectuelle, la démarche sacrée s’organise en relations structurées qui lui permet de constituer un langage cohérent et systématique.
Le symbolisme est donc le langage du sacré car le sacré permet la création du symbole.