12° #609012

La Connaissance, c’est ce que nous appelons la Parole Perdue

Auteur:

J∴ B∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
:  Lanfranc de Pavie - Orient de Caen
A la Gloire du Grand Architecte


Ordo Ab Chao – Deus Meumque Jus


Au nom et sous la Juridiction du Suprême Conseil pour la France
Des Souverains Grands Inspecteurs Généraux
 du Trente Troisième et dernier Degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté


A la Gloire du G.A.D.L.U. !

Au grade de Maître secret se poursuit le cheminement qui a été le notre dès l’initiation. Nous avons fait plusieurs voyages qui ont été des reliances (Apprentiavec nous-même, Compagnon avec les autres, Maître avec la société)

Le grade de Maître Secret nous indique que le chemin à suivre est celui du Devoir.

Les différentes sentences que nous avons entendues, nous le confirment.

Et le Trois Fois Puissant nous le rappelle en nous disant que nous venons de contracter l’obligation de suivre irrévocablement la voie du Devoir (même si il est plus facile de faire son devoir que de le connaître)

Intervient alors cette phrase au sujet de la Connaissance.

Il est remarquable que le mot connaissance commence par une majuscule et semble donc envisager la connaissance comme unique et primordiale.

Sur les statuaires de nos magnifiques cathédrales, le livre de la Connaissance est toujours représenté fermé. Cela nous donne une première orientation sur notre travail de recherche. Il va falloir pénétrer le livre, aller dedans ou aller au fond donc quelque part descendre, mais pas par une descente extérieure, mais plutôt par une descente en nous-mêmes , dans la recherche de notre lumière interne, celle qui est la depuis le départ et nous a poussé à frapper à la portepour qu’on ouvre cette dernière.

Ce chemin du Devoir signifie pour Gilbert Garibal, la quête de la Parole perdue autrement dit de la Vérité pouvant se définir commela recherche permanente du sens authentique à la fois sens signification et sens direction. Au niveau de la direction, nous avons fait lors de l’initiation à ce grade quatre voyages riches en sentences qui vont nous servir durant cette approche. Il n’est pas question ici de revenir dessus, vous les connaissez, mes Frères, bien évidemment. Nous poursuivrons par le sens Signification

Partons donc de la Connaissance. En tant qu’initié, qu’est-elle pour nous et que n’est-elle pas.

Connaître n’est pas savoir ; cela va bien plus loin. Le savoir passe par le cerveau. Il s’accumule et permet le progrès technique ; il est du domaine de l’humain.

Les moyens du savoir nous sont donnés au départ par nos cinq sens, avant d’être repris par notre réflexion qui va les ordonner, les transformer, éventuellement les digérer suivant les capacités de chacun. Cela ne peut être que physique ou intellectuel.

Par contre, la Connaissance est unique, même si elle revêt des formes multiples, propres à chacun, car elle n’est que conscience.

Dans ce mot, il y a le préfixe « co », qui signifie avec. C’est donc la « naissance avec ». Ellepermet de naître et d’aller vers la source de toute création.

D’origine divine, elle ne concerne que les lois de création et la Cause première.

Pour l’atteindre, il faut dépasser le stade physique et mental et arriver à ce que nous appelons la « Connaissance du Cœur ». Il faut remplacer l’instinct et les déductions intellectuelles par l’intuition créatrice dont chaque initié dispose. La Connaissance est donc le fruit d’une longue démarche, engagée, entière et profonde. Elle associe voie longue (le travail) et voie brève (l’Amour), mais elle est aussi un but pour parvenir à un état d’être, un état d’éveil grâce auquel l’être perçoit le monde directement

Elle est un mode de vie auquel on accède après un long apprentissage au cours duquel bien des choses seront à écarter, des choix seront à réaliser, une volonté sera à exercer.

Passage bien difficile pour ceux qui ont été conditionnés par la logique cartésienne.

La Connaissance de Cœur échappe à toute valeur rationnelle. Il faut vraiment aller au « cœur » des choses, découvrir ce qui est à l’intérieur, caché sous les apparences, comme nous le suggère la formule des alchimistes « V.I.T.R.I.O.L. ».

