Je veux et je construis
Non communiqué
Au sein du cheminement initiatique propre à l’écossisme, le grade de Grand Maître Architecte marque une étape caractéristique quant à la réalisationspirituelle du Maître Maçon parvenu à ce degré. Une exégèse partielle du rituel du 12°nous conduira à y rechercher des similitudes théologiques et ésotériques.
Du 4° au 11°, il existe trois catégories de degrés que l’on peut définir comme suit : le 3° degré de loge bleueest suivi des degrés de Maitre Secret 4°et Maitre Parfait 5° ( premier triptyque).
La Parole est perdue, Hiram est mort et le chantier est arrêté. Au 6° degré le ternaire est reconstitué entre Hiram roi de Tyr, Salomon et le Secrétaire Intime. Le chantier reprendavec les degrés de Secrétaire Intime 6°, Juge et Prévôt 7° et Intendant des Bâtiments 8°.
Arrive les degrés de vengeance ou d’élus aux 9°,10° et 11° ou les assassins d’Hiram sont retrouvés et châtiés.
Ces trois tryptiques suivent une certaine logique. Après avoir substitué la Parole Perdue et remis le chantier en route, il convenait de chercher et de supprimer les mauvais compagnons pour enfin être débarrassé définitivement de ces défauts sur la pierre mal équarrie que sont le fanatisme, l’ambition et l’ignorance, cause de tous nos malheurs.
Voilà , le chantier a repris, les malfaisants ont été punis, les passions sont épuisées et une fois la sérénité trouvée le cherchant peut quitter la dimension horizontale pour la dimension verticale faite deprofondeur et d’élévation de la conscience, l’Etant part à la recherche de l’Etre.
Parlons un peu ici du nombre 12. On le retrouve dans la mythologie grecque avec Héraclès et ses douze travaux.
Symboles de réalité tels que mépris envers les médiocres ou force de l’éloquence pour l’humaniste italien Andrea Alciati au XVI°, ces travaux sont le symbole de la libération individuelle et de la quête de l’immortalité à travers l’expiation de ses péchés. C’est une lutte progressive en évolution dans un processus qui doit mener pour les alchimistes du Moyen-Age vers l’immortalité.
Composée du Un, unité, et du deux, dualité, le douze est aussi le produit du 3
(divin, esprit) et du 4 ( terre, corps) ce qui lui confère une aura certaine parmi les autres nombres. C’est encore les 12 apôtres, les douze mois ou signes du zodiaque ou les 12×12 mille élus du Jugement dernier…
Poissons : le douzième signe du zodiaque, est gouverné par la planète Jupiter. Il symbolise l’homme parvenu à une phase d’illumination qui est l’état de conscience réfléchie au plus haut degré
Douzième lettre de
l’alphabet, ou aleph-beth en
hébreu, Lamed
désigne un « aiguillon ». Il
désigne aussi le fait d’enseigner, d’apprendre, d’instruire.
L’existence du lamed implique un but vers lequel on doit aller, mais
indique
aussi la transition dans laquelle on se trouve avant d’aboutir
à un état
nouveau. Le fait que lamed désigne l’étude et
l’aiguillon nous enseigne que
l’étude doit être suivie d’actes, montrant que ce
que l’on a appris n’est pas
une simple théorie sans fondement. Ceci ressemble fort
à je veux et je
construis…
Dans le tarot, la 12°lame est le Pendu. Il représente pour les alchimistes le Grand Œuvre et nous indique l’inversion des valeurs de « l’âme de vie » qui n’est autre que l’échelon préalable d’élévation avant de parvenir à la supraconscience.
Pour Eliphas Levi dans » dogme et rituel de haute magie », il est dit à propos du douze qu’il est la réalisation du Grand Oeuvre, mais qu’on ne séparera le subtil de l’épais qu’en entendant les allégories puis par la voie des correspondances en suivant le dogme « tout ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, et réciproquement », comme dit par Hermès Trimegiste.
Mythologie, astrologie, alchimie, tous ces domaines se rejoignent sur la notion
de finalité du 12, étape importante avant un niveau de conscience supérieure.
Mais revenons au rituel.
Voici le 12° degré, le Grand Maitre Architecte. Travaillant dans la boulomie ou archi-loge, le lieu ou l’on veut, le G M A affirme « je veux et je construis ». Ceci implique logiquement qu’avant ce degré je ne disposais pas de facultés suffisantes pour vouloir.
Je veux :
Il parle ici à la première personne, alors que depuis le silence de l’apprenti il n’a jamais mis sa personne en avant, ne s’exprimant que quand la parole lui était donnée. Noyé dans le collectif, pierre parmi les pierres, il a travaillé sans relâche à son perfectionnement au travers des différents degrés et le voici qui prend la parole et crie haut et fort – Je veux et je construis –
Cette assurance, ce sentiment de plénitude est l’affirmation triomphante de l’accomplissement de l’homme vrai en toute circonstance. Pour comparaison et en restant dans le mythe hiramique, le G M A est comme le roi Salomon , il est ferme mais juste, avec lui d’abord et avec les autres ensuite.
