Blanc – Rouge – Noir
Non communiqué
L’action se passe dans la salle
d’audience du palais du Roi Salomon. Cette pièce est tendue
de noir parsemé de flammes argentées et
soutenue par des colonnes rouges et blanches.
Dans les montagnes à l’est de Jaffa un être
monstrueux du nom d’Abibala vient d’être tué
à l’entrée de la nuit par l’un des neuf
maîtres élus qui le recherchaient.
Il se cachait au fond d’une caverne dont l’ouverture était
obstruée par un buisson.
Le décor est en place, le drame s’est
déroulé, il faut maintenant s’en inspirer. La
caverne témoigne de la prégnance du
monde chronique dans les affaires des vivants. Elle symbolise la
conscience de l’Etre qui ne peut être
éclairé par la lumière en raison du
buisson qui masque l’entrée. Le buisson étant ici
les passions qui obscurcissent et aveuglent notre entendement.
Car cette abomination, maintenant disparue,
désignée sous le nom d’Abibala, n’est pas un
monstre comme les autres. En le châtiant
définitivement avec son poignard, l’arme
d’exécution et de vengeance par excellence, le
maître vengeur se fait meurtrier.
En effet, tuant celui qui, bien que fautif demeure son
frère en humanité, il le rejoint alors dans la
même démarche mortelle. Un compagnon tue le
maître, un maître tue le compagnon, leur lieu
commun est le crime. Unis l’un à l’autre par le sang
versé, ils demeurent à jamais le
témoignage éclatant de ce à quoi
mène l’aveuglement des passions. Oh combien est
épais ce buisson qui voile la lumière, et combien
est impénétrable la nuit qui obscurcis mes sens
au moment de la mort. Et comme la grotte qui maintenant me sert de
sépulcre est froide, en l’absence de toute chaleur humaine
ou ignée.
Moi aussi, ma chair quitte mes os, et de moi que reste-t-il sinon un
nom que la mémoire des vivants oubliera bientôt.
Rouge est le sang de mon frère, et rouge aussi est le mien.
Rouge est le sang répandu, et noir est le sang
séché. Noir aussi est la grotte en cette heure
tardive de la journée, de même que la salle des
audiences où nous nous trouvons à cette heure
même. Rouge encore est le creuset de l’alchimiste alors que
son feu ébloui de blancheur à la cour de
l’athanor. Rouge enfin est la gueule du monstre qui va nous
dévorer et que d’aucun assimile à l’enfer alors
que la blancheur de ses crocs nous promet une mort prompt et sans
souffrances. Mais au fait, le dedans de m’on corps n’est-il pas rouge
lui aussi ? Et mon cour qui palpite ne témoigne-t-il pas lui
aussi de la vie par le rouge qu’il anime ?
Mais la lame du premier surveillant reste blanche, car Salomon
arrête enfin l’enchaînement meurtrier et fige ainsi
le foisonnement des sens qu’il ne nous reste plus qu’à
ordonner, sinon à éclairer. Car toute cette
agitation a un sens, elle est même une apologie de l’action
en trois couleurs définitivement campées : le
noir, le blanc, le rouge.
Noir, ainsi est le plomb, vil métal figurant
l’indifférencié, et pourtant prêt pour
la transformation alchimique. Noir aussi est la nuit des grottes et des
eaux profondes. Noir enfin est la robe des derviches et des
prêtres catholiques. Il témoigne dans cette
aventure de l’état initial de l’homme qui, sans autre
lumière que son intelligence, est réduit au
désespoir et au crime par ses errements dans
l’obscurité des sens.
Et pourtant, le salut n’est pas si éloigné. Car
cette obscurité est aussi celle du renoncement, de l’abandon
de ce qui est vil car sans finalité. Là est le
sens de la fuite pour celui que la vie du monde laisse insatisfait, et
qui cherche ailleurs ce qu’il espère devoir le combler. Et
ainsi donc, dans le creux de la grotte obscure de notre corps,
derrière le buisson de notre ego vit autre chose que le
désordre. Quand bien même est-il roi, l’homme
n’est rien par lui-même.