Elle relève du concept pur, entièrement débarrassé de la gangue du matérialisme et de l’intellectualisme. Elle est à la disposition de tous et ne dépend pas du savoir. Elle permet de voir l’unité en toute chose et de la vivre.

De plus, elle ne s’acquiert pas individuellement. Elle nécessite un cheminement communautaire. Elle se perçoit par l’éternité ; par celle des cycles qui est vécue par les rituels qui rythment la vie communautaire et transmettent la Connaissance ; par celles des symboles, car la Connaissance n’est perceptible que par cette langue sacrée. La pratique de la Connaissance du Cœur ne passe pas par le langage moderne. Les mots n’en sont pas assez justes. Voilà pourquoi la pensée symbolique est utilisée depuis la nuit des temps. Seul ce mode de pensée peut permettre à des concepts forts de traverser les époques et de demeurer accessibles aux hommes.

Tel est le but de toute démarche initiatique. La Connaissance du Cœur ne peut donc se posséder comme une science. Il s’agit d’entrer en elle car elle est un état d’identification pour pénétrer l’essence de l’univers.

L’initié pénètre dans le temple, s’y intègre et y vit. Il naît en commun avec ses frères, perçoit la pensée de l’univers et vit en éternité.

Avons nous un symbole pour nous appuyer sur cette recherche de la Connaissance?

Il nous est donné par le titre de ce travail.

Ce symbole est la Parole Perdue. On peut bien évidemment réfléchir sur les termes utilisés, parole perdue, parole cachée, parole effacée, plusieurs possibilités sont envisageables, néanmoins elles vont impliquer d’approfondir le terme.

Nous entrons de plain-pied dans le mythe d’Hiram, que nous n’avons peut-être jamais quitté d’ailleurs mais que ce degré éclaire d’un jour nouveau.

Si Hiram n’était pas mort, le temple aurait été achevé et les Compagnons auraient changé de chantier comme c’était le cas autemps des Cathédrales.

La mort d’Hiram est un processus nécessaire et la Parole perdue, thème retrouvé dans d’autres recherches initiatiques, habituel. Le thème de la perte indique qu’il faut effectuer une recherche, retrouver ce qui est perdu pour le connaître, en avoir la Connaissance en quelque sorte.

La Parole Perdue est la Langue unique, à l’Origine du Monde. Émanation permanente de l’Anthropos, le Verbe. « Je suis celui qui est ! ». Retrouver la Parole, c’est retrouver la Voix, ou la Voie, la Tradition Originelle,

Sous le Symbole se trouve l’Idée. (tu t’efforceras toujours de trouver l’idée sous le symbole)

La Parole est très souvent assimilée au Verbe. Elle s’en distingue cependant par des nuances. Si, comme l’indique JEAN « Dans le Principe est le Verbe, et le Verbe est avec Dieu et le Verbe est Dieu… », c’est-à-dire qu’il lui est consubstantiel, on peut raisonnablement considérer que la Parole est le Verbe en action, en manifestation. Tout ce qui existe peut être considéré comme une parole de Dieu, comme la continuité du son primordial. Le Verbe, potentialité d’action du Principe créateur, se manifeste donc par la parole qui se prononce et en est l’enveloppe. Cette dernière recèle toutes les lois de la créationqui ne demandent qu’à être mises en œuvre. La parole peut s’appeler sagesse quand elle est l’interprète des secrets de l’intelligence du cœur.

Elle est la pensée du Maître, d’Hiram, et, lorsque celui-ci est assassiné, elle est perdue aux yeux des hommes. Mais elle est toujours vivante, semblable à elle-même, en attente d’être retrouvée pour mener à nouveau au Verbe.

Le Maître secret a choisi de ne pas se contenter d’un mot sacré simplement substitué et de poursuivre sa marche serpentine.

La Parole perdue n’est pas une formule magique ni un mot secret. Nous avons dit que c’était un symbole. Et pour la rechercher nous sommes soumis au silence. Parole et Silence sont liés, voire sont en capacité de fusionner. L’homme sage se tait dans le Temple, mais ses actions sont parlantes.