A ce degré la quête d’absolu qui tend vers l’Un, la réalisation spirituelle propre au cherchant est en voie d’achèvement, il a entrepris sur lui-même un gros travail dans l’immanence et la transcendance afin de déceler en lui la parcelle divineet de devenir un tabernacle vivant à la gloire du Grand Architecte de l’Univers.
La volonté est un ensemble de tendances gouvernées par un principe rationnel
Ceci m’amènedonc à définir la raison : le philosophe dit que c’est un ensemble de principes directeurs de la connaissance ou de l’action, ou dans un autre axe de pensée un principe de création et de mise en ordre de ces principes.
Ne retrouve-t-on pas dans ces termes je veux et je construis ?
Cette volonté est un don divin car à la différence de l’animal qui n’agit que par instinct, l’homme dispose de capacités intellectuelles lui permettant analyse, réflexion et donc libre arbitre face à une décision à prendre. Il peut anticiper du résultat de ses actes et imaginer le futur ! Aristote définissait d’ailleurs l’homme comme un animal doué de raison !
Ainsi, la volonté associée à la liberté d’exécution permet de bien voir, bien comprendre avant de bien agir !
Agir, ce peut être construire. Dans le rituel, le 12° degréle GMA est issu d’une école d’architecture mise sur pied par Salomon qui fait du MM un géomètre chevronné maître de l’épure et concepteur du plan, digne sucesseur du maître disparu. En cedegré on désigne le maitre architecte capable d’achever le 3°étage et la décoration du Saint des Saints.En réalisant le tabernacle selon les plans divins, il inscrit son geste dans la continuité de l’art royal.
Il se substitue en quelque sorte à Hiram pour achever l’œuvre en cours de réalisation, déterminé à rechercher l’harmonie dans l’univers conformément aux plans qu’il est devenu apte à concevoir et à tracer. L’art du trait ou géométrie sera l’axe du champ d’action du GMA le conduisant à œuvrer de la circonférence du cercle à son centre.
Je construis doit ici être compris comme je me construis :
l’édification du temple intérieur est un travail quotidien qui ne demande aucun relâchement, et qui s’exerce dans une dualité action/contemplationnécessaireà la création de ce temple.
Les pierres en sont le système de nos connaissances, de nos idées et de nos règles de conduite qui rassemblés en un tout harmonieuxnous permettront d’avancer dans notre démarche initiatique.
Cette phrase- je veux et je construis- recèle encore bien des mystères.La cosmothéologie memphiquea voici 3500 ans énoncé des prémisses philosophiques et théologiques qui ont traversé les siècles sans dommages, donnant naissance aux polythéismes et monothéismes qui pour nous ne sont que diverses manières de concevoir la Puissance Suprême.
A Memphis donc,Ptah était considéré comme le Démiurge. Il est écrit dans la pierre que Ptah a pensé le monde et il l’a crée, il est l’origine de toute chose.
La tradition judéo-chrétiennedit que Dieu a crée le monde.
Louria, une des plus puissants kabbalistes de la Renaissance, en désaccord avec Aristote qui prétendait que le monde était éternel, nous a donné sa théorie du Tsim-Tsoum, ou création du monde par Dieu qui s’est contracté sur lui-même avant de créer le monde .
Ce très bref résumé de divers courants de pensées pour confirmer que la volonté de créer ne date pas d’aujourd’hui, elle est inscrite dans l’univers, elle est partie du macrocosme comme du microcosme, elle est une étincelle de lumière divine qui éclaire l’âme.
Dans la Kabbale, la tradition différencie quatre mondes.Briah ou monde de la Création est le deuxième après Atsilut, monde divin . Ce monde transforme la volonté divine en créativité. Il relie les trois sephirot supérieures aux sephirot inférieures de l’Arbre de vie. Située sur le «tronc» de l’Arbre séfirotique, Briah, «renferme l’énergie qui forme les particules terrestres essentielles des atomes, des éléments et des étoiles». Dans Briah, «l’intellect transforme l’inspiration en pensée créatrice».
Sous Briah existe Yetzirah, monde de l’émotion. Enfin, le dernier et le plus bas est Assiah, le monde matériel.
Ainsi, la comparaison entre le chemin spirituel du Maitre Maçon et l’arbre kabbalistique devient plausible car le monde matériel de Assiahpeut correspondre auxdegrés 3° à 8°, ( questions matérielles de remise en route du chantier) le monde de Yetzirahaux degrés 9,10 et 11 ( monde de l’émotion, vengeance, passions ) et arrivé au 12° on atteint le monde de Briah qui transforme la volonté divine en créativité quand le génie parle en nous.
J’ai dit