Blanc, ainsi se présente la
lumière ; celle de l’astre du jour au petit matin. Celle de
Séléné, pourtant moins brillante que
lui, l’égale et même le surpasse en blancheur.
Blanc aussi est le reflet de la lame du poignard du premier surveillant
et celle des flammes d’argent. L’œuvre au blanc est
la deuxième étape du processus alchimique. La
transmutation est commencée, et l’argent apparaît.
C’est la couleur des initiés, de ceux qui sont en
état de bascule, qui on découvert quelque chose
et qui vont se lancer peut-être. Car après la
fuite vient l’errance. Comment trouver ce que l’on cherche si l’on
n’erre pas ? C’est bien de fuir, mais encore faut il transformer cette
fuite en action. Et donc, si Abibala s’est replié en sa
grotte, Johaben erre au hasard pour devenir lui aussi criminel.
Si le blanc est la couleur de l’argent, celle de l’aube, ou de a lune,
c’est aussi la chemise blanche des condamnés, la robe
blanche des noces, celle du pape ou des vierges de toutes les
époques. C’est le rôle du prêtre de se
tenir ainsi en équilibre, et d’essayer de donner sens
à ce qui apparemment n’en a pas pour faire lien avec le
sacré. Quand bien même est-il prêtre,
l’homme n’est rien par lui-même.
Rouge, ainsi se présente le creuset de
l’alchimiste lors de l’œuvre au rouge. L’or n’est
pas bien loin, mais il faut persévérer. C’est la
chaleur matricielle, le feu central, celui du cœur. C’est la
vision de l’enfer et de ses flammes médiévales
autant que celle de la transmutation qu’évoque Dame
Pernelle. C’est aussi la couleur de ceux qui savent. L’heure n’est plus
à la fuite, et l’errance a enfin cessé. C’est
l’heure de la quête. L’homme sait enfin quel est son chemin.
Son errance a un sens et il peut commencer sa quête. Il a
enfin la vision de ce qui l’attend, de ce qui est devant lui. Un homme
vivant cela s’appelle un prophète. Il est le
prophète de lui-même. Quand bien même
est-il prophète, l’homme n’est rien par lui-même.
Mais est-ce bien sur ?
Car il est un personnage dont le rôle n’est pas encore
évoqué, c’est celui du Roi Salomon. Les couleurs
de sa salle des audiences, c’est-à-dire du lieu ou il parle
et que l’on peut assimiler à sa grotte, reprennent ces trois
couleurs. Ne serait-il pas le prototype de celui qui sait, ne serait-il
pas Roi, Prêtre et Prophète à la foi ?
Ne serai-ce pas la le message final de ce degré à
travers ces trois couleurs.
Saint Marc, (9, 2-5) nous confirme ce processus qui nous
décrit Moïse, prêtre égyptien
et guide de son peuple, Elie le prophète assimilé
au feu rougeoyant et le Maître Jésus
éblouissant de blancheur sur le même sommet.
Errer, explorer notre propre grotte, tuer la bête en nous,
progresser vers la lumière de la connaissance, quel
programme ! N’est ce pas finalement à l’escalade de notre
propre montagne que nous invite ce neuvième
degré, ce degré de l’action ? Car sans l’action
nous ne sommes rien. Ne nous indique-t-il pas la
nécessité de la fuite, de l’errance et de la
quête pour pouvoir devenir enfin le roi, le prêtre
et le prophète de nous-mêmes ? Imitant en cela le
roi Salomon ?
Ce neuvième degré, appelé
traditionnellement et de vengeance, est en
réalité celui de l’action fructueuse, celui de la
quête. Et c’est à cette quête que tous
ensembles nous participons.
J’ai dit, Trois Fois Puissant Maître.