Faire le silence en soi est une ascèse qui favorise l’écoute et la compréhension de l’autre. Il implique le détachement de soipour vivre pleinement ce qui se passe dans la Communauté. Il est un don d’amour que l’on fait à la Création. Dans une âme libérée de ses influx profanes et passionnés, et où règne le calme, loin de tout tumulte, la voix du divin peut se faire entendre. Ceci se retrouve avec Pharaon. Il est dit à son sujet qu’il entend les paroles des Dieux car le Verbe lui permet d’assimiler toutes les entités créatrices. Il entend et il connaît la parole de la Lumière divine qui est celle d’Horus. Et pour entendre cette parole, qui permet de devenir un être de lumière il faut être silencieux. Ce qui est demandé au Maître secret. Et le silence, l’écoute et la parole divine permettent à Pharaon de dire Maat c’est à dire de dire vrai ou de dire la Vérité. Le Verbe est aussi nourriture et en le prononçant Pharaon donne la vie. (Schwaller de Lubitz)

Revenons sur le mot symbole. Sa compréhension est importante. C’est l’outil, par excellence, de l’initiation. Les symboles constituent le langage initiatique, celui des frères en recherche de la Connaissance. L’Apprenti apprend à lire et à écrire avec les Symboles.

Là réside le moyen de transmettre ce qui est intransmissible dans le langage profane. Toute formulation initiatique passe par le symbole.

Ils ne sont vraiment accessibles qu’à l’intelligence du cœur évoquée plus haut. Nous soignons leurs formes pour les rendre parlants, mais leur signification est au-delà de la forme. Ce ne sont pas des images et ils ne s’enferment pas dans une définition.

Nous devons sans cesse les approfondir et enrichir nos perceptions. On peut dire que le symbole est à la fois une vibration, en tant qu’expression du Verbe, un Nombre, car tout est régi par les Nombres, et une forme par laquelle on peut ouvrir une porte sur l’invisible et percevoir une partie de la réalité, du Mystère.

Rappelons nous que les symboles ne sont, ne seront jamais une réponse à une question. Ils n’expliquent pas, ils font ressentir, ils éveillent. Ce qui fait comprendre que l’on ait jamais fini de les interroger et que les réponses que nous apportons sont l’exacte image de notre état de conscience Cela explique qu’avec le temps, un même symbole puisse évoluer et évoquer un Mystère tendant vers l’infini. Un symbole présente toujours une partie indéchiffrable. Questionner un symbole c’est d’abord être questionné par lui.

Les symboles sont à utiliser comme des outils pour façonner l’œuvre, et soi-même par la même occasion, mais en tant que sous-produit et non comme objectif. Ils sont la figuration manifestée d’une réalité conceptuelle. Autrement dit, ils sont la porte qui permet le passage du visible à l’invisible, du temporel à l’éternel, de la perception sensitive à la Connaissance. Pour ce faire, ils s’adressent à la conscience de l’être lorsque celui-ci fait appel à son intuition. Tout, en initiation, est présenté sous une forme symbolique pour permettre à la pensée humaine de passer progressivement d’une sensation relative à un entendement réel du spirituel.

L’initié doit apprendre rapidement à passer d’une pensée dualisante et rationnelle à un mode de pensée symbolique, synthétisante, intuitive et holistique (pensée ternaire).

Pour aller plus loin dans notre démarche, souvenons nous que l’interprétation d’un symbole présente trois niveaux (Robert-Jacques Thibaud in symbole et cycles cosmiques).

Prenons un exemple simple, le moine évêque de Chartres situé dans le statuaire de la cathédrale. Il s’agit d’un moine tenant dans sa main droite, une crosse, tournée vers l’extérieur et ayant dans sa manche gauche un livre fermé

Le premier niveau est une lecture simple, directe compréhensible par tous. C’est un ecclésiastique ce qui semble normal sur un mur de cathédrale.

Le second niveau est plus subtil et plus subjectif, indiquent une idée ou un processus introspectif. C’est un évêque mais avec une robe de moine, cela semble indiquer l’humilité, la crosse est tournée vers l’extérieur, indique un retournement, que nous ne sommes pas dans l’ordre établi, donc qu’il nous faut changer d’état. Ce qui amène au Livre caché dans la manche, qui est le symbole de la connaissance, mais fermé.

Le troisième niveau de compréhension ou de lecture est la lecture sacrée ou hiéroglyphique, réservée aux initiés et lisible uniquement après que les deux premiers niveaux aient été totalement intégrés, vécus et transcendés. C’est le Parlant, Signifiant, Cachant d’Héraclite. Le symbole n’est pas là pour nous expliquer des mystères que comprendraient seulement notre raison et notre conscience, il est là pour nous aider à élever notre niveau de conscience dans notre cheminement intérieur.

La Parole anime le monde réel par une vibration de l’énergie créatrice et elle fait entrer dans le monde des causes, dans l’invisible. Elle est bien symbole vivant. C’est pourquoi elle est la conception du Verbe qu’il nous faut retrouver, le Verbe étant pris ici en tant qu’expression sacrée, permettant à celui qui le vit, de communier avec l’Unité.

S’appuyer sur les Symboles pour avancer c’est d’abord affirmer et préserver sa propre liberté et celle d’autrui. Mais c’est aussi cheminer à son propre rythme, sans contrainte, sans échéance imposée. Le Symbolisme ignore le dogme et la vérité révélée. Les Symboles contiennent la Vérité, l’Homme y cherche (et parfois y trouve) sa parcelle de vérité, personnelle et incommunicable. La trouver, c’est vivre l’harmonie en soi.

Et finalement par le symbole de la parole perdue, c’est en nous que nous devons rechercher cette Connaissance,….

« Dans le Principe est le Verbe… Le Verbe est la Vie, et la Vie est la Lumière des Hommes » (Prologue de Jean). Verbe, Vie et Lumière sont consubstantiels au Principe. Le Verbe crée la Vie et se manifeste par la Lumière. Le mot Parole nous ramène au Logos qui selon Héraclite signifie l’énergie du feu, de la Lumière en connivence avec la Source divine de toutes choses. C’est le feu principiel, le premier polyèdre de Platon, le tétraèdre.

Tout en évoquant l’aspect universel et divin du Logos, Jean nous rappelle que ce principe créateurest la Vie et la Lumièrede l’homme et fait donc partie de lui. Ce Feu/lumière qui rayonne en nous serait un lieu de communion avec le Divin mais aussi un Lieu de rupture qui nous amène au cœur de la Création en liaison avec sa source.

La Lumière ainsi a un aspect tangible et, à côté de celui-ci, elle a une forme invisible qui correspond à la partie subtile de l’être, cette étincelle cachée en chacun de nous et qui est l’Esprit. Si tout le monde reçoit la clarté visible du soleil physique, seuls quelques uns peuvent percevoir le feu invisible de l’Esprit. Et c’est en retrouvant la Parole perdue, dans le Silence, que le Maître secret va trouver la Lumière qui est en lui et pourra donc trouver ou s’approcher de la Vérité, accomplissant ainsi ses devoirs.

Le Maître secret a la connaissance du Devoir mais il a aussi le devoir de la Connaissance, et cette Connaissance est en lui, c’est ce que lui indique la Parole perdue, c’est le réunir ce qui est épars, entre autre mot, c’est l’Ordo ab Chaos. Car il nous est dit que l’éclat du jour a chassé les ténèbres et la Grande Lumière commence à apparaître. Les ténèbres précèdent la Lumière et cette dernière nait d’elles. Donc c’est cette Lumière qui est aussi la Vérité, qu’il faut chercher en nous. Et c’est sur la quête de la Vérité que nous allons avancer et que nous allons tenter d’approcher. Retrouver la Parole, c’est retrouver la Voix, ou la Voie, la Tradition Originelle.

La Voie initiatique nous emmène vers la Transcendance, par laquelle on cherche à s’élever le plus haut et le plus loin possible, s’élever devant se comprendre, ici, dans le sens d’éveil. Le cheminement initiatique est un passage permanent de nouvelles portes, d’évolution de conscience, d’ouverture à la vie, pour aller jusqu’à la Lumière éternelle.

J’ai dit